L'égoïste

De
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Cyprien, vieux garçon asocial et revêche, totalement imperméable à ce qui l’entoure tant il est
centré sur lui-même. Tim, jeune garçon têtu, mal
élevé et capricieux, mais aussi fier et courageux.
Ils n’assument pas le choc de leur rencontre qu’ils
n’avaient souhaitée ni l’un ni l’autre et l’obligation
qu’ils ont de partager leurs existences. Mais un
jour, la vie les sépare brutalement, leur faisant
prendre conscience du solide lien qui les unit
malgré eux.


Vont-ils se retrouver et parviendront-ils à suivre
le chemin qui les réunira enfin ?


Sauront-ils prononcer les mots qui, effaçant leur
mésentente passée, gommeront leur ressentiment
et leurs affronts ?


Ce roman, par le biais des aventures
de ses deux acteurs, nous
révèle la mine de trésors cachés
enfouis sous la carapace des
caractères apparents.

Publié le : dimanche 1 janvier 2012
Lecture(s) : 25
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782953813517
Nombre de pages : non-communiqué
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2 Tim venait de fêter ses dix ans. Toutefois, fêter n’était pas le mot juste. Personne, et surtout pas lui, n’avait envie de se réjouir et de faire la fête. Il était orphelin depuis peu. Sa vie au Texas, au milieu des chevaux, des vaches et des cow-boys avait jusque-là été proche du conte de fée. Mais tout s’était brusquement écroulé un soir de juin. Il habitait alors la maison principale du ranch, avec son père, Lucas, qui dirigeait l’immense domaine en association avec Ralf, son ami d’enfance. Celui-ci partageait leur habitation ainsi que Rose, la nounou noire. Les autres collaborateurs étaient logés dans les nombreuses annexes qui entouraient la demeure des maîtres. Sans l’accident qui, le mois précédent, avait coûté la vie à celui qui constituait sa seule famille, Tim pourrait encore chevaucher à ses côtés, sillonnant le vaste territoire sauvage sur lequel il régnait. Comme tous les matins depuis la disparition de son père, il était parti tout seul à l’aventure. Sa tristesse ne trouvait d’exutoire que dans les longues courses à cheval qu’il continuait à effectuer, seul, chaque jour. Il faisait le tour des terres de son père. Les hectares de prairies qui entouraient le ranch ne le décevaient jamais. Il passait d’un troupeau de vaches à un autre et saluait les cow-boys chevauchant sans trêve pour rassembler les bêtes. Il les connaissait tous et les aimait comme s’ils avaient été ses propres frères. Oui, maintenant qu’il était seul, il était certain que sa famille était là, parmi ces hommes rudes et fiers, il n’en voulait pas d’autre.
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– Hé, te voilà Tim ! Alors comment ça va ce matin ? l’interpella l’un d’eux alors qu’il s’approchait de son troupeau. Viens voir ce que nous avons trouvé ! – Encore un veau ? interrogea Tim, qui avait déjà vu une vache vêler la veille. – Oui, mais cette fois-ci elle ne nous a pas attendus. Elle a fait ça toute seule cette nuit ! Regarde comme il est beau. Tim admirait cette merveille de la nature, pensant que ce bébé veau avait bien de la chance d’avoir une maman aussi attentive à son bien-être. Il était en train de téter goulûment et rien n’aurait pu le détacher de ce pis salvateur. Tim n’avait jamais connu sa mère. Elle lui avait donné le jour très difficilement dix ans plus tôt et le médecin accoucheur n’avait rien pu faire pour endiguer l’hémorragie cataclysmique qui s’était déclenchée au moment de l’expulsion du placenta. Elle avait été emportée en dix minutes sans que personne ne pût la sauver. Depuis ce triste événement, Tim avait été élevé par son père. Rose, la vieille nounou noire, avait su combler dans le cœur de l’enfant le défaut de tendresse maternelle et Tim avait poussé comme un champignon, sauvé par l’affection de tous ceux qui l’entouraient. Il était l’objet des attentions de chacun et malgré les vains essais de sévérité tentés par son père, il se comportait souvent en enfant gâté. – Je veux porter ce petit veau, il est si mignon. – Non Tim, tu ne peux pas. Regarde, il est en train de téter, il ne faut pas le déranger, d’ailleurs sa mère ne te laisserait pas faire. – Si, je veux le prendre dans mes bras et lui faire un câlin. Je veux ! – Tim, on ne dit pas « je veux » ! Tu sais très bien que ton père ne l’aurait pas voulu. – Je ne veux pas que tu me parles de Papa ! Il n’est plus là. Il m’a abandonné, comme Maman, Je suis seul, seul ! Et tu n’as pas d’ordre à me donner, il n’y a que lui qui pouvait le faire ! hurla Tim en lui tournant le dos.
