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L'installation de la peur

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145 pages

"Madame n'est pas sans savoir que l'installation de la peur est un objectif patriotique. Directive n°359/13. '


Un huis clos délétère et magistral, un texte jubilatoire, grinçant et drôle.
La sonnette retentit dans l'appartement d'une femme vivant seule avec un enfant. Ignorant qui se trouve derrière la porte, la femme, méfiante, décide de cacher son enfant dans la salle de bains avant d'aller ouvrir. Sur le perron se trouvent deux agents du gouvernement qui l'informent de leur mission : la mise en application de la directive n° 359/13 exigeant l'installation de la peur dans chaque foyer. Faisant irruption violemment dans le salon, les deux visiteurs se lancent dans une inquiétante performance : tour à tour, ils haranguent la pauvre femme, dressant un tableau horrifique des maux de notre temps. Dans leur discours halluciné, tout y passe : crise, épidémies, catastrophes naturelles, misère sociale, guerre et torture, terrorisme... Ils agrémentent leur diatribe d'histoires effrayantes jouant sur les peurs primales de l'homme (peur de l'autre, de la maladie, de la folie...), qu'ils mettent en scène pour un effet d'épouvante maximum. Petit à petit, ils installent ainsi une violence sourde dans la pièce, entraînant la femme – et le lecteur – dans leur délire paranoïaque.
Mission accomplie? Pas sûr. La peur a une vie propre, et ses ravages peuvent parfois se montrer inattendus...


Né à Lisbonne en 1961, professeur de littérature et de théorie de l'édition à l'Universidade Nova de Lisbonne, RUI BARREIRA ZINK est l'auteur de récits pour la jeunesse, de scénarios de bandes dessinées et de plusieurs romans dont Dádiva divina, prix du pen Club portugais 2005, et Le Destin du touriste, traduit en français aux éditions Métailié en 2011.



