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L'incandescente

De
306 pages
Des jeunes filles qui sont des Enfants terribles s’écrivent des lettres d’amour.
« Marcelle était la pire et ma préférée. »
Toutes fuient la mort. La mort les rattrape. Elles y mettent le feu.
Elles sont du côté de la vie. Leur pays est l’adolescence, ce passage de tous les dangers. 
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I

LE TEMPS D’EMMA

 

Marcelle cachait dans son sac d’écolière une couleuvre verte qu’elle trimballait partout. Elle grimpait aussi aux arbres, embrassait les fleurs sur la bouche, appelait les adultes les Barbares. Et elle avait ensorcelé Emma. Plus tard, Emma avait caché Marcelle au fond d’une armoire où son petit corps fantasque avait pris la forme d’un nombre impressionnant de liasses de lettres revêtues de chemises de couleur. Qui d’autre que moi le savait ?

 

Je suis la fille d’Emma.

 

Dans ces lettres qui ne m’étaient pas adressées, et que j’allais visiter en secret, où l’air était acide et vif, j’ai sans doute ressenti ma première ivresse littéraire. Elle m’est venue de là, et non pas des livres de la bibliothèque maternelle, seraient-ce les plus universellement reconnus. À quinze ans, j’aimais mieux filer en terrain rebelle rejoindre celle qui avait vampé ma mère avec des mots. Comment s’y était-elle prise ? Moi aussi, j’aurais voulu savoir l’entortiller. Et puis, elle n’était pas seule, il y en avait d’autres de son genre, toute une bande, et je n’avais qu’une envie, courir là-bas, retrouver ces Enfants terribles. Car ces jeunes filles étaient encore des enfants, elles avaient mon âge, et elles écrivaient des lettres d’amour.

 

Marcelle était la pire et ma préférée.

 

Un jour, j’ai voulu y retourner. Il a fallu que je sorte les papiers de leur carton démantelé, que je les brasse, m’y perde, cherche à me souvenir, pose des questions autour de moi, pour que je me rende compte que depuis des années le petit personnage de Marcelle habitait un recoin de notre famille, y menant à part sa destinée tragique et légère, et que pas un de mes frères et sœurs ne connaissait son existence : j’avais libéré un fantôme. Ce que masquait Marcelle, et autrement plus alarmant qu’une couleuvre, je ne pouvais pas le deviner. En surface miroitait un roman d’amour sur fond d’autres amours, et je ne savais plus si c’était Emma ou si c’était Marcelle qui des deux avait aimé le plus.

DU MÊME AUTEUR

BAMBOIS, LA VIE VERTE, récit, Stock, 1973 ; J’ai Lu, 1975.

DE TOUTES LES COULEURS, récit, Stock, 1976.

PETIT PAYSAGE AVEC LA TEMPÊTE, récit, Stock, 1979.

BAMBOIS, réédition,récit, Stock, 1979.

LES ENFANTS GRIMM, récit, Bernard Barrault, 1989.

ELLES VIVAIENT D’ESPOIR, roman, Grasset, 2010.

LA SURVIVANCE, roman, Grasset, 2012.

LA LANGUE DES OISEAUX, roman, Grasset, 2014.