L'horloger de 88h88

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Je l’avoue : je connais peu de monde dans la galaxie littéraire contemporaine. Et pourtant, j’en connais qui, en guise de quatrième de couverture, n’auraient pas hésité une nanoseconde à copier-coller un passage de leur bouquin. Carrément. Ou pire, à fabriquer un « trailer », une bande-annonce accrocheuse composée d’extraits judicieusement choisis dans les divers chapitres afin d’allécher le chaland, de séduire le lecteur en puissance au moyen de ficelles aussi grosses que le string de Babar.

Il est vrai qu’au stade grippal qui confine au plumard nos corps adipeux et fébriles, on peut espérer une envolée des ventes de tout ce qui se lit, de l’autobiographie corrigée d’avant-centre dépressif au pamphlet destructeur de l’ex-secrétaire d’État – ou de l’ex du secrétaire d’État – en passant par les confessions olé-olé de la maquilleuse d’un présentateur de JT.

Je répugne à ce genre de racolage. En vérité, que puis-je dire sinon que cet ouvrage se lit comme un livre ? En tournant les pages. Ou en clignant de l’œil droit pour ceux qui disposent de la version numérique. C’est quand la tisane est froide qu’on compte les veaux (proverbe approximatif).

Philippe Lebrun


Publié le : vendredi 1 janvier 2010
Lecture(s) : 69
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782746616486
Nombre de pages : non-communiqué
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Avertissement Gaffe ! Ne vous laissez pas abuser par ce qui est raconté dans les pages qui suivent. Ce tissu d’élucubrations ne repose sur aucune réalité historique. Pareil pour la géo. Si des per-sonnes croient se reconnaître quelque part, c’est qu’elles ont un ego gros comme une patate et qu’elles s’imaginent être le centre du monde. Les noms propres sont tous cryptés. Il y a des gens qui ramènent tout le temps tout à eux. Moi, non. Si seulement je savais ce qui m’a donné la force de me hisser jusqu’à mon clavier même pas ergonomique devant un écran même pas plat pour immortaliser autant de conne-ries ! Parfaitement, des conneries ! De l’ineptie en barre ! De la crotte de bicounette ! Je ne vois pas pourquoi je pèserais mes mots, je ne me pèse pas moi-même. D’autant plus que les termes utilisés dans cet ouvrage ne sont pas nouveaux, ce ne sont que des reprises, des emprunts. La plupart figurent dans les dictionnairesPocketl’on que trouve dans les rayons deshard-discountpour quelques cen-times d’euros ! Il y a même là-dedans des phrases entières qui ont déjà été écrites, gravées, sur des papyrus, des cy-lindres ou des parchemins, dans cette langue ou dans une autre, hier, avant-hier, sous Jules César ou Charles de Gaulle.
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Croyez-moi, tout ça c’est duremake, durevisited, dure-suced. Je parie qu’il y a même des fautes d’orthographe. Et pourtant j’ai relu. « Après la panne de courant de cette nuit, je me suis réveillé à88 h 88. » C’est par ces mots que tout a commencé. C’était dans les années quatre-vingt-dix. Je n’ai pas tout de suite ressenti le besoin de les écrire, loin de là. Près d’ici. Ça m’a trotté dans la tête toute la journée. Le soir venu, j’ai tapé la phrase sur le clavier de l’ordinateur puis je l’ai imprimée. J’aurais pu l’écrire directement, avec un stylo, mais non. Longtemps j’avais eu, dans mon adolescence, l’angoisse classique de la page blanche, quand je me rêvais auteur-compositeur-interprète de chan-sons à succès. Devenu quasi adulte, je l’avais remplacée par celle de l’écran noir. Noir comme le marc de café qui n’a plus rien à dire, noir comme le sang séché sur les plaies liber-taires, aussi noir que l’écran de veille d’un mort qui n’attend qu’un imperceptible mouvement pour lui redonner vie… Tenez, une fois j’avais entrepris l’écriture d’un roman. En vérité, plusieurs fois. La dernière mouture racontait la vie de paysans pauvres. D’accord, ça n’était pas gagné d’avance. C’était un exploitant agricole qui vivait seul avec sa femme, près de Le Havre, dans une ferme minuscule. Pour la moquette la femme avait cousu deux serpillières. Bref. Un jour, je me suis enhardi et j’ai montré les trois premières pages à mon buraliste. Il m’a fait des photocopies.
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Par la suite je me suis lancé dans l’autobiographie, principa-lement la mienne. Si ma mémoire est bonne, ça commençait comme ça : «Je suis né le 11 janvier 1956 à l’hôpital Tinel de Decazeville, dans l’Aveyron. »une description Suivait détaillée de la maternité, aujourd’hui cruellement menacée de fermeture pure et simple. C’est quand même terrible pour un enfant de se faire envoyer naître ailleurs. Il vaut mieux avoir une taupe dans son jardin qu’un avey-ronnais dans sa famille. (Proverbe tarnais) Entre 3 et 5 ans, il paraît que je faisais régulièrement des cauchemars, ce qui n’allait pas sans réveiller mes parents car ceux-ci se produisaient de préférence la nuit – les cauche-mars, pas mes parents – et rarement pendant la sieste, que je ne faisais pas. Ces terreurs nocturnes ont disparu lorsque je suis entré à l’école primaire. Faut-il y voir une relation de cause à effet ? On s’en fout. Avec l’autobiographie, il y a environ deux problèmes. Le premier, c’est qu’on se demande sans arrêt si ça vaut bien la peine de raconter tout ça à des gens qui ne vous connaissent même pas et qui ignorent complètement que l’hôpital Tinel s’appelle désormais hôpital Pierre Delpech, du nom d’un an-cien maire de Decazeville. Qui est décédé en cherchant des champignons. Des cèpes. Le second, c’est qu’on peut tomber sur des gens qui vous connaissent et quisaventla maternité est bel et bien que menacée. Si ça se trouve, ils ont même participé aux manifs pour la défendre. Et là il faut faire vraimentgaffeà ce qu’on va balancer. Imaginez que je raconte que j’ai dépucelé la fille du patron des HBA (Houillères du Bassin d’Aquitaine),
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celle qu’on surnommaitComtesse »« la vu de sa dé- au marche, de son menton en l’air et de sa beauté inaccessible, à la fin d’une sangria-party dans le labo-photo du Foyer des Jeunes de la rue Jean-Moulin dans les années soixante-dix… Et là, dès le lendemain de la parution du livre je reçois des dizaines de courriers, courriels, fax, textos, etc. pour me traî-ner dans la boue et me jeter à la figure ce démenti cinglant : « la Comtesse » n’a jamais été la fille du patron des HBA mais de celui des AUMD (Aciéries et Usines Métallurgiques Decazevilloises) ! Après mûre réflexion, j’ai ensuite décidé de m’attaquer à un autre mode d’écriture, leintime »« journal  parfois dénom-« journal »de bord les grands navigateurs et autres par aventuriers de l’ailleurs, très exceptionnellement« journal de merde »par les lecteurs aigris de quotidiens régionaux.
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