L’école des oubliées

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Pendant que tous les yeux sont fixés sur une grosse tension politique qui va plonger la Côte d'Ivoire dans une crise qui s’installe, à Djolilié, un village à l'intérieur du pays, se consument des abus qui portent atteinte à la dignité de ses écolières. Deux vies parallèles nous sont présentées : celle d’Ortensia et de Rosalie. Mais à travers leurs vies, ce sont celles de beaucoup d’autres qui sont aussi racontées.

Histoire « amusante » d'une mentalité villageoise qui subit l'influence de l'Occident. Un chassé-croisé de frasques sentimentales, religieuses, familiales avec la crise de nos traditions. Mais surtout, histoire de deux années scolaires dans le contexte politique actuel.


Publié le : lundi 23 juin 2014
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EAN13 : 9782332713025
Nombre de pages : 330
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-71300-1

 

© Edilivre, 2014

Le nom des personnages est fruit de l’imagination de l’auteur et que les sociétés utilisées servent à embellir l’histoire.

 

 

J’ai voulu dire une chose que tout le monde sait pour que personne n’oublie.

Je ne savais pas que cela m’aurait coûté autant de lignes…

Première partie

I

Rosalie s’était réveillée en sursaut dans cet espace des ténèbres où le silence et la peur se disputaient le chant du coq. Elle ne reconnut point le néant qui l’embrassait. Elle crut ses yeux encore fermés. Avec ses doigts, elle essayait de donner à son esprit une idée de l’endroit où elle se trouvait. Heureusement, une lueur ressortait de ces murs mal bâtis. C’était un désert de chambre envoûtée. Elle se crut alors au jour de l’enlèvement : seule et abandonnée parce que tous partirent sans elle ; comme le prêchait souvent le pasteur de l’église évangélique du village.

Une chambre qu’elle partageait avec ses quatre sœurs : trois plus grandes et la dernière Adèle qui avait dépassé depuis peu les cinq ans.

Son corps avait consommé les caprices du froid matinal. Elle tira vers elle son pagne, une couverture qui avait perdu sa disposition initiale, sûrement à cause des roulades nocturnes qu’elle exerçait inconsciemment dans l’espoir d’une place un peu plus fraîche dans cette chaleur sèche des environs.

Sa main toucha une légère humidité qui lui balança l’odeur de ses entrailles. Elle commença à sentir un mal qui lui remontait de son appareil génital. Elle prit un coup incommensurable. Son cœur se déchira avec le flash qui lui survint. Elle éclata en sanglots. Elle avait les mains entre ses jambes, se tâtait pour situer l’origine d’une douleur insurmontable. Une douleur dont elle ignorait l’existence. C’était une plaie qui respirait dans un endroit secret de son corps. Une chaleur brûlante qui consumait ce qu’elle gardait entre ses jambes.

Qu’avait-elle fait ? Ou pire encore, qu’est-ce qu’il lui avait fait ?

Elle revoyait encore cette main féroce et inattendue sur sa bouche. Cette voix légère qui la menaçait de ne pas crier. Elle sentait encore ce poids sur son petit corps de femme. Cette odeur monstrueuse qui errait sur son corps. Que voulait-il ? Pourquoi était-il sur elle dans cette obscurité mystérieuse ?

Elle n’en savait rien. Elle ne pouvait se dégager, il était physiquement plus fort qu’elle. C’était une violence qu’elle n’avait jamais subie quelle que soit la colère des siens.

Elle sentait sa main qui écartait avec force son intimité déjà fragile et altérée. Son esprit mourait d’angoisse dans ce noir propice à l’imagination. Elle sentait quelque chose forcer la porte de ses entrailles. C’était douloureux. Elle criait. Sa voix engloutie par une main trop large qu’elle était fatiguée de mordre favorisait l’émission d’un sifflement que l’on pouvait assimiler à un ronflement post-fatigue ou un cauchemar d’enfant gâté.

C’était un spasme qui était dans cette porte qu’elle conservait secrètement depuis sa naissance. Des larmes invisibles ruisselaient sur son visage. Elle geignait de toutes ses forces. Il la déchira. Ensuite, à bouche ouverte, il se perdit sur le chemin de l’étreinte. Rosalie s’était raidie, inerte ; elle arrêta de résister. Écarta les jambes pour amollir la contraction de ses muscles internes qui saignaient. Cependant, cette odeur, cette sueur méconnue et dégoûtante l’envahissait. Elle ne supportait plus. Son corps de jeune enfant subissait ce qu’elle voyait par occasion à la télé que les plus âgés accomplissaient. Elle ne pouvait le soulever, elle le grattait des ongles : c’étaient des actions vaines. Elle ne voyait rien. Une personne avait éteint la lampe. Elle était noyée dans l’horreur de cet inconnu près de qui elle ne pouvait se justifier. À un certain moment, il devint encore plus méchant, plus violent, il ne s’arrêtait plus, il ne se contrôlait plus. La rapidité de ses mouvements la détruisait. Il la tuait. Elle pleurait avec une respiration difficile, mais il ne l’entendait pas, il ne la voyait pas, son corps vivait dans l’extase.

