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L'éveil de Victor H.

De
183 pages

Victor H. est un jeune employé modèle au Ministère, où on le dit promis à un bel avenir. Un matin qu'il se rend à son travail plus tôt que de coutume, quelle n'est pas sa surprise de découvrir que son bureau est déjà occupé par un inconnu.

Publié par :
Ajouté le : 12 avril 2001
Lecture(s) : 136
EAN13 : 9782748106640
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L’éveil de Victor H.Victor Hash
L’éveil de Victor H.
ROMAN© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0665-2 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-0664-4 (pour le livre imprimé)Avertissement de l’éditeur
manuscrit.com - maison d’édition francophone - a
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Pourcefaire,manuscrit.coms’estdotéduplusgrand
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etdecritiques,ilestentièrementvouéàladécouverte
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quelelecteuraentrelesmains. Lesimperfectionsqu’il
ydécèlerapeut-êtresontindissociablesdelaprimeur
d’une telle découverte.
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www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comÀMartinH.«Toutemétaphorepeutêtreprisepourunecourtefable.»
Giambattista VICO
91
Je m’éveillai en plein cauchemar. Un groupe de
policiersmedemandaitdespapiersqu’onm’avaitdéro-
bésplusieurssemainesauparavant. Jetentaid’expliquer
moncassansperdremoncalme: sansm’écouter,ilsme
firentdéshabillerpuismefouillèrentduboutd’unbâ-
ton.
Lascènesedéroulaitenpleinerue,etlespassants
me dévisageaient. Certains se mirent à rire lorsqu’ils
virentapparaîtredevanteuxmachairmauve. Lafindu
jourdonnaitunéclatsurnaturelàcespectacle,etjeme
voyaisbaignerdansunelumièreétrange.
Dans cette foule, les femmes n’étaient pas les
moins féroces : elles passaient en me montrant les
dents, tandis que les policiers, athlètes aux épaules
carrées, géants drapés dans des manteaux de cuir, en
recevaientdessouriresespièglesetcomplices.
Commeilsnetrouvaientriensurmapersonne,je
fusaccuséd’avoiravalélespapiersqu’ilscherchaient. Je
répétaiquejen’avaispluslesditspapiersenmaposses-
sion,quej’enavaisdéclarélevolquelquesmoisplustôt
auprès des services de police, qu’il devait donc y avoir
erreuretqu’onmeprenaitpourunautre.
On me rétorqua que la police ne pouvait pas se
tromper,quesonactionétaitstrictementencadréepar
les lois et les règlements de la République (la Répu-
blique était, dans ce rêve, la forme de gouvernement
alorsétabliedansleVillage),quemondiscoursrévélait
11L’éveil de Victor H.
unecréaturerebellequineméritaitpasmêmeunpro-
cès, et ils tentèrent de m’étouffer entre deux oreillers
blancsquitombaientdesnues,commedeuxgrandsoi-
seaux sans ailes.
Àmonréveil,lesdrapsétaienttrempésdesueur…
122
Quandj’arrivaiaubureau,cematin-là,j’étaisde
meilleurehumeurquelesautresjours.
Heureux de sortir d’un sommeil qui m’avait
plongé dans l’angoisse, j’avais retrouvé avec plaisir les
petitesmaniesdesmatinsordinaires.
Jem’étaisdouchéethabilléensifflotant,content
ducorpsintactetfermedontj’avais,sitôtéveillé,vérifié
la matérialité heureuse, et j’avais avalé mon café d’un
trait,malgréunsoupçond’amertume.
Pourunefois,j’allaisarriveravantl’heure,même
le directeur ne serait pas encore là, et cela me rendait
joyeux.
Dehors,lesruesétaientencorelivides.
Le bus m’amena en quelques minutes au pied de
l’immeuble où je travaillais. Je grimpai les escaliers
quatre à quatre, bondissant comme un lièvre, gai
commeunpinson,avecmapetiteserviettesouslebras.
Elleétaitpleinededossiersurgentsquej’avaisdû
étudier à la maison la veille au soir. Des résultats de
mes examens allait dépendre la survie d’une quinzaine
de petites entreprises artisanales du quartier Ouest de
laville,dansleprolongementdelaperspectiveYorick,
c’est-à-dire dans un emplacement qui, nul ne savait
trop pourquoi, déjouait toutes les tentatives de déve-
loppemententreprisesdepuisvingtansensafaveur.
J’avais ainsi été chargé d’enquêter sur les raisons
deséchecsrépétésqu’yavaitessuyéslaCommissionpour
13L’éveil de Victor H.
lasauvegardedespetitesentreprisesdel’artisanatet du
commerceencentreville,lafameuseC.S.C.V.
Cette enquête n’avançait pas assez vite au gré de
mes supérieurs, mais le cas était délicat, et carrément
obscur. Ilmerestaitencoredeuxsemainespourrendre
mon rapport, qui serait alors transmis à la première
sous-commission aux affaires économiques et sociales
du Ministère.
On m’avait fait miroiter, en cas de succès, une
