L'Ombre des autres

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« Paris, 1886. Le destin de Tess, étudiante à la Salpêtrière auprès du célèbre professeur Charcot, semble tout tracé. Elle se consacrera à sa future carrière médicale.
L’arrivée d’une lettre de son oncle Émile va soudainement l’arracher à son univers familier. Il lui demande de venir d’urgence en Angleterre, pour aider sa tante, Blanche, atteinte de troubles mystérieux et inexplicables. Émile l’a vue grandir. Depuis toujours, elle l’aime en secret.
Les connaissances de Tess se révèlent très vite insuffisantes. Des phénomènes insolites se multiplient. Autour du manoir, dans l’ombre, des adeptes du spiritisme et de la magie, des sociétés secrètes tissent une toile où Tess pourrait bien se retrouver prise au piège.
Entre Émile et Tess commence alors une étrange histoire d’amour. La jeune femme est envoûtée au point de tout remettre en cause, de tout quitter pour aller jusqu’au bout de sa fascination.
L’Ombre des Autres, livre initiatique où s’affrontent les passions humaines et les puissances de l’au-delà.
Depuis son premier roman, "L’Un pour l’Autre", et jusqu’au "Cercle de Megiddo", Nathalie Rheims écrit sur les relations secrètes entre le visible et l’invisible. "L’Ombre des Autres" est son huitième livre.»
La presse en parle : Le Figaro – 29 novembre 2006, Psychologies Magazine – automne 2006
Éditions Léo Scheer, 2006
Publié le : jeudi 28 août 2014
Lecture(s) : 0
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756105109
Nombre de pages : 300
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Nathalie Rheims
L’Ombre des autres
roman





Paris, 1886.
Le destin de Tess, étudiante à la Salpêtrière auprès du
célèbre professeur Charcot, semble tout tracé. Elle se
consacrera à sa future carrière médicale.
L’arrivée d’une lettre de son oncle Émile va
soudainement l’arracher à son univers familier. Il lui
demande de venir d’urgence en Angleterre, pour aider
sa tante, Blanche, atteinte de troubles mystérieux et
inexplicables. Émile l’a vue grandir. Depuis toujours,
elle l’aime en secret.
Les connaissances de Tess se révèlent très vite
insuffisantes. Des phénomènes insolites se multiplient.
Autour du manoir, dans l’ombre, des adeptes du
spiritisme et de la magie, des sociétés secrètes tissent
une toile où Tess pourrait bien se retrouver prise au
piège. Entre Émile et Tess commence alors une étrange
histoire d’amour. La jeune femme est envoûtée au
point de tout remettre en cause, de tout quitter pour
aller jusqu’au bout de sa fascination.

L’Ombre des Autres, livre initiatique où s’affrontent les
passions humaines et les puissances de l’au-delà.

Depuis son premier roman, L’Un pour l’Autre, et
jusqu’au Cercle de Megiddo, Nathalie Rheims écrit sur
les relations secrètes entre le visible et l’invisible.
L’Ombre des Autres est son huitième livre.




© Couverture Guy Peelleart.

Photographie de Nathalie Rheims par Catherine Hélie
(D.R)


EAN numérique : 978-2-7561-0509-3978-2-7561-0510-9
EAN livre papier : 9782756100388
www.leoscheer.com L’OMBRE DES AUTRESwww.centrenationaldulivre.fr
© Éditions Léo Scheer, 2006.
Couverture Guy Peelleart.
Photographie de Nathalie Rheims par Catherine Hélie (D.R.).NATHALIE RHEIMS
L’OMBRE DES AUTRES
Éditions Léo ScheerPour l’ombre d’Émile.Vyniard, le 3 mai 1886.
Ma chère petite,
Cette lettre va sans doute te surprendre après ces
mois de silence, qu’il faut me pardonner. Par les
nouvelles que me donne ta mère, je te sais heureuse
et en bonne santé. Sa dernière lettre m’a fait plaisir.
Les mois qui viennent de s’écouler ont été, pour
nous, inquiétants et douloureux. Des phénomènes
troublants se sont produits. Ta tante est souffrante.
Au début, j’ai pensé qu’il ne s’agissait que d’une
grande fatigue. Cet hiver à Vyniard a été
particulièrement rigoureux ; nous avons dû renoncer à
nous rendre à Londres pour Noël. Mais à l’arrivée
du printemps et des premiers rayons de soleil, les
choses ne se sont pas améliorées, bien au contraire.
Il faut que tu viennes le plus rapidement possible.
Tes connaissances, ton expérience peuvent m’aider
à comprendre et à surmonter la situation. Je t’en
prie, réponds-moi et viens dès que tu le pourras.
Nous t’attendons. Tendrement.
Ton oncle qui t’aime.
9CHAPITRE PREMIER
Tess resta un moment le regard suspendu
audessus de la lettre. Elle la plia, s’allongea sur son lit
et ferma les yeux. Vyniard, le froid, le vent, la
campagne anglaise où, enfant, elle passait ses vacances.
Les heures près d’Émile à le regarder enlever les
viscères des oiseaux, puis à leur redonner des
couleurs. Tous ces volatiles qui ne s’envolaient
plus, ces animaux immobiles, figés dans une mort
livrée aux regards de tous. Émile. Sa force, son
étrange beauté, ses cheveux sombres, sa minceur
extrême. Toujours vêtu de noir.
Elle le suivait dans d’interminables promenades
au cœur de forêts glacées où, captivés, ils écoutaient
le chant des corbeaux. Ensuite, ils buvaient du thé
brûlant. Il lui parlait de ses voyages en Amazonie,
d’espèces rares qu’il poursuivait sans relâche.
Blanche, fragile, sortait peu. Tess passait des heures
sur son canapé à la regarder natter ses longs cheveux.
Que lui était-il arrivé ? De quels phénomènes,
de quelles sensations s’agissait-il ? La voix de sa mère
la fit se redresser :
— Tu es là ?
11— Oui.
— Que fais-tu ?
— Entre, Lili.
La porte s’ouvrit.
— Viens t’asseoir près de moi, mais, auparavant,
prends cette lettre sur mon bureau et lis-la.
Après quelques instants :
— Qu’est-ce que cela veut dire ?
— Tu as eu, récemment, des nouvelles de ton
beau-frère ?
— Oui, mais il ne m’a parlé de rien.
— En es-tu sûre ? As-tu gardé son mot, peux-tu
me le montrer ?
— Non, je ne l’ai plus. Pourquoi a-t-il besoin
de toi ?
— Il pense sans doute que, grâce à mes études
de neurologie, je pourrai l’aider à comprendre le
comportement de Blanche. Et aussi… depuis la
mort de papa… Je sais, tu n’aimes pas que j’en
parle. Mais le sens de ce trouble, comme tu le
nommes, existe chez moi. Cette faculté de deviner
à distance, mes visions de l’avenir proche, tous ces
phénomènes qui, parfois, me dépassent… J’en ai
tant de fois parlé à Émile… Écoute, maman, il faut
que j’aille à Vyniard.
— Fais pour le mieux.
Tess se blottit dans les bras de sa mère comme
lorsqu’elle était enfant et dit à voix basse :
12— Je partirai demain.
Sa nuit fut agitée. Comment la première vision
lui était-elle apparue, après l’enterrement de son
père ? Elle s’était recroquevillée entre deux tombes
pour pleurer. Tout le monde la cherchait, hurlait
son prénom. Mais elle restait là, contre la terre
froide, dévastée par ce premier chagrin, si profond
que le vertige au-dessus de la fosse lui semblait
dérisoire.
C’est Émile qui l’avait trouvée ; Tess se souvenait
que, l