L'errante pleurante

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L'errante pleurante est un roman inspiré des conflits politiques, religieux et intercommunautaires qui se déroulent en Afrique ; notamment à l'Ouest. Il dévoile le risque et les souffrances sur le chemin de l'immigration clandestine et comment la vie d'une personne peut y basculer en un instant, prendre une autre dimension, lors de ce voyage en camouflage... Le personnage principal est une femme du nom de Tona. Son mari a disparu après l'attaque de leur village par des hommes armés, rebelles, bandits ou loyalistes, personne ne le sait. Elle prendra la fuite avec les rescapés du village accompagnée de son fils Raphin pour trouver refuge ailleurs...
L’errance pleurante est un drame, celui de la vie de Raphin, fils de Tona. C’est le destin tragique d'une mère se sacrifiant pour offrir à son fils unique la chance de vivre librement. Cette femme est le symbole de tous les peuples démunis devant les violences.
Publié le : mardi 25 mars 2014
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EAN13 : 9782332611871
Nombre de pages : 426
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-61185-7

 

© Edilivre, 2014

Dédicaces

 

 

A toutes les mères, à tous les enfants, à toutes les personnes victimes de violences politiques et religieuses partout dans le monde.

Qui fait la violence
et qui fait la paix ?

Depuis la création, la queue a toujours payé, le faible a toujours remboursé ce que la tête, ce que le fort a pris ; à commencer par le sang d’Abel.

S’il ne l’a pas payé par la sueur froide d’une pénible activité menée lui-même, il le fera par celle chaude d’une violence, par le sang de la vie incarnée en lui.

Tona est une paysanne, fille d’un paysan ; du père au fils, ils le sont ainsi depuis des générations. Elle est villageoise. Son village regroupe peu nombre d’habitants dans une ambiance d’amour, de fraternité et d’hospitalité. Ils n’ont que la terre comme héritage. Tous les habitants possèdent la même source de revenus. C’est une grande famille indépendante dont l’expression est l’amour. Tout a d’abord commencé par des rumeurs, puis d’un coup il y a eu basculement. Des hommes armés ont pris d’assaut leur village ; ils ont massacré hommes, femmes, enfants, et enlevé d’autres. Le mari de Tona ainsi que plusieurs autres personnes ont disparu. Ils ont été enlevés par les insurgés. C’est alors la panique.

Les rescapés fuient et veulent se rendre dans d’autres localités. C’est une attaque menée par des inconnus. On doute les loyalistes qui les accusent d’être des rebelles, des pro-rebelles ; d’avoir caché des armes ; enfin, un paquet de rumeurs, de versions incohérentes. C’est le début d’une aventure ; un épisode de larmes, de souffrances et d’angoisse pour Tona, et de mauvais souvenirs pour Raphin son fils.

La nuit semble freiner l’obscurité pour tarder au jour de se lever. Malgré le traînage de la nuit, elle a, en fin de compte cédé la place au jour qui a paru trouvant tout le village sous les larmes.

Chacun pleure ses proches victimes et ramasse ses baluchons. C’est le moment de déguerpir du village pour se réfugier quelque part.

Le soleil est sur le milieu de la tête, ardent comme si la nuit ne reviendra plus jamais. C’est un départ imprévu et en pleine journée. La fuite vers une frontière voisine pour trouver refuge.

Tona la mère de Raphin arrive à faire route avec certains rescapés, accompagnée de son fils. Ce n’est pas un voyage mais une fuite pour sauver sa vie.

Il faut passer par la forêt ; c’est le lieu le plus sûr. Là-bas on est un peu couvert.

Mikelé est un homme d’une quarantaine ; il n’était pas au village lorsqu’il y a eu l’attaque. Il avait passé la nuit au champ. A son retour le matin ; il n’entend que des cris d’apitoiement.

– Que se passe-t-il ?

Demande à n’importe qui ; mais sans suite.

Tout le monde sanglote. Sa famille a disparu. Il doit lui aussi fuir. Il conduira les autres pour passer à travers la forêt.

– Pas de bruit ; informe le guide.

