L'enfant venu d'Haïti

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Derniers moments du règne Duvaliériste en Haïti, la chute du tyran semble inévitable. Jérôme un garçonnet de sept ans, vit en reclus dans une petite communauté clandestine quelque part sur la côte.


La Martinique. Célia, la mère de Jérôme lutte entre la vie et la mort. Pierre-Etienne, le compagnon, apprend l'existence de cet intrus inattendu. Révolte, rancune, mais lorsque le petit débarque aux Trois-Ilets, c'est pourtant le début d'une grande histoire d'amour entre l'homme et l'enfant. Tandis qu'à Port-au-Prince, débute la «bacchanale» qui succède au départ hâtif de Baby Doc, la vie suit son cours dans la ronde des personnages Clémencia-zié-loli, Sò Génor et Salomé.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844505286
Nombre de pages : 200
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JérôME lEva SES yEUx EMBUéS vErS lE MOrnE qUI S’élEvaIt dEvant lUI. en cOntrE-BaS, UnE MaIgrE végéta-tIOn : dEUx OU trOIS arBrES à paIn avarES, qUElqUES cOcO-tIErS dESSéchéS, dEUx frêlES gOyavIErS Et d’InqUIétantS razzIéS EnvahIS dEvermicelles-djab. AU-dElà, la fOrêt MOntagnEUSE, paradIS dE MygalES Et dE SErpEntS, dE ManIcOUS Et dE nOMBrEUx MaMMIfèrES, rEgOrgEaIt d’acO-MatS Et dE MahOganyS. un jOUr, JérôME Et iSIdOrE avaIEnt décOUvErt UnEtraceqUI lES avaIt cOndUItS danS UnE grOttE qUI étaIt dEvEnUE lEUr rEpaIrE. en rEMOntant lE lOng dE la côtE, On rEncOntraIt la végétatIOn caractérIS-tIqUE dES MangrOvES. LES palétUvIErS rEgOrgEaIEnt d’hUîtrES Et dEburgotsqUI S’attachaIEnt à lEUrS racInES EnchEvêtréES. A l’IntérIEUr dES tErrES, dES MIllIErS dE craBESc’est-ma-fautepUllUlaIEnt aInSI qU’UnE MUltItUdE dE gaStérOpOdES. DES pOISSOnS aUx yEUx glOBUlEUx afflEUraIEnt parfOIS à la SUrfacE dES EaUx lIMOnEUSES. JérôME paSSaIt dES hEUrES à lES SUrvEIllEr tandIS qUE SOn cOMpagnOn UtIlISaIt SOn chaSSEpOt cOntrE lES OISIllOnS. A la tOMBéE dU jOUr, UnE nUéE d’OISEaUx BlancS S’aBattaIt SUr la MangrOvE. DE lOIn, lE SpEctaclE étaIt SUrprEnant. on EUt dIt qUE lES arBrES étaIEnt chargéS dE frUItS. iSIdOrE, lE traîtrE lançaIt UnE pIErrE. sOUdaIn, la vOléE S’épar-pIllaIt danS lE cIEl, pUIS rEprEnaIt EnSUItE pOSSESSIOn dES lIEUx. iSIdOrE, MOrt dE rIrE, rEcOMMEnçaIt SOn ManègE dIx fOIS, jUSqU’aU MOMEnt Où lES crIS pErçantS d’AdélaïdE crEvaIEnt la nUIt. ellE n’aIMaIt paS qUE lES EnfantS S’attardaSSEnt danS lE MarIgOt à la tOMBéE dU jOUr. iSIdOrE avaIt nEUf anS. JérôME Et lUI étaIEnt danS la MêME claSSE Malgré lEUrS dEUx annéES dE dIfférEncE. ilS étaIEnt InSéparaBlES En dépIt dU caractèrE qUErEllEUr d’iSIdOrE. JérôME aIMaIt cE lIEU SaUvagE Où Il vIvaIt dEpUIS plUSIEUrS MOIS. CélIa, Sa MèrE l’avaIt cOnfié à l’affEctIOn plUtôt rUdE dE Da AdélaïdE. ilS dEMEUraIEnt lOIn dE tOUt, à plUSIEUrS kIlOMètrES d’’Un MISéraBlE vIl-
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lagE dE pêchEUrS. DEUx OU trOIS faMIllES dE parIaS, avaIEnt fOndé UnE MInUScUlE cOMMUnaUté à l’InSU dES aUtOrItéS danS cE trOU pErdU qU’IlS avaIEnt BaptISé FOndS-la-ROSE.
