L'Étrangère

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Le recueil L'Étrangère ou L'Ours et le papillon se compose de trois nouvelles suivi d'un scénario original de court métrage. « La première fois » en est le thème commun. Chacune des quatre créations relate des épisodes exclusifs de vie humaine : premier stage de formation, Salut, l'artiste !, première peur d'enfant, Aisha Q., premier amour d'adolescent, L'Étrangère et premier rêve d'adulte désabusé avec Bouée de sauvetage.


Publié le : jeudi 2 octobre 2014
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EAN13 : 9782332770639
Nombre de pages : 254
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ISBN numérique : 978-2-332-77061-5

 

© Edilivre, 2014

Préface

A l’image d’une tarte, le recueil L’Etrangère ou L’Ours et Le Papillon se présente sous la forme de « pièces montées ». Disposé en pyramide, chacun des quatre niveaux décrit l’épisode d’une vie humaine à la limite de la fiction. Au fil de la narration, on découvre le récit d’un apprenti réalisateur en manque de stage (Salut, L’Artiste !), celui d’une peur ancestrale d’enfant (Aisha Q.). La pièce maîtresse du recueil (L’Etrangère ou L’Ours et Le Papillon) relate l’épisode d’un premier amour d’adolescent. Quant à la cerise sur le gâteau, elle prend forme d’un scénario original de court métrage (Bouée de Sauvetage ou un DVD miraculeux. Episode d’un bref moment de grâce, vécu par un adulte en mal de vivre.

Recueil kaléidoscopique, L’Etrangère est un livre sur les choses de la vie. La vie, dira-t-on, et rien d’autre !

Casablanca, 8 mars 2014

Salut, l’artiste !

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Casablanca, au mois d’août !

La chanson de Charles Aznavour « Paris, au mois d’août » (1968), me vint à l’esprit. Ce mois numéro 8 de l’année est bien ancré au cœur de l’été ! Mois des congés annuels des ouvriers et autres cadres de la fonction publique. Non… Je n’échappe pas à la règle. En tant que directeur pédagogique, dans un centre de formation professionnelle, de l’Audiovisuel et de Design, j’ai droit aux vacances. Un temps de répit, après onze mois de stress : tramway, présence quotidienne au centre, soutien aux stagiaires, etc.

Ouf ! Je profite pleinement du repos et du soleil de mes journées, à la plage, en compagnie de mon épouse et de mes trois enfants. Question de retrouver les joies de la famille. Retrouver par la même occasion, les joies de la lecture. Pourquoi pas ? Je me libère, sans regret, du PC et d’Internet. Déconnexion volontaire. Ni smartphone, ni tablette. Je retrouve, enfin, le plaisir de lire de vrais livres en papier, des revues et autres journaux.

C’est ainsi qu’au premier dimanche de mon congé, je me rends, en fin d’après midi, à la librairie papeterie de la corniche. En ces jours d’été, je hante fréquemment, ce lieu de culture.

Située à deux pas du boulevard de la corniche, la librairie était ouverte toute la semaine, à l’exception du vendredi après-midi. « Mon ami », c’est bien le nom du local. J’ai appris, plus tard qu’il s’agissait d’une marque déposée (mon ami), d’un réseau national de papeteries. Le propriétaire du magasin était un black, d’un certain âge. Il était aussi sympathique que le nom de sa boîte. Du coup, je me plais à l’appeler « mon ami ».

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Image 3Oh ! Mon ami, les titres de vos journaux et magazines m’interpellent. Ils éclairent ma lanterne et apportent de l’eau à mon moulin. Et, de loin ! A chacun de mes passages, en quittant la plage, ma petite famille ne s’étonne plus, quand je m’attarde à la librairie. Elle prend son mal en patience. En revanche, mes enfants et leur maman ne se privent pas de déguster une glace. Entre-temps, je m’applique à consulter journaux, revues, magazines et autres nouveautés en livres… Là, il suffit que, mon regard de cinéphile tombe sur une couverture ayant trait au cinéma, je suis acheteur.

Accro à la lecture ? Je le revendique. C’est probablement le cas des passionnés de la presse écrite qui s’agglutinent devant les étalages de publication du kiosque de la librairie Mon ami. Dans mon cas, il a fallu que je hante ma caverne d’Ali Baba, en ces jours de grande chaleur, pour que la couverture d’un magazine francophone éveille ma curiosité. Sur l’étalage N°3 du rayon gauche du kiosque, réservé à la presse francophone, je découvre deux numéros du magazine VH (entendez Version Homme) : l’un récent, l’autre est un numéro plus ancien. Ce dernier dont l’emballage en plastique transparent contient et le magazine et un supplément intitulé « VH People ». Au toucher, mes doigts détectent de la poussière.

