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L'enfant du soleil

De
204 pages
Paul est un gamin trisomique plutôt espiègle. Son école ne le reprendra pas à la rentrée scolaire. Astrid est une jeune femme politique ambitieuse qui ne connaît le monde du handicap qu ’à travers les projets de lois qu ’elle prépare. Sur une plage du pays catalan, Astrid est sur le point de se noyer quand Paul donne l’alerte et vient à son secours. C’est le début d’une belle histoire d’amitié entre deux êtres qui ont beaucoup à apprendre l’un de l’autre. L’enfant du soleil est le roman de la découverte d’autrui et de la différence. Avec la générosité qui caractérise son style, Claude Jacquart donne la parole à un jeune trisomique et nous invite à réfléchir sur les défis de toute une société.
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Roman





Éditions Le Manuscrit
Paris
5 L’enfant du soleil















 
Les maquettes de l’ouvrage et de la couverture sont
la propriété exclusive des éditions Le Manuscrit.
Toute reproduction est strictement interdite.

© Éditions Le Manuscrit -www.manuscrit.com-
2010
ISBN : 978-2-304-03288-8 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304032888 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-03289-5 (livre numérique) 782304032895 (livre numérique)
6 Claude Jacquart





Maintenant qu’elle se trouvait bloquée place
Voltaire, empêchée de progresser par la foule
qui se pressait contre les barrières, Marie s’en
voulait de ne pas avoir prévu que c’était l’heure
de l’encierro.
Arles, ville romaine, avait maintenu une
tradition taurine, héritage antique des jeux du
cirque.

En ces temps là, vêtue de noir la camarde
s’invitait dans les arènes pour faucher la vie des
plus faibles sous les regards d’une foule
déchaînée qui hurlait en direction de ceux qui
s’affrontaient sur la piste des arènes.
La civilisation gréco-romaine avait inscrit
dans le cœur d’airain la loi du plus fort,
l‘homme parfait et l’enfant sans défaut.
S‘il était admis qu’une sélection puisse
s‘opérer dès l’enfance entre ceux qui avaient le
droit de vivre et ceux que l’on exposait, alors on
pouvait bien ensuite au cours des jeux décider
du droit de vivre ou de mourir des gladiateurs !
C’était somme toute très cohérent.

7 L’enfant du soleil
Deux mille ans plus tard, Marie se demandait
sur la place, en contrebas des arènes, comment
elle allait pouvoir se frayer un passage à travers
la foule des aficionados et des touristes venus
pour la féria afin de rejoindre la rue Léon
Blum.?
C’est qu‘elle n’avait pas de temps à perdre,
un appel téléphonique de sa mère venait de
l’avertir d’une chute de son père.
Bravant les taureaux, affolés par les cris et les
poursuites des jeunes camarguais, elle réussit à
se glisser entre les barrières puis à traverser la
place sans dommage pour gagner le pied de
l’immeuble où habitaient ses parents.
8




– Tu es venue avec mon petit?
– Chaque fois que Marie franchissait le
seuil de l’appartement, elle était accueillie par
cette question formulée à voix basse,
amplifiée par un regard si intense que
répondre non lui en coûtait.
Le visage de son père allait s’assombrir en
l’absence de ce petit fils capable d’illuminer,
tel un rayon de soleil, le quotidien de ce
vieillard diminué par la maladie.
– Je viendrais avec Paul pour le goûter cet
après midi, maintenant je suis là pour t’aider à
te relever.
– Tu vois ma grande, je suis encore dans la
position du tireur couché.

Cette réflexion déclencha simultanément le
rire de Marie, amusée de voir son père Marcel
conserver son humour et la colère de
Jacqueline, visiblement agacée de retrouver
son mari allongé après qu’il se soit
proprement pris les pieds dans le tapis du
salon.

– Qu’est ce que tu avais besoin de
remettre en place la cassette de ce chanteur?
9 L’enfant du soleil
Ta fille avait bien d’autres choses à faire
ce matin que de venir en courant pour te
remettre sur pied.
Tu penses bien qu’elle n’avait pas le temps
de t’amener le petit!

Silencieuse durant tous ces reproches,
Marie en avait profité pour vérifier que tout
allait bien pour son père avant de l’aider à se
relever.
Infirmière, la connaissance qu‘elle avait de
la maladie l‘incitait à plus d’indulgence que sa
mère.

– Tout va bien, fais tout de même
attention; tu pourrais te fracturer le col du
fémur !
Cela, dit, Marie admirait le courage dont
son père avait toujours fait preuve, aussi bien
dans l’adversité que face à la maladie.

S’adressant à ses parents avant de repartir,
Marie annonça :
« Tout à l’heure à l’entrée de la place
Voltaire, j’ai croisé Hubert.
Il a eu le temps de me demander de vous
rappeler qu’il apporterait le muguet du
premier mai comme d’habitude.
Il téléphonera pour préciser l’heure. »
– C’est très gentil de sa part!
– Bon sur ce j’y vais.
10 Claude Jacquart

Marcel s’était lié d’amitié avec Hubert qui
lui rendait régulièrement visite.
Depuis des décennies, Hubert arpentait la
ville et ses quartiers soit pour distribuer des
tracts dans les boîtes aux lettres, appelant à
une réunion ou une manifestation, soit pour
prendre des nouvelles des uns ou des autres.