LE garçOnnEt S’attarda aU SOUvEnIr dES dErnIèrES vacancES paSSéES avEc Sa MèrE chEz SES cOUSInS à Cap HaïtIEn. TOUt lEUr tEMpS avaIt été cOnSacré à la détEntE. ilS faISaIEnt dE lOngUES randOnnéES à travErS la fOrê. enSUItE, IlS SE pOUrSUIvaIEnt SUr lE SaBlE Et S’aMUSaIEnt à rEchErchEr dES cOqUIllagES rarISSIMES. PUIS, tOUt lE pEtIt MOndE S’éBattaIt jOyEUSEMEnt danS lES vagUES. LES plUS grandS S’affrOntaIEnt à la nagE. JérôME qUant à lUI, paS-SaIt dE lOngS MOMEntS cOUché SUr la grèvE, à écOUtEr lES récItS qUE Sa MèrE lUI faISaIt à l’aIdE dE lIvrES aBOndaM-MEnt IllUStréS. sES hérOS favOrIS étaIEnt barBE-NOIrE, ROBInSOn CrUSOé, CapItaInE-jaMBE-dE-BOIS, COMpèrE-général-SOldat. il rêvaIt dE flIBUStE Et dE tréSOrS EnfOUIS, dE caravEllES EnglOUtIES avEc lEUr cargaISOn. L’îlE dE la TOrtUE rEpréSEntaIt pOUr lUI Un lIEU d’EScapadE UnIqUE, rEMplI dE MyStèrES Et dE MagIE. CélIa lUI racOntaIt éga-lEMEnt la vIE qU’EllE avaIt MEnéE à ParIS, lES SéjOUrS chEz lES cOUSInS dE schœlchEr En martInIqUE, Et FOrt-dE-FrancE la cIté lOIntaInE rIchE En cOUlEUrS Et En BEaUtéS.
CErtaInS SUjEtS dEMEUraIEnt pOUrtant taBOUS, EMprEIntS d’Un prOfOnd MyStèrE. QU’ESt-cE qUI lES OBlI-gEaIt à vIvrE En rEclUS à FOndS-la-ROSE ? POUrqUOI avOIr chErché rEfUgE danS cEt EndrOIt pErdU Où Il n’y avaIt paS dE rOUtE, MaIS SEUlEMEnt qUElqUES tracES qUI dISparaIS-SaIEnt rapIdEMEnt à travErS la végétatIOn ? POUrqUOI lES adUltES rEdOUtaIEnt-IlS tant cES hOMMES En UnIfOrME vErt qUI patrOUIllaIEnt parfOIS danS la MOntagnE, fUSIl aU pOIng ? JérôME lES avaIt vUS UnE fOIS SUr lE pOStE dE télé-vISIOn dE GErMaInE, lE SEUl qUI ExIStât danS lE BOUrg vOI-SIn dOnt On taIra lE nOM. CErtES, dE vagUES rUMEUrS d’aSSaSSInatS parvEnaIEnt dE la capItalE. il étaIt qUEStIOn
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d’affrOntEMEnt avEc dE tErrIBlEStontons macoutes, dE dISparItIOnS trOUBlantES Et InExplIqUéES. TOUS cES événE-MEntS étaIEnt cOMMEntéS avEc vIrUlEncE par AdélaïdE, En Un patOIS qUE JérôME nE cOMprEnaIt paS tOUjOUrS. ilS ExcItaIEnt SOn IMagInatIOn déjà EntrEtEnUE par lES récItS dES ExplOItS faBUlEUx dE CapItaInE-jaMBE-dE-BOIS Et dE COMpèrE-général-SOldat. maIS tant dE qUEStIOnS dEMEU-raIEnt SanS répOnSE. JérôME ESSayaIt dE SE faIrE UnE IdéE dE schœlchEr, la vIllE Où CélIa SE cachaIt. il IMagInaIt plEIn dE pEtItES MaISOnS cOqUEttES avEc dES flEUrS aUx BalcOnS, dES gEnS BIEn vêtUS Et radIEUx. Là-BaS, cEttE MISèrE qU’Il côtOyaIt qUOtIdIEnnEMEnt, n’ExIStaIt paS, Il En étaIt cErtaIn. et CélIa lUI avaIt prOMIS-jUré qU’EllE vIEndraIt lE chErchEr à PâqUES pOUr SES SEpt anS.