promotion rapide au sein de la direction du dévelop-
pementéconomiqueoùj’étaisencorerédacteurdetroi-
sième catégorie. J’aurais sans doute le choix entre une
placedechefdeserviceadjointdanscettemêmedirec-
tion, à moins qu’on ne m’offrît un poste au sein du
cabinet du directeur lui-même, où, selon les derniers
proposdecouloir,onavaitpourmescompétencesune
certaine estime…
143
Arrivéàladirection,j’ouvrislaporteaveclapetite
clef qu’en qualité de cadre j’avais le droit de conserver
toujours sur moi.
Mais,aulieudusilencequejem’attendaisàtrou-
ver dans nos locaux, normalement vides de tout occu-
pantàcetteheurematinale,j’entendisnettementlecli-
quetis léger d’un clavier d’ordinateur ainsi que le sif-
flementdiffus d’une photocopieuse. Il semblait même
quecesbruitsprovenaientdemonproprebureau-une
pièce de douze mètres carrés que je partageais avec un
collègue, Allan E.-P., chargé d’enquête dans le quar-
tierEstet,enparticulier,danslefameuxtriangled’or.
Intrigué,jem’ydirigeaisanshâte,empruntantles
longscouloirsornésdesphotographiesduprésidentet
desquarante-sixministres,ministresdéléguésetsecré-
taires d’État que comptait encore, à l’époque, le grand
conseil du Village.
En chemin, je préparai une phrase amusante,
mais d’un humour poli, destinée à féliciter le zèle de
moncollègue. Etjem’apprêtaiàlancermon«hello!»
habituel,quandjemerendiscompte,avecstupéfaction,
non seulement qu’il ne s’agissait pas d’Allan, mais que
c’étaitmonfauteuilquiétaitoccupé,nonceluid’Allan,
et même occupé par quelqu’unque je n’avais jamais vu
au sein de la direction, du moins était-ce, au débotté,
ce que je crus d’abord.
15L’éveil de Victor H.
Enentrant,ilestvrai,jen’avaisvul’inconnuque
deprofil,etdansuncontre-jourquinepermettaitpas
dedistinguersestraits,carilétaitplacédevantlafenêtre
dont la lumière l’obombrait, et il n’avait pas cru bon
devoir lever les yeux, me laissant m’approcher de lui,
sans un mouvement.
En avançant, il me sembla pourtant que ce visage
nem’étaitpasétranger. Ilm’étaitmême,d’unecertaine
façon, familier, mais je n’aurais su dire encore où je
l’avais déjà vu. Il me semblait aussi que ce n’était pas
àmoideprendreenpremierlaparole: aprèstout,cet
hommeoccupaitmaplace,etc’étaitàluidemedonner
quelques explications.
J’attendis donc quelques instants, debout devant
lui,envain: ilcontinuaitdefrapper sonclavierdeses
doigts rapides, au moins aussi rapides que les miens,
estimai-je,et,penchéunpeuenavantau-dessusdeses
mains qu’il ne regardait pas, il fixait l’écran d’un œil
vide.
« Il est réellement concentré sur sa tâche, pen-
sai-je, ce n’est peut-être pas le moment de le déran-
ger. »
Maisjechassaisur-le-champcettepenséetimide:
j’étaisévidemmentendroitd’interromprel’intrussans
aucunpréambuleetdeluidemanderlaraisondesapré-
sence ici, dans les bureaux de ma direction, assis à ma
place, utilisant mamachine et ne se dérangeant même
paspour mesaluer,s’excuser,sejustifier…
« Les gens de nos jours n’ont plus aucune no-
tion de politesse. Oui, c’est incroyable comme tout le
mondedevientsans-gênedenosjours,etpasseulement
les enfants, non, les adultes également, oui, vraiment,
personnenerespectepluslesrèglesélémentairesetné-
cessaires à la vie en société », m’entendis-je penser en
silence,tandisquejecontinuaisd’observerl’étranger.
Ilsetenait,raideetdroit,etpianotaitcommeun
automate, sans même cligner des paupières, avec une
maestriaincontestablequiforçaitmonestime. Ilfallait
16Victor Hash
réagir ! Hélas ! Tout ce dont je fus capable fut un
« hum ! » énergique que je lâchai à quelques pas de
lui.
Sans s’interrompre, il leva la tête vers moi et dé-
clara, tranquillement :
«Peut-être nelesavez-vouspas,cher Monsieur,
mais vous êtes ici dans les bureaux de la direction du
développementsocialetéconomique,c’est-à-diredans
les bureaux du Ministère. Nos locaux sont fermés au
publicet,sivoussouhaitezunrenseignement,vousde-
vriezplutôtvousadresseraurez-de-chaussée. L’accueil
ne sera néanmoins ouvert qu’à partir de neuf heures.
Jevoussuggèredoncd’attendredehorsl’arrivéedeshô-
tesses. »
Etl’hommerepritsaposition,faceàl’écranscin-
tillant,tandisquesesdoigtsgalopaientdeplusbellesur
le clavier sonore.
Moi,j’étaisébahi,stupéfait,estomaqué!
J’avais en effet reconnu ce visage, quand il s’était
enfin tourné vers moi. J’avais pu l’observer pendant
plusieurs minutes, dans une lumière douce qui en ac-
centuait les traits sans les déformer. J’avais pu en dé-
tailler les moindres détails, du nez aux oreilles et du
frontà labouche,etjene pouvaisen croiremesyeux:
cevisage,levisagedecethomme,oui,c’étaitlemien!
17