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L'invasion du Tearling

De
450 pages
Au fil des jours, Kelsea Glynn apprend à assumer ses nouvelles responsabilités de souveraine. Mais en stoppant les livraisons d’esclaves au royaume voisin de Mortmesne, elle a provoqué la colère de la tyrannique Reine rouge, qui tire son pouvoir de la magie noire. En représailles, sa terrible armée déferle sur le Tearling pour s’emparer de ce qui, selon elle, lui revient de droit. Rien ne peut arrêter l’invasion.
À mesure que l’armée Mort se rapproche, voici qu’une mystérieuse connexion s’établit entre Kelsea et une époque datant d’avant la Traversée. Elle se trouve unie à une étrange alliée, qui pourrait s’avérer dangereuse  : une certaine Lily, qui lutte pour sa vie dans un monde où il ne fait pas bon être femme. Bientôt, Kelsea elle-même commence à changer  ; elle ne reconnaît plus ni son reflet dans le miroir, ni l’extraordinaire pouvoir dont elle dispose à présent. Qui sait  ? Le sort du Tearling, et celui de l’âme-même de Kelsea, dépendent peut-être de Lily et de son histoire  ? Mais pour la Reine du Tearling, face aux hordes noires qui menacent de déferler sur sa cité et sur son peuple, le temps vient à manquer.
Dans ce second tome de la trilogie, nous retrouvons les personnages déjà présents dans La Reine du Tearling. Mais Erika Johansen enrichit son récit d’une nouvelle dimension temporelle, à travers la vie et les pensées d’une deuxième héroïne très attachante, qui elle aussi joue sa destinée. Une destinée indissolublement liée à celle de Kelsea, au Tearling, et au monde meilleur.

Traduit de l’anglais par Valérie Rosier
 
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Titre de l’édition originale : THEINVASIONOFTHETEARLING publiée par HarperCollins Publishers, New York.
Maquette de couverture : Atelier Didier Thimonier Design de couverture : Ervin Serrano Photographies : © Rolf Weschke/Getty Images et © Maga/Shutterstock Carte : Rodica Prato ISBN : 978-2-7096-4505-8 Copyright © 2015 by Erika Johansen Tous droits réservés. © 2017, éditions Jean-Claude Lattès pour la traduction française. Première édition juin 2017.
DUMÊMEAUTEUR:
La Reine du Tearling, Lattès, 2016
Chaque enfant devrait avoir quelqu’un comme Barty. Ce livre est dédié à mon père, Curt Johansen.
LIVRE I
1.
Hall
Ladeuxième invasion Mort fit l’effet d’un massacre annoncé en laissant présager le pire. D’un côté, une armée Mort disposant de forces considérables, équipée du meilleur armement disponible dans le Nouveau Monde et commandée par un homme qui ne reculerait devant rien. De l’autre, l’armée Tear, quatre fois inférieure en nombre et équipée de mauvaises lames en fer forgé qui se briseraient au contact de l’acier. Pour cette dernière, la bataille semblait perdue d’avance, et on ne voyait pas comment le Tearling pourrait échapper au désastre.
