L'hypothèse des sentiments

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"Pendant quelques mois, ils vécurent chacun des moments que la vie réserve aux amants intelligents.

Ils goûtèrent avec étonnement au privilège d'apesanteur qui accompagne les embrasements réussis.

Et leur liaison fut d'envergure si variable qu'ils purent croire, les jours fastes, qu'elle avait la densité d'une passion..."

J.-P. E.

Publié le : mercredi 11 janvier 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246760498
Nombre de pages : 400
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Crédit image page 277 :
Le Temps coupe les ailes de l’Amour, par A. Van Dyck
(No inventaire MJAP-P- 0855) Institut de France – Paris, Musée Jacquemart-André.
Photo de bande : © Maria-Teresa Alvarez
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation
réservés pour tous pays.
© Éditions Grasset & Fasquelle, 2012.
ISBN 978-2-246-76049-8
Du même Auteur
Les enfants de Saturne, Grasset, 1996.
Aurore, Grasset, 2001.
La dernière femme, Grasset, 2006.
Ce que nous avons eu de meilleur, Grasset, 2008.
pour P
TABLE
– I –
LE HASARD
1 – Deux valises rouges
2 – Sixte et Marion
3 – Le petit cahier
4 – Trois témoins
5 – Vers le sud
6 – In God We Trust
7 – Analyse
8 – Amor fati
9 – Coup de théâtre
10 – Où l’on entend ce que chacun ne dit pas
11 – Poissons et prédiction
12 – Extérieur jour
13 – Oskar, le Chevalier, Anna Karénine
– II –
LA CHASSE DU BONHEUR
1 – L’essaim
2 – Les mystères du 15 août
3 – M
4 – Nul, s’il n’est devin…
5 – Les agencements
6 – La jeune fille triste
7 – Les deux passions
8 – De l’influence des romans sur l’esprit des femmes
9 – Audrey, Greta, le traîneau à clochettes
10 – Bref détour par Stendhal
11 – Stratégies
12 – Echauffements
13 – Fin de saison
14 – L’enquêteur tient une piste
15 – Le rapport
16 – Foudres
17 – L’autre nom du diable
– III –
L’ILLUSION
1 – Dans l’arène
2 – Le géant et le chérubin
3 – Les Fondamentaux
4 – Trouble
5 – Seconds rôles
6 – Décristallisation
7 – Trois femmes
8 – Vicieuse
9 – Conversation avec un fantôme
10 – Au bord du secret
11 – Trois secondes
12 – La lave, les raisonnements…
13 – Incertitude et désarroi
14 – Cracher
15 – Démons et tourbillons
16 – Au bout d’une chaînette d’or
– I –
Le hasard
« Fata viam inveniunt. »
Virgile
1 – Deux valises rouges
Tout était parfait dans la lumière de Rome.
Il y avait des façades ocre et carmin, la chair des statues, des glycines bouillonnant aux balustres, les bruits frais du jour qui commence.
Il y avait surtout cette abondance d’air flexible qui, à Rome, dispose chaque chose sous son profil idéal.
On pourrait allonger à plaisir la liste des charmes de ce matin-là : détailler, par exemple, l’ombre démesurée des pins parasols, la harangue des fleuristes, les dalles lisses et glacées de chaque église, les fragrances mêlées d’essence et de cappuccino, la qualité de la poussière ou la beauté des femmes qui, dans la moindre ruelle, se laissent glorieusement précéder de leurs seins lourds ou menus – mais à quoi bon ?
Dans cette ville, les prétextes lyriques se bousculent. Il y en a trop. La peau, l’oreille et l’esprit y suffoquent de bien-être.
Chacun ajoutera donc ici, selon son tempérament, l’un ou l’autre des enchantements à jamais disponibles dans n’importe quel début d’été italien.
C’était, voici quelques années, le matin d’un 23 juin.
Ce matin-là devait, comme tant d’autres, promettre mille bonheurs mobiles. De ceux qui, détachés, flottent ici ou là, s’accordent, se refusent, attendent qu’on les aimante.
A ces bonheurs, il faut pardonner par avance de ne pas durer, puisque telle est leur nature. Ils exigent seulement qu’on s’en approche sans bruit. On doit ensuite les tenter. Les amadouer. Leur permettre de s’insinuer. Puis se les approprier, en égoïste, d’un geste avide.
Max Mills savait tout cela.
Il l’avait toujours su.
Dès son réveil, il avait parcouru les journaux. Respiré à pleins poumons. Procédé au rituel de sa grande toilette. Avalé plusieurs tasses de thé, des amandes, des fruits. Choisi une chemise et un pantalon. Enfilé des mocassins souples. Rassemblé le reste de ses affaires dans une valise de cuir rouge qu’il avait achetée à Paris, un jour d’hiver, chez un maroquinier de la rue du Boccador
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