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L'homme qui changeait la vie

De
151 pages
Que dire de Guillaume ? C'est un garçon timide, incroyablement timide. Allergique au téléphone et tout aussi incapable de mener une conversation avec une inconnue, surtout si celle-ci a tout de la femme idéale ! Alice est un rayon de soleil, une jeune fille pleine de vie, ouverte et loquace. Tout son contraire. Guillaume arrivera-t-il à apprivoiser cet ange entré dans sa vie ? Ou sera-t-il au contraire cloué au sol par ses doutes, ses peurs et ses remords ? Passera-t-il à côté de son histoire pour une blessure lointaine, cachée, insoutenable ? C'est le défi relevé par un psychologue dont le postulat de départ pour le moins original est de proposer à Guillaume de remonter le temps pour changer son destin là où tout a basculé...
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2 Titre

L'homme qui changeait
la vie

3Titre
Giovanni Portelli
L'homme qui changeait
la vie

Roman fantastique
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02670-2 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304026702 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02671-9 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304026719 (livre numérique)

6 8 Chapitre vingt-trois

1
– Je suis venu ici sur le conseil de mes pro-
ches. Mais je ne vous cache pas que je ne crois
pas en votre pouvoir. Il est parfaitement impos-
sible que vous puissiez faire quelque chose pour
moi.
– Que faudrait-il que je fasse d'aussi extraor-
dinaire pour te prouver le contraire ?
– C'est inutile. On ne peut pas changer le
passé…
– Alors contentons-nous seulement d'admet-
tre que justement non, j'en sois capable. Admet-
tons que je possède le moyen de te renvoyer
dans ton passé au jour et à l'heure exacte de
l'événement de ton choix, et que la seule condi-
tion pour rendre ce voyage possible soit de re-
noncer à tout ce que tu as vécu depuis le mo-
ment précis où il s'est produit, même en souve-
nir. Admettons dans le même temps que je
puisse te donner cette chance de revivre ta vie
dans les mêmes conditions, à un détail près. Que
dirais-tu si c'était possible ?
9 Giovanni Portelli
– Je dirais qu'il faudrait choisir judicieuse-
ment le moment et le détail.
– Et tu aurais raison ! Car c'est bien là tout le
problème, sorti du fait que plus on remonte
loin, plus les conséquences sont radicales…
– Vous voulez dire qu'un détail d'apparence
anodine, le fait de rencontrer ou non quelqu'un
à une époque donnée peut totalement faire bas-
culer mon avenir ?
– Ou ton présent…
– Ça ne rime à rien.
– Ce n'est qu'une problématique parmi d'au-
tres. N'as-tu pas envie de savoir où cette simple
hypothèse de départ peut nous conduire ?
– Non, mais puisque de toute façon je suis
coincé ici, autant que l'un d'entre nous y trouve
son intérêt… Admettons, comme vous dîtes. Et
après ?
– Après ? Eh bien ! Commence déjà par t'as-
seoir. Et puis raconte-moi en quoi un gamin de
ton âge peut bien vouloir changer son passé…
10 Chapitre vingt-trois