Il s’arrêta d’un coup, elle croyait que c’était fini car elle n’en pouvait plus. Toutefois, il ne se leva point sur elle. Elle sentit quelque chose en elle, une présence froide : il l’avait mouillée.

Après une pause, il continua. Toujours dans la même position, son bras sur la bouche de sa victime, des menaces dans son oreille…

C’était moins douloureux à présent, mais toujours insupportable.

Elle perdit connaissance au recommencement de son cauchemar. Il ne s’en rendit pas compte.

Il partit sans qu’elle ne sût exactement combien de temps son calvaire avait duré. Il avait fini de la détruire et il s’enfuit comme un voleur.

C’était à présent le plus dur qui s’annonçait : vivre avec l’incision de cette nuit dans la conscience et dans le cœur.

Cette fois-ci elle larmoyait plus fort. Une personne avait bafoué sa vie, sa dignité pour toujours. Une personne avait abusé d’elle. Une personne qu’elle ne connaissait pas ou qu’elle n’avait pas reconnue. Qui était-ce ? Qui accuser ? Qui inculper ? Qui indexer ?

La cour familiale était grande. Dans les environs, des maisons construites en terre battue concourraient avec celles construites en dur. La cour de M. Félix fut l’une des premières maisons en briques. Sa grande cour justifiait la présence d’un manguier, deux papayers, un cocotier, un avocatier et une chaîne de cannes à sucre noires. Sa propriété n’avait pas de clôture. Elle accueillait une grande partie du district à cause de la présence d’un puits qu’il fit creuser non loin de sa cuisine. Derrière les murs de cette demeure, une chaîne de fleurs sauvages servait de limitation. C’était une fin de propriété provisoire, car M. Félix élargissait chaque année un peu plus cette dernière.

Derrière la cuisine, une petite plantation servait de ravitaillement immédiat. De la tomate, du gombo, du taro, de l’aubergine, du manioc, du piment, un bananier dont il n’avait jamais bénéficié, du gnangnan, de l’oignon : une espèce de supermarché privé.

Sa maison s’inspirait médiocrement du style occidental. Un espace servait de garage. Des fleurs et encore des fleurs déguisaient sa cour. Le gazon disposé en pièces détachées ressemblait à travers une vue de grand angle à une tête teigneuse. Du village, pour arriver à la résidence de M. Félix, on parcourait une allée de fleurs. Celles qui servaient de clôtures entouraient en une forme de C cette invention dont il était le seul à disposer. Juste après la cuisine, la douche de ses femmes. Les enfants et les jeunes se lavaient dehors. Leur douche était un tiré de quatre bois où les rameaux de palmier secs servaient de mur et la propre serviette servait de porte. À son tour, cette douche pour jeunes et hôtes servait d’arrosoir pour la petite agriculture familiale.

Le contraste avec cette idée de souverain venait de la présence de leur ex-maison qu’il ne fit pas abattre et qu’il utilisait pour les enfants. Une maison de terre battue recouverte de ciment ; aujourd’hui, elle comportait pas mal de fissures et se situait sur la droite, en regardant la cour à partir de l’entrée principale du salon. La véranda : une avant-maison qui donnait un avant-goût de l’esprit créatif de l’artifice de cette production qui était considérée comme l’un des joyaux du village. Il utilisait l’ancienne habitation pour héberger provisoirement des hôtes du village qui n’avaient pas de toit ou qui avaient leur maison en construction, notamment les instituteurs mandatés par l’État. Vu qu’il était le chef de son village il était le premier responsable vis-à-vis des hautes autorités.

C’était en quelque sorte deux petites maisons jumelées. Il les avait faites ainsi parce qu’il avait deux femmes. Alors, chaque femme jouissait d’un appartement. Chacune avait son salon, leur chambre (quand il décidait de dormir chez elle), la chambre des enfants et la cuisine. Deux cuisines donc : elles préparaient les repas tour à tour.

Aujourd’hui, avec le passage du temps, elles ont appris à surmonter leurs différences : elles vivent sous le même toit. Cette fois-ci, chacune a simplement sa chambre, même si elles sont à présent trois.

L’ex-habitation est occupée par M. Min’dri, un instituteur akan, depuis plus d’une demi-année. Il a dû remplacer un instituteur décédé en pleine année scolaire. Ne voulant pas résider dans la même maison que son prédécesseur, le chef du village ordonna la construction de la sienne, non loin toutefois de l’école. Son achèvement était maintenant une question de semaines. Le dossier était entre les mains de l’équipe qui avait entrepris sa maison.

