L'Homme qui groûle

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La veille de sa retraite, Georges le misanthrope découvre sa solitude. Il achète un chien... Un mal se réveille, un forgeron lui façonne la colonne vertébrale... Cela ne le gêne guère. Jusqu'au moment où lui, l'imberbe, se recouvre de poils, qu'une fillette apeurée le traite de singe. En vérité, plus canidé que primate, s'il dépérit en dehors, il renait en dedans... Il s'accommode d'une vie de reclus. La mort brutale d'un gardien d'immeuble en décide autrement... En catimini, il quitte les humains... Pris pour un mâtin, il en adopte le comportement. Le bonheur coule dans sa fourrure. Dans son errance, il croise des hommes – notamment un haut magistrat (clochard) – le confortant dans ses choix. Sa chienne se vide le ventre des oeuvres d'un malinois. Bigre! le voilà en charge de famille. Ses responsabilités le déboussolent... La police encercle la meute. Une bouillie... Un mâle indiscipliné échappe au carnage. Anna, la chargée d'enquête, recueille l'orphelin. Après mille déboires, elle connait la métamorphose de Georges. Elle aussi quitte la compagnie de ses semblables... Dans ce conte, ne cherchez pas l'extraordinaire mais une peinture sans concession de notre société.
Publié le : jeudi 4 décembre 2014
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342031430
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342031430
Nombre de pages : 232
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L’Impasse, Éditions du Sansonnet L’Effet saucisson, Éditions Chant d’orties
Pierre Debuys L’HOMME QUI GROÛLE
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France IDDN.FR.010.0120003.000.R.P.2014.030.31500 uvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit É n 20Cet o diteur e 14
À Basile, Prunelle, Violette, Enguerrand et à celui qui arrive
I. Je tire ma révérence (ou la retraite) Le prénom
Je n’aime pas mon prénom… Je m’appelle Georges… Ne riez pas, vous pensez bien, depuis le temps, même si sa banali-té le protège du moqueur, j’ai épuisé toutes les vertes et les pas mûres à propos de ce prénom, prénom plus proche du sobriquet que d’un état civil. Mille excuses à celles et ceux qui le portent – en plus, des femmes s’en vêtent. De Georges, je le pense, on ne tire aucune fierté, pas même celle des Georges célèbres : Buffon, Pompidou, Brassens, Clémenceau, Courteline, Perec, Sand, Washington, Bizet, Moustaki, Feydeau, Bernanos, Gershwin, Mermoz (non, lui, c’est un Jean), Or-wel, V (le roi), Lautner (Les tontons flingueurs), Wolinski, Méliès, Simenon, Ulmer (le chanteur), Séguy et consorts. Paix à vos âmes, gardez vos notoriétés. Je n’en ai que faire ! Plus encore, j’exècre ce Jojo dont mes proches m’affublèrent jus-qu’aux portes de mon adolescence. On appelle ça un petit nom, ça se veut gentil ! Pourquoi, en partant de ce postulat, l’associe-t-on àAf-freux, jamais àBeau? (Si au moins je m’appelais Serge…). Quand j’écrismes proches, c’est pour me simplifier la vie, ne pas en-trer dans le détail d’un arbre généalogique qui se réduit à un arbrisseau – manquant d’eau de surcroit. Ils étaient aussi proches de moi que vous de l’empereur de Chine ou du japon – sauf si, cela va de soi, vous êtes d’extraction impériale chinoise ou nippone (et que vous lisez le français).
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Si encore vous le choisissiez (votre prénom), mais, vous vous en doutez peut-être, ni avant ni après le jour de ma naissance, personne n’eut ce brin de lucidité pour solliciter mon approbation à ce sujet (celle du choix d’un prénom, vous l’aviez compris j’espère). En même temps, je vous l’accorde volontiers, demander son opi-nion à un embryon, à un bébé vagissant relève de l’exploit, exploit que personne, à ce jour, n’a accompli (du moins à ma connaissance) ni n’a tenté (toujours du moins à ma connaissance). En aucun cas, l’obstacle soulevé devrait être une raison pour ne pas essayer. On souffre trop de ces populations de pisse-froid cassant les coups desimaginateursau simple prétexte que ce n’est pas possible ! Pourquoi ? Parce que ! Déjà, on nous oblige à s’appeler comme nos parents pour le nom de famille, pour le prénom, on pourrait inventer une loi interdisant de donner un prénom sans l’accord de celui qui le porte, quitte, dans les premières années de sa vie, à se faire désigner par :Truc,Machin ou ! Ou, à bien y réfléchir, mettre en place une procédure simple pour en changer à tout moment, plusieurs fois de suite si notre nou-veau prénom, après coup, ne nous plait plus. Chacun a le droit de se tromper… J’en connais un qui se nomme :DésiréRien. Je vous laisse deviner ce queDésiré Rien endure. Cela dit, il est bête, manque d’ambition. Ceci est son histoire, pas la mienne, qu’il se débrouille : MonsieurRien Désiré. Maintenant que je suis mort, je peux bien le dire, nous les petits (ici je ne parle pas de taille mais de condition) on ne nous demande jamais notre avis, que ce soit pour notre prénom ou tout autre chose, par exemple le nom de la rue où nous habitons. Vous a-t-on un jour consulté pour le nom de votre rue ? Cela m’étonnerait, mais j’accepte d’être contredit. Je suis prêt à investir dans une bouteille de cham-pagne si vous vous décidez à parier. Il est un domaine où soi-disant notre opinion importe, au point de nous solliciter avec un peu trop d’insistance. Cela est évident, mais l’est plus en l’écrivant, je parle ici des élections. Quoique, ne soyons pas dupes, le solliciteur, à grands cris d’orfraie, à la télévision ne ré-clame pas vos idées, dont il n’a que faire, qu’il feint d’écouter, mais