« En effet, me confirme monsieur « Mon ami », le Libraire. Vous avez de la chance de tomber sur le numéro Spécial VH…

– La Couv’ y est pour beaucoup ! « répondis-je.

C’est inouï ! J’étais à la recherche d’un magazine spécialisé en septième art, du genre « les Cahiers de Cinéma ». Dieu merci, je ne rentre pas bredouille !

Ma découverte est double : un magazine marocain, d’expression française, aussi chic que divertissant. La couverture de ce numéro spécial VH représente une grande figure du cinéma national de la Nouvelle Vague. J’ai nommé monsieur Abdelhaï Laraki. Sa devise est on ne peut plus cartésienne : « Je vis donc je filme » ! Elle révèle un profond art de vivre.

Et, dire que je croyais connaître l’homme en question, en tant que producteur-cinéaste ! J’avais déjà visionné deux longs métrages de Laraki :

Le plus ancien est « Mona Saber », une quête de l’identité, au Maroc, entreprise par une « beurette » parisienne, à la recherche de son géniteur de père. Le film suivant, « Les Ailes de l’amour » est récent. Un drame. Le pitch ? « Le jeune Thami, issu d’une prestigieuse lignée d’Adoul (notaire), brave la colère paternelle pour embrasser avec sensualité le métier de « boucher ». En maniant les viandes, le jeune héros se découvre une autre passion, non moins avouable ».

Mais non, pour être franc, je ne connaissais pas assez le réal Laraki ! C’est de la bêtise humaine que de prétendre connaître quelqu’un

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Dans l’espace central du magazine VH, trône le dossier « A. Laraki », en 18 pages, au sein de la rubrique « A bâtons rompus ». Celle-ci est co-signée par trois auteurs géniaux. Ils ont l’intelligence de cibler les questions de leur interview, de façon à l’interviewé à développer davantage son propos, du genre : « Qui est Abdelhaï Laraki, l’homme ? » ou « Racontez-nous cet épisode de votre enfance, à Meknès ? » ou bien « De l’avis de tous, vous avez deux valeurs que vous privilégiez, qui sont l’Amitié et la Fidélité.

Pouvez-vous nous en parler ? » etc.

L’intérêt de l’interview-dossier pour le lecteur serait de brosser le portait du réalisateur Laraki avec supports iconiques à l’appui, (des photos représentatives) et, en bonus, « Le Questionnaire de Proust » et des Questions-Réponses « En Aparté ».

En ce qui me concerne, cet intérêt réside dans la qualité des réponses du cinéaste aux questions des journalistes. L’entretien est tellement passionnant que j’ai pu le lire d’une traite, en une heure environ. Sur la terrasse du Café de la plage, tandis que ma femme prenait son bain de soleil. Les kids, eux, au bord de la mer, jouaient au football, avec des jeunes de leur âge. J’avais complètement oublié ma tasse de café et les miens ! Je lisais. Je relisais. Je rêvassais même. J’avais l’impression que les confidences du cinéaste s’adressaient directement à moi.

Tout était dit sur l’amour du pays, de la famille, les souvenirs de l’étudiant révolté, mai 68, la fureur de vivre et ses composantes (drague, cinoche, fumette et musique Rock). Bref, tout ce dont je rêvais sans jamais pouvoir le réaliser dans la vie réelle !

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Le dossier de la couverture, par sa thématique, était, pour moi, le déclic pour un retour en arrière. Une introspection. La madeleine de Proust ! De souvenirs en souvenirs, je naviguais dans le temps et l’espace. A la découverte de mon « baptême de cinoche ». Je me revoyais enfant et pubère, à la ville impériale Meknès, ma ville natale ! C’est justement là, mon premier point commun avec M. Laraki. C’est un vrai compatriote. Le deuxième point commun ? Nous appartenons à la même génération, étant quinquagénaires l’un comme l’autre. La passion pour le cinéma et la musique est, sans doute, le troisième point commun. A l’âge de sept ans, j’ai pu voir mon premier film, en noir et blanc, dans un cinéma de quartier Le Mondial, sis Rue Rouamzine. De son côté, le jeune Laraki, à 10 ans, vit « les 400 coups » de François Truffaut, au luxueux cinéma Caméra, lequel film était interdit au moins de 12 ans ! En ce temps là, les ondes radiophoniques étaient en vogue : la jeunesse écoutait les émissions de musique et de cinéma !