en attEndant, lE garçOnnEt étaIt OBlIgé dE SUBIr lES SaUtES d’hUMEUr dE Da AdélaïdE. CEttE dErnIèrE l’aIMaIt BIEn pOUrtant. maIS EllE avaIt pEU dE tEMpS à cOnSacrEr aUx SEntIMEntS, EntrE SOn travaIl dE rEMpaIllEUSE, aUx rEvEnUS aléatOIrES, Et SES cInq EnfantS, plUS UnE BOUchE dE plUS à nOUrrIr. sanS hOMME, EllE SE déBrOUIllaIt cOMME EllE pOUvaIt pOUr faIrE vIvrE SOn pEtIt MOndE. ellE cUltIvaIt dEUx OU trOIS carréS d’IgnaMES dErrIèrE la MaISOn, danS UnE tErrE IngratE Et SaBlOnnEUSE. ellE trO-qUaIt régUlIèrEMEnt SES légUMES Et SES épIcES cOntrE dU pOISSOn fraîchEMEnt pêché par lES frèrES bOnIfacE. QUElqUES pOUlES élEvéES chIchEMEnt danS UnE calOgE, lUI dOnnaIEnt dES œUfS Et dE la vIandE lES jOUrS dE fêtE. POUr lE rEStE, EllE avaIt crédIt chEz la grOSSE GErMaInE, l’épI-cIèrE dU BOUrg. ellE faISaIt EllE-MêME Sa farInE dE ManIOc Et SOntoloman. unE OU dEUx fOIS par an, On pOSaIt dES ratIèrES pOUr attrapEr lES énOrMES craBES dE tErrE à la chaIr SUccUlEntE. on lES nOUrrISSaIt pEndant plUSIEUrS jOUrS dE paIn raSSIS Et dE fEUIllES dE frUItS à paIn à vOlOnté avant dE lES faIrE paSSEr à la caSSErOlE. JérôME qUant à lUI, appâtaIt lES z’haBItantS avEc dES MOr-
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cEaUx dE ManIOc qU’Il dépOSaIt danS dE pEtItS panIErS faBrIqUéS par la rEMpaIllEUSE. il lES rappOrtaIt EnSUItE à la caBanE Où IlS nE tardaIEnt paS à MIjOtEr danS UnE SaUcE flEUrant BOn lES épIcES fraîchES : fEUIllES dE BOIS d’indE, pErSIl, OIgnOnS-payS, clOUS dE gIrOflE, grOS thyM, pIMEnt.
