L'Enfer pour Parady

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- Un écrivain qui perd son inspiration sous les cocotiers :" L'enfer pour Parady " - Un meurtre et beaucoup de suspects dans un village isolé :" Un jeu d'enfant " - Une semaine agitée dans une maison de retraite :" Le collier de l'arène " - Un tueur en série qui signe ses crimes d'une façon très particulière :" La matole " L'inspecteur Catmandou, dit le Népalais, nous entraîne dans ses investigations de Paris à Tahiti en passant par Triffouillis-les-Oies, pour résoudre avec flegme et efficacité, ces quatre enquêtes policières
Publié le : jeudi 24 mars 2016
Lecture(s) : 4
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026204602
Nombre de pages : non-communiqué
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Jean-Serge LALANNE

L'Enfer pour Parady

Nouvelles criminelles

 


 

© Jean-Serge LALANNE, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0460-2

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Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

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" Les journaux sont pleins de cauchemars

On se tue du matin jusqu’au soir

La police est sur les dents

Celles des autres évidemment "

(Boris Vian, chanson " Chantez "- 1954)

 

 

 

 

 

 

L’enfer pour Parady

 

 

 

1

 

« Alors, quel effet ça fait ? »

À mes côtés, attablé à la terrasse, l’homme à qui je pose cette question relève la tête, regarde au loin vers la barrière de corail où quelques voiliers ont largué les amarres, puis, d’une pichenette, retire la mouche qui flotte dans son verre, boit une gorgée de bière, et de nouveau, pose son regard sur l’écran de mon ordinateur.

« Alors, quel effet ça fait ? »

Je l’ai attendu ce moment pour lancer cette phrase. Mon supérieur, le divisionnaire Morvan, a manqué de s’étrangler lorsque je lui ai annoncé que je prenais quelques jours de vacances et que notre administration devait me fournir un billet d’avion pour ma destination sous les cocotiers. Il m’a traité de fou, m’a dit de laisser ça aux privés, que les affaires de disparition ne nous concernaient pas, ou plus, car il y a plusieurs mois il avait décidé de classer l’affaire. Nous, ce qui nous concernait, c’était les affaires de meurtres, de crimes non résolus. Et de ce côté-là, il y avait de quoi faire à Paris. Après tout, il a ajouté, plus de dix mille personnes disparaissent volontairement chaque année dans l’hexagone. Alors…

Pour le convaincre, je lui ai montré une photo, ainsi qu’un article de presse dont le titre était " Un an déjà ", qui relatait la mort par suicide de l’écrivain à succès John Parady. À côté, sur une colonne, était mentionnée également, la disparition, deux jours après l’enterrement de l’écrivain, de Jean Caiss, fidèle lecteur de l’écrivain suicidé, dont il avait fait la connaissance au Salon du livre de Paris une semaine auparavant. Un portrait de Caiss illustrait l’article.

La photo était un selfie pris quelques semaines avant la parution du journal. C’est en triant ses photos sur son ordinateur que la jeune femme qui m’avait contacté, avait trouvé une certaine ressemblance avec la personne rencontrée lors de son séjour en Polynésie.

C’est vrai que la ressemblance était troublante. Après tout, il paraît que chacun d’entre nous a sept sosies sur terre. Morvan avait peut-être raison. Me déplacer pour un sosie, autant démissionner tout de suite et finir comme détective privé, à arpenter les rues, caché derrière un magazine avec un appareil photo pour traquer les couples illégitimes.

Le divisionnaire a trouvé la solution. « Je vous donne trois semaines, a-t-il dit. Pas un jour de plus. Pendant ces trois semaines vous serez en disponibilité, donc, libre de travailler comme vous le souhaitez. Et pour le billet d’avion, contractez un crédit auprès de votre banque. Si votre enquête aboutie, vous serez dédommagé. Si ce n’est pas le cas, vous finirez dans les vieux locaux de la P.J à ne faire que des interrogatoires ».

— OK ?

— OK !

Ma banque m’a accordé un crédit de quatre mille euros et je suis parti à la recherche d’un sosie.

Morvan m’a accompagné à l’aéroport et avant que je referme la portière de sa vieille Clio, il m’a lancé : « Vous êtes sûr que votre lascar est toujours là-bas ? » je lui ai répondu par un clin d’œil.

Les informations que m’avait données la jeune femme apprentie détective, justifiaient mon départ. Elles précisaient que l’homme qui ressemblait à Jean Caiss, logeait dans une petite pension hôtelière sur une île de Polynésie, depuis bientôt un an.

Lorsque j’ai rencontré Léa, c’est son prénom, afin qu’elle me fournisse tous les renseignements utiles à mon voyage, j’ai regretté qu’elle ne puisse m’accompagner. La trentaine, jolie, bronzée, j’ai tout de même pris conscience que j’étais un vieil ours de près de cinquante ans, qui n’avait aucune chance de trouver son pot de miel.

J’ai fait les réservations d’avion, transfert et logement dans une agence spécialisée et c’est ainsi qu’après vingt-deux heures de voyage et douze de décalage horaire, j’ai passé ma première nuit à Tahiti, au motel qui fait face à l’aéroport. La chambre était sommaire mais le grand lit suffisait pour dérouiller mes vieux os et mon dos meurtri. Après une douche fraîche, j’ai réglé le réveil de mon téléphone portable, car il fallait que je me présente à huit heures, le lendemain matin, au comptoir des vols inter-îles, pour embarquer à bord d’un petit avion de quarante-deux places pour quarante minutes de vol.

À bord, j’ai tout de suite été envoûté par les odeurs de tiaré, les couleurs des paréos et la beauté des vahinés.

