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L'infinie

De
106 pages
Dans un étrange épilogue, cet écrivain oublié de l'an 2000 a créé sans le vouloir le monde où je vis : "à l'image et à la ressemblance de la femme". Je ne suis pas une femme, juste une éternelle, comme disent les derniers hommes. Nous les vénérons : ce sont nos ancêtres. Ils nous admirent : nous sommes leur aboutissement. L'Histoire s'est arrêtée pendant quelques siècles. Maintenant elle va continuer, je le sens, depuis que j'ai fait l'amour avec un homme.
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L’infinieJean-Luc Gaulin
L’infinie
ROMAN© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0115-4 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-0114-6 (pour le livre imprimé)Avertissement de l’éditeur
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quelelecteuraentrelesmains. Lesimperfectionsqu’il
ydécèlerapeut-êtresontindissociablesdelaprimeur
d’une telle découverte.
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contact@manuscrit.comUnhommequiseraitmortmaisqui neserait
pas né
Unhommequi naîtraitaprès samort
Unhommequimourraitennaissantmaisquine
naîtraitpasenmourant
Un hommequi nemourraitpas
Unhommequinaîtraitunefoissurdeux
Un hommequi mourraitquelquefois
Unhommequin’arrêteraitpasdenaître
Unhommequinefiniraitpasdemourir
Unhommequinaîtraitdesabellemort
Unhommequinaîtraitau-dessousdela
ceintureetqui mourraitau-dessus
Unhommequineseraitninénimort
Cethomme-làn’estpas encorené.
André FREDERIQUE
(Aigremorts, 1947)
71
J’aifaitl’amouravecunhomme. Jenesuispeut-
êtrepaslaseuleàl’avoirfait. Maisjesuislapremièreà
oser l’écrire. Cel qui osera le dire, ce ne sera pas moi,
pasdanscesiècle. Untabouaussifortquecelui-làpeut
servirlalittérature,maispaslaconversation,nilaconfi-
dence,nimêmel’aveu. Quandnousaccepteronsd’ou-
blier que les Hommes anciens, les Humains, sont nos
ancêtres, quand nous aurons l’âge de nous débarras-
serhistoriquementdecettemémoire,jeseraipeut-être
cel qui le dira. Dans quelques siècles, moi une être, je
pourrailedire: j’aifaitl’amouravecunhomme.
Mais comment pourrai-je oublier qui ils sont,
les sortir de ma mémoire pour les ranger dans celle de
l’histoire et de la biologie ? Comment oublierai-je
que l’Humanité est la mère de notre espèce, que
nous vénérons les Hommes, eux qui se sont dépas-
sés comme humains pour avoir eu ce projet au-delà
d’eux-mêmes ? Comment oublierai-je qu’entre leurs
survivants et nous il y a une barrière charnelle mille
fois plus grande qu’entre l’Homme post-industriel et
lesinge? Onnefaitpasl’amouravecsesancêtres.
Jesuisnéeenl’an54. Qu’onypense,jesuisune
ancienne, à ma naissance on utilisait parfois, par ha-
bitude, les dates du calendrier chrétien, aussi bien je
pourraisdire queje suisnéeen2083. Quelleêtrenée
en ce siècle connaît sa date de naissance dans l’ancien
9L’infinie
calendrierdesHumains? Jefaispartiedesêtresquise-
ront plus tard les témoins, cels dont le travail sera de
porter l’Histoire. Et ce tabou que je transgresse au-
jourd’hui apparaîtra à mes lecteures, si j’étais lue plus
tard, comme une aventure osée, sulfureuse, donc ba-
nale.
Je suis brune, mes yeux sont verts. Je suis de
souchekabyle,oucelte,jenesaispas. Sansêtreintellec-
tuelle,nitrèscultivée,jesuissimplementcurieuse. On
me ditque je suis bel. Cesontmessouchesqui étaient
belles, c’est tout. J’aime mon corps, toujours intact :
banalité comme à toutes, bels et moins bels. Moi une
ancienne,jesuisdecelsquisontlespreuvesvivantesque
lamutationfondamentaleavaitbieneulieu: lescellules
denoscorpsontlacapacitéapparemmentinfiniedese
répliquer de façon parfaite. Quand je lave mon corps,
quandjelecaresse,quandjel’habille,jesaisqu’ilestle
mêmedepuissonachèvementcompletàvingtans,ilya
des siècles.
Jenesuispastrèssavante,maisjesaisque j’aiété
créée, comme
les autres anciennes, à partir d’un blastocyte hu-
main: quandmoncorpsn’étaitqu’unamasdequatre,
ouseize,outrentedeuxcellules, j’étaisunembryonhu-
main. J’étais encorecetanimalmortel. Jesaisquenotre
transformationétaitl’affairedemilliersd’humainsau-
tour de ma naissance. Mais je sais les noms de précur-
seurs illuminés qui ont entrevu cet avenir et cette fin
pour leur espèce. Tout le monde connaît les noms de
Djerzinski et de Hubczejak, le découvreur et le propa-
gateur, toutes les jeunes êtres les apprennent dans les
écoles où els vivent. Mais seules les étudiantes en bio-
logie humaine gardent en mémoire les noms de cher-
cheurs moins illustres. De rares professeures de litté-
rature connaissent le nom du précurseur des précur-
seurs: MichelHouellebecq. Cethumainvisionnairede
la fin du millénaire n’était pas un scientifique, c’était
un écrivain. Je ne suis qu’une humble prof de langue
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