L'homme abîmé et le lombric

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Je suis un ver de terre Qui passe sa vie entière A creuser sous la terre Sans air et sans lumière Je suis un verre de terre Un petit verre qui glisse Marche avant, marche arrière Tout fin, tout nu, tout lisse La bêche du jardin me dérange et me fait peur A l'hameçon d'un pêcheur je ne voudrais pas finir Je suis un ver de terre Qui passe sa vie entière A creuser sous la terre Sans air et sans lumière Je suis un ver de terre Une mini bestiole Un gentil locataire Des pierres et du sous-sol Au fond de ma galerie Je zigzague tout partout Et je joue quand je m'ennuie A compter les p'tits cailloux ... Chanson "Le Ver de Terre" de P.Jaymes, P.Glaeser
Publié le : lundi 5 septembre 2005
Lecture(s) : 87
EAN13 : 9782748146783
Nombre de pages : 118
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L'Homme abîmé et
le lombric
Pierre Laur
L'Homme abîmé et
le lombric













Le Manuscrit
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© Éditions Le Manuscrit, 2005
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ISBN : 2-7481-4679-4
ISBN : 2-7481-4678-6


PIERRE LAUR

Il est assis, le dos appuyé contre la terre glaise desséchée
de la paroi. Ses bras sont croisés et reposent sur ses
genoux repliés. Il a mis du temps à trouver la position la
moins inconfortable. À son arrivée, il s’était affalé sans
vraiment réfléchir. Les roches siliceuses arrimées dans la
terre avaient meurtri son dos. Les premiers instants
passés, il s’était livré à une étude approfondie du terrain.
Il a fini par trouver cette posture. Depuis, il ne la quitte
plus. Son regard scrute l’orifice de la crevasse. Il
aperçoit le ciel gris souillé par la pollution.
Il aimerait bien, de temps à autre, se lever. Il sait
aussi que, se relevant, sa tête dépassera de la cavité dans
laquelle il a trouvé refuge. Les autres, tous les autres,
tous ceux qui le cherchent, ne manqueront pas de le
voir.
Entendant un léger crissement proche de ses
pieds, ses yeux fouillent et essayent d’identifier le bruit
incongru. Un magnifique ver de terre, de la couleur du
sang coagulé, esquisse de majestueuses sinusoïdes. Il ne
peut s’empêcher d’admirer la sensualité des
mouvements du lombric. Il regrette de n’avoir pas
connu de femmes qui irradient autant de lascivité.
Même dans les endroits de perdition, où les femmes
laissent imaginer des ébats les plus fous, il n’a jamais
ressenti un tel érotisme.
Sa contemplation est interrompue par les clameurs
des autres qui l’appellent.
“ Julien, reviens ! Nous savons que tu te caches.
Tu sais que, comme les fois précédentes, nous finirons
par te trouver ! ”

Il garde le silence. Cette fois, il s’est juré qu’ils ne
le reprendraient pas.
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