Si Jacqueline, en maîtresse de maison,
consentait volontiers à recevoir ce militant,
ancien déporté de la résistance, elle ne
comprenait pas pourquoi ce nouvel ami
manifestait tant d’intérêt, voire d’admiration à
l’égard de son mari.
Certes Marcel avait été sérieusement blessé
aux genoux dès le début de l’offensive
allemande en juin 1940 mais ensuite cela lui
avait valu de bénéficier, durant toute
l’occupation, d’un emploi de fonctionnaire
dans les bureaux de la préfecture de la Creuse
à Guéret.
Les états de service de son mari
n’apparaissaient en rien comparables à ceux
d’un résistant.

Peu à peu, Jacqueline découvrit que ces
longs entretiens entre Hubert et Marcel se
transformaient en témoignage sur cette
sombre époque, ce point de bascule où
l’humanité disputait l’avenir à la barbarie.
11 L’enfant du soleil
Hubert n’était pas dupe des objectifs
poursuivis par Marcel lorsque ce dernier
parlait de cette période, cinquante ans plus
tard, devant un auditoire familial de plus en
plus attentif.
Il avait bien remarqué que son ami
abordait systématiquement ces sujets lorsque
Marie venait chez ses parents pour leur tenir
compagnie ou bien s’assurer de la logistique
et de l’intendance vis à vis de ses parents âgés
maintenus à domicile.
S’adressant à l’auxiliaire de vie, Marcel
demanda :
– Apportez-moi, s’il vous plaît, Patricia, la
boîte à biscuit qui est rangée dans le
secrétaire du salon.
– Je voudrais montrer son contenu à
Hubert.
– Aujourd’hui, Marcel a décidé de
m’ouvrir son coffre à trésor plaisanta Hubert.
– Voilà le matériel dont je me servais à la
préfecture pour fabriquer les pièces d’identité
commentait Marcel en montrant divers
cachets et tampons officiels.
– Mon papa a toujours été discret et c’est
une révélation d’apprendre que mon père
était un faussaire lança Marie à la cantonade
sur un ton enjoué.
– Sans nul doute pour la bonne cause
ajouta Jacqueline avec un brin d’ironie.
12 Claude Jacquart
– C’est important pour Marcel de montrer
avec quoi il fabriquait de vrais faux papiers
pour les chefs de la résistance dans le
limousin, répondit Hubert.

Les yeux pétillants, Marcel donna alors
des noms des bénéficiaires :
« Le commandant Marcel Fleiser des
MUR, le capitaine Eugène France et le
colonel Guinguoin des FTP. »

Devant Marie qui s’était approchée,
Hubert donnait alors des explications.
Elle apprit qu’au début de l’occupation les
réseaux de résistance étaient séparés.
Le sigle MUR dèsignait le mouvement
unifié de la résistance.
Le front national sous l’occupation n’avait
rien à voir avec le parti actuel qui faisait, aux
yeux de ces anciens résistants, un score trop
élevé aux élections.
Le sigle FTP dèsignait les francs tireurs et
partisans.
– C’est d’ailleurs quelques temps après le
parachutage de Jean Moulin dans la plaine de
la Crau que votre camarade Fleiser s’est fait
arrêter si je me souviens bien demanda
Hubert.
– Tout à fait, ironie des mots, il fut arrêté
dans la gare de Roanne alors qu’il projetait de
13 L’enfant du soleil
se rendre à Moulin afin d’y participer à une
réunion compléta Marcel.
– Marcel, il faudra que je vous présente un
jour un résistant arlésien qui a fait partie de
l’équipe chargée de réceptionner Jean Moulin
après son atterrissage au milieu de la Crau,
suggéra Hubert.














14




Marie venait de contourner la table basse
du séjour, elle s’assit sur le canapé face à son
père qui était installé dans un fauteuil
électrique auprès duquel avait été rapproché
un fauteuil du salon destiné à Hubert.
Jusqu’à présent, elle avait tout ignoré du
rôle de son père au cours de ces heures
noires.
Songeuse, elle remerciait intérieurement
son père et Hubert pour ces confidences.
Marcel venait de révéler une face cachée
de sa vie à Marie et saisissant alors qu’il était
temps de tout révéler à sa fille, il demanda de
nouveau à l’auxiliaire de vie de lui apporter
un dossier cartonné de couleur jaune
également rangé dans le secrétaire, cette fois
ci dans le tiroir.