Le Tearling, nation militaire, CALLOW LE MARTYR
Soudain ce fut l’aube sur la frontière Mort. Là où une mince ligne d’un bleu brumeux éclairait l’horizon surgirent de l’est de Mortmesne des stries étincelantes qui illuminèrent le ciel. Leur reflet s’épandit sur le lac Karczmar qui ne fut bientôt plus qu’un voile de feu, dont la surface lisse se ridait par instants sous la caresse de la brise. La frontière Mort était l’objet d’un litige, dans cette région. Personne ne savait où la situer précisément. Les Mort prétendaient que le la c se trouvait en leur territoire, tandis que les Tear affirmaient que la frontière s’arrêtait à la rive du lac, arguant que c’était Martin Karczmar, célèbre explorateur de la nation Tear, qui l’avait découvert le premier. Ce dernier était mort et enterré depuis pr ès de trois siècles, pourtant le Tearling n’avait jamais renoncé à revendiquer ses d roits sur le lac. Il avait peu de valeur en soi, car il grouillait de poissons prédat eurs dont la chair n’était pas comestible, mais c’était le seul repère géographique précis sur des lieues à la ronde permettant de délimiter la frontière au nord et au sud. Les deux royaumes avaient toujours désiré ardemment établir leur droit sur ce lieu à titre définitif. Il avait même été envisagé longtemps auparavant de négocier un traité spécifique, mais rien n’était jamais sorti de ces pourparlers. À l’est et au sud, le lac était bordé par des marais salants qui s’étendaient vers l’est sur des kilomèt res avant de s’arrêter à la lisière d’une vaste pinède Mort. Alors que sur la rive ouest du lac Karczmar, les salants ne continuaient que sur deux ou trois cents mètres ava nt de rencontrer les pentes abruptes des Border Hills, des collines couvertes d ’épaisses pinèdes qui couvraient leurs sommets pour descendre en pente douce de l’au tre côté, jusqu’au nord de la plaine d’Almont. Si, du côté des Border Hills, les pentes abruptes n ’étaient que des forêts inhabitées, les sommets des collines et les pentes du côté ouest étaient parsemés de petits villages Tear. Ces villageois cultivaient bien un peu de fourrages sur l’Almont, mais ils élevaient surtout des troupeaux de moutons et de chèvres, et vendaient de la laine, de la viande et du lait, en traitant en prio rité les uns avec les autres. À l’occasion, ils mettaient leurs ressources en commu n pour expédier leurs produits sous bonne escorte à New London. Là, les fruits de leur travail étaient d’un meilleur
rapport, la laine en particulier ; non pas troqués comme au pays, mais vendus contre argent sonnant et trébuchant. Les villages s’étiraient à flanc de coteau : Woodend, Idyllwild, Devin’s Slope, Griffen… c’étaient des pr oies faciles, car leurs habitants n’avaient pour se défendre que des armes de bois, et ils rechignaient à laisser leurs troupeaux derrière eux. Comment pouvait-on à la fois aimer à ce point ce bo ut de terre et remercier Dieu de vous en avoir éloigné ? se demandait le Colonel Hall. Fils de berger, il avait grandi à Idyllwild, et l’odeur de laine humide et de fumier typique de ces villages imprégnait si bien sa mémoire qu’il pouvait la sentir encore aujourd’hui, alors que le hameau le plus proche se trouvait hors de vue, à des kilomètres, sur le flanc ouest des Border Hills. Ce n’était pas un coup de chance qui avait éloigné Hall d’Idyllwild, mais plutôt un mauvais coup du sort, de ceux qui donnent d’une mai n et vous poignardent de l’autre. Leur village était situé trop loin au nord pour avoir gravement souffert durant la première invasion Mort ; une bande de pillards était venue une nuit et avait emporté des bêtes laissées dans un enclos sans surveillance , mais c’était tout. Quand le Traité Mort avait été signé, Idyllwild et les villa ges alentour avaient organisé une grande fête. Hall et Simon, son frère jumeau, avaient tant bu qu’ils s’étaient réveillés le lendemain vautrés dans une porcherie, à Devin’s Slope. Le père trouvait que leur village s’en était bien sorti, un avis partagé par ses fils jusqu’à ce que, huit mois plus tard, le nom de Simon soit tiré au deuxième tirage au sort public. À quinze ans, Hall et Simon étaient déjà adultes, m ais durant les trois semaines suivantes, leurs parents semblèrent l’oublier. La m ère prépara à Simon ses plats préférés, tandis que le père déchargeait ses deux g arçons de leurs corvées habituelles. La fin du mois approchant, ils se mirent tous en route pour New London, comme tant d’autres familles le feraient par la suite. À l’avant du chariot, le père ne pouvait retenir ses larmes, tandis que la mère, à l ’arrière, restait prostrée dans le silence. Quant à Hall et Simon, ils affichèrent une gaieté forcée durant tout le trajet. Ses parents n’avaient pas voulu que Hall assiste au chargement. Ils l’avaient laissé dans un pub sur le Grand Boulevard, avec trois livres et la consigne d’y rester jusqu’à leur retour. Mais Hall n’était plus un enfant, et il quitta le pub pour les suivre jusqu’à l’esplanade du Donjon. Peu avant le départ du convoi, le père s’effondra, et comme leur mère s’efforçait de le ranimer, Hall fut le se ul à voir le convoi s’ébranler pour pénétrer dans la ville, et Simon disparaître de leurs vies pour toujours. La famille demeura à New London cette nuit-là, dans l’un des bouges les plus immondes que le Gut pouvait offrir. Les odeurs pest ilentielles finirent par faire fuir Hall, et il se mit à errer dans le Gut en quête d’u n cheval, bien décidé à en voler un pour suivre les cages sur la route Mort et tenter de libérer Simon au risque de sa vie. Il trouva une jument attachée devant l’un des pubs et s’efforçait de la détacher quand une main s’abattit sur son épaule. — Qu’est-ce que tu fabriques, espèce de rat pouilleux des campagnes ? Face au grand costaud bardé de métal qui l’interpellait, Hall se dit que sa fin était proche, et il s’en réjouit presque. — J’ai besoin d’un cheval, répliqua-t-il. — Un parent à toi fait partie du dernier convoi ? s’enquit l’homme en le scrutant. — Ça ne vous regarde pas. — Mais si, ça me regarde. C’est ma jument.