A la question de la disposition au métier du cinéma, la réponse de M. Laraki est la suivante : « le climat de tolérance dans lequel je baignais qui m’y prédisposait… ». C’est juste le contraire, pour mon éducation que je qualifierais de conservatrice et traditionnelle. En clair, trop d’interdits !

J’allais voir les films égyptiens, en noir et blanc, ainsi que les films Hindous, en cachette. Ce fut ma sœur aînée, Lalla Imane qui, dans un premier temps, m’accompagnait au cinoche. Trois fois par an : les jours des grandes fêtes religieuses (Aïd el fitr, Aïd el kébir et l’Achoura, fête des enfants), Ma sœur, en ado romantique, était fan du chanteur-acteur égyptien, Abdelhalim Hafez. Moi, j’étais fou de la star indienne, Shammi Kapoor.

J’appris par cœur la chanson du film éponyme Del Dek Deko !

Contre vents et marées, j’ai entretenu ma passion, tel un malade chronique, puisque le cinéma, dans ma famille, est une maladie honteuse dont on tait le nom : « c’est Achouma » (la honte), nous répétait-on. C’est l’une des raisons qui font de moi un autodidacte. Il a fallu que je me prenne en main !

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Meknès ? Ville impériale… Elle a vu grandir et l’un et l’autre. Pourtant, elle n’a pas été le théâtre de notre rencontre éventuelle. Nos chemins ne pouvaient se croiser. Trois fois, hélas !

Le quartier natal de Laraki est Zitoune. Le mien, c’est la Médina, où je suis né et Hamrya, où j’ai grandi. Le quartier Zitoune, situé à l’Est de la ville, en direction de la route d’Ifrane. Ironie du sort ! J’ai visité, une seule fois, le lointain quartier Zitoune, étant enfant, en compagnie de ma mère.

Elle fut en visite chez ses cousins paternels, les Lahlou. Si j’ai bonne mémoire, la maison des Lahlou était une espèce de Ryad, très grande demeure, avec un jardin cultivable. De grandes familles résidaient dans ce lointain quartier, bien qu’il soit catalogué « Banlieue » de Meknès, dans les années 60-70 du vingtième siècle ! Parallèlement, mon quartier à moi, se situe à l’arrière du Marché Central du Centre ville (Hamriya ou Ville Nouvelle), secteur vivant et commercial.

Point stratégique puisqu’il est niché entre le siège de la Préfecture de Meknès-Tafilalet, le Marché Central et le célèbre parc « Jardin d’Amour ». Les jeunes de la Médina nous appelaient péjorativement « Wlad Hmriya » ce qui signifiait : « les Enfants du Centre ville, futés et gâté ». En clair, on prenait les jeunes de mon âge, pour des « fils à papa », voire des « poules mouillées » !

Erreur ! Je n’étais ni enfant gâté, ni fils à papa. Ma famille nombreuse était bien modeste. Mon père était un petit fonctionnaire de l’état qui a neuf bouches à nourrir, y compris la sienne. Il est magasinier à l’internat d’un établissement scolaire : Lycée Moulay Ismaïl. Le seul luxe de mon vieux fut d’être propriétaire d’une voiture (Simca Aronde) et de nous faire loger dans une grande maison du Domaine des Habous, à Hamrya.

Vingt ans après, je viens en pèlerinage, à mon vieux quartier du Marché Central.

A ma grande surprise, je découvre que notre ancien logement a changé de look : son nouvel acheteur, homme d’affaires, l’a réaménagé en un restaurant typique dont la spécialité est la Cuisine marocaine. Oh ! Avec sa superficie de 250 mètres carrés (m2), la maison de mon adolescence a pris un coup de jeunesse. Quelle compensation pour mon défunt père qui ne put réaliser son projet de reconstruction !

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Nuance de taille quant à ma formation scolaire, comparée à celle de mon idole, l’artiste Laraki. En effet, mon père m’inscrivit au lycée technique d’état, Moulay Ismaïl où il travaillait, afin de suivre de prés mes progrès scolaires. J’apprenais autant l’arabe que le français, suivant la stratégie de l’enseignement bilingue, entièrement gratuit. Par contre, mon compatriote Laraki était un élève de la Mission Française, inscrit au lycée Paul Valéry. Baccalauréat français, études supérieures en France, un bon avenir en perspective ! Exit, le chemin de l’école…

Mais alors, dans quelle mesure, puis-je prétendre avoir des affinités avec notre artiste et partager des convictions avec lui ?