Dans cette forêt on ne voit rien. On ne sait pas qui loge ici ; qui fout quoi ici ? C’est un lieu où sont en embuscade les gens qui revendiquent leurs droits. Ça peut à tout moment mal tourner. C’est peut-être aussi une bonne direction, mais rien n’est sûr. Questions et réponses à la fois.

Eh ! en voilà ! Des coups de feu éclatent dans
la forêt.

– D’où proviennent-ils ?

– Qui visent-ils les tireurs ?

– Ce sont les mêmes, les loyalistes ; se questionne et se répond à la fois Mikélé. Tona de l’autre côté est affolée. Elle a pris la jungle avec sa tête perdant sa compagnie et s’est retrouvée cernée par l’effroi et la peur ; le danger et le péril ; l’embarras et le doute ; l’incertitude et l’interrogation.

Malgré l’indétermination qui envahit le fond de son âme sur sa direction, et la méconnaissance des lieux où elle se trouve, elle résolut quand même de prolonger sa marche espérant retrouver le groupe, déboucher à un abri ou peut-être se retrouver entre les mains d’une bonne volonté ; un cœur pieux, un bon Samaritain ; enfin, beaucoup de souhaits à la fois.

La certitude d’une chose dans mes pleurs, sous lesquels ma pensée ne se lasse pas de m’angoisser, comme quoi, le même qui fait la violence, c’est le même qui fait la paix.

Est-il possible que Tona soit capable de créer une violence sous cette faiblesse ?

Dans mon fond, je l’ignore comme la majorité des personnes sensibles.

Fuyant tous pour une même raison ; il est évident qu’aucun parmi eux ne peut être la source d’une violence.

Autant que continueront les conquêtes impériales des pouvoirs, autant règnera la violence. Autant la désobéissance des pouvoirs existera, autant persistera le mal ; ainsi les plus faibles continueront de périr.

Ces fuyards heurteront la vulnérabilité et se retrouveront tous ensemble sur le même bord d’un voyage suicidaire.

Poussés par ce qui les oblige, ils sont contraints
de fuir.

Qui est-il heureux de quitter sa famille ?

Il y a sans doute une raison pour toute fuite ; et c’est cette raison qui m’amène à croire que le criminel n’est pas seulement celui qui amène la mort physique, mais aussi celui qui donne volontairement une idée erronée de la réalité sous dissimilation d’être indulgent, complaisant avec celui qui ne possède rien, qui est traumatisé ou qui est faible ; alors qu’il est mauvais.

La majorité de ces violences sont donc provoquées par les mêmes qui font le jeu des secouristes.

La déception est que ce sont aussi les mêmes faibles cruellement victimes, qui sont incités à livrer leur vie pour paralyser ou augmenter la dimension des hostilités.

Ma conviction est que Raphin, le fils de Tona n’a pas découvert la condition de vie dans laquelle ses parents vivaient ; à savoir s’ils étaient pauvres ou pas. Il n’a non plus aucune connaissance de l’agression qui leur est arrivée au village.

Voici une vie d’enfance qui est sur le point de se préparer vers une calamité à l’âge de la découverte du vrai et du faux. Aucun enfant n’est préparé pour traverser son état d’inconscience. La discipline est donc aux conscients de le savoir afin de les protéger.

A cet âge d’angoisse affreuse ; Raphin affronte la jungle. La solitude dès l’enfance. Il est coupé des autres enfants. Il n’a aucun contact humain. Le voici désormais dans l’effroi sous les cris des oiseaux, des animaux ; sous les rugissements des lions et quelque part en bas vers où le pied doit se poser le ronflement du hérisson expose la vie à la mort.

La permanence du danger n’est pas incertaine, elle est bien présente. Mais l’enfance de Raphin ne lui permet pas de détecter ce grand risque autour de lui. Son regard et son attention sont fixés sur sa mère ; il croit qu’elle est plus puissante que toutes ces créatures qui déambulent autour d’eux.