Hall sortit son couteau. C’était un outil rudimentaire destiné à la tonte des moutons, mais il espéra que cela échapperait à l’inconnu. — Je n’ai pas le temps de discuter. Il me faut un cheval. — Range ça, mon garçon, et cesse de faire l’idiot. Le chargement est gardé par huit Caden. Même dans le minable trou d’où tu viens, tu as dû entendre parler d’eux, non ? Ils pourraient briser ton petit couteau minable d’un coup de dent. L’inconnu allait saisir la jument par la bride, mai s Hall brandit le couteau un peu plus haut, lui barrant la route. — Je regrette, mais c’est comme ça. Je dois y aller. L’inconnu le dévisagea un long moment d’un air pensif. — Tu as du cran, mon garçon, je te l’accorde. Que fais-tu, au pays ? — Berger. — Bon, écoute. Voilà ce que je te propose. Je vais te prêter ma jument. D’ailleurs elle s’appelle Faveur. Ça tombe bien, hein ? Tu vas t’engager sur la route Mort pour aller jeter un coup d’œil au chargement. Si tu as un brin de jugeote, tu comprendras vite que c’est sans espoir. Le choix sera simple : mourir bêtement, sans aucun résultat. Ou bien t’en retourner et gagner à cheval les cantonnements de l’armée dans les Wells, qu’on puisse parler de ton avenir. — Mon avenir ? — Comme soldat, mon garçon. À moins que tu veuilles passer le reste de ta vie à puer le crottin de mouton. Hall le regarda d’un air soupçonneux, en se demandant s’il lui tendait un piège.
— Et si je me tirais avec votre cheval, tout simplement ? — Mais non, tu ne feras pas ça. Tu as un certain se ns du devoir, autrement tu ne te serais jamais embarqué dans cette folie. Et puis j’ai de quoi équiper toute une armée en chevaux, si j’avais besoin de te courir après. Sur ce, l’inconnu lui tourna le dos et rentra dans le pub, laissant Hall planté là, devant le poteau d’attache. — Qui êtes-vous ? lui lança Hall. — Commandant Bermond, du Front Droit. Dépêche-toi, mon garçon. Et sache que s’il arrive quelque chose de fâcheux à ma jument, je t’écorcherai vif. Après une dure nuit de chevauchée, Hall rattrapa le convoi et découvrit que Bermond avait raison : c’était une forteresse. Au m ilieu des soldats qui entouraient chaque cage, on apercevait çà et là les capes rouges des Caden. Hall ne possédait pas d’épée, mais cela n’y aurait rien changé. Il ne parvint même pas à s’approcher assez des cages pour distinguer Simon, car en le vo yant rôder, l’un des Caden lui décocha une flèche qui le manqua de peu. C’était en tout point comme l’avait dit le commandant. Pourtant Hall fut tenté de fondre à cheval sur le convoi par désespoir, pour en finir. Car quel avenir l’attendait, de retour au pays ? Il l’avait déjà pressenti durant le trajet à New London : ses parents verraient toujours en lui leur fils manquant, et son visage ne leur serait d’aucun réconfort, au contraire, il leur rappellerait sans cesse son absence. Il resserra sa prise sur les rênes, se préparant à charger, quand soudain il s e produisit quelque chose qu’il ne saurait jamais s’expliquer : à travers la masse compacte des prisonniers serrés dans la sixième cage, il aperçut Simon. Les cages étaient bien trop loin pour qu’il l’ait vraiment vu , pourtant le visage de son frère lui