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– Attends Tim, attends-moi, il faut que je te parle, cria Ralf à l’attention du petit garçon qui s’éloignait en courant, pleurant toutes les larmes de son corps. Il était aveuglé par le chagrin et inconscient de ce qu’il devait à tous ceux qui l’entouraient du mieux qu’ils pouvaient depuis la disparition de son père. Ralf, l’associé de Lucas qui assumait maintenant seul la responsabilité du ranch, l’avait pris sous sa protection depuis un mois, mais il commençait à comprendre que la tâche serait rude. Il voyait Tim se refermer de plus en plus sur lui-même et refuser la moindre observation. Il ne savait plus comment s’y prendre avec lui. Il se sentait incapable de continuer à l’élever, même avec l’assistance précieuse de la nounou qui était, elle aussi, débordée par la détérioration du caractère de Tim. – Tim, reviens, écoute-moi ! Je dois te parler. Ne te sauve pas comme ça ! C’est inutile. Où crois-tu pouvoir aller ? En plus tu as oublié ton cheval ! Tu ne vas pas rentrer à pieds, c’est trop loin ! Allez, reviens, viens me voir. Tu sais bien que je ne te veux aucun mal. Ce que je t’ai dit, c’est juste pour ton bien et pour celui du petit veau. Tu ne voudrais pas qu’il meure, n’est-ce pas ? Tim s’était arrêté de courir et restait sur place, droit comme un I, tournant le dos à Ralf et au petit veau, sujet de la discorde. – De toute façon, je m’en fiche de ce petit veau. Qu’il reste avec sa mère, puisqu’il ne veut pas de moi. Je voulais juste lui faire un câlin, c’est tout ! Moi, je n’ai jamais eu de mère et maintenant je n’ai même plus de père ! Il pourrait le comprendre quand même ! – Allez Tim, viens, je vais te faire un câlin, moi ! Ralf ne savait plus quoi faire pour amadouer cette petite boule blonde de tendresse déçue, ce garçon frustré de l’affection réconfortante des siens. Comment remplacer à la fois un père et une mère lorsque l’on est juste un cow-boy, plus apte à attraper les veaux au lasso qu’à démêler les états d’âme d’un enfant malheureux. Soudainement et contrairement à toute attente, Tim se retourna et courut se jeter dans les bras de Ralf, qui, pour l’occasion, tenta de
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faire passer dans ses muscles quelque chose de beaucoup plus doux et plus affectueux que la force physique dont ils étaient naturel-lement dotés. Tim se blottit contre lui, toujours secoué par de gros sanglots qui commençaient à s’espacer au contact de cet homme à la fois puissant et tendre. Une fois encore, Ralf avait su trouver les bons mots, les bons gestes pour venir à bout de la mauvaise humeur de Tim, qui n’était en fait que le reflet de son immense détresse. – Grimpe sur ton cheval et retourne au ranch, Rose doit t’attendre pour le déjeuner. Je sais qu’elle a préparé des beignets de pommes pour le dessert, tu n’as pas intérêt à être en retard, sinon elle risque de t’en priver ! – Ah non ! Pas ça en plus ! cria Tim, sautant sur son cheval sans se retourner davantage, les beignets de pommes, j’adore ça. – N’oublie pas que nous avons un rendez -vous important cet après-midi. Ne te sauve pas n’importe où après le déjeuner, reste au ranch. Je viendrai te chercher à trois heures, lui cria Ralf sans êt re bien sûr que le son de sa voix allait atteindre les oreilles de Tim qui chevauchait déjà à toute allure, rasséréné par la perspective de son dessert préféré.
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