Sous son regard ignorant ; il saisit la main de sa mère, agitée sous sa marche errante qui n’amène nulle part que vers une destination introuvable. Ils sont au milieu d’une forêt où les prédateurs sont tout le temps en embuscade pour se jeter sur leur proie. Impossible de croire dans ces lieux à ce dicton : « il y a plus de peur que de mal ».

L’intention de Tona n’est autre que de sauver sa vie et celle de son fils. Elle est en fuite devant la violence, celle sous l’agressivité et les menaces des prétendants au pouvoir et l’offensif des défenseurs de leur autorité. Sa force n’est autre que la fuite. Elle n’est qu’une simple paysanne. Nue dans son cœur, elle ne possède aucune ambition ni pour la suprématie ni pour la gloire. Son pouvoir est bien la fuite, son slogan c’est sa liberté et sa paix ; et sa justice est son intérieur creux, le cœur sans façon qu’elle porte dans son sein où s’affrontent le bien et le mal.

Tona est devenue malheureuse femme. Elle est suspendue dans un cosmos désespéré, celui de la souffrance.

Dans son regard, elle lit sur le visage de son fils l’inquiétude et la fatigue qui, depuis des jours est tiré par la main sans repos ni drôles d’histoires d’enfance. Il faut essayer de faire quelque chose afin de balayer ce visage décomposé qui risquera de la rendre inanimée. Mais que faut-il dans cette jungle où elle est abasourdie par les grondements de toutes les surprises désagréables.

La vie réserve à chaque humain de grandes surprises, bonnes comme mauvaises ; lâchent les lèvres de Tona sans interlocuteur.

Que peut comprendre Raphin dans ces paroles d’abattement, de tristesse qui se glissent sur les lèvres de sa mère ?

C’est un enfant ; sa capacité morale est en rapport avec ce que ses yeux voient ; elle est donc limitée, elle ne peut pas détecter les choses.

Ces grandes surprises que la nature inflige aux humains ressemblent à une aiguille à l’intérieur d’une montre. Chaque fois qu’elle se déplace, elle se lève sur un tiret et se pose sur un autre afin de préciser le temps. La différence est que le malheur qui nous atteint a été provoqué par la haine d’un humain. Et c’est comme ça, on n’a plus le choix. Un jour déplace un autre pour faire venir chaque humain avec ses biens ou ses maux pour les autres.

Tout est saugrenu sous les yeux de Tona ; mais elle a quand même une lueur d’espoir pour continuer bien qu’elle soit au bout de braver une profonde tristesse. Une tristesse dans laquelle la majorité de ces faibles victimes ont terminé leur vie sous le ciel.

La fatigue et sa féminité réduisent de plus en plus les mouvements de ses pieds ; ils commencent à devenir lourds pour transformer sa marche à celle d’un estropié.

Face à cette situation Tona n’a aucun choix ; elle mange tout ce qui ne tue pas et boit toute sorte d’eau que sa gorge ne refuse pas de laisser passer.

Avec cette survie très douteuse – celle dont souvent la main qui la tient pour la mettre dans la bouche tremble par peur de ne pas servir une manne mortelle à la vie ; pendant que celle-ci s’allonge et se tire avec précipitation vers cette fameuse offrande de la nature afin de parvenir à la saisir et de la faire descendre dans le ventre – ; Tona et son fils parviennent à résister pour poursuivre le chemin.

Au village, à chaque lever de soleil, le temps se présente beau ; la savane est magnifique et se fait contempler ; les chants d’allégresse des oiseaux se répercutent les uns aux autres ; c’est la vie des campagnes, il y a longtemps que Raphin ne s’était pas souvenu de cela. Mais, ce n’est plus la même vie, c’est désormais un autre souvenir qui est en train de se dessiner. Le souvenir d’un coucher de soleil sous des complaintes ; celui des nuits noires où les regards sont limités sous les pieds, où les cris des prédateurs se succèdent, où l’effroi et l’angoisse s’associent pour amener la terreur.

