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Prologue

Jo Hunter poussa la porte vitrée du département de police et jeta un coup d’œil machinal à son reflet avant de s’engager dans l’escalier. Débardeur ajusté et pantalon de cuir noirs, cheveux courts en pétard, bottes de moto, son look tenait la route. En tous les cas, aucun risque qu’on la prenne pour un flic. Depuis près de deux ans qu’elle avait été affectée aux stups, elle infiltrait, comme on disait dans le métier, en moyenne trois à quatre jours par semaine. Aussi avait-elle eu le temps de peaufiner son style : en plus des fringues, elle arborait un regard sombre, provocateur, et avait même travaillé sa démarche. Bref, elle se fondait parfaitement dans le décor !

De toute façon, le genre rebelle n’était pas pour lui déplaire. Elle n’avait jamais été très coquette, c’était le moins qu’on puisse dire. Jeans, T-shirts, baskets, noirs de préférence, c’était à peu près tout ce que contenait sa garde-robe ! Seulement parfois, l’uniforme lui manquait. Et puis jouer les junkies, les ados en perdition, finissait par lui saper le moral. Enfin, elle n’avait pas vraiment le choix. Si elle voulait lutter efficacement contre les petits dealers qui sévissaient un peu partout dans les bas quartiers de L.A., il fallait en passer par là : s’infiltrer dans le milieu, se mêler à la population lycéenne particulièrement visée par les revendeurs, et s’arranger pour choper ces petites frappes la main dans le sac. Heureusement, elle avait gardé un visage juvénile, si bien que, malgré ses vingt-huit ans, elle pouvait facilement en paraître dix de moins. Jusqu’à présent, elle ne s’était pas mal débrouillée : trois arrestations majeures, un réseau démantelé dans les quartiers ouest, c’était plutôt encourageant. De toute façon, et même si elle désespérait parfois devant l’ampleur de la tâche, elle aimait trop le danger, la rue, les montées d’adrénaline qui accompagnaient chaque mission, pour raccrocher. C’était à ce prix qu’elle se sentait vivre. Quant aux dealers, elle avait un compte personnel à régler avec eux. Ces types avaient bousillé la vie de sa mère, et, par là même sa propre enfance, et elle s’était juré qu’elle le leur ferait payer cher. C’était pour ça qu’elle était entrée dans la police et qu’elle avait gravi les échelons un à un, jusqu’à devenir inspecteur aux mœurs : pour empêcher ces salauds de se faire de l’argent sur le dos des plus vulnérables. Et elle n’était pas près de renoncer.

Elle s’engouffra à grands pas dans le couloir du premier étage et poussa la porte du bureau qu’elle partageait avec Jim Peterson. Il était encore tôt et son collègue n’était pas arrivé. Lui bossait sur les réseaux pédophiles et, pour cela, il devait, entre autres réjouissances, se taper les boîtes glauques de Sunset jusqu’à l’aube. On le voyait rarement se pointer avant 10 ou 11 heures au poste, si bien que lui et Jo ne se gênaient guère. Elle poussa un soupir et alluma l’ordinateur. Il fallait qu’elle saisisse son rapport et consulte ceux de ses agents. C’était la partie de son job qui lui coûtait le plus. Rester assise derrière un bureau, ça n’était vraiment pas son truc ! Ça ne l’avait jamais été, d’ailleurs. Au lycée, elle séchait régulièrement les cours, quand elle ne rendait pas copie blanche pour être plus vite débarrassée du pensum. Elle avait toujours aimé l’action, elle avait besoin que ça bouge, quoi ! Quant à son boulot, elle était bien obligée de se plier aux procédures, mais plus vite elle en avait terminé, mieux elle se portait.

Au bout d’une heure, et après un entretien musclé avec son chef qui, comme d’habitude, lui mettait la pression, elle s’étira et se passa une main dans les cheveux. Un petit café s’imposait. Elle descendit dans le hall où se trouvaient les distributeurs et introduisit quarante cents dans la machine : expresso sans sucre.

— Jo ? C’est pas vrai ! Jo Hunter ?!

La voix, derrière elle, lui disait vaguement quelque chose, mais… Elle tourna la tête et dévisagea un instant le type qui s’était adressé à elle : une armoire à glace, tatoué sur le cou et les avant-bras, jean troué et T-shirt sale, non, ce gars ne lui disait rien. A en croire les menottes qui lui serraient les poignets, et la manière dont Cooper le tenait par le bras, il venait de se faire épingler. Peut-être était-ce un récidiviste, un de ces voyous qu’elle avait coffrés récemment, mais dans ce cas, comment connaissait-il son prénom ? Soudain, elle eut comme un flash. Non ! Ce n’était pas possible !

— Josiah ? balbutia-t-elle. Josiah Heller ?

Incroyable ! Sur le coup, elle ne l’avait pas reconnu, tellement il avait changé. Qu’est-ce que ce type qu’elle avait connu il y avait plus de douze ans dans le fin fond du Mississippi venait faire à Los Angeles ? Apparemment, il ne s’était guère assagi…

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