était apparu, son propre visage. S’il courait à la mort, il ne resterait rien de Simon, rien, ne serait-ce que pour marquer son passage. Al ors Hall comprit que ce n’était pas pour Simon qu’il s’apprêtait à faire cette folie, mais que seuls l’y poussaient son sentiment de culpabilité et son chagrin. Égoïsme et autodestruction allant de pair, comme souvent. Hall fit faire demi-tour au cheval, regagna New London et rejoignit l’armée Tear. Le Commandant Bermond fut son protecteur, et Bermond ne l’aurait jamais admis, mais Hall pensait qu’il avait dû glisser un mot à l’oreille de son commandement, car même durant les années de Hall dans l’infanterie en tant que simple soldat, jamais il ne fut désigné pour s’occuper du chargement. Chaque mois, Hall envoyait une partie de ses gages à la maison. Durant ses rares séjours à I dyllwild, ses parents l’avaient surpris en lui montrant à leur façon un peu bourrue qu’ils étaient fiers de leur fils soldat. Il était rapidement monté en grade pour dev enir commandant en second du général à l’âge de trente et un ans. Ce n’était pas un travail gratifiant, car la vie d’un soldat sous la Régence consistait principalement à intervenir dans des bagarres et à poursuivre de petits escrocs sans envergure. Il n’y avait aucune gloire là-dedans. Mais en l’occurence… — Monsieur. Levant les yeux, Hall vit le Lieutenant-Colonel Bla ser, son second, dont le visage était noir de suie. — Qu’y a-t-il ? — Le signal du Commandant Caffrey, monsieur. Il attend vos ordres. — Encore quelques minutes. Tous les deux se trouvaient nichés dans la fourche d’un arbre, sur la pente est des Border Hills. Depuis plusieurs semaines, le bataillon de Hall s’y était déployé pour s’activer sans relâche, tout en observant la masse sombre de l’armée Mort qui traversait les Mort Flats. Sa taille même retardait sa progression, mais elle avançait inexorablement. Le camp s’étendait à présent le long de la rive sud du lac Karczmar, telle une sombre cité qui obstruait la moitié de l’horizon. À travers sa lunette d’approche, Hall discerna quat re sentinelles postées à de longs intervalles, sur la bordure ouest du camp Mor t. Ces guetteurs étaient vêtus pour se fondre dans le gris-vert des marais salants , mais Hall connaissait bien les rives du lac, et les soldats isolés étaient faciles à repérer, à la clarté du jour naissant. Les Mort pouvaient se permettre de prendre du repos. Selon les rapports de Massue, l’armée Mort dépassait les vingt mille, et son équi pement était en bon fer renforcé d’acier. À tous points de vue, l’armée Tear était en position de faiblesse. Bermond en était en partie responsable. Hall l’aimait comme un père, mais le vieux général s’était tro p habitué à l’état de paix. Il inspectait le Tea rling comme un fermier visite ses terres, pas en soldat se préparant à livrer bataille. Non, l’armée Tear n’était pas prête pour la guerre, pourtant la guerre était bel et bien là. Comme si souvent durant la semaine précédente, l’at tention de Hall revint aux canons, qui se trouvaient dans une zone fortifiée, au centre du camp Mort. Tant qu’il ne les avait pas vus de ses propres yeux, il n’avai t pas cru la Reine, même s’il ne doutait pas qu’elle avait bien eu une sorte de vision. Mais à présent, à mesure que la lumière s’intensifiait à l’est, elle faisait luire les monstres de fer en soulignant leurs formes lisses et cylindriques, et Hall sentit ses t ripes se nouer, une crispation familière due à la colère. Il savait manier l’épée comme personne, mais c’était une arme limitée. Les Mort essayaient de biaiser les règles de l’art de la guerre que Hall