Tona ne peut pas supporter cette terreur. Elle risque de se noyer dans une angoisse indicible, une agonie au milieu d’un bois perdu sur la surface d’une planète vaste et grande pour elle seule de l’occuper. Un univers renfermé de montagnes, d’arbres et des eaux. Le cosmos des animaux et des oiseaux ; la jungle où se succèdent les chaînes de montagnes les unes après les autres comme si elles naissent au fur et à mesure que Tona se déplace au milieu d’elles pour désorienter sa direction à l’absence d’un repère. Dans ce bois, le moindre vent qui souffle fait chanter les arbres et leurs feuilles. Un fracas qui augmente la terreur.

La forêt est assez encombrée pour l’existence humaine. Il n’y a plus personne à côté. Mikelé a disparu. Peut-être ils l’ont tué ; peut-être il est avec les autres ; peut-être aussi tout le monde est mort. Il y a la perplexité.

La certitude d’absence humaine dans les parages intensifie davantage la crainte de Tona. Est-ce que le chemin emprunté mène réellement vers une destination ; un lieu qui existe ? Le chemin est long et vide. Il n’a probablement jamais été emprunté ni par un partant, ni par un venant sans doute Tona et son Fils.

Dans cette divagation ; le monde et sa civilisation s’agitent à s’éloigner très doucement de Tona et son fils. Il n’y aura sans doute pas de joie lorsqu’on se retrouvera seul sur la terre pour l’occuper.

Manque d’énergie, son regard de plus en plus sombre et effaré, on peut compter ses pas à force de leur lenteur. Peu à peu sa lueur d’espoir tire vers le désespoir. Ni case, ni ferme, ni boucan humain ; les chances de Tona et son fils se réduisent chaque jour que le chemin fait sa continuité.

La vie est bien belle lorsque nous faisons tous partie. Il n’y a pas de gloire pour le fort s’il n’y a pas de faible. Et il ne peut avoir de privilège pour lui, sans que l’autre ne soit son serviteur. C’est bien à la vue du malheur, de la misère de l’un que l’autre reconnaît sa position. La longue distance d’une destination connue ne fait pas craindre, l’essentiel est qu’on soit sûr que le chemin mène à une destination. Mais, qu’en est-il de celui de cette mère pleurante ?

Son exode continue. Le bois est immensément plein de n’importe quoi. Le danger ne se fait plus douter. La forêt rappelle l’Amazonie brésilienne. Ses arbres sont en montagnes ; ils sont élevés à la cime du mont Kilimandjaro. Je m’arrêtai et réfléchis un instant sur une question qui a percuté ma tête dans une pensée à l’absence d’harmonie. La traversée de ce milieu monstrueux par cette pauvre mère est-elle pour la quête d’une meilleure vie comme la majorité l’estime, ou elle est pour celle de la quête de sa liberté ?

Chaque humain est témoin de sa propre situation, ce qui sera l’histoire de sa vie dont nul ne peut lui retrancher même si on peut la modifier.

Elle a abandonné toutes ses sources de survie, poursuivie par la violence ; que cherche-t-elle alors en fuyant ?

Rien que sa liberté, la sécurité de la vie sous quoi elle ne s’intéresse pas aux versions sournoises qui se ruent de part et d’autre. Le plus important c’est sa vie, il n’y a pas de probabilité à sa valeur.

Cela fait plusieurs jours qu’ils errent dans ces lieux sans abri. Le rapport entre sa foi et son moral se détériore à chaque fois qu’un jour succède un autre.

La fatigue la poursuit jusqu’au point de se ratatiner à son corps. Elle n’est pas conviée mais elle persiste quand même. Le petit pain qu’il faut chaque jour grignoter et ajouter de l’eau dessus commence à faire défaut ; c’est l’augmentation du poids de la détresse et du désespoir ; c’est aussi la caresse de l’angoisse. La mort n’est plus loin lorsque les premières nécessités commencent à manquer.

Politique ou guerre ; qui a fait quitter cette pauvre mère dans son pays ; pays dont elle portait tant d’intérêt, dont elle avait en attachement ?

