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L’Installation de la peur
Rui Zink
L’Installation de la peur
Traduit du portugais par Maïra Muchnik
© Ruî Zînk, 2012. Tître orîgîna :A înstaação do medo Pubîé en angue rançaîse avec ’accord de ’agence îttéraîre Mertîn ïnh. Nîcoe Wîtt e. K., Francort, Aemagne
© Aguo Édîtîons, 2016 pour a traductîon rançaîse www.aguo-edîtîons.com
Conceptîon graphîque : WïPbrands
I LESVISITEURS
orsque e roî d’îvoîre est en pérî, Qu’împortent a caîr et es os Des sœurs, des mères, des enants ?
Rîcardo Reîs
La femme est nue– ce quî ’occupe à ’înstant même se aît mîeux sans vête-ments –, c’est aors qu’on sonne à a porte. a emme reste saîsîe. ïmmobîe : une bîche sur a route ébouîe par des phares. e cœur s’accéère. a emme pense. Ou essaîe de penser. On sonne à nouveau. a premîère chose quî uî vîent à ’esprît : ee doît se chausser. Pas s’habîer ; se chausser. C’est stupîde ? C’est comme ça. Une personne ne saît jamaîs comment ee va réagîr. C’est donc toute nue, pîeds nus, qu’ee va guetter. a emme ne saît pas quoî aîre. Seraîent-ce des démarcheurs ? Un voîsîn ? e acteur ? Pîre : seraît-ce eux ?
RUï ZïNK
e petît. a emme va e chercher dans sa chambre, ee e réveîe, pose un doîgt sur ses èvres.Cuuuut, mon cérî, î va aoîr rester sîencîeux. Tu croîs que tu vas y arrî-ver ? Exactement comme es autres oîs. a emme sourît devant ’assentîment obéîssant de ’enant et uî dît de se ca-cher dans a sae de baîns. Et surtout, de ne pas aîre de bruît. a emme manque de se aîsser aer à un baîn de tendresse, maîs e moment est ma choîsî. On sonne en-core. Après s’être assurée que ’enant est bîen caché et qu’î n’îra pas aîre de bruît, a emme hésîte puîs saîsît un pîed-de-bîche qu’ee coînce derrîère a porte. Ensuîte, ee va pas à pas jusqu’à a cuîsîne, y trouve une robe de chambre et un tabîer, enIe a robe de chambre et e tabîer par-dessus, noué à a ceînture. Ensuîte, ee s’aperçoît que c’est redondant et enève e tabîer. a sonnette retentît encore, cette oîs pus pressante. a emme se dîrîge vers a porte pour ouvrîr. Ee se rappee qu’ee est pîeds nus. On sonne à nouveau. a emme court mettre des chaussons et épîe à tra-vers ’œîeton. Ee espéraît qu’îs ussent encore en bas, maîs non, îs sont déjà à. Quequ’un eur a ouvert a porte de ’îmmeube. Ou peut-être ont-îs un passepartout pour ouvrîr es portes de a rue ? Tout est possîbe, ee e saît d’expérîence. Tout est possîbe par es temps quî courent. e monde a es jambes en ’aîr. Et ce n’est pas pour procéder à une sympathîque séance de copuatîon charnee qu’î a es jambes en ’aîr. Non, e monde a es jambes en ’aîr parce qu’î a es jambes en ’aîr.
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’ïNSTAATïON DE A PEUR
a sonnette retentît encore une oîs. Suîvîe d’un toc toc de joîntures de doîgts à a porte. Comme pour dîre, es joîntures de doîgts de a porte : Ouvrez, nous savons que vous êtes à, tout ce que vous dîrez pourra être retenu contre vous…
Sur le seuil, deux hommes.’un en costume cravate, éégant, éancé, nez et èvres Ins, maette de technocrate à a maîn. ’autre pus trapu, arge vîsage ermé, beu de travaî, bote à outîs dans une îmmense pauche. — D-désoée, avec a machîne à aver, je n’aî pas entendu… À peîne a emme a-t-ee prononcé e mensonge, qu’ee comprend son erreur. De a cuîsîne ne parvîent aucun bruît de machîne à aver. es hommes regardent a emme comme s’îs ne regardaîent pas a emme. C’est curîeux. es hommes n’ont pas ’aîr menaçant. Bîen au contraîre. Ceuî en costume sembe même putôt oquace ; ’autre, en efet, est pus brut, ourd, absent. — Bonjour, chère madame, dît ceuî en costume, de son aîr oquace. Nous sommes venus înstaer a peur. — a p-peur ? Ceuî en costume aît une moue de rayeur rhétorîque. — Madame n’a pas été prévenue ? (’homme aît « aors » avec ses yeux.) a emme se mord a èvre. — ï aut vraîment que ce soît aujourd’huî ? C’est que j’avaîs déjà prévu…
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RUï ZïNK
’homme au costume oquace reste cordîa, maîs erme : — Chère madame, e progrès n’attend pas. C’est pour e bîen du pays. — Ouî. Maîs c’est que je n’étaîs pas prépar… ’homme en costume prend un aîr contrarîé : — Ne me dîtes pas que madame est contre e bîen du pays. — Je… — Ou contre e progrès. — … — Ou contre a peur. a emme se mord a èvre : — Non. Bîen sûr que non…
La femme aurait dû comprendre dès le départque ’homme éégant en cos-tume oquace ne désarmeraît pas. Et non, î ne désarme pas. — Madame n’est pas sans savoîr que ’înstaatîon de a peur est un objectî pa-trîotîque. Dîrectîve n°359/13. Arrêté 8 : « a peur doît être înstaée dans tous es oyers dans un déaî de 120 jours. » Vous connaîssez ’arrêté n’est-ce pas ? — Eh bîen, c’est-à-dîre… — Et a dîrectîve ? — Ouî… — C’est împortant. Un événement mémorabe. Crucîa pour a bonne marche du pays. ï est crucîa pour e bîen de tous que ’înstaatîon de a peur s’efectue en
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