L'Homme qui n'existait pas

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C’est l'histoire banale d’un paumé, d’un « amputé du coeur » qui retrouve l’espoir après avoir connu deux femmes : Rébecca puis Christine. Deux femmes qui vont se moquer de lui jusqu’à lui donner l’envie de mourir.

En chemin, il découvrira Pamela, le goût de vivre et l’amour de l’écriture. Mais la mort le rattrapera !


Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 2952248605
Nombre de pages : non-communiqué
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Ce mardi de décembre restera gravé dans ma mémoire le restant de ma vie. Tout au moins pour ce qu’il me restait à vivre. Ce morceau de mon histoire donna à mon existence une tournure à laquelle je n’étais pas préparé. Il faut dire que je ne m’y attendais pas ! L’affaire semblait pourtant sereinement engagée, sur de bons rails. Tout allait pour le mieux. Mon corps frémissait. Mon cœur chantait. Tout mon moi frétillait comme des papillons sur les fleurs au printemps. Malgré l’hiver qui pointait son nez, j’abordais cette saison détestée avec confiance et bonheur. J’envisageais une suite plus décontractée pour ma destinée. Le Nouvel An prochain à deux, ce qui ne m’était pas arrivé depuis plusieurs années ! Rompre une solitude non acceptée, pesante, qui vous bouffe le corps et l’âme, est une porte ouverte sur l’extérieur, sur l’espoir. J’avais accompli la plus grande partie de ma vie. J’en prenais conscience et savourais par avance, comme un gourmet devant le fumet d’un plat, les dernières années qui me restaient avec sérénité, avec satisfaction. Pour la première fois depuis longtemps, l’amour était au rendez-vous après des automnes d’incertitude et de morosité. C’est une belle saison l’automne. Mais quand vous l’abordez solitaire, les couleurs des arbres ne peuvent faire oublier une réalité qui vous enferme dans une logique dépressive, ni le gris qui vous enveloppe, et le corps et
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l’esprit. D’ailleurs l’automne n’était que l’annonce de l’hiver, cette fin de cycle pour l’être humain. Alors quand ses pas croisèrent les miens, je crus que nos chemins allaient devenir communs. Son sourire, sa voix chantante et sa frimousse m’avaient séduit. Nous travaillions dans le même service. Elle venait d’être mutée de province. À plusieurs reprises, je l’avais rencontrée dans les couloirs, à la cafétéria, au restaurant d’entreprise. Évidemment, sa beauté et son aisance naturelle, telle une danseuse de ballet virevoltant sur la scène, attiraient mon regard. Mais je ne pouvais imaginer qu’un jour nos liens seraient plus étroits. Que pouvais-je espérer d’une telle fille ! Elle représentait la beauté, le charme. Je n’étais qu’une ombre, un spectre qui cachait sa timidité et son visage peu attirant en longeant les couloirs, en fuyant les autres. Elle exerçait en qualité de cadre au service financier de l’entreprise, était l’adjointe du chef de ce département. Moi, malgré mes diplômes, je végétais dans un emploi de rédacteur chargé des relations internationales. La direction m’avait toujours refusé une promotion en rapport avec mes études. Je l’avais remarquée et avais rapidement détourné mon regard d’elle. Comment pouvais-je imaginer la conquérir ? D’autant plus qu’à cette période, ma vie sentimentale venait de subir les rigueurs et les aléas du destin. Je n’étais pas encore remis de deux ans d’une amitié volatilisée par un simple coup de téléphone ! Deux ans qui venaient de disparaître, effacés par une fille qui m’avait redonné confiance à une époque charnière où je m’interrogeais sur le sens de ma vie. Cette fille, je l’avais connue lors d’une randonnée pédestre pour laquelle je m’étais inscrit. Cette randonnée itinérante dans le Luberon, je l’avais trouvée au catalogue d’une association. Cette région française me captivait. Je voulais connaître les champs de lavande mauve et découvrir les paysages d’ocre. Le Luberon, région magique dont le nom évoque des senteurs, des odeurs, des couleurs, une façon de vivre que nous gens des villes, avons perdu. Au cours des cinq jours de parcours, je fis la connaissance d’une