Avec du recul, je dirais, c’est surtout notre appartenance à la même génération de citoyens Meknassis, d’un certain âge, aujourd’hui ! Toutefois, nos chemins ne se sont jamais croisés. Une exception persiste : celle du partage d’une passion commune pour le cinéma et la musique Pop (fin des années 60 et début des années 70, du siècle dernier.

A la question : Drogues et musique aussi, M. Laraki répond : « Oui, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Led Zepplin, les Rolling Stones, le Jazz, Coltrane, Miles Davis, Chet Baker, les Who… ». Ce sont là, mes préférences musicales aussi, à l’exception du Jazz. A l’écoute, le Jazz fut pour mon oreille ce que fut la musique El Ala (musique andalouse classique), pour notre cinéaste, à la même époque. « Elle (El Ala) représentait une autre génération » explique-il. « Elle est haïssable » pour un jeune, porté sur la Rock musique !

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Personnellement, comment suis-je arrivé à aimer cette musique dite de sauvage, le Rock, à la fin des années 60 ? D’abord, ma conscience musicale connut son éclosion avec les premières Soirées Télé du Samedi Soir ! Comment oublier cette chanson « Mana Ela Bachar » (Suis un être humain), interprétée, en duo, avec la star marocaine Abdelwahab Doukkali et la belle Sabah, la star libanaise, du moment !

Ensuite, un jeune cousin germain, ce cher Simo Maghraoui, débarqua de la ville de Fès, chez nous, avec son arsenal culturel : un électrophone, des disques 45 tours (microsillons en vinyle) et une revue de jeunesse, à la mode : « Salut les Copains ». Et me voilà, en plein Beatlesmania ! Très vite, je suis initié à la grande Variété française et à la musique noire américaine : Black Soul Music (Otis Redding, James Browm, Aretha Franklin, Nina Simone, Ray Charles…). Puis, je craque pour la Perle Janis Joplin, le Mangeur de guitare Jimi Hendrix à tel point que j’ai mouillé de larmes mon journal intime, à la nouvelle du décès de ce dernier, un mois après sa prestation au Festival de L’Ile de Wight !

Et dire qu’une année plus tôt, l’icône Jimi Hendrix enflamma le festival pop Woodstock avec le son de sa guitare lancinante…

Grâce à mon cousin Fassi, j’ai pu découvrir des chaînes de Radio à la mode, comme France Inter, lesquelles chaînes sont riches en information et musique. Deux animateurs de génie ont laissé leur impact sur ma mémoire. En France, José Arthur, avec sa voix caverneuse sur les ondes de France Inter. L’inimitable Ali Hassan (M. Cinéma, de nos jours) fut la coqueluche de la Radio marocaine de l’époque. En ce temps là, les ondes radiophoniques étaient en vogue : la jeunesse écoutait les émissions de musique et de cinéma. Tiens ! En voilà une nouvelle rafale de souvenirs qui s’annonce. J’apprends dans l’interview VH de M. Laraki qu’à Paris, il a assisté à des concerts fous et qu’il s’est déplacé « dans des contrées lointains pour voir Jimi Hendrix.

Là, je tire ma révérence ! Mon compère cinéaste a pu réaliser, en vrai, mes rêves de jeunesse les plus fous ! Comment ? Voir Jimi Hendrix, en chair et en os ? Etudier à l’université de la Sorbonne ? Belle frustration, pour le fils de pauvre que j’étais ! Pourtant, j’ai eu la chance de partir suivre mes études supérieures dans le Sud de la France, mais bien plus tard, en décrochant une bourse d’études. Du coup, j’ai pu acheter l’intégralité des albums du regretté Jimi Hendrix, le Voodo Child, dans les galeries La Fayette ! Hormis les Maisons de Jeunes et de la Culture, MJC, et la téloche du Campus, je n’ai jamais eu l’opportunité d’assister à un concert de musique. Toutefois, je trouve une compensation dans le bal de fin d’année universitaire. Nous autres étudiants, on s’éclatait à fond, l’espace d’une soirée arrosée !

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Paris ? Trop loin, trop cher ! Ironie du sort, je n’ai pu visiter la Tour Eiffel qu’un quart de siècle plus tard, en tant qu’enseignant adulte, en stage de formation des formateurs, FF. Bref, j’ai rêvé de la capitale des lumières à 20 ans, je m’y suis rendu à l’âge de 40 ans. Mieux vaut tard que jamais ! J’avoue avoir passé le mois le plus merveilleux de mon existence : un vrai conte de fée ! Voir Paris et mourir. Je comprends, à présent, le sens de cette citation.