Je n’ignore pas les causes en posant la question ; mais pour moi, l’objectif visé par Tona lorsqu’elle a pris la fuite dans son pays est pour la sauvegarde de sa vie et celle de son fils. Elle n’est pas une prétendante au pouvoir, elle n’est qu’une simple pèlerine sur la terre et sous le ciel ; en dehors de cela elle aurait à défendre sa place.

Ces deux malheureux rescapés de la famille, devenus voyageurs clandestins sous le pouvoir du mal, errant dans la jungle ; n’avaient pourtant aucune cruelle intention ni contre leurs agresseurs ni contre leurs dominateurs ; ils n’avaient aucune ambition ni aux honneurs ni à la gloire ; malheureusement les voici pris dans le rets de la même mort devant laquelle ils fuient.

A qui alors la faute ?

Pas d’accusation, il n’y a pas de coupable, aucune condamnation à faire, c’est le système, tout le monde le fait ; c’est par la violence que le pouvoir se fait acquérir. Après, il y aura une réconciliation et des hommages seront rendus aux victimes. Voilà comment ça fonctionne.

Pendant ce temps de l’autre côté, le chemin d’une victime, rescapée des hostilités s’étend progressivement dans la jungle vers n’importe où et nulle part.

Nul ne se divertira de notre séquestration et de notre persécution. Je préfère que mes os blanchissent dans cette jungle que mes agresseurs fassent du spectacle avec mon corps ; lâcha Tona sur le bout de ses lèvres. J’ai la conviction que c’est la haine ; mais comment le dire ? Et même s’il était possible avec quelle langue ? Si j’avais besoin d’une place dans la société, je résisterais et j’inciterai aussi des misérables moisis à donner leur vie pour moi. Maintenant que ce n’est pas le cas ; exil ou envie du social qui sait quoi de moi ? Et même s’il est impossible de croire autre que refuge ; sont-ils obligés de nous être indulgents ceux à qui nous nous rendons ?

– Si l’esclavage social m’avait intéressé je serais partie avant la maternité, ce qui est une période libre ; celle de l’énergie et d’un choix personnel. De toute façon, c’est une chose qui ne me concerne pas ; elle est pour les rêveurs ambitieux. Chacun a donc ses intentions et ses ambitions. La douleur qui est inconsolable ; c’est parce que ceux qui se disent constructeurs de nos sociétés sont eux qui utilisent la politique pour nous expédier dans cette agonie. Ce sont eux qui sont devenus les grands criminels et les grands pilleurs. C’est devenu le moyen le plus sûr et précoce de se couvrir de gloire. C’est en quelque sorte devenu le chemin de la facilité et de l’aise pour chaque groupe qui naît. Et nous, nous voilà ; à qui irons-nous ?

Le chagrin, m’augmente sans recul et je ne sais que faire.

Quant à toi ; que sais-tu, à ton âge ?

Qu’apprendras-tu dans cette jungle ?

Que garderas-tu comme souvenir ; la haine ou la rancune, pour parvenir un jour à te venger contre tes agresseurs ; ou que garderas-tu en mémoire ?

Ni la faim, ni la misère. Nous n’étions pas des nobles ; l’indispensabilité de la vie qui est la nourriture, çà, nous l’avions. Quoi donc alors ?

Exposés à la faim, à la soif et à tous les tourments atroces et continus dans cette jungle ; qui, à notre secours ? Qui sait si nous existons ? Et le pire est qu’il n’y a aucune présence humaine qui se fait sentir dans ces lieux. Voici une souffrance que nous n’avons ni désirée ni méritée ; mais dû à l’inhumanité nous sommes devenus sa proie.

Qu’allons-nous faire et que pouvons-nous faire ? Et même si nous devons nous agiter ce serait contre qui ?

Il n’y a pas un autre procédé que de nous contenter de cet exode, de cette souffrance continuelle qui est en train de se dessiner en une série, en un épisode. Il m’était impossible de discuter avec le doute lorsque nous avions été attaqués ; la seule possibilité pour moi était de fuir pour protéger ma vie. Et si malgré ce courage aveugle animé par la peur, nous nous retrouvons confrontés et assidus à la même mort devant laquelle nous fuyions ; c’est alors l’un des plus grands malheurs qui nous tombe du ciel. Je sais que, là où il y a le malheur, le bonheur n’y est plus. Mais, que faut-il ? Cela fait partie des systèmes de la vie. Qui au secours de cette humanité errante à la quête de sa liberté ; de cette humanité blessée dans le cœur à la poursuite de la paix ?