La caSE dE BOIS étaIt rEcOUvErtE dE tôlES. ellE étaIt cOMpOSéE d’UnE vaStE SallE, SéparéE dE la chaMBrE par UnE pOrtIèrE faItE dE lanIèrES dE plaStIqUE, aU travErS dES-qUEllES On apErcEvaIt Un grand lIt rEcOUvErt dE SatIn rOSE MatElaSSé, Et UnE arMOIrE-hOUSSE à MOItIé évEntréE. TrOIS MatElaS SOUIlléS prEnaIEnt appUI cOntrE lE MUr. AU fOnd, caché par Un paravEnt, SE trOUvaIt lE SEaU d’aISancE qU’AdélaïdE allaIt vIdEr à la MEr la nUIt tOMBéE. unE laMpE à hUIlE Et UnE vIErgE d’Onyx étaIEnt pOSéES SUr UnE pEtItE taBlE rEvêtUE d’UnE plaqUE dE MarBrE fêléE En SOn MIlIEU.
La SallE étaIt MEUBléE SOMMaIrEMEnt d’UnE taBlE rEcOUvErtE d’Un cIré Où trônaIEnt Un énOrME cEndrIEr pUBlIcItaIrE Et Un vaSE grOSSIEr En vErrOtErIE. CE dErnIEr cOntEnaIt qUElqUES rOSES En MatIèrE plaStIqUE, MacUléES dE chIUrES dE MOUchES, Et MaIntEnUES par UnE épaISSE cOUchE dE SaBlE nOIr. sIx chaISES cannéES faISaIEnt la fiErté d’AdélaïdE. un BUffEt vItré laISSaIt apparaîtrE UnE dOUBlE rangéE dE vErrES BOrdéS d’Un MIncE lISéré d’Or. sUr lE dESSUS vErnI, Un grand chIEn dE faïEncE pOSaIt SOn rEgard trIStE SUr lES rarES vISItEUrS qUI franchISSaIEnt lE SEUIl dE la BIcOqUE. un SUjEt dE pOrcElaInE IrISéE d’Un trèS MaUvaIS gOût, rEpréSEntaIt UnE SIrènE jaIllISSant d’UnE cOqUIllE dE BénItIEr. ellE tEndaIt lES MaInS avEc grâcE pOUr rEcEvOIr la BOîtE d’allUMEttES. LES MUrS étaIEnt OrnéS d’IMagES pIEUSES Et d’Un grand MIrOIr prESqUE SanS taIn Encadré dE dOrUrES défraîchIES. LE planchEr étaIt rEcOUvErt d’Un lInOléUM USé jUSqU’à la cOrdE Et qUI laISSaIt apparaîtrE lE BOIS par EndrOItS. unE plantE vErtE raBOUgrIE achEvaIt dE SE dESSéchEr danS Un
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cOIn. unE laMpE-tEMpêtE étaIt SUSpEndUE En pErManEncE à Un clOU aU-dESSUS dU SEUIl dE la cahUtE.
La cUISInE ExtérIEUrE étaIt UnE SOrtE dE hUttE dépOUr-vUE dE MOBIlIEr à part Un vIEUx Banc Branlant rOngé dE pOUl’BOIS. unE SEUlE étagèrE SUppOrtaIt UnE vaISSEllE déparEIlléE. un canarI aU cUl nOIrcI trônaIt pErpétUEllE-MEnt SUr lE réchaUd à charBOn. sEUl lUxE, la cUISInIèrE à BUtanE OffErtE par la MaMan dE JérôME. on raMEnaIt lE gaz dU BOUrg à l’aIdE dU caBrOUEt dE mOnSIEUr AnatOlE. LES planchES dES clOISOnS prOvEnant dE caISSES dE MOrUE SéchéE, étaIEnt dISjOIntES Et laISSaIEnt filtrEr lE jOUr. LES IntErStIcES pErMEttaIEnt à man AdélaïdE dE SUrvEIllEr cE qUI SE traMaIt aU-dEhOrS. La réSErvE d’EaU SE trOUvaIt à l’ExtérIEUr danS dE grandES tErrInES Et dES SEaUx En Métal galvanISé rEcOUvErtS dE tOIlE cIréE. LES jOUrS dE fêtE, On achEtaIt dE grOSSES BarrES dE glacE qUE l’On cOnSErvaIt danS dE la ScIUrE dE BOIS.
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