M. Min’dri vivait avec sa femme et son petit garçon de quatre ans. Son fils Romaric de dix-sept ans vivait chez sa sœur à Abidjan et venait toutes les pauses scolaires vivre en famille : dire qu’il adorait ce village plus que le sien…

La jumelle était occupée par les enfants de M. Félix : une chambre pour les filles et une autre pour les garçons. Les garçons, par éviction, avaient cédé la chambre au plus grand et sa femme qui avaient déjà une petite fille. Ils avaient opté pour le grand salon, chacun sous l’égide de son territoire.

M. Félix, maître des lieux des deux maisons jumelées, avait eu le génie de faire mettre une porte interne, ce qui évitait de devoir sortir d’une maison pour entrer dans une autre. Ensuite, il y avait la cuisine : la seule cuisine interne de ce village, puisque ses épouses cuisinaient sur du gaz. La cuisine occupait une place qui donnait sur un couloir, le couloir sur la chambre des enfants et enfin aux deux extrémités, les chambres conjugales pour éloigner tout soupçon lors de leur intimité. Le mur qui séparait le salon n’avait pas de porte à proprement parler ; il y avait seulement un rideau assez lourd qui garantissait tout de même la paix des deux foyers.

Cela gênait énormément M. Min’dri qui finit par s’y habituer. Il trouvait qu’il ne pouvait critiquer personne, il ne pouvait parler librement, n’importe qui pouvait, par l’entrée du salon des enfants, arriver chez lui et détruire involontairement ses choses ou pire, le délester de ses biens. Mais il finit par se résoudre au fait que de lui, aux autres, ça importait peu.

Les enfants de M. Félix étaient nombreux mais rangés et de cela M. Min’dri ne s’est jamais plaint. Bien au contraire, il enviait l’autorité dont M. Félix faisait preuve en matière d’éducation.

C’était un pied à l’intérieur d’une nouvelle vacance de galère à Djolilié. Un village qui se meurt dans la forêt dense entre la région du Fromager et le Sous-Bandama.

M. Félix était parti pour une semaine à Lakota. Le temps pour lui de régler quelques formalités concernant certains de ses enfants qu’il comptait envoyer chez leur frère pour poursuivre des études de qualité.

C’était donc la fête à la maison. Une liberté qu’on a toujours regrettée pendant la présence du chef incontesté.

Les mamans passives vaquaient à leurs occupations pour affronter, dès son retour, les plaintes interminables de leur mari. Il y avait alors du désordre. On pouvait parler d’émigration d’habitants. Les deux grandes filles de la cour du chef du village, Clothilde et Dorothée, avaient découché avec la complicité de leur mère, laissant seules Rosalie, Marie et Adèle. Tous les garçons, ce samedi-là, étaient partis au bar du village : une espèce de boîte de nuit qui n’ouvrait, pour une entrée de cent francs, que les samedis : de dix-neuf heures à l’aube, et qui offrait aux participants trois espaces :

Une salle de danse qui s’inspirait des discothèques de la capitale et en face de celle-ci, un autre espace pour regarder la télé, dont peu disposaient à Djolilié.

Les samedis, à la télé, il y avait Faut pas fâcher et surtout de très beaux ciné-nuits.

Les enfants entraient pour dormir devant la télé, d’autres giflaient leurs frères pour leur reprocher leur venue qui signifiait un gaspillage de cent francs : somme largement suffisante pour un petit déjeuner de riz à la sauce graine, d’attiéké aux poissons ou encore de beignets que l’on trouvait tous les matins au petit marché du village.

Entre la salle de danse et celle du ciné, figurait un autre espace où ceux qui ne s’intéressaient ni à la télé ni à la danse se retrouvaient pour draguer ou passer un moment en amoureux avec celle avec qui ils allaient passer le reste de la soirée. Cet espace était le point d’appui pour la formation des plus grands couples du village. La majeure partie des participants étaient des jeunes. Toutefois, quelques vieux défiaient leur statut et la honte pour embrasser, eux aussi, une opportunité que la vie ne leur avait malheureusement pas offerte lorsqu’ils avaient l’âge de ces enfants-là ! Certains avaient comme excuse le fait d’être venus chercher leurs enfants qui d’ailleurs, dans la majeure partie des cas, étaient restés à la maison, avec une punition ad hoc, et comme ça, ils en profitaient pour faire une tactique à la Don Juan. Il y avait aussi des vieilles. Mais elles étaient plutôt attirées par la télé.

Les garçons de la cour de M. Félix n’avaient aucune interdiction. Ils pouvaient sortir sans rendre de comptes à personne. Mais ce n’était pas le cas des filles. Il prétendait que les filles étaient source de problèmes lorsqu’elles avaient une goutte de liberté, elles ne savaient nullement profiter de l’épanouissement.

