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L'impasse

De
161 pages
Parmi les décombres d’une ville détruite par la guerre, des soldats continuent à traquer un ennemi sans visage.
Quatre d’entre eux entreprennent le nettoyage d’une impasse. Parmi eux, il y a Oleg Youssov, le géant chauve lanceur de poids.
Au bout de l’impasse, Timour et sa famille ont trouvé refuge parmi les ruines. Des minutes d’effroi s’écoulent jusqu’aux coups de poing martelant la porte d’entrée. La rencontre sera inévitable. Une collision, plutôt. Elle sera aussi l’occasion de retrouvailles, celles d’Oleg et de Timour, qui les mois précédents, au milieu de cette barbarie, ont ébauché malgré tout les termes d’une amitié.
Au cœur de ces paysages anéantis qui peuvent évoquer la Tchétchénie d’aujourd’hui, ce roman tente de s’attacher à une fragile archéologie de ce qui demeure vivant, de ce qui ne cesse de palpiter. Il interroge ces petits fragments d’humanité dénichés ici et là, même aux heures les plus sombres.
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L’IMPASSE
couverture : Marie-Françoise Balzan © 2006 La fosse aux ours La fosse aux ours – 1, place Jutard – 69003 Lyon ISBN (papier) : 978-2-912042-81-1 ISBN (ePub) : 978-2-35707-076-9 Préparation du format ePub :LEKTI
Antoine Choplin
L’impasse
La fosse aux ours
Ils s’immobilisent à l’entrée de l’impasse. Qu’est-ce que vous en dites les gars, demande le capitaine Kalinski. Les trois autres regardent vers le fond de l’impasse, puis vers le haut des immeubles en ruine. Ouais, dit Romanov. Et il se reprend, ouais mon capitaine. Maintenant qu’on est là, on n’a plus qu’à y aller mon capitaine, dit Vologuine. Youssov reste silencieux. Et Youssov, il en dit quoi de cette putain d’impasse, demande Kalinski sans se tourner vers lui. Les deux autres rigolent et, comme Youssov continue à se taire, Romanov dit qu’on pourrait lui donner un coup à boire, mon capitaine, que ça lui donnerait du cœur à l’ouvrage. T’as raison, dit Kalinski, on va boire un coup. Et il sort de sa poche un flacon plat. Il boit une bonne rasade. Après, il tend le flacon à Youssov. Doucement, il lui dit : allez, vas-y, bois un coup. Youssov reste indécis, avec le flacon à la main. Au bout d’un moment, Kalinski commence à gueuler. Maintenant, tu vas me boire ça, putain de salope de pédé. Youssov boit, et Vologuine plaisante en disant que peut-être, il aurait préféré une menthe à l’eau. Ensuite, les deux autres boivent à leur tour. Puis Kalinski remet le flacon dans sa poche. Il dit : on va commencer par là, par cette entrée-là. On va faire ça avec méthode, hein les gars. Il ajoute : hein Youssov. Youssov dit oui mon capitaine. Ils prennent chacun leur pistolet à la main.
La cour est jonchée de gravats, avec ici et là de larges bris de dalles enserrant des armatures métalliques. Kalinski chuchote de faire gaffe quand même, qu’on peut jamais savoir avec ces enculés. Ils regardent en l’air et puis, avec prudence, ils traversent la cour en soulevant une poussière blanche. Après, sur l’ordre du capitaine, ils se séparent en deux groupes, Romanov et Vologuine pour l’escalier de droite, Kalinski et Youssov vers la gauche. Passe devant, mon gros poussin, dit Kalinski à Youssov. Tu vas me montrer ce que tu sais faire. Et ils commencent à monter l’escalier, celui de gauche. En face, de l’autre côté de la cour, ils peuvent voir Romanov et Vologuine qui grimpent comme eux, au même rythme. En atteignant le premier étage, ils les perdent de vue. Youssov se retourne vers Kalinski. Kalinski agite son pistolet en direction d’un passage plus sombre. Ils continuent à progresser, Youssov devant, jusqu’à un angle de mur. Youssov passe
prudemment la tête. Il voit le long couloir avec toutes les portes et, au fond, cette béance dans le mur apportant un peu de lumière. Il sent la poussée dans son dos, jusqu’à la première porte, entrebâillée, les serrures détruites. Ils épient le silence un court instant et puis Kalinski fait un signe de la tête. Youssov entre d’un coup. Les deux pièces sont sales et vides. Juste un poêle à bois couché sur le flanc, au beau milieu. Plus de carreaux aux fenêtres, l’une d’elles restée grande ouverte. Des traces de terre dans l’évier. C’est bon, y’a rien à voir ici, dit Kalinski. Allez. Ils repassent dans le couloir. Ils avancent jusqu’à la porte suivante, verrouillée. Kalinski fait signe à Youssov et Youssov l’enfonce d’un coup d’épaule après deux pas d’élan. Là, ils se retrouvent sur une dalle nue, surplombant la cour, pleinement exposée à la lumière du dehors, à l’air vif. Forcément, cette seconde de saisissement. Kalinski dit : putain, regarde-moi ça, ces enculés, et Youssov regarde un peu, doucement, en restant à bonne distance du bord de la dalle.
