L'Ombre animale

De
Publié par

Il y a Toi, bonne à tout subir et à tout faire, Makenzy, en père pire que maudit, Orcel, le frère mutique posté devant la mer, l’Envoyé de Dieu et ses bacchanales infernales, et puis les loups qui rôdent en mauvais anges expropriateurs…
Et il y a la voix, une voix de femme qui monte du fond de l’abîme ou du tréfonds du ventre. Elle s’incarne, libre, puissante, en récitante héroïque de sa vie de rien, celle d’avant la mort, avant que les siens ne l’abandonnent dans ce village perdu – « je suis le rare cadavre ici qui n’ait pas été tué par un coup de magie, un coup de machette dans la nuque ou une expédition vaudou, il n’y aura pas d’enquête, de prestidigitation policière, de suspense à couper le souffle comme dans les films et les romans – et je te le dis tout de suite, ce n’est pas une histoire –, je suis morte de ma belle mort, c’était l’heure de m’en aller, c’est tout »
Un roman tout entier porté par le souffle d’un verbe incandescent. Makenzy Orcel est né à Port-au-Prince en 1983. Après les Immortelles, premier roman très remarqué, salué par le Prix Thyde Monnier de la SGDL, il nous revient avec l’Ombre animale, magistral.
À propos des Immortelles :
« Une écriture poétique qui flambe haut, très haut. » David Fontaine, Le Canard enchaîné.
Publié le : jeudi 7 janvier 2016
Lecture(s) : 546
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782843047664
Nombre de pages : 352
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
P R É S E N T A T ION
D EL’ O MB R EA N IMA L E
Il y aToi,bonneàtout subir etàtout faire,Makenzy,en père pire que maudit,Orcel le frère mutique posté devant la mer,l’Envoyé deDieu et sesbacchanales infernales,et puis les loups qui rôdent en mauvais anges expropriateursEt il y a lavoix,unevoixde femme qui monte du fond de l’ame ou du tréfonds duventre. Elle s’incarne,libre,puissante,en récitantehéroïque de savie de rien,celle d’avant la mort, avant que les siens ne l’abandonnent dans cevillage perdu«je suis le rare cadavre ici qui n’ait pas été tué par un coup de magie,un coup de machette dans la nuque ou une expédition vaudou,il n’y aura pas d’enquête,de prestidigitation policière,de suspenseàcouper le souffle comme dans les films et les romansetje te le dis tout de suite,ce n’est pas unehistoire—,je suis morte de mabelle mort,c’était l’heure de m’en aller,c’est tout» Un roman tout entier porté par le souffle d’unverbe incandescent. Pour en savoir plus surMakenzy Orceloul’Ombre animale,n’hésitez pasàvous rendre sur notre sitewww.zulma.fr.
P R É S E N T A T ION
D ELAU T e U R
Makenzy Orcel est néàPort-au-Prince en1983.Aprèsles Immortelles,premier roman très remarqué,salué par lePrixThyde Monnier de laSGDL,il nous revient avecl’Ombre animale, magistral. Pour en savoir plus surMakenzy OrceloulOmbreanimale,n’hésitez pasàvous rendre sur notre sitewww.zulma.fr.
P R É S E N T A T ION
D E SÉ D I T ION SZ U
mA
Être éditeur,c’est avant tout accueillir des auteurs inspirés et sans concessionsavec une portegrand ouverte sur les littératuresvivantes du onde entier.Au rythe de douze nouveautés par an,Zula s’ipose le seul critèrevalable:être aoureuxdu texte qu’il faudra défendre.Car il s’agit de s’éouvoir,coprendre,s’interrogerbref,se passionner, toujours. Sivous désirez en savoir davantage surZula ouêtre régulièreent inforé de nos parutions,n’hésitez pasànous écrire ouàconsulter notre site. www.zula.fr
COP Y R I G H T
La couverture del’Ombre animale, de Makenzy Orcel,a été créée parDavidPearson. ©Zulma,2016. ISBN:978-2-84304-766-4
Ce livre numérique,destinéàun usage personnel,est pourvu d’un tatouage numérique.Il ne peut être diffusé,reproduit ou dupliqué d’aucune manière que ce soit,àl’exception d’extraitsà destination d’articles ou de comptes rendus. Le format ePuba été préparé parIsakowww.isako.comàpartir de l’édition papier du même ouvrage.