Quand il voulait qu’elles participent à des fêtes ou différentes manifestations, il partait avec elles. Lorsqu’il était invité par d’autres villages, elles étaient présentes avec lui, car leur beauté mettait un peu de piquant dans le groupe des hôtesses. Cela ne signifiait pas qu’il les suivait jusque dans leurs frasques ! Elles avaient leurs copains, mais elles n’avaient pas le privilège ou la chance de certaines de leurs amies : passant par exemple la nuit chez ces derniers. Leur père, très rusé, fit de sorte que toutes les portes regardent dans la cour principale. Il était, par ailleurs, le dernier à aller dormir… il était capable de rester jusqu’à une heure, deux heures du matin dans le canapé qu’il avait installé dans sa véranda à côté de la porte qui menait au salon principal et s’assurait que tout le monde soit endormi avant d’aller se coucher.

Le village était électrifié depuis maintenant deux ans, mais toutes les rues ne disposaient pas d’un lampadaire. Et puis, les maisons qui avaient le courant étaient en numération inférieure. Donc la peur que ces derniers pouvaient nourrir pendant leur sorties dans l’obscurité de la nuit le rassurait. On parlait de sorciers qui s’envolaient durant les nuits, de la présence de génies, de voleurs d’âmes… et tout ça le réconfortait et le portait à croire que ses filles étaient toujours restées dans leur chambre. L’absence de garçons au contraire devait être justifiée au lendemain de la sortie, ce qui permettait au maître de maison d’avoir un aperçu de la situation en cas de situations indésirables.

La maison, cette nuit-là, était dans sa quatrième journée d’anarchie. Une jungle sans autorité que M. Min’dri essayait de redresser. Son fils aussi, cette nuit-là, était parti au bar avec les garçons de M. Félix. Gérard, l’aîné de ce dernier, était avec sa femme qui ne le laissait jamais y aller seul, laissant leur petite fille à la mère de ce dernier, Thérèse : la première épouse de M. Félix.

Marcelle, l’épouse de M. Min’dri, était fatiguée. Elle alla se coucher lorsqu’elle finit de porter les enfants dans leur chambre parce qu’elle les voyait somnoler. Mais dès son aller, les filles revinrent et avec M. Min’dri, ce fut un partage de sourires d’enfant. Elles voulaient voir la fin du film même si elles étaient en train de dormir devant la télé. Elles le suivaient par l’esprit. Thérèse, comme toujours, vint souhaiter bonne nuit aux enfants. Elle profita pour expliquer à M. Min’dri qu’elle partait en famille, dans la maison de sa grande sœur, la veuve Akissi, pour la réconforter et qu’elle ne pouvait laisser les enfants seules dans la grande maison. Elle les préférait au moins à côté de ce couple au cas où elles auraient besoin de quelque chose.

Dès qu’elle débarrassa le plancher, M. Min’dri d’un ton sévère vociféra : « Hé ! Allez vous coucher ! »

Elles partirent tout de suite. C’était l’un des instituteurs les plus sévères de l’école, très punitif, alors elles préféraient lui obéir.

Quand elles furent parties, M. Min’dri éteignit la télé, la couvrit, et alla rejoindre sa femme qui continuait de ronfler. Un ronflement fort comparable à une antienne, l’écho de la tronçonneuse. Son entrée dans sa chambre fut comme une télécommande. On n’entendit plus le bruit de la petite chanteuse nocturne mais plutôt celui des bois qui soutenaient le matelas du lit aujourd’hui usé.

La cour bénéficiait alors d’un calme de monastère. Les lampadaires offraient un fort contraste avec la nature sauvage. La lune était le témoin de ce désordre, elle envoyait avec grande énergie une lueur là où l’artifice humain démontrait ses limites. Mais à l’autre bout du village, c’était une autre ambiance : de la bière, de la sucrerie pour les Abidjanais venus en vacances dans leur village.

Dans la cour de M. Félix, tard dans la nuit, une femme était en train de dire au revoir à un jeune. C’était Yvette, la troisième épouse du malheureux absent. Elle revenait de sa sortie depuis deux jours. Elle croisa M. Min’dri sorti quelques minutes pour uriner. Il ne reconnut pas l’accompagnateur à cause de l’ombre projetée par le manguier de l’entrée. Celui-ci retourna sans se faire voir par la porte des enfants. Il s’arrêta un instant devant la porte de leur chambre, y jeta un coup d’œil : elles dormaient à poings fermés. Il sortit la tête sans refermer la porte pour ne pas les déranger dans leur voyage onirique et se rendit dans sa chambre où sa femme avait repris ses éternels ronflements.

Rosalie était en larmes ce matin-là. Elle n’avait plus de force dans les jambes qu’elle sentait lourdes. Elle était incapable de se lever toute seule. Elle avait besoin d’un appui.

