L'esplanade

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Dans la continuité d’Images, mes catins, Le tremble et l’acacia, A quatre épingles, A dire vrai, Faubourg des fées, Oboles et Fenêtre mon avenir, voici un nouveau volume des poèmes de Daniel Boulanger. Ces courts textes, « définitions imagées », selon leur auteur, nous touchent d’autant plus que leur sobriété provoque le jaillissement des images dans une intensité rare.
Publié le : mercredi 20 janvier 2010
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246767398
Nombre de pages : 132
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BERNARD GRASSET
L'ESPLANADE
DANIEL BOULANGER de l'Académie Goncourt
Éditions Grasset & Fasquelle
Depuis peu j'habite impasse de l'Avenir, un cul-de-sac en appendice à l'Esplanade. On y entend de temps à autre la plainte d'une chatte amoureuse ou les hoquets de l'eau souffrant dans les conduites. Quand je sors les lointains sont là. Je respire. C'est vaste et je ne manque jamais de saluer le garde dans son pavillon en forme de lanterne. On en tire un banc. Nous nous asseyons et nous nous posons des questions sur les promeneurs. Il en naît des réponses qui nous interrogent à leur tour. Par exemple, hier un individu qui paraissait nerveux nous demanda l'heure. Mon ami montra du doigt l'horloge publique en soleil sur l'obélisque du bassin où l'eau dort sur elle-même. Pas un mot, nul merci, mais à l'instant même et d'un seul élan, le garde et moi nous parlâmes du cadran solaire et de ses nuits.
retouche à l'abécédaire
de ses doigts miellés par le havane
mon âme a caressé les lettres
et près de fleurs nouvelles se pavane
rêvant d'autres à naître
retouche à l'abri
au relais du soleil ventru
l'automne cavalier s'effondre
le vent à voix de vieille dame gronde
un chœur de jeunes filles
dans les feuilles qui tombent
s'ouvre l'œil du cheval
écrin pour le reste du monde
retouche à l'absence
le soleil au bras du silence
dans leur travail de deuil sommaire
ces villes au mur d'une époque
où l'on draine encor le peuple immense
sans l'horreur de l'horaire
retouche à l'accommodement
depuis quelque temps le matin titube
le soir ma lampe bat des cils
souvent la sphère tourne au cube
aussi de mon décembre ai-je fait un avril
retouche à l'achèvement
quelconque ou d'emphase
le même point finit la phrase
retouche à l'admiration
pareille aux fleurs dans le sulfure d'un poème
retouche à l'adversaire
le temps voit dans mes jours de vaines forteresses
qui tombent quand il fuit
retouche à l'album familial
les vieux penchés devant l'âtre
recherchent une date
le feu à quatre pattes
taquine l'ombre à longue natte
retouche à l'apaisement
falaise à la vague de craie
un seul oiseau te repousse
le soir passe en contrebande
et laisse des couronnes de nuages
sur la dalle de la mer
et la lumière prend l'odeur d'un arbre foudroyé
retouche à l'archéologie
d'argile et sel portique de la mer fossile
le vent pris de folie veut oublier les palmes
aussi la reine à l'émeraude
qui s'offrait nue à des vagues habiles
sous un vol de grues couronnées
et tout s'éteint sous la montée du sable
retouche à l'attente
même le jour est pâle
défunte au bout de la jetée
attend du vent quelque mirobolée
l'orage est sur ses grands chevaux
l'ordre viendra d'en haut
on croirait à l'infinité fondamentale
retouche à l'autisme
sans ascendance
sans descendance
ce vers obscur si clair à sa naissance
retouche à l'avenir
il se fait vieux et s'adosse au fond de l'impasse
à la porte en trompe l'œil du néant
retouche à la bise
devant les peupliers séminaristes
en ligne sur la rive
l'Oise allongée se mêle au soleil vert
que cingle une aile d'ange curieux
devant ma cheminée j'écoute
le feu raconte sa jeunesse
il a la langue bien pendue
retouche beauceronne
croque au ciel
du four de midi champ de blé
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