Après s’être engouffrés comme ça derrière quatre ou cinq de ces portes, en enfonçant quelques-unes, ils sont à nouveau dans le couloir et Youssov met son doigt sur la bouche. Kalinski l’interroge sans bruit en faisant saillir le menton. Youssov chuchote qu’il a entendu quelque chose. Et il désigne la porte suivante. Ils s’approchent. Un frôlement léger. Youssov reste parfaitement immobile, les yeux grands ouverts. Kalinski le regarde avec mépris. Le bouscule un peu, se plantant devant la porte. De la crosse de son pistolet, il frappe quatre ou cinq fois avec force. Ils attendent un instant, et puis il recommence. À nouveau, il y a ce frôlement derrière. Le bruit se rapproche d’eux, se tait. Et une voix faible, celle d’une femme, demande : qu’est-ce que c’est. Ouvrez cette porte, gueule Kalinski. Qui êtes-vous, balbutie encore la voix derrière. On va vous le dire qui on est dès que vous aurez ouvert cette putain de porte, continue Kalinski. Il pointe son pistolet vers la serrure en reculant d’un pas. Le battant grince avant qu’il ait le temps de tirer. Le visage d’une vieille femme apparaît par l’ouverture. Kalinski balance un coup de pied dans la porte qui s’ouvre d’un coup. La vieille perd l’équilibre et se retrouve assise par terre. Kalinski entre, fait signe à Youssov de suivre. Kalinski surplombe la vieille, toujours à terre. Il lui demande si c’est une façon de recevoir les soldats de la nation. Elle ne répond rien. Il pose à nouveau la question, si c’est une manière de recevoir les soldats de la nation. Il ajoute qu’il est habitué à un peu plus d’égards. Hein Youssov, qu’on est habitués à des égards. Youssov reste silencieux. C’est propret chez toi, t’es plutôt bien installée, dit Kalinski. Qu’est-ce que tu en dis Youssov.
Youssov, comme Kalinski, regarde la pièce, la table en bois peint, les chaises pliantes, les assiettes empilées à même le sol, le matelas contre le mur couvert d’un linge ouvragé, le tapis grenat, la commode avec dessus quelques objets épars, une lampe sans abat-jour. Les plastiques et les cartons tendus à la fenêtre. Je vous en prie, dit la vieille. Kalinski fait les cent pas dans la pièce. Il lui demande si elle habite seule ici. Elle dit oui. Dit encore : je vous en prie. Kalinski montre du pouce à Youssov l’ouverture vers le fond de la pièce et Youssov s’approche pour aller voir. La vieille dit : non, attendez. Youssov s’arrête, mais Kalinski lui fait signe d’aller jeter un coup d’œil. La vieille dit : je vous en supplie, il est très malade. Youssov regarde par l’ouverture. Il voit la couche, les tissus laineux dépareillés recouvrant les menues saillies d’un corps. Laissant au jour le visage osseux, les deux yeux jaunes, de fatigue et de terreur. Alors Youssov, demande Kalinski. Youssov dit qu’il y a là un vieil homme étendu sous des couvertures. Et à part ça, quoi d’autre, questionne Kalinski sans bouger de sa place. Rien mon capitaine, répond Youssov. Bon. Maintenant, soulève les couvertures. Non, je vous en prie, supplie la vieille en essayant de se relever. Kalinski fait pression de sa paume sur le haut de son crâne pour la maintenir au sol. Tu as entendu ce que je t’ai demandé, gueule Kalinski à Youssov. Oui, voilà, mon capitaine. Les yeux jaunes du vieux étincellent. La frayeur s’accroît sur son visage. Youssov relève les couvertures, dévoilant le corps maigre vêtu d’un caleçon et d’une longue chemise de toile. Et alors, demande Kalinski. Y’a rien de spécial, mon capitaine. Tu as regardé partout, il demande, tu sais comme ils sont vicieux ces enculés. Sans conviction, Youssov palpe le matelas, les flancs du vieux. Il dit que non, rien de particulier. Laissez-le, dit la vieille. Nous n’avons rien fait de mal. Kalinski fait pression sur sa tête. Youssov laisse tomber les couvertures sur le vieux et à cet instant, il sent cette caresse furtive entre ses chevilles. Peu après, il y a ce coup de feu et la vieille qui crie. Youssov revient dans la première pièce. Kalinski désigne une chose informe, poilue et ensanglantée du canon de son pistolet. Il hurle à Youssov, interdit : et ce putain de chat, t’as même pas été foutu de me le repérer. « Y’a rien de spécial mon capitaine », qu’il se moque. Et il ricane. La vieille met la tête dans ses mains. Après un moment, Youssov dit : je crois que cette fois on peut continuer, mon capitaine. Et il s’approche de la porte d’entrée. Kalinski dit : attends un peu, bon à rien. On ne va tout de même pas repartir comme ça, les mains vides. Et puis, toujours au-dessus de la vieille, lui saisissant les cheveux :
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