J’imaginais le monde en une unité, un ensemble dans lequel devait régner une légalité véritablement enracinée dans un sens unique où toute l’humanité hurlera sur la haine. Un monde où le plus fort vocifèrera sur l’indifférence. Un monde où la condamnation ne se fera pas par l’appartenance, par l’origine ni par les rangs sociaux ni par les pouvoirs ; mais par les actes. C’est la clameur de la paix et de la liberté pour les nations, pour les peuples, enfin ; pour tout le monde entier.

Tona est dans un encombrement d’ennuis et d’angoisses. Son face-à-face avec la solitude l’a balancée dans un combat muet. Elle accumule toutes sortes de méditations, de paroles et de complaintes. L’interlocuteur à ses côtés est sourd et muet. C’est vrai qu’il y a un humain ; mais c’est un enfant ; que peut-il comprendre dans toute cette histoire ?

Tona dans ma vision, est sur la tête de qui, tombent toutes les grêles de feu du monde. C’est par sa misère que les opérations kamikazes se multiplient ; c’est à travers sa faiblesse que les attentats-suicides forment une secte ; c’est aussi par sa révolte et son agitation que les détentions arbitraires font la une ainsi que les persécutions honorifiques et les séries de tueries spectaculaires. Il y a tout un assaut sur Tona et son fils.

Ils pleurent mais personne ne les entend. Si personne n’entend leurs lamentations ; c’est parce que nul ne veut les écouter.

Celui qui fait la violence est le même qui fait la paix ; c’est clair, il n’y a aucun doute sur ça.

La question cruelle qui m’est restée collée dans la pensée, et que je médite nuit et jour ; c’est ; où l’humanité peut-elle trouver la paix ? Autour d’une table à l’intérieur d’une maison, écrite sur un bout de papier dans un pays ; ou dans le cœur ?

Ce système a existé depuis des siècles, et il demeure le même. A chaque fois, il utilise les mêmes stratagèmes d’arbitrage pour les dissensions politiques. Ce n’est pas mauvais ; mais la déception est qu’elle n’arrive pas à mettre fin aux violences.

Chaque humain possède un cœur. Et c’est à l’intérieur de cette partie cachée qu’il planifie ses intentions ; bonnes comme mauvaises. S’il est impossible de croire autre que ce qui se fait d’habitude ; c’est alors un rejet de la réalité ; puisque même la signature des engagements est faite sur la base d’un recueillement ; ce qui donc n’exclut pas l’avis du cœur.

La paix ne peut être trouvée nulle part que dans le cœur. Tout cœur qui possède de bonnes œuvres cherche obligatoirement à faire la paix. Ce n’est pas une leçon à apprendre mais le devoir de toute l’humanité.

Il est donc impossible de retrouver ce qui est cherché pendant que l’un des fouilleurs détient sa main fermement mise, le dessus ! Tant qu’il ne prenne pas la résolution de le livrer, des siècles passeront et les fouilles seront sans issue. C’est donc cette ruse qui met le plus souvent en dérive les plans de négociations pour la paix. Le cœur de chaque protagoniste est conféré à ses desseins. Les déclarations qui sont entendues, sont différentes de celles qui se trouvent dans leurs cœurs. Ce refus va obligatoirement multiplier le nombre des pleurants et des fuyants. Mais comme c’est une dispute pour le partage du pouvoir ; alors dès que chacun gagnera sa place, automatiquement le calme reviendra. C’est ça le système de la politique d’opportunisme.