Lorsque j’ai posé le pied sur la piste bordant l’océan, j’étais totalement dépaysé par l’ambiance et la présence de ce petit aéroport où il était inscrit sur le bâtiment " Bienvenue à Huahine ".

En cette fin du mois d’avril, j’étais apparemment le seul touriste attendu. À la couleur de ma peau très blanche, la vahiné qui m’attendait avec mon nom inscrit sur un morceau de carton tenu au-dessus de sa tête, s’est dirigée vers moi et avec un grand sourire elle m’a passé autour du cou, un collier de fleurs odorantes.

« Bienvenue à Huahine, Monsieur Catmandou ».

Je voyageais juste avec une petite valise et un sac à dos, qui contenait en plus de quelques affaires personnelles, l’appareil photo emprunté aux collègues de l’identification. À partir de cet instant, j’étais Catmandou, photographe professionnel qui faisait le tour des îles pour une production de cartes postales.

« Mon nom c’est Patience, me dit la vahiné en me désignant le véhicule 4x4 avec lequel elle me conduirait à sa petite pension qui porte son nom. Enfin, ce n’est pas mon vrai nom. Je m’appelle Aniataitera. Ҫa veut dire la femme qui demande aux nuages de s’éloigner. Mais ici, tout le monde m’appelle Patience, car vous les touristes, vous êtes toujours pressés. Alors, je dis sans cesse, patience, le bateau va arriver. Patience, le soleil va revenir. Patience, les moustiques vont finir par t’aimer. Hi hi ».

Je ne lui ai pas dit que moi aussi j’avais un surnom donné par mes collègues. Le Népalais, à cause de mon nom, Catmandou.

A l’approche du village, elle m’a indiqué le magasin tenu depuis longtemps par des popa’a, des blancs, quoi, elle a dit. « Ҫa fait trente ans qu’ils sont en Polynésie et ils sont blancs comme toi. Ils doivent se laver à l’eau de javel, hi hi. Là, à gauche, c’est le bureau de poste, il est joli en jaune et bleu. Plus loin, en face, c’est la pharmacie. » Elle a tourné à droite et devant nous, après la mairie, j’ai retrouvé le lagon et l’océan pacifique. La pension Patience était bien située. Seule, la route la séparait de la petite plage.

— Tu vas rester combien de temps déjà ? Oh, j’ai de la place en ce moment. Les touristes américains ne sont pas encore arrivés. Il faudra attendre le mois prochain pour gagner de l’argent. Hi hi. J’ai un client, ça fait un an qu’il est là. C’est un popa’a, un français, comme toi. Tu vas sûrement faire sa connaissance. Le matin, le petit-déjeuner est à partir de sept heures. Le midi, si tu veux manger, tu me le dis. Et le soir, il faut que tu te débrouilles. À droite, au bord du lagon, se trouve un snack. Autrement, dans le village, des roulottes te proposent des plats chauds. Sinon, tu fais tes courses au magasin et la cuisine de la pension est à ta disposition pour préparer ton repas. Mais il faut tout laisser propre. D’accord ? Tiens, voilà la clef de ta chambre et le code d’accès. L’après-midi, après quatorze heures c’est fermé. Je suis fiu comme on dit ici. Fatiguée, si tu veux. Alors je me repose avec mon tané. Mon mari quoi.

Une question me brûlait les lèvres.

— Et votre client ? Heu, ton client, ç’est vrai qu’ici on se tutoie. Il s’appelle comment ?

— Jean. Il y en a qu’ils l’appellent Monsieur Jean. Des fois, il dit John ; il veut se faire passer pour un Américain. Son nom de famille, je m’en souviens très bien, même s’il me l’a donné qu’une seule fois en arrivant. Caisse.

— Comme une caisse ? J’ai demandé.

— Je l’ai écrit comme ça. C’est marrant son nom. Jean Caisse, j’encaisse, hi hi ; Tu le verras, il passe les après-midi tout seul sur la terrasse, avec son ordinateur et un pack de bières fraîches acheté au magasin.

Au jeu de mots j’encaisse, je me suis dit : Bingo !

 

 

2

 

Avant mon départ, il fallait que je consulte le dossier du procès-verbal de disparition concernant Jean Caiss. Au deuxième sous-sol de la P.J, j’ai trouvé le carton portant la référence JC 100713 qui correspondait à la date d’arrêt des recherches, n’ayant aucune piste sérieuse à suivre. À l’intérieur de la chemise cartonnée, il n’y avait vraiment pas grand-chose. Une photo, la même que celle reproduite dans le journal, puis une autre prise au Salon du livre de Paris, quelques jours avant sa disparition. Il posait aux côtés de John Parady en séance de dédicace. Se trouvait aussi un rapport sur sa vie personnelle. À 29 ans, il travaillait comme représentant dans une société de négoce en vin de Bordeaux, dont ses parents étaient propriétaires. C’est à leur demande que l’enquête avait été instruite et avait déclenché un avis de recherche. Jean Caiss avait pris quelques jours de vacances pour visiter Paris, et surtout assister au Salon du livre. Sa passion pour la lecture n’était pas vue d’un bon œil par son père, pour qui les livres étaient faits pour s’instruire et non pour divertir. C’était écrit et souligné dans le constat. Avait-il alors choisi de changer de vie, afin de ne plus être sur les routes à livrer et promouvoir les vins locaux ? Avait-il fait une mauvaise rencontre ? Dans sa chambre d’hôtel situé rue de Seine, dans le quartier Saint-Germain-des-Prés, ses effets personnels étaient restés intacts dans sa valise. Aucune lettre, aucun indice permettant d’avancer ou d’explorer des pistes criminelles. Même son livre dédicacé par Parady était resté ouvert sur son lit. C’est la direction de l’hôtel qui avait prévenu la police en signalant qu’un client s’était volatilisé.

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