Les matinaux de la cour émettaient leurs premières conversations, parlaient de la soirée brûlante de la veille, riaient, d’autres chantaient pour tuer leur solitude, ou détourner les caprices de la nostalgie : les chansons qui reviennent à l’esprit des nouveaux amoureux.

Rosalie était là. Elle les entendait. Elle les haïssait. C’était forcément l’un d’entre eux qui avait joui de son innocence durant une nuit qu’elle n’oubliera jamais. Adèle était comme de coutume avec son gobelet jaune dans la main. Elle avait fini sa petite toilette matinale. Et comme d’habitude – vu qu’elle s’y plaisait – elle attendait à ce que quelqu’un lui ordonne de poser son gobelet où elle l’avait pris et de chercher à s’occuper…

Maman Thérèse lui fit signe de s’approcher. La petite vint. Elle lui arracha, comme de coutume, avec force le gobelet, et tout en s’en servant pour tapoter sa petite tête, elle disait les mêmes prières :

– Pourquoi tu ne veux pas comprendre que lorsqu’on finit avec une chose, on la remet où l’on l’a prise, èbédjanan1 ? Adè !

La petite courut à la maison pensant que c’était une façon de jouer avec sa mère. Elle entra dans leur maison avec son sourire. Certains dormaient encore, d’autres étaient réveillés mais encore étendus face au K.O. de la fatigue. Alors elle alla dans sa chambre. À sa grande surprise, elle sentit que sa sœur sanglotait. Elle s’approcha, la toucha. Rosalie ne bougeait point ; la face contre le mur, elle se déchargeait avec ses soupirs de la tristesse que le sort lui avait lancée.

– Rosi ! Pourquoi tu pleures ? Lui demanda avec une voix plus attendrie sa petite sœur. Mais celle-ci ne répondit point. Elle continuait comme si elle ne reconnaissait personne.

Adèle sortit en courant vers sa mère avec son sourire d’enfant dégourdie.

– Y a quoi ? Pourquoi tu cours ce matin partout comme ça ! lui demanda maman Thérèse.

– Ohmah2 ! Ohmah ! Rosi wi3 ! Elle avança vers sa mère avec son sourire de plaisanterie.

– Et pourquoi ? Qu’est-ce qu’elle a ? lui répondit sa mère.

– Ôh gba4 ! Elle pleure seulement. Mais, elle pleure doucement oh !

– Tu lui as fait quoi ? Viens ici !  continua sa mère. Tu lui as fait quoi ? T’as encore gâté l’un de ses jouets ! C’est ça ? Elle t’a toujours dit de ne pas toucher à ses choses. Elle préfère pleurer parce qu’on lui a ordonné de ne pas te frapper. Quand on va lui dire de te frapper là…

Marie, qui les entendait et qui pendant ce temps lavait les assiettes, s’y mit :

– Mamie, mais c’est depuis ce matin qu’elle est en train de pleurer.

– Et tu ne m’as rien dit jusque-là ! lui dit sa mère pour l’apostropher.

– Mamie, j’étais pas sûre… lui dit-elle pour se justifier.

Maman Thérèse se décida à partir pour constater elle-même la situation. Elle avait l’impression que ses enfants mijotaient quelque chose. C’est le résultat de beaucoup d’effort qui l’a mise sur pied. Elle marcha lentement de la véranda où elle avait son canapé jusqu’à la chambre des enfants. Elle les bouscula tous parce qu’il fallait bien qu’on sache que la patronne des lieux était présente. Elle entra finalement dans la chambre de sa petite fille. Rosalie était dans la même position. Maman Thérèse l’interpella :

– Rosi !… Rosi !

La petite sanglotait plus fort à présent.

– Qu’est-ce que tu as ? C’est Adèle ? Je suis sûre que c’est encore elle ! C’est vrai non ? Ou bien, c’est qui ? C’est Marie ? Réponds ! Si tu ne me dis rien, je fais comment pour savoir ce qu’il y a ?

L’enfant ne répondait toujours pas.

– Faut me dire… je vais te donner cent francs tu vas acheter gbofloto chez tantie Adjoua…

L’indifférence que manifestait sa fille lui fit comprendre qu’elle était loin de cibler son problème.

– Pourquoi t’as éteint la lampe ? Allez ! Viens ! Arrête de pleurer et dis-moi tout. Tu sais que je t’ai toujours défendue…

Elle retourna sa fille. Cette dernière était morveuse. Elle lui essuya les larmes. Se résolut à projeter un peu de lumière dans ce noir où les fissures des murs émettaient une lueur qui ravirait seulement les paresseux. Encore deux kilos de fatigue et elle se leva. Se retourna pour entrouvrir la fenêtre de la chambre. Son âge ne lui permettait pas de voir avec netteté l’expression du visage de sa fille dans l’obscurité. Elle prit un coup lorsqu’elle se retourna.