Violés, opprimés et discriminés par la politique des géants impétueux, la majorité de ces damnés se sont retrouvés hors les frontières, chacun avec son jugement d’ordre moral pour tenter de rejoindre les côtes d’autres pays ou celles d’autres continents afin d’obtenir leur moyen de survie, ou de parvenir à sauver leur vie. Voyageurs de deuxième, troisième et quatrième classes ainsi que réfugiés, tous sont confondus ; chacun tient sa tête entre ses mains. Une appellation leur est décernée, ça c’est une oppression qui permet de les rejeter à mauvais sens.

Qui sait s’il n’y a pas là aussi la complicité des mêmes régimes irrémédiables devant lesquels ils fuient ? En tout cas, le mal a pris le dessus du bien. Les victimes sont les seules qui peuvent témoigner de son autorité. Il a classé les humains des têtes aux troncs ; certains obsédés par l’envie de la hauteur et d’autres par le social. Ceux, estimés différents des autres sont contraints à une soumission aliénante et à l’humiliation. Alors que de l’autre côté, on est empressé de parler de paix sans la proportion de cette disparité.

La paix n’est pas seulement un mot, elle est la capacité morale d’une existence placée dans la tête, un niveau de mode de vie qui permet de refuser le mal.

Tout naît donc sous les intentions de chaque humain. Chaque humain possède donc à l’intérieur de lui-même, ses propres intentions ; et elles ne peuvent être découvertes qu’à travers ses œuvres. Ce qui veut alors dire que chaque personne est qualifiée selon
ses actes.

Cette manière d’être et cette volonté déterminée d’accomplir des crimes proviennent des intentions. On les découvre à travers les actes de ceux qui les incarnent. C’est pratiquement la même chose pour la paix ; elle s’identifie aussi à travers les engagements ; la mise en train de chaque humain dévoué pour sa cause. Pour moi c’est la raison qui la rend impossible de se faire discuter. Par contre, une sortie de crise passive est possible. Je me dis qu’en période de crise, il est possible de négocier l’arrêt des hostilités afin d’apaiser les tensions. Ça, je l’ai découvert à travers l’histoire. J’ai donc compris à travers le passé que les pays qui vivent aujourd’hui dans la paix, sont des pays qui ont vaincu la violence il y a des siècles, depuis les périodes brutales des empereurs et des colons conquérants.

C’est donc le souvenir de cette oppression du passé, de cette violation répétée et systématique du passé qui m’a permis de comprendre que la présente génération de ces pays concernés vit dans la paix. Et c’est donc cette hypothèse qui me galvanise à croire que toutes les négociations de paix menées de nos jours, dans les pays où règnent toujours les violences ne pourront être vécues que dans l’avenir et par les futures générations. Des périodes qui suivront après celles de la disparition de tous les survivants des exactions, suivi de l’effacement de toutes les astuces de vengeance dérobées à la vue dans les esprits.

Au fait pour moi, s’il sera impossible à chaque humain de répudier la violence à l’âge majeur ; alors, le mieux serait d’enseigner, de faire apprendre dès l’enfance, dès le jeune âge l’idéologie de la paix ; ce qui pourrait peut-être affaiblir les crimes et préparer aussi les mentalités futures à comprendre que la paix cohabite avec la sagesse qui ne refuse pas le respect des droits, celui des règles et des vies !

La connaissance et l’instruction de l’homme semblent ne pas pouvoir créer des vrais rapports entre les humains. Des rapports qui devaient permettre à d’autres humains de vivre avec d’autres sans violence, qui devaient permettre à chaque humain d’avoir une maîtrise de soi contre le mal ; mais en fin de compte, j’ai compris que les vrais rapports qui existent entre les humains, sont pour les finasseries et les mauvais coups. La majorité des actes des humains reposent sur le détriment de l’un ou de l’autre. J’ai découvert la vraie raison des rapports entre les humains. Et c’est ce qui m’a permis de découvrir que les humains sont classés selon des rangs de supériorité.