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votre voix – pudiquement qualifiée de suffrage. D’ailleurs, une fois élu, entre deux élections, il vous ignore, ne sollicite jamais vos lu-mières, si tant est, un jour, il les a prises en compte. Si d’aventure, par quelque moyen de pression propre à vous sentir vivant, vous le re-mettez en cause, il brandira une indignation d’homme outragé, intègre et élu –et, à titre subsidiaire, son immunité parlementaire Mais, je m’égare, revenons à nos moutons… Pendant des mois, du moins je le suppose, n’étant pas né, quand bien même l’aurais-je été cela ne changerait pas le problème (confer supra), père, mère, oncles, tantes, cousins-cousines, amis-amies – sans compter les connaissances des uns et des autres que je ne connais pas, à supposer que les premiers nommés me fussent familiers, ce qui reste, bien entendu, à prouver – intriguent pour que leur favori (leur prénom) emporte la majorité des votes. À cet effet, les pauvres – les autres, les riches, ont le livre dePré-noms à donneren cas de naissance chez eux, dans leur famille, chez des amis plus ou moins proches – se gâtent les yeux sur les colonnes, imprimées en petites lettres, des saints du calendrier des postes. Celui avec les photos de chatons ou de chiots dans un panier en osier. À noter, vous pouvez acheter celui avec des fleurs si vous n’aimez pas les petites bêtes ou les paniers en osier – les paysages de montagne se vendent bien aussi. À ce titre, ayant des parents pauvres, j’échappai aux Martinien, Jude, Adelphe, Carême, Mélaine, Apollinaire, Sidoine, Judicaël, Satur-nin…, à Victoire 1945, Pentecôte, Pâques, Annonciation, Ascension, Armistice 1918, Fête Nationale, Rameaux… À Sylvestre (ne manquait plus d’avoir un petit nom de réveillon !). Soit ! Je porte, cahin-caha, en haute estime ces campagnes pour un pré-nom dont nous supporterons le poids toute une vie – bien que, d’aucune manière, dois-je vous le rappeler, nous fussions consultés – elles partent d’un bon sentiment, cela, je ne le discute pas. Pourquoi, dans ces conditions, ourdir,conciliabuler pour s’enticher d’un saint d’avril (le 23 dans mon calendrier avec la photo d’un lac en Suisse), pour, aussitôt délivré du ventre de ma génitrice, user du pseudonyme d’unAffreux?
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Les Pierre se muent en Pierrot, les Sébastien en Seb (comme les cafetières), les Emmanuelle en Manu, les Isabelle en Isa, les Maxence en Max, les Samuel en Sam… Encore, qu’elles ou ils en soient heureux, ils échappent à Nanar, Bébert, Gégène, à Riton, Yoyo, Gégé ou autre Lulu pour ce qui a un vague rapport avec un prénom répertorié dans un calendrier ou dans un livre édité à cette fin. Que dire desLa globule,La mômeou desLe grandpour les grands, Le nainpour les petits, les tordus pour les… Je préfère me taire, pour ne pas offenser celles ou ceux qui présentent des caractéristiques physiques si particulières que spontanément viennent à l’espritdesditsnormauxles sobriquets des plus classiques aux plus farfelus. Je plains celles ou ceux qui portent des lunettes, ont un gros pos-térieur, une bosse dans le dos, un bedon devant, sans parler des nez qui font de l’ombre aux lèvres, des lèvres aux mentons, des mentons aux cous, cous aplatis, cous étirés et doubles mentons… Oublions les strabismes, les zozotements. Et les bégaiements… Ne cherchons pas à comprendre… On voit toujours la paille dans l’œil de son voisin… C’est ainsi et pas autrement ! En tout cas, dans le registre, prévu à cet effet, délicatement calli-graphié à la plume sergent-major trempée dans l’encre noire d’un encrier, dont le bouchon préalablement dévissé puis refermé posté-rieurement, car un liquide s’échappe de son contenant si on ne prend pas le soin de revisser le couvercle le closant, un employé de la mairie de Lille, peut être en se disant « Encore un qui va souffrir… », de cela je n’en mettrais pas ma main à couper, inscrivit ce prénom :Georges, un beau matin de mars, voilà bientôt soixante ans. En écrivant « beau matin », je cède à une facilité de langage… Une litote… Il neigeait… Le froid engourdissait les doigts de ceux qui manquaient de gants… La guerre n’en finissait avec ses bons d’approvisionnement…
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