Elle ne dit plus rien. Elle s’approcha de sa fille en silence, s’assit près d’elle. Elle trouva bizarre les gouttes de sang sur son pagne. Elle lui dit alors doucement en lui caressant la tête.

– C’est ce matin que tu t’es retrouvée avec la perte de sang ?

Elle ne parlait toujours pas. Adèle était en train de rentrer lorsqu’elle fut stoppée :

– C’est quoi ? On t’a appelée ?

– Non mamie, répondit-elle.

– Sors là-bas ! s’exclama sa mère. Ferme la porte ! Elle lui obéit.

– Rosi. Réponds-moi, sinon, comment je fais pour t’aider… C’est rien. C’est seulement que t’es devenue femme et que maintenant tu dois faire plus attention aux garçons parce que tu peux devenir aussi maman… Et vu que tu es trop petite tu ne dois pas… C’est rien. Tu n’es pas en train de mourir… toutes les femmes à un certain âge se retrouvent dans cette même situation et ça pour un bon bout de temps dans leur vie…

Alors elle se mit si fort à larmoyer.

– OK ! Rosi, arrête tout de suite ! Ou tu parles, ou je sors. Je te laisse mourir ici toute seule, t’as compris ?

À ce moment, Rosalie commença à parler. Ses larmes rendaient difficile la compréhension de son témoignage. Mais elle rendit l’idée, si bien que la fin de son discours coïncida avec les larmes de sa mère. Elle la serra contre sa poitrine. Rosalie ne pleurait plus à présent ; elle avait transmis ce qui la tuait à un autre sujet atteint de compassion.

– T’es sûre que tu ne sais pas qui c’est ? Faut pas le protéger car ce qu’il t’a fait est très grave. Faut qu’il réponde de ce qu’il t’a fait. Ne cache pas qui te l’a fait je t’en prie… Pour l’heure, ne dis ça à personne… on attendra ton papa. Il réglera ça lui-même. Va te laver. Faut que je t’accompagne au dispensaire.

Elle se leva. Aida cette fois-ci sa fille. Juste après, elle lui dit :

– Attends ici, je t’appellerai quand ton eau sera puisée mais faut arrêter de pleurer maintenant, hein ! Tout va s’arranger.

Elle savait que c’étaient des choses qu’on ne pouvait jamais arranger. Sa fille était très petite, peut-être qu’avec le temps elle oublierait. Mais, une chose est d’oublier un cadeau ou ne pas se souvenir d’un événement dans les détails et une autre chose est d’oublier son premier homme ; surtout lorsque ce dernier vous ouvre les portes de l’intimité à travers un acte de viol.

Lorsqu’elle sortit de la chambre, tout le monde était réveillé. On la saluait, elle ne répondait pas : elle les regardait au contraire avec mesquinerie. Elle sortit du salon des enfants. Là, une autre surprise : les enfants accouraient vers M. Félix qui revenait avec deux jours d’avance de son voyage. Marcelle allumait le feu pour préparer le bain des siens. M. Min’dri était en train de parler avec elle sur le seuil de son salon. Son visage ne pouvait éviter celui du nouveau venu qui lui répondit avec froideur. Les grands garçons pilaient leur riz pour le petit déjeuner. Leurs femmes étaient allées à la recherche d’un peu de fagot. Maman Thérèse salua son mari. Ensuite, elle dépêcha un enfant au marché pour l’achat de beignets. Elle ordonna à Marie de puiser de l’eau pour sa sœur.

– Papa, dit-elle à son mari, c’est bien que tu sois là… J’avais besoin de toi.

Tous deux entrèrent dans leur chambre.

– Ton séjour à Lakota s’est bien passé ? lui demanda-t-elle.

– Oui la vieille, oui…

– Je sais que tu viens d’arriver, continua-t-elle, et que tu es fatigué, mais il y a une grosse affaire ici. Ta fille, Rosalie…

– Je sais, lui dit-il pour l’interrompre. Laisse-moi me reposer un peu. C’est à cause de ça que je suis là.

– Papa. Je t’ai toujours dit de ne pas nous espionner quand tu voyages…

– La vieille… on ira tout à l’heure à l’hôpital, tu veux bien que je me repose un peu au moins.

Maman Thérèse, un peu plus rassurée, sortit de leur chambre, celle d’Yvette était fermée et silencieuse. Elle se dirigea vers la véranda en soupirant. Elle alla chez sa fille. La prit. La porta jusqu’à leur douche et la lava.

Cela étonna la cour entière de voir maman Thérèse laver elle-même sa fille. Des regards complices se demandaient ce qui se passait. M. Min’dri avec ses deux enfants et sa femme parlèrent autour de la grosse marmite d’eau qui devrait bouillir et leur servir d’amortisseur face à la froideur de l’eau du puits.