Notre séjour au Centre International d’Etudes Pédagogiques, CIEP, à Sèvres, était des plus agréables.

A présent, je marque une pause : Evoquer mon historique rencontre avec l’auteur de « Mona Saber », « Rih El Bahr », « LesAilesde l’amour ». C’est une rencontre en deux temps : l’une, dans notre ville natale, l’autre, à Casablanca. La première fois, à la ville de Meknès, ce fut par un pur hasard. J’étais à la terrasse du célèbre café Rex, en face du mythique Cinéma Caméra où une équipe de tournage était en train de tourner un film avec, en vedette, l’acteur et humoriste Hassan El Fed. J’aperçus le réalisateur avec sa casquette. C’est Abdelhaï Laraki ! A L’époque, il tournait un court métrage, à l’occasion du Centenaire du Cinéma. Moi, j’étais en visite de ma fiancée, en période de préparatif de notre futur mariage. J’étais là, comme simple badaud, derrière les barrières, pareil à tous les autres curieux.

La seconde fois, la rencontre fut la bonne ! En tant que stagiaire en réalisation Cinéma, fraîchement diplômé. A la fin du cursus, la direction pédagogique, arrangeait des stages de formation pour les lauréats, auprès des sociétés de production de films et des chaînes de télévision nationales.

Seules Videorama (agence de publicité) et Casa-FilmsProduction (société de prod. de films de monsieur Laraki) ont répondu favorablement à l’appel. Sur rendez-vous, je me suis présenté aux deux boîtes, muni de mon CV et d’un scénario de court métrage, élaboré par mes soins.

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Durant la semaine qui suivit l’achat du magazine VH, de temps à autre, je contemplais la couverture. Celle-ci représentait le réalisateur Laraki, at home, vêtu de Jabador (tenue traditionnelle pour homme) en noir, dans une posture pensive, tête inclinée vers le bas. En guise de légende, je ne cessais pas de lire sa devise, inscrite en évidence : « Je vis donc je filme ». En effet, l’auteur du Dossier consacré à l’artiste commentait ainsi : « Mettre le cinéma marocain à l’honneur, c’est dans cette optique que nous avons rencontré le cinéaste Laraki. Il considère son métier comme une mission et un engagement. La rencontre s’est tenue à la veille de son départ pour Rotterdam où il inaugure le Festival du Film Arabe avec son dernier opus : « RihLbahr » (Vent de mer). Fichtre ! Ce dossier de 18 pages était un numéro réussi. Je le trouvais dans mes cordes. A la plage, au café, à la maison, il devint mon livre de chevet.

Ne serait-ce que pour la qualité des confessions de mon compatriote cinéaste, à propos des hommes et des femmes, vis-à-vis d’une vertu qui faisait défaut à notre époque : Latolérance !

Flash back, à nouveau… Rencontre historique avec mon idole aura-t-elle lieu ? Chronologie oblige : l’entretien à Videorama précéda ma rencontre avec M. Laraki. Je me souviens avoir reçu, auparavant, un appel sur mon téléphone portable Motorola, (le premier, en date, forcément, nous étions en 1999). Une voix féminine, avec un accent français impeccable me demanda :

« Bonjour. C’est Videorama. Je vous appelle au sujet de votre demande de stage de réalisateur. Etes-vous sur une autre structure ? »

J’ai répondu : « Non, madame. Vous êtes les premiers à me répondre ! » Elle poursuivit : « Vous êtes sur Casablanca ?

Oui. »

Rendez-vous dans notre structure Videorama, sur la côte Ain Diab. Lundi, matin, à 10 heures.

J’y serai, sans faute, madame.

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L’entretien eut lieu dans la villa Videorama. A l’accueil, on me fit monter à l’étage supérieur où un jeune responsable me prit en charge, dans son bureau. Etait-ce un directeur de ressources humaines ? Je n’avais pas la moindre idée. Ses questions ne me laissaient pas le moindre répit. L’entretien de stage dura un petit quart d’heure.

Les questions ciblées portaient sur ma motivation, mon diplôme, mon expérience dans le domaine de cinéma, ma disponibilité, mes attentes. J’appris que la boîte travaillait rarement avec les réalisateurs nationaux.

– Vous serez sollicité à assister au tournage d’une publicité, conclut-il.

– Ok. J’ai hâte…

Or, après cet entretien, plutôt agréable, je devais attendre longtemps une éventuelle invitation pour le stage. En vain… Le monsieur de l’entretien m’avait prévenu que la boîte produisait des films publicitaires, sur commande. Par conséquent, il faudrait rester en contact, dans le but de décrocher un stage, en...

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