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Traduit du portugais par Maïra Muchnik
© Ruî Zînk, 2012. Tître orîgîna :A înstaação do medo Pubîé en angue rançaîse avec ’accord de ’agence îttéraîre Mertîn ïnh. Nîcoe Wîtt e. K., Francort, Aemagne
© Aguo Édîtîons, 2016 pour a traductîon rançaîse www.aguo-edîtîons.com
Conceptîon graphîque : WïPbrands
I LESVISITEURS
orsque e roî d’îvoîre est en pérî, Qu’împortent a caîr et es os Des sœurs, des mères, des enants ?
Rîcardo Reîs
La femme est nue– ce quî ’occupe à ’înstant même se aît mîeux sans vête-ments –, c’est aors qu’on sonne à a porte. a emme reste saîsîe. ïmmobîe : une bîche sur a route ébouîe par des phares. e cœur s’accéère. a emme pense. Ou essaîe de penser. On sonne à nouveau. a premîère chose quî uî vîent à ’esprît : ee doît se chausser. Pas s’habîer ; se chausser. C’est stupîde ? C’est comme ça. Une personne ne saît jamaîs comment ee va réagîr. C’est donc toute nue, pîeds nus, qu’ee va guetter. a emme ne saît pas quoî aîre. Seraîent-ce des démarcheurs ? Un voîsîn ? e acteur ? Pîre : seraît-ce eux ?
RUï ZïNK
e petît. a emme va e chercher dans sa chambre, ee e réveîe, pose un doîgt sur ses èvres.Cuuuut, mon cérî, î va aoîr rester sîencîeux. Tu croîs que tu vas y arrî-ver ? Exactement comme es autres oîs. a emme sourît devant ’assentîment obéîssant de ’enant et uî dît de se ca-cher dans a sae de baîns. Et surtout, de ne pas aîre de bruît. a emme manque de se aîsser aer à un baîn de tendresse, maîs e moment est ma choîsî. On sonne en-core. Après s’être assurée que ’enant est bîen caché et qu’î n’îra pas aîre de bruît, a emme hésîte puîs saîsît un pîed-de-bîche qu’ee coînce derrîère a porte. Ensuîte, ee va pas à pas jusqu’à a cuîsîne, y trouve une robe de chambre et un tabîer, enIe a robe de chambre et e tabîer par-dessus, noué à a ceînture. Ensuîte, ee s’aperçoît que c’est redondant et enève e tabîer. a sonnette retentît encore, cette oîs pus pressante. a emme se dîrîge vers a porte pour ouvrîr. Ee se rappee qu’ee est pîeds nus. On sonne à nouveau. a emme court mettre des chaussons et épîe à tra-vers ’œîeton. Ee espéraît qu’îs ussent encore en bas, maîs non, îs sont déjà à. Quequ’un eur a ouvert a porte de ’îmmeube. Ou peut-être ont-îs un passepartout pour ouvrîr es portes de a rue ? Tout est possîbe, ee e saît d’expérîence. Tout est possîbe par es temps quî courent. e monde a es jambes en ’aîr. Et ce n’est pas pour procéder à une sympathîque séance de copuatîon charnee qu’î a es jambes en ’aîr. Non, e monde a es jambes en ’aîr parce qu’î a es jambes en ’aîr.
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’ïNSTAATïON DE A PEUR
a sonnette retentît encore une oîs. Suîvîe d’un toc toc de joîntures de doîgts à a porte. Comme pour dîre, es joîntures de doîgts de a porte : Ouvrez, nous savons que vous êtes à, tout ce que vous dîrez pourra être retenu contre vous…
Sur le seuil, deux hommes.’un en costume cravate, éégant, éancé, nez et èvres Ins, maette de technocrate à a maîn. ’autre pus trapu, arge vîsage ermé, beu de travaî, bote à outîs dans une îmmense pauche. — D-désoée, avec a machîne à aver, je n’aî pas entendu… À peîne a emme a-t-ee prononcé e mensonge, qu’ee comprend son erreur. De a cuîsîne ne parvîent aucun bruît de machîne à aver. es hommes regardent a emme comme s’îs ne regardaîent pas a emme. C’est curîeux. es hommes n’ont pas ’aîr menaçant. Bîen au contraîre. Ceuî en costume sembe même putôt oquace ; ’autre, en efet, est pus brut, ourd, absent. — Bonjour, chère madame, dît ceuî en costume, de son aîr oquace. Nous sommes venus înstaer a peur. — a p-peur ? Ceuî en costume aît une moue de rayeur rhétorîque. — Madame n’a pas été prévenue ? (’homme aît « aors » avec ses yeux.) a emme se mord a èvre. — ï aut vraîment que ce soît aujourd’huî ? C’est que j’avaîs déjà prévu…
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RUï ZïNK
’homme au costume oquace reste cordîa, maîs erme : — Chère madame, e progrès n’attend pas. C’est pour e bîen du pays. — Ouî. Maîs c’est que je n’étaîs pas prépar… ’homme en costume prend un aîr contrarîé : — Ne me dîtes pas que madame est contre e bîen du pays. — Je… — Ou contre e progrès. — … — Ou contre a peur. a emme se mord a èvre : — Non. Bîen sûr que non…
La femme aurait dû comprendre dès le départque ’homme éégant en cos-tume oquace ne désarmeraît pas. Et non, î ne désarme pas. — Madame n’est pas sans savoîr que ’înstaatîon de a peur est un objectî pa-trîotîque. Dîrectîve n°359/13. Arrêté 8 : « a peur doît être înstaée dans tous es oyers dans un déaî de 120 jours. » Vous connaîssez ’arrêté n’est-ce pas ? — Eh bîen, c’est-à-dîre… — Et a dîrectîve ? — Ouî… — C’est împortant. Un événement mémorabe. Crucîa pour a bonne marche du pays. ï est crucîa pour e bîen de tous que ’înstaatîon de a peur s’efectue en
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