La jeunesse et les belles étaient aussi de leur côté. Plus proche de la scène inhabituelle, Clothilde, qui était revenue, épluchait du manioc. Sa sœur était dans la chambre. Ce fut elle qui alimenta la curiosité de Sylvie, la femme de Gérard, sa sœur et les quelques copines de ses frères. Le point d’interrogation se transforma en exclamation sur les visages. Ce qui était marrant dans tout ça est que leur père était déjà là et les affaires risquaient de se compliquer.

– C’est un des garçons là ! commença Sylvie.

– Mais toi tu dis rien hein ! lui reprocha Dorothée. Tu voulais que ce soit qui ? C’est un garçon, nous tous on sait ça, mais qui ?

– Papa va nous tuer, cette fois-ci c’est sûr ! Parce qu’il va nous demander où on était ? dit Clothilde avec inquiétude.

– Ça c’est Romaric. Je suis sûre, affirma Sylvie. Il a été le premier à quitter la fête hier. Il disait qu’il avait sommeil et vu la façon dont il aime s’amuser avec Rosalie ! C’est lui…

– Tu l’as vu ? lui répondit Clothilde.

– Tu veux le voir d’abord ? continua Sylvie. Faut rester là, hein ! Attends ! Il va faire ça devant toi, là tu vas l’attraper. Les petits Abidjanais là ; est-ce qu’ils connaissent n’enfant, leur affaire de femme !! Ils sont petits petits et puis ils font.

– Et si c’était un de nos frères ? Gérard ? Anicet ? Cyrile ? Ou si c’était l’un de leurs amis avec qui ils marchent là ? avança Dorothée.

– Gérard et moi on était ensemble toute la nuit vu que Mélissa a vite dormi hier, dit Sylvie (qui mettait de la banane braisée à l’huile dans la bouche de son enfant) pour interrompre Dorothée.

La scène de la toilette de Rosalie était une première pour les gens du voisinage qui venaient puiser leur eau. Maman Thérèse ne le faisait jamais. C’était quand même la première femme du chef. Elle aurait délégué une autre. Tout compte fait, dans la cour, chaque groupe faisait ses investigations. La torche de la vérité a toujours une pile faible : dommage qu’elle émet quand même de la lumière.

On habilla alors Rosalie. Ses beignets étaient prêts. Elle mangea avec Adèle. M. Félix sortit et appela Gérard :

– Je veux trouver tout le monde à mon retour, et quand je dis tout le monde c’est tout le monde. Aline n’est pas encore revenue ?

– Non papa.

– OK. Fais comme je t’ai demandé.

– D’accord, é nouhmain5.

Ils partirent vers la grande voie accompagnés de deux notables avec qui ils parlaient de la prochaine campagne électorale. Un jeune notable portait l’enfant dans ses bras. Ils étaient accueillis dans chaque cour par des révérences. Au marché, c’étaient des salutations main à main avec, pour quelques-uns, une pique ironique à l’appui. On arrêta un taxi-brousse pour Gagnoa. M. Félix pour une fois partit tout seul avec sa petite famille.

À la maison, c’était la débandade totale. On arrangeait partout. On rebalayait la cour. On arrosait les fleurs. Le salon du chef. On lava les enfants tout en leur ordonnant de ne pas jouer pour ne pas se salir. On alla chercher ceux qui étaient au champ pour qu’ils reviennent vite. Clothilde avait défait ses mèches. Dorothée avait ôté son tissage. M. Min’dri demanda le motif de ce remue-ménage. Il sut ce qui se passait. Il prit la nouvelle avec la plus grande surprise du monde :

– C’est pas vrai !… mais qui a bien pu faire une chose aussi sale du genre ?

– On en parlera au retour de papa cet après-midi. Je vous conseille d’être là. Vous faites désormais partie de la famille… lui dit Gérard.

– Et depuis quand ça ? Il lui colla au visage hébété.

– Écoutez monsieur. Ça peut être n’importe qui !

– Et qu’est-ce que tu veux insinuer par là ? l’arrêta M. Min’dri.

– Hééé ! Je ne suis pas français ! Tes gros gros mots là, je ne suis pas dedans. Il y a un problème, même si c’est pas toi, tu dois être là, lui répondit Gérard à présent irrité.

– T’as sûrement quelque chose à te reprocher toi ! ajouta Min’dri.

– Moi yé parle pas deux fois. T’as pris ta part. Toi, ta femme, tes enfants. Cet après-midi. Ici. C’est tout.

– Eh ! N’oublie pas que tu parles à un « Tokpè6 ! » : un peu plus de respect. C’était toi l’esclave, tu ne peux pas me faire palabre. Gérard !

Gérard ne l’écoutait plus, il entra dans la maison de son père avertir Yvette qui dormait encore.