2
2 ans auparavant…
"Je m'appelle Guillaume Artus. Le prénom
d'un conquérant, le nom d'un roi. Et à l'époque,
tout le reste du perdant. Lent, maladroit. Pas
vraiment un intellectuel non plus. Devant la
glace, pas grand chose pour rattraper le conte-
nu. Une espèce de bouée autour d'abdos mina-
bles, une paire de lunettes grossières et des
dents de sagesse en double file qui me torturent
de temps à autre. Rien d'insurmontable, c'est
vrai. Mais pris comme un ensemble, ça m'a suffi
pour développer mon plus gros défaut : une ti-
midité maladive.
Cela ne m'a toutefois pas empêché de décro-
cher un travail d'installateur de vérandas, malgré
la "conjoncture actuelle". Je travaille en binôme
avec un gars sympathique qui s'appelle Yann.
Lui, c'est le genre à traiter les problèmes l'un
après l'autre, avec une bienheureuse patience et
surtout des résultats. Pour ma part, j'apprends.
Il me charrie beaucoup, toutefois ses conseils
sont rarement mauvais… sauf bien sûr en ma-
tière de roman.
11 Giovanni Portelli
Sur ce point, il n'a pas vraiment les mêmes
affinités que moi. Je crois bon de vous indiquer
maintenant que j'écris depuis longtemps. Certes
il n'est pas une seule de mes histoires dont je
sois totalement satisfait, excepté la plus récente,
sur laquelle je fonde toujours beaucoup d'es-
poir, même si cela ne dure en général que le
temps qui sépare son écriture de sa relecture.
Seulement là, je suis sûr de tenir le bon bout. Je
sais que je vais écrire le chef-d'œuvre…
– Celui qui va lancer ta carrière en France ou
au Japon, termine mon collègue qui n'assiste
pas là à mon premier délire littéraire.
– Exactement ! Mais cette fois, c'est sûr, il va
être pris. Ils ne pourront pas me le refuser.
– Ça fait combien d'histoires que tu leur en-
voies, aux éditeurs ?
– Neuf.
– Et à chaque fois, tu l'expédies en colis re-
commandé avec accusé de réception, tu t'en-
voies une copie de l'original et tu t'aperçois
deux jours après que tu as encore des modifica-
tions de dernière minute à lui apporter. Six à
huit semaines plus tard, tu reçois un courrier
sur un joli papier à en-tête qui t'annonce élé-
gamment qu'il n'est pas pris.
– Et alors ?
– Alors tu t'en fous pour une fortune à cha-
que fois, et pour rien. Tu n'en as pas marre de
claquer ton pognon dans des conneries pareil-
12 L'homme qui changeait la vie
les ? Achète un de ces trucs à gratter. T'as les
mêmes chances de faire fortune, et ça ne coûte
qu'un ou deux euros… Tiens, le Loto, c'est bien
aussi, le Loto !
– Ouais ! Peut-être, mais ça t'a rapporté
quelque chose, à toi ?
– Tes histoires ne t'apporteront rien non
plus, Guillaume. Et ce n'est pas seulement du
pognon que tu gaspilles là-dedans. C'est aussi
beaucoup de ton temps libre. Du temps que tu
pourrais passer à dormir, d'ailleurs ! Parce que
vu ton efficacité au boulot et la tronche de ca-
davre que tu te payes ce matin, tu n'as pas dû te
coucher de bonne heure.
– Ben en fait, il était plus tôt que tard.
– T'es gravos, toi, quand même !
– Si tu le dis… Bon, je peux te la raconter,
ma dernière idée mère ?
– Si ça te fait plaisir…
Alors que je lui expose ma nouvelle trou-
vaille, à laquelle il porte une oreille de laquelle je
ne pourrais affirmer qu'elle est distraite, notre
fourgon attrape la route de Marennes. Notre
client est quelque part sur l'île d'Oléron. Une
heure et demi de route, pas moins, à partir du
dépôt. Sauf si les choses se passent merveilleu-
sement bien, ce n'est pas encore ce soir que je
pourrai aller chercher mon cadeau de fête des
pères. Il intervient bientôt :
– Et il fera combien de pages cette fois-ci ?
13 Giovanni Portelli
– Oh ! Ça devrait tenir sur une trentaine de
volumes d'environ deux-cent pages chacun.
Pour le coup, il en reste bouche bée.
– Ben quoi ? Si je veux écrire une biographie
vraiment précise, il faut bien un livre par année
de vie relatée !
– Guillaume ! Qui voudrait se taper six mille
pages sur la vie d'un type, même aussi extraor-
dinaire que ton héros ?
– … Ben je me suis dit que tu pourrais le lire
au fur et à mesure.
– Non, non, non ! Tu m'as déjà fait le coup
une fois. Là, tu oublies, mon vieux !
– Je te jure que celui-là…
– Celui-là pas plus qu'un autre ! Y'a pas un
éditeur qui voudra publier ça. Ce n'est pas un
roman, ton truc, c'est un annuaire !
Puis, me regardant à nouveau, il éclate de
rire. Quoi qu'il en soit, je n'en démords pas. Ce-
la peut paraître un projet de dingue, mais j'ai
bien l'intention de le mener. Après tout, qu'ai-je
d'autre à faire sorti du travail ? Excepté la cho-
rale que j'ai intégrée pour ne plus subir les ré-
flexions de mes parents sur mon comportement
de solitaire reclus dans sa chambre, je ne vois
personne et je ne sors jamais. J'aurais tout mon
temps pour écrire cette histoire…



14 L'homme qui changeait la vie
18:25
Je m'arrache rapidement de ma place de par-
king. Il est peut-être encore temps. Je m'en-
gouffre dans une épouvantable circulation dans
laquelle les bus ajoutent leur note poivrée au
pot-pourri que composent en cœur nos pots
d'échappement. Pourtant cette heure reste ma
préférée. Je me laisse aller dans le flux de la cir-
culation pour rattraper la rocade. Et en atten-
dant que ça se décante, j'allume la radio sur une
station diffusant de grands classiques du jazz.
Louis Armstrong, Charlie Parker, Ella Fitzge-
rald, Stan Getz…
Bref, je pourrais en parler pendant des heu-
res, de même que l'animateur de l'émission. Je
me souviens d'ailleurs que cela avait rapidement
gavé Yann. Un soir que nous rentrions de Bor-
deaux, j'avais réussi à la capter sur le poste du
fourgon. Face à la multitude d'anecdotes que
l'illustre érudit de la radio avait réussi à pondre
sur un morceau de deux minutes trente, mon
collègue avait fini par craquer et – ce devait être
la première fois depuis que nous travaillons en-
semble – changé de station. Il m'avait alors ra-
pidement expliqué pourquoi :
– J'ai assez de toi qui me raconte ta vie. Tu
ne vas pas me rajouter celle de ce gars-là sur la
conscience ! Je ne veux pas finir dans une sou-
tane, moi !
– Moi je les aime bien, ses histoires.
15