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femme. En réalité c’était elle qui m’approcha. Moi je n’aurais jamais osé. Ma timidité maladive m’en empêchait. D’ailleurs je ne l’avais pas vraiment remarquée ! Un jour, après une marche longue et difficile effectuée sur un grand nombre de dénivelés, elle vint, à l’arrivée de l’étape, me voir et discuter. Elle m’offrit une boisson au bar d’un village dont je ne me rappelle plus le nom. Son approche m’éberlua. Elle était directe et, je l’avoue, cette façon de procéder me troubla. – Depuis ces trois premiers jours, je t’ai remarqué, observé, me dit-elle. Ton comportement est différent des autres. Ta façon de voir les choses m’intéresse. J’aimerais que l’on fasse plus ample connaissance. C’est ainsi que débuta une histoire commune entre Rébecca et moi. Rébecca était son prénom. Elle habitait et travaillait dans le nord de la France. Elle s’était inscrite à cette randonnée pour lier connaissance, faire des rencontres. Au retour de cette randonnée, nous nous vîmes souvent. Elle venait le samedi ou le dimanche sur Paris. Nous sortions ensemble. Le téléphone fonctionnait fréquemment entre nous. J’étais son confident. J’ai tout su d’elle. Ouver-tement, elle me proposa qu’on vive ensemble. Elle viendrait travailler sur Paris. Je lui plaisais et elle était amoureuse de moi. Mon cœur oscillait mais notre différence d’âge constituait un frein pour moi. Je le lui dis. Elle s’en moquait et rigola de mon blocage. Un jour, elle m’avoua sa virginité. À trente-cinq ans, elle n’avait aucune expérience amoureuse. Pourtant elle était mignonne. – Je fais partie d’une secte, me raconta-t-elle un midi où nous étions en train de déjeuner dans un restaurant du côté du Centre George-Pompidou. J’appartiens aux Témoins de Jéhovah. Dans notre communauté, les filles doivent se marier avec quelqu’un de la communauté. Les rapports sexuels en dehors du mariage ne sont pas autorisés. Quitter cette secte pour prendre quelqu’un de l’extérieur signifie l’exclusion du groupe, avec les conséquences sociales et relationnelles que cela suppose. Je travaille dans une P.M.E.
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affiliée à cette secte. Je veux m’en sortir quel qu’en soit le prix. Moi, la religion, les sectes, je m’en moquais. Elle le savait et ne s’en offusquait pas. Elle en riait. « C’est pour toutes ces raisons et bien d’autres que je t’aime », me disait-elle. Elle voulait à tout prix se marier, avoir des enfants, une vie de famille. C’était évidemment louable, mais moi j’étais trop vieux. Si j’avais eu quinze ans de moins (à peu près son âge), je n’aurais pas dit non ! Nous sommes, pendant deux ans, sortis ensemble, avons partagé les restaurants, les randonnées. Elle connaissait bien Paris et me fis découvrir des endroits que j’ignorais. Nous n’avons pas eu de rapports sexuels. Elle refusait de donner son corps en dehors des liens du mariage. Je lui expliquais que son âge serait d’ici quelque temps un problème entre nous deux. Elle rigolait de ma façon de voir les choses. Mais elle m’estimait car je n’ai à aucun moment abusé de son corps. Je sais qu’en insistant, à plusieurs reprises, elle aurait accepté. Elle en avait envie, m’avoua-t-elle un samedi où nous déjeunions dans un restaurant sur Paris, près de la Butte-aux-Cailles. Trop pur, trop respectueux de ses idées, ou trop idiot, je n’ai rien tenté. Elle est venue plusieurs fois dans mon appartement passer la journée à manger, discuter, faire des projets de ran-données, de sorties ou de vacances. Nous avons sillonné les quartiers de la capitale, découvert maintes et maintes choses : des jardins inconnus, des rues de village, des restos… Petit à petit, je sentais fondre la distance de cet âge qui nous séparait. J’envisageais un tournant dans mon existence. L’âge, au fond, n’est pas une barrière infranchissable ! Après tout, combien de couples vivent mariés ou en concubinage et dont l’un des deux est beaucoup plus âgé ? C’était le cas de personnes connues : acteurs célèbres, hommes politiques…
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