La nouvelle était encore entre les murs conjugaux. L’inquiétude avait atteint son paroxysme avec Clothilde. Où était-elle hier ? Comment allait-elle répondre ? Elle se mit à pleurer. Son père allait vraiment la tuer. Elle était la plus grande des filles de M. Félix restée au village. Elle était même plus âgée que la femme de son grand frère. C’était donc elle la gouvernante de la maison. Une maison qui avait échappé à son contrôle. Dorothée l’embrassa :

– Faut pas pleurer ! Cloclo ! Ce qui est fait est fait… on était ensemble hier. On. Était. En. Sem. Ble ; t’as compris ?

– T’as oublié qu’on ne ment pas à papa. Est-ce que t’as besoin de lui dire où on était ? T’as oublié peut-être qu’il a tout le village à sa merci ?

– Oui, mais c’est ta parole contre la leur, lui dit avec plus de conviction Dorothée.

– Papa se fâche jamais mais…

– Hééé ! Faut le laisser, c’est quoi ? Est-ce qu’il a besoin de se fâcher ? La chose c’est en riant qu’il te gifle là ! C’est ça, tu fais tes cérémonies. Tu sais, on dirait que t’es la seule à qui il fera des histoires. Gérard aussi est dedans…

– Mais est-ce que Gérard dort avec Rosalie ? C’est nous !

– Écoute Clo : si c’est à la maison, ça pouvait être au champ, partout ! Qu’est-ce que tu peux bien faire ? Quand un malheur doit arriver là, tout ce que tu vas faire là, c’est cadeau !

À l’autre bout de la maison, soit dans la maison des Min’dri, c’était la concertation familiale. Marcelle était accablée de surprise :

– Tu dis quoi ? Mais elle est trop petite !

– Marcelle, j’ai mes soupçons, lui dit-il.

– Qui ? Qui ? Tu penses que c’est qui ?

– Les enfants de M. Félix, pour ce que je pense, n’ont jamais manifesté ce genre de problèmes depuis que je suis ici avec eux. Et pire encore, je n’ai jamais entendu dire qu’ils ont eu ce genre de chose dans leur passé. Ça porte à penser que le doigt de tout le monde sera pointé sur nous.

Il fit une pause, et il continua :

– Ici chez nous, il y a deux hommes. Tu sais que j’élève mes enfants avec certaines valeurs. Seulement le deuxième, pour des raisons économiques, a passé son adolescence loin de ses géniteurs. Je ne sais pas ce qu’on lui a inculqué là-bas, mais comme tu le vois, il faut souvent que je redresse ses mauvais comportements quand l’occasion se présente.

– Où tu veux en venir ? lui demanda-t-elle.

– Romaric, Marcelle ! Romaric ! Ton fils Romaric… toujours à courir après la petite Rosalie. À badiner ensemble avec les garnements de la cour. C’est malaisé, je le sais, mais je ne ferai pas le sournois…

– Tu dis quoi même ? Roma a quoi à voir là-dedans. C’est pas parce qu’il joue avec les enfants de la cour qu’il a pu faire une telle chose ! répliqua-t-elle.

– Ton fils est gredin et c’est pas la première fois que je te le dis. Je parlerai avec lui espérant qu’il admette ses faits. Mais si c’est lui ! Il sera privé de tout ce qu’un enfant de son âge peut avoir. Et je ne veux surtout pas que tu t’y mettes.

Marcelle, d’humeur causante, se retint. Elle était navrée pour la petite mais pas convaincue de la fantasmagorie de son mari. Romaric était un goguenard certes, mais de là à violer une fille qu’il a toujours prise comme une petite sœur ! Céans, on ne parlait pas de deux enfants qui avaient en catimini couché ensemble. On parlait là, bien au contraire, d’un viol, d’un abus. Le raisonnement de son mari à propos de leur enfant lui donna un air renfrogné. Il avait peut-être raison. Romaric était peut-être comme son père l’avait qualifié ; mais c’était la voix du énième sens. Le pressentiment d’une mère qui le sent à travers le lien que l’existence a scellé entre elle et son autre elle : une partie d’elle, le fruit de son sang, n’aurait jamais pu faire une chose aussi abominable.

À l’hôpital, M. Félix et madame attendaient. Mornes, ébranlés. Ils étaient assis dans la salle d’attente pendant que leur fille se faisait ausculter par le gynécologue. C’était une lamentable masure l’hôpital de Gagnoa. Il y avait un tintamarre, un va-et-vient général auquel il fallait ajouter l’alcool qui empestait les lieux. M. Félix était las. Dans sa position de chef, il fixait droit devant lui. Sa femme l’observait. Elle reconnut à son regard son air pensif : une expression qui s’exprime par elle-même. Quand son mari se perd dans ses pensées, c’est qu’il cherche déjà une solution. Il se leva. Elle fit autant. Il sortit de la salle d’attente, elle...

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