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L'homme de Riou

De
245 pages
Est-il possible de faire mieux que survivre ? Voici un homme qui, au plus profond du désespoir de l’enfermement, avec les seuls outils de ses mains et de son intelligence met à son service les ressources naturelles du milieu qui l’entoure. Il réinvente le feu, la cuisine, l’habitat, la poterie, la vie. Ainsi gravit-il seul les échelons d’une humanisation condensée et anachronique. Frisant la folie des grandeurs, dans la toute puissante de sa solitude, il veut par l’écriture, dont il réinvente les moyens, témoigner de son niveau d’humanité. N’est-ce pas aller trop loin ? Ne doit-il pas rejoindre ses semblables ? Mais dans quel état ceux-ci vont le recevoir, le percevoir ? Sera-t-il encore capable d’une nouvelle adaptation? Et même, que lui réservent ses semblables ?
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L’homme de Riou
René Soulayrol
L’homme de Riou ROMAN
© Éditions Le Manuscrit, 2006 www.manuscrit.com communication@manuscrit.com ISBN : 2-7481-6849-6 (fichier numérique) ISBN 13 : 9782748168495 (fichier numérique) ISBN : 2-7481-6848-8 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748168488 (livre imprimé)
PROLOGUEL’homme n’était pas rentré de la nuit. Au matin du lendemain le surveillant devait faire un rapport. Entre ses doigts tournait un porte-plume et dans sa tête, se rassemblaient péniblement les quelques souvenirs que ce patient avait laissés de son passage dans l’unité. Pas grand chose ! On ne savait plus très bien depuis combien de temps il était là, ni qui l’avait fait interner avec ce diagnostic de schizophrénie catatonique qu’on avait régulièrement renouvelé depuis son admission. On ne savait pas pourquoi, non plus, on l’appelait : « Riou » qui était le seul nom auquel il paraissait sensible. Il avait toujours été un malade tranquille qui ne s’était qu’une fois fait remarquer dans un incident mineur, un patient idéal en quelque sorte, un « chronique » embarqué pour un internement à vie. Aucun visiteur n’avait demandé à le voir, on ne lui connaissait aucune famille. Il passait le plus clair de son temps, debout dans la cour, légèrement vêtu, indifférent aux
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variations de température, l’hiver à regarder le ciel et l’été à contempler un platane. Aucun écran n’arrêtait son regard qui vous traversait, ses yeux étaient graves et profonds comme deux grottes et regardaient à l’intérieur de lui. Parfois, on l’entendait marmonner quelque prière ou quelques poèmes car sa litanie paraissait rythmée et rimée. Ce sont les repas qui faisaient surtout s’allumer dans son oeil une lueur d’intérêt, il y déployait tout un rituel : de ses deux mains tendues, il élevait sa gamelle comme il eût fait d’une patène, il en regardait le fond, puis il la retournait et scrutait attentivement son intérieur comme s’il voulait y voir des incrustations. Il pesait et soupesait sa cuillère d’aluminium qu’il tordait quelque peu pour qu’elle s’adapte parfaitement à ses doigts. Il mangeait par petites bouchées comme si chacune avait un goût différent de la précédente car il les accompagnait d’une mimique tantôt d’appré-ciation, tantôt de déception à la recherche peut-être d’une saveur perdue.. Sa seule exigence, remarquable dans son océan d’indifférence, était la régularité quasi mesurable avec laquelle il faisait comprendre qu’il voulait qu’on lui coupe les cheveux ou les ongles. On avait essayé de le faire travailler à l’extérieur du service, il s’était laissé conduire assez passivement dans les allées de l’hôpital pour y ramasser les feuilles mortes, mais il restait le plus souvent immobile, le nez en l’air, humant l’odeur des feuilles qui brûlaient, appuyé sur son balai de fascines comme s’il voulait en « éprouver la douce
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