Les violences ne cessent de croître, l’insécurité fait que chaque humain vit sous l’inquiétude. L’écart entre la violence d’une vie sauvage et le rapport entre les humains semble difficile à juger. Autant la brousse est nuit et jour agitée avec violence par les prédateurs qui poursuivent leurs victimes sans pitié afin de leur priver le souffle de vie, autant l’intention de l’homme tend à brutaliser son prochain jusqu’à l’assujettir et de parvenir à lui obliger à renoncer à son droit. Les violences du passé semblent être devenues pour certains de nos contemporains une fossilisation servant à exercer leur extrémisme battu ok sur la haine dont ils qualifient de politique. Ce n’est pas exigé que mes notes soient retenues, je ne parle d’ailleurs à personne ; je parle à moi-même, à mon cœur, à ma pensée pour qu’elle se débarrasse de ce qui tente de la clouer dans l’affliction. Je suis obligé de me conduire dans ce déambulement comme un homme à multiples rêveries pour ne pas me laisser dominer par le silence. S’il est possible que quelqu’un m’écoute, il est fort probable que c’est mon semblable ; un pleurant comme moi, une victime comme je le suis, un malheureux comme on m’appelle, un gueux comme je suis qualifié par les nobles. C’est bien ma part ; mais je ne l’ai pas demandée. Je le suis peut-être, dû à l’injustice que j’ai subie, peut-être, dû aux viols de mes droits, ou dû sans doute à l’opprobre qu’ils m’ont chargé. Je vis ma honte et je ne peux culpabiliser personne. Ce qui est sûr, c’est que ma vie est à moi, c’est ça mon assurance. Et ce qui me donne plus de courage, c’est que je connais l’origine de mon tourment. Je sais que je n’ai pas commis un délit pour le mériter. Et même si je me lamente dessous, je ne pleure à personne. A qui pleurai-je de toute façon, s’il me le faudra forcément ? Il n’y a qu’un vide qui est tout autour de moi ; une désolation dans laquelle je crève sans paille, sans écoute que seuls les regards torchant des passants pris aux gorges par leur temps.

Après donc les guerres impériales des Etats, les humains ont opté pour un nouveau système ; un système qu’ils ont surnommé « démocratie ». Avec ce nouveau système, la détermination est de modifier
les choses.

Est-il question d’un changement de système ou d’appellation ?

La réponse reste sur les bouts des lèvres et rend chaque personne perplexe sur son système de fonctionnement. Il y a tas de choses qui se passent dans cette démocratie. Une chose paraît sans doute, et c’est vrai, ce n’est pas faux ; il y a un nouveau système ; mais un système qui semble être le début d’une nouvelle phase de conquête, celle entre compatriotes, dont son exercice est sans pitié.

Oui, on ne nie pas le changement ; mais il est celui de la politique impériale des conquêtes des Etats. Cette politique impériale des conquêtes des Etats n’existe plus ; mais sa brutalité et sa barbarie demeurent jusqu’à nos jours dans bon nombre de pays. C’est présentement sous cette nouvelle forme de conquête que les peuples follement agités pour réclamer la même démocratie dont il s’agit, se font aveuglement massacrer par leurs propres compatriotes. Ce nouveau patronyme est bien évidemment sous lequel les peuples s’écroulent de nos jours. Toutes les périphéries des villes sont bourrées de charniers. A l’intérieur de la ville il y a plein de cadavres ; ils sont exposés sans sépultures. L’injustice a mugi haut les mains. Condamnations arbitraires et l’impunité sont devenues des principes absolus. La pléthore enjambe à une allure effrayante. Chantage d’un côté et discrimination de l’autre côté, ces peuples expédiés aux aguets de la misère sont obligés d’agir contre leur volonté. C’est certainement cet abus qui exposera l’obsession, cette envie débordée, cachée à l’intérieur de ces passionnés de la gloire. Et son exposition provoquera à coup sûr une révolte.

Qui alors provoque la violence ? Qui est utilisé ? Qui est victime et qui se met à l’abri ?

Voici des questions que chaque agitateur doit se poser.

Si l’on parle de paix c’est parce qu’il y a violence ! Et si chacun s’efforçait d’appliquer les règles ; c’est-à-dire se soumettre aux lois, exercer le droit et la justice, abolir l’impunité et respecter ses engagements ; imaginez voir combien sera le niveau de l’ambiance politique ?

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