L'Imparfait Cathare

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Je me permets cette petite prose pour vous situer dans quel
état d’esprit j’ai écrit ce
« petit délire » afin de
délivrer en toute modestie un petit message universel.



Dieu, Allah, Jéhovah, Krisna et les autres... lisez ces 100
pages

et surtout toi, simple citoyen du monde,

tu vas rire certainement...

tu vas pleurer peut-être...

tu vas méditer assurément...



       Ô toi citoyen du monde

       Oublie tes colères

       Espère en l’homme,
espère...

       N’oublie pas la
misère

       Tolère, ô oui,
tolère !

Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 51
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9789999989783
Nombre de pages : non-communiqué
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Un îlot de maisons à quelques lieues de Lavelanet. Trois garnements aussi sales les uns que les autres, l’espièglerie se lisait dans leur regard. Leurs cheveux hirsutes faisaient penser à trois chiens sortant d’un combat pour un misérable os de poulet. Pierre, orphelin, le plus grand, (enry le plus sale et Jean le plus agressif et certainement le plus roublard. Ce ʹͶ juin ͳʹͲʹ, il faisait chaud, très chaud. )ls projetaient pour l’énième fois de soulager le curé de quelques poules. Mais ce coup‐ci ils étaient décidés. )ls attendirent le moment le plus chaud de l’après‐midi, sachant que le gros curé plein de graisse dormait en ronflant si fort qu’il faisait autant de bruit qu’un cochon en train de far‐ fouiller dans son auge. — C’est le moment ! dit Jean. Escaladant le mur de pierres dans le plus grand silence, les trois lascars arrivent devant le poulailler. Le plus dur reste à faire : tordre le
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cou à deux poules en même temps sans ameu‐ ter le voisinage de la cure. Après avoir bien déterminé le rôle de chacun, cinq minutes plus tard, le forfait est accompli. Fiers qu’ils étaient, surtout Pierre, le plus grand, le plus fort, mais pas le plus malin. )ls étaient toutefois conscients de la gravité de leur acte. Voler des poules au personnage que les adultes du village craig naient et respectaient plus ou moins, chose incompréhensible pour des enfants de douze ans. )ls prirent le chemin de la forêt pour cacher leur butin. Les deux poules accrochées dans les branches d’un chêne, ils gambadèrent jusqu’au bord de la rivière à la recherche de quelques truites. Plus tard dans l’après‐midi, ils décidèrent de rentrer au village. Arrivés à l’orée des premières maisons, des cris et des bruits étranges parvinrent à leurs oreilles. Le plus discrètement possible, ils s’avan‐ cèrent tout près… Des gens criaient, se bousculaient, s’insul‐ taient ! Les parents de Jean et d’(enry gesticu‐ laient au milieu d’hommes en armes et du curé. Les soldats étaient au moins vingt. — Çà y est, c’est pour nous ! cria Pierre. Comme des lapins, ils décampèrent dans leur forêt en maudissant le gros curé. Cachés dans les fourrés, haletants après avoir couru une demi‐heure durant. Les trois gamins commen‐ çaient à regretter leur forfait.
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— Que vont‐ils nous faire ? j’ai peur ! — Mais non Pierre ! ils ne savent pas que c’est nous et puis les poules sont toujours accrochées après les branches du chêne. — Mais alors pourquoi les soldats et le curé ? Tenaillés par la peur, ils attendirent que la nuit soit tombée pour revenir au village. Les voilà marchant, tête baissée, rampant quelquefois, quasiment invisibles et silencieux. À quelques pas des premières masures, des cris, des pleurs, une grande lueur, une odeur de brûlé insoutenable. La peur s’empara à nou‐ veau de Pierre, d’(enry et aussi de Jean, mais la curiosité et surtout l’obligation de rentrer chez eux les poussèrent à continuer. Plus ils appro‐ chaient, plus les cris et surtout l’odeur étaient terribles. Les femmes pleuraient, criaient, les hommes pestaient mais pleuraient aussi, impuis‐ sants devant ce qui se passait sous leurs yeux. Un bûcher unique où se consumaient les parents d’(enry et de Jean ainsi que les rares meubles qu’ils possédaient. Devant cette abomination, Pierre prostré ne pouvait articuler le moindre mot. (enry pleu‐ rait, pleurait, pleurait… Quant à Jean, il poussa un cri inhumain venu du fond de ses entrailles. )l courut ensuite droit devant et se jeta comme un forcené dans un fourré rempli de ronces. Tel un sanglier, il en ressortit pour fuir vers la forêt, accompagné de Pierre et d’(enri. Son corps n’était que plaie
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sanguinolente, ses pores suaient des perles de sang, ses yeux pleuraient des larmes de sang… — Pourquoi tout ça ? Pourquoi ? Dans leur fuite éperdue vers la douleur, après avoir erré plusieurs jours, pleuré toutes les larmes de leurs corps, haа ces gens en armes, ce curé, ils revinrent en pleine nuit au village. Lentement, comme des fauves aux aguets, pleins de crainte mais aussi de détermination, Jean alla frapper doucement à la porte du père Guibert. Un vieux bonhomme qui passait pour être le sage du village. )l ouvrit la porte, les accueillit sans le moindre mot en les serrant si fort contre lui qu’ils avaient du mal à respirer. )l leur fit manger une soupe composée de lard et de pain. Une fois repus, car ils avaient dévoré cette soupe comme des bêtes leur carcasse, Guibert les fit asseoir au coin du feu qui cré‐ pitait. Avec d’immenses précautions, il leur expli‐ qua pourquoi leurs parents avaient été brûlés sur le bûcher : ils étaient cathares, ils étaient humbles, ils faisaient le bien, ils étaient le bien, ils ne possédaient presque rien mais ils don‐ naient tout. Alors ils ne devaient pas vivre car les catholiques inquisiteurs en avaient décidé ainsi. Après ces explications, un sentiment d’in‐ compréhension et un besoin de vengeance les inondèrent.
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Du haut de ses douze ans, Jean, habité soudain d’un calme étrange se leva et dit tout haut : — Je tuerai ce curé ! Je tuerai ces soldats ! Je hais cette église ! Pourquoi ? Pourquoi ont‐ils fait ça ? Le pauvre Guibert, outré mais compréhensif, leur expliqua ce qu’étaient vraiment les Cathares : les bons hommes, les parfaits, le consolament, et tout et tout. Au lever du jour, ils étaient encore dans la masure du père Guibert à ruminer ce qu’ils allaient faire et surtout ce qu’ils devaient faire. Jean prit à nouveau la parole, regarda Guibert droit dans les yeux et dit sans la moindre hési‐ tation : — Si je comprends bien, il y a le bien et le mal pour les Cathares… et bien moi, entre le bien et le mal, je choisis le mal. Sur ces mots terribles, ils quittèrent la mai‐ son en laissant le père Guibert en pleurs. Les jours, les semaines, les mois, les années passèrent. Pierre, (enry et Jean, parfaitement aguerris par une vie d’errances et de rapines, continuaient à hanter les chemins de la région. Pierre était devenu un homme poilu, fort et quelque peu rustique, (enri grand, sec, mus‐ culeux et Jean, d’assez petite taille, avait un cou de taureau et des épis plein la tête.
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