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L'image d'un homme

De
109 pages
Si la venue au monde de Droujba, le héros de cette nouvelle, est extraordinaire, son parcours relève de l'expérience de chacun d'entre nous. Le Temps, l'Amour et l'Amitié sont les métronomes de sa vie mais n'en est-il pas de même pour tous les hommes ? Cette nouvelle nous rappelle la nécessité d'apprendre à "cueillir le jour" comme on ramasse un fruit bien mûr.
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Limage’ dun’ hommeFran ois Devos
Limage’ dun’ homme
NOUVELLE' manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-2275-5 (pourle fichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-2274-7 (pour le livreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littØraires etde chercheurs), ce manuscritestimprimØ telunlivre.
D Øventuelles fautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueuse de
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de lA’ sile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone:0148075000
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comCHAPITRE I
Sursauts des rØalitØs. Sobriquets en enfilade.
L’homme sort du tableau dans lequel le peintre a
voulu l insØrer. Saint-PØtersbourg. 1992. MusØe
de l Ermitage. Dehors, les gens se pressaient,
anonymes et semblables à un mille-pattes, tous
emmitouflØsdansdevieuxmanteauxdelainenoire,
usØs par la rudesse de plusieurs hivers. Des gants
de cuir et une chapka noire elle aussi, complØtaient
leur panoplie hivernale. Le ciel, de couleur gris
souris, n apportait qu’une lØgŁre nuance dans cet
impressionnisme noir et blanc. Un vent glacial
soufflait dans les rues de la ville. Quelques flocons,
bercØsparlescourantsd air,voltigeaientavecgr ce
avant de se poser sur l asphalte gelØ. Ce ballet
givrØ Ømerveillait Droujba Pravda. De la fenŒtre du
MusØe,il apercevaitaussilaNØva,emprisonnØepar
la glace. La riviŁre, ainsi transformØe en une vaste
patinoire, Øtait devenue le terrain de jeu privilØgiØ
desenfantsdeSaint-PØtersbourg. Droujbaper utun
bruitsourdmaisjoyeuxenprovenancedelariviŁre.
Il esquissa un lØger sourire, revŒtit son manteau et
dØcidadedescendredanslarue. Ens approchantde
la NØva, il vit un jeune patineur, seul, le dos appuyØ
contre la berge. Cet enfant pleurait, au grand regret
de Droujba Pravda. Les larmes, par le froid vif,
se transformaient en stalactites. Un timide rayon
de soleil donnait au visage de cet enfant un Øclat
7L’image d’un homme
luminescent, la lumiŁre se dØcomposait en milliers
de rayons multicolores, les deux stalactites de son
visage jouaient le r le de prisme. Droujba demeura
immobile, comme transfigurØ par cette scŁne venue
d unautremonde. Iltrouvaitcespectacleextraordi-
naire. Son regard s illumina.
Il resta de longues minutes à contempler cette
scŁne, jusqu au moment oø l enfant l aper ut et le
regarda sans bouger. Un sourire candide se dessina
sur son visage. Droujba Pravda sentit ses joues se
rØchauffer. Leregarddecejeunepatineurl attendrit
etillefixaàsontour,avectendresse. Laneigetom-
bait dØsormais à gros flocons, le vent venu de SibØ-
ries apaisait. Droujbaregardal enfantrejoindreses
camarades. Il regagna le trottoir tout blanc et s in-
sØradanslemille-pattesquisedirigeaitverslecentre
ville. Ses pensØes demeuraient figØes sur le sourire
decetenfantqui,quelquetempsauparavant,pleurait
àchaudeslarmes. CetinstantpassØ,dØsormaisscellØ
danssamØmoire,avaitsurlui,uneffetlacrymogŁne,
Droujba sentit ses yeux se gonfler. Il sourit, dØvoi-
lant ainsi toute sa timiditØ. Les gens poursuivaient
sans cesse leur lente descente vers le centre ville,
d un pas rØgulier, seul le bruit de quelques automo-
biles etdequelquesbusparvenait àsesoreilles. Sur
l undesbusquireliaitlecentredeSaint-PØtersbourg
aux faubourgs, il aper ut une affiche de type publi-
citaire annon ant une grande exposition de peinture
danslehalldel htelô deville. LethŁmedecetteex-
positionØtaitinscritenlettresrougessur fondnoir:
« L’impressionnisme : inspirations et didac-
tisme »
Une fois arrivØ dans le centre, il quitta le mille-
pattes et pØnØtra dans un cafØ. L’odeur du cafØ frais
mouluetlachaleurquisedØgageaitdubistrotl atti-
raient.
«zdrastvouï» lan a Droujba àlacantonade !
8Fran ois Devos
Quelques saluts timides firent office de rØponse.
Droujba s assit au bar et commanda une vodka. La
serveuse d origine polonaise - Droujba jouissait de
quelques facilitØs à reconna tre les langues slaves et
enparticulierlepolonais-luiapportasonverre,sans
rien dire. Il dØboutonna son manteau, le posa avec
soin sur un tabouret, taô son chapeau et dØfit son
Øcharpe. Il se retourna de part et d autre pour re-
garder avec attention le dØcor sobre de cet Øtablis-
sement. Le mobilier, trŁs simple lui aussi, Øveilla
dans l me de Droujba Pravda, un souvenir pØnible,
Øtrange… Alors qu’il concentrait toutes ses facultØs
pouridentifiercesouvenir,quelqu unluifrappadans
le dos et cria :
« Gorka ! » Le verre qu il tenait à la main se
fracassa sur le comptoir dont le bois Øtait entamØ
depuis bien longtemps par cette vieille coutume
gØorgienne. L homme qui venait ainsi de l interpel-
ler s apprŒtait à embrasser Droujba lorsque celui-ci
stoppa net tous ses Ølans de fraternitØ par un regard
trŁs sombre. une minute s Øcoula, les deux hommes
Øtaient comme mØtamorphosØs en poupØes de cire,
comme celles qui cohabitent dans quelques musØes
d Europe ! Droujba sentit une bouffØe de chaleur
investir son visage. Ses yeux fixŁrent cet inconnu
avec tØnacitØ, ce dernier s effor a de rafra chir la
mØmoire de Droujba :
« Vous vous souvenez de moi. Nous avons eu le
mŒme ma tre à l atelier ! »
Droujba Pravda reconnut alors son ancien cama-
rade,c estluiquiprenaitbeaucoupdeplaisiràamu-
serlagalerie! Droujbal appelaitleJoker,Smichno
Tchelaviek de son vrai nom.
«Luiaussis’estdoncextraitdutableau»pensa
Droujba! ParquelprocØdØest-ilparvenuàs Øchap-
per… Comment ? Quelle motivation, quelle force
l’a poussØ vers la sortie, vers le monde ? »
9L’image d’un homme
Les questions se bousculaient dans la tŒte de
Droujba Pravda. A l instant mŒme oø il allait
questionner son ancien camarade d atelier, celui-ci
avait disparu. Droujba n entendit que le tintement
discret de la clochette fixØe en haut de la porte du
cafØ destinØe à prØvenir la serveuse de l entrØe d un
consommateur.
Droujbapayasaconsommationetquittaàsontour
la place qu il occupait pour se rendre dans la rue. Il
dØambula plusieurs longues minutes devant l esta-
minet,espØrantquesonanciencamaraderepasserait
dans cette rue. Ces minutes lui paraissaient Œtre des
heures tellement le froid Øtait vif, le temps semblait
soudain s Œtre arrŒtØ, net. Il redressa le col de son
manteauetallumaunecigarette. Sonregard,hagard,
fixaitlagrossehorlogequiornaitladevantured une
bijouterie. Ses yeux longŁrent la fa ade et s arrŒ-
tŁrent enfin sur une Øtrange pendule dont l encadre-
ment Øtait fait de verre poli. Droujba Pravda dØcida
de s’approcher de la bijouterie. Il fixa avec atten-
tion cette pendule et remarqua que l horloger avait
remplacØlamultitudederessortsindispensablesàla
fabricationd unependule,parunsablier. Lorsquele
sableavaitglissØd unvaseàl autredanssatotalitØ,
lesablierexer aitunepressionsuffisantesurunefine
lamelledemØtalpourqu elleactionneunemultitude
d engrenages. Ces engrenages permettaient aux ai-
guillesindiquantl heureetlesminutesdepoursuivre
leur course sur le cadran. Le sablier, par un ingØ-
nieux procØdØ mØcanique se retournait et le sable
chavirait du vase supØrieur au vase infØrieur, sans
cesse, sans cesse… Sans effectuer le moindre mou-
vement, le visage appuyØ contre la vitrine, Droujba
songea alors au principe du vase de Mariotte, sup-
posØassurerunØcoulementconstantetrØgulier…du
Temps !
« Le Temps ! » s exclama Droujba Pravda,
commes ilvenaitdeprendreconsciencedequelque
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