« Marie, tu as encore un peu de temps
avant d’aller chercher mon petit à l’école. Si
ta mère t’a transmise la foi chrétienne, moi je
souhaiterais évoquer l’esprit de résistance qui
sommeille peut être en toi.
Prends connaissance du contenu de ce
dossier. »

15 L’enfant du soleil
Marie ouvrit le dossier et s’aperçut de suite
que tout était ordonné et classé, cela ne
l’étonna pas compte tenu de l’emploi qu’avait
tenu son père à la préfecture.
La première pièce était une lettre de
remerciement de Mme Fleiser adressée à
Marcel pour tout ce qu’il avait fait pour aider
son défunt époux.
A cette lettre était annexée la réponse de
Marcel à savoir qu’il n’avait fait que son
devoir pour aider ceux qui avaient engagé le
combat contre l’occupant nazi.
Elle était suivie d’autres lettres de
remerciements, émanant d’organisations
juives agissant, dans différents pays, pour la
protection des orphelins après l’holocauste.
A chaque lettre était jointe la réponse de
son père où il disait qu’il avait fait tout son
possible pour aider ceux qui étaient en danger
en établissant de vrais faux papiers.
Ils avaient permis de mettre à l’abri ces
malheureux enfants dans des familles
limousines.
Ensuite, Marie lut une lettre de Charles
Tillon lorsqu’il avait adressé un exemplaire de
son livre à Marcel.
Marie prit également connaissance d’une
lettre d’un historien qui avait écrit un livre sur
la résistance en Creuse dans lequel était cité le
nom de son père.

16 Claude Jacquart
Elle apprit à cette occasion que son père
mettait à l’abri des résistants dans une maison
de ses grands-parents, impasse Montgolfier à
Guéret, à leur insu bien entendu.

Plus de cinquante ans, c’était le temps
qu’avait attendu Marcel pour révéler qu’il
avait fait partie de ces femmes et de ces
hommes qui s’étaient dressés contre la
barbarie nazie avec ses camps
d’extermination où s’accomplissaient
l’holocauste et l’eugénisme.

– Déjà seize heures, il est plus que temps
d’aller récupérer Paul à la sortie de l’école!
Papa, ton petit je te l’amènerai demain
matin car je suis convoquée par la CCPE à
dix heures trente. Paul n’ira pas à l’école car
je ne suis pas certaine d’en avoir terminé
avant la sortie de onze heures trente.
N’oubliez pas d’offrir un goûter à Hubert.
Sur ces paroles, Marie s’éclipsa..

Hubert, s’adressant à Jacqueline demanda :
– Dans quelle école est Paul ?
– A l’école maternelle Le Petit Prince, dans
leur ancien quartier de Griffeuille.
– Pourquoi si loin, n’ont ils pas trouvé de
place à l’école Pauline Kergomar dans leur
quartier de Monplaisir ?
– C’est plus compliqué que cela… »
17 L’enfant du soleil

Marcel coupa alors la parole à sa femme en
déclarant solennellement :

– J’ai bien conscience qu’il faudra
beaucoup de combativité et de courage à
Marie pour que mon petit puisse avoir, un
jour, sa place au soleil.
Patricia, apportez-nous le goûter s’il vous plait.


18




Marie attendait à l’extrémité d’un long
couloir que l’on vienne la chercher pour la
réunion de la CCPE.
Tendue, tenant la convocation dans ses
mains, elle relisait.

« Vous êtes invités à participer à la réunion
de la commission, appelée à examiner le cas
de votre enfant et statuer sur une éventuelle
réorientation le dix huit novembre à dix
heures trente.
Nous souhaitons votre nécessaire
collaboration.
Vous voudrez bien confirmer votre
présence en contactant le secrétariat. »

La signature était illisible, par contre l’en-
tête de la convocation en imposait.
Elle déclinait successivement l’inspection
académique, puis la commission
départementale de l’éducation spécialisée,
enfin la commission de circonscription de
l’enseignement pré– élémentaire et
élémentaire, elle même présidée par
l’inspecteur de l’éducation nationale.
19 L’enfant du soleil
Marie rangea la convocation dans une
poche et l’attente commença.

Le couloir distribuait d’anciennes salles de
classes.
Par nostalgie sans doute étaient restés
accrochés, à mi hauteur sur les murs, des
dizaines de porte-manteaux, maintenant
inutiles.
En conservant ceux ci, voulait on rappeler
tout le travail accompli par l’école de la
république pour transformer des écoliers en
de futurs citoyens?
L’attente se prolongeant, l’esprit de Marie
se mit à vagabonder.
A son époque, filles et garçons étaient dans
des écoles primaires distinctes ou alors, dans
un même groupe scolaire, les filles étaient
dans une classe et les garçons dans une autre.
A la récréation chacun jouait de son côté,
le saut à la corde pour les gamines et les jeux
de gendarmes et de voleurs pour les gamins.
Maintenant la mixité, dès l’école primaire,
s’était généralisée et Marie n’entrevoyait pas à
priori ce qui avait pu changer dans les
rapports entre filles et garçons, excepté
l’accueil de la différence …

Elle fut brutalement interrompue dans ses
pensées par le bruit d’une porte claquant au
fond du couloir.
20