M A K E N Z Y O R C E L
LO M B R E A N I M A L E
roman
É D I T I O N S Z U L M A
à ma mère c’est ta voix merci
P REMIÈ R EP A R T I E
i c i
l’odeur d’oignon frit de la mort
je suis le rare cadavre ici qui n’ait pas été tué par un coup de magie,un coup de machette dans la nuque ou une expéditionvaudou,il n’y aura pas d’enquête,de prestidigitation policière,de suspenseàcouper le souffle comme dans les films et les romansetje te le dis tout de suite,ce n’est pas unehistoire–,je suis morte de mabelle mort,c’était l’heure de m’en aller,c’est tout, et maintenant queje ne suis plus de ton monde oùmonopolise tout l’on c les hances, la parole, l’amour, le pouvoirque et j’ai enfin droitàparole la ,àpeu d’e un xistence,jevais parler,parler sans arrêt,laisser mes motsvoguer,aller au-delàde leur limite,rien ne pourra plus m’en empêcher,même la rigueur du temps,sa tendanceàtout restituer,oui moi,inerte, allongée sur ceshaillons quej’ai toujours eu du malà appeler un lit,je ne sais plus depuis combien de temps, dans le noir de cette chambre refermée sur moi comme une tombe, une camisole de force,éternité une ,seconde une ,je ne saurais le dire,je l’ignore, est-ce si important,qu’est-ce qu’un tas de puanteur en aàfoutre,et puisvaut mieuxne rien savoir,ne pas chercherà expliquer,voilà pourquoi, et peuttre pour d’autres raisons qui peuvent paraître plus évidentes qu’elles ne le sontvraiment,j’ai choisi de te parleràtoi,etàpersonne d’autre,parce queje n’aurai pasbesoin d’expliquer,clarifier,me fatigueràmettre des points sur des i,ne demandes tu , n’aspiresà rien, tu ne fais qu’écouter pendant que moije radote, comme a dit l’autre,là où on enterre un cadavre ne revivra qu’une herbe drue,je n’aijamais douté qu’unevie passe aussivite que l’éclair,hier encorej’étais la petite filleàqui on n’arrêtait pas de dire qu’elle était le portrait craché de sa mère,etça me faisait chier,n’aurais-je pas puêtre celui d’une autre,d’unebranche inconnue,perdue dans le labyrinthe de l’arbregénéalogique, c’était pas fauxplus en ,deu nous x ensemble on aurait dit la même personne en deux exemplaires, tu n’en reviendrais pas que deuxêtres puissentà un tel point se ressembler, même si au fond,etçaj’en étais absolument certaine,c’était lejour et la nuit,c’est fou quand même toutes ces distances qui séparent lesgens ici pour les rapprocher ailleurs,et plus tard en grandissant,àde pou défaut voir échapperà cette évidence physique,je me déguisais en courant d’air,une façon de me déroberàce lieu commun qu’on partageait,elle et moi,àmoi-même aussi en quelque sorte,ce quej’essaie de te dire,c’est quejevoulais ressembleràtout, saufàToi,merci non , même sabeauté et son courage me répugnaient,vu qu’au finalça ne lui a serviàrien,jusqu’àsa mort,je dis paixàsonâme,touteâme,selon l’Envoyé deDieu, va au paradis,dans lagéhenne ardente de l’enfer ou au fond d’unebouteille noire chez lebòkor, au dernierjour personne ne sera éparg,disait-il,ni les forts ni les faibles,ni les riches ni les pauvres,convaincu queDieu lui avait enjoint deLe représenter sur cette terre,de parleràSa place,pour sa et voir si onva en enfer ou au paradis lebonDieu devra d’abord demander qu’on lui apporte songrand cahier oùinscrits en lettres d’imprimerie les noms et les sont œuvres de tous leshumains,et pour chaque pauvre pécheur comparu devant son tribunalIl mettra une éternitéàtrouver son nom dans ce cahier qui faitàpeu près la taille du monde,ça me faisait chier de l’entendre parler commeça,l’Envoyé deDieu,comme siDieu l’avait appelé tous lesjours au téléphone pour lui communiquerSes nouvelles intentions et tout,ce dans village la mort et lavie se promenaient main dans la main,cases ressem les blaientà des tombes,comme si on était tous des morts enterrés,ou desvivants qui attendent impatiemment
leur tour pour entrer au pays sans chapeau,la nôtre était fichée aubord de la route tel un point au fond d’un tableau,j’ai longtemps cru qu’elle étaithabitée par d’anciens fantômes qui n’arrivaient pasà trouver le repos et sebaladaient la nuit entre ces quatre murs pour tuer le temps, lorsquej’étais plusjeune,j’avais souvent peur la nuit, une peurbleue,que la pire terreur de se réveiller au milieu de la nuit, et d’entendre, dans le noir d’encre de la chambre, quelqu’un d’autre,lejourje m’amusaisàfaire le tour de la maison un nombre incalculable de fois,comme pour me débarrasser de ces ombres mauvaises que la nuit m’avait laissées dans la tête,jusqu’àque ce j’en puisse plus,au fil du temps c’est de et venu mon passe-temps favori, un peu plus tard,minée par l’âge,alors queje ne disposais plus de mon corps,de cettejoie de vivre quej’éprouve rarement,je l’imaginais,àseule différence que c’était plus moi qui la tournais autour de la maison,mais elle et tout le reste qui me tournaient autour,toujours dans le même sens,terre rou la ge dulakou,ar les bres, la silhouette deToi, lahoue de Makenzy appuyée contre le mur enduitàc la haux de la cuisine, unvrai tourbillon attirant dans son néant toute une armée de fantômesa Makenzy vait acheté cette parcelle quelques années avant l’achat deToi,en y faisant construire deuxcases,unegrosse qui comportait la chambre des parents et la nôtre,et la cuisine,unehutteàpart,séparée,l’une en face de l’autre comme s’il n’avait pas le choix, persuadé qu’unhomme sans son propre toit n’en était pas un, en ce temps-làlevillage était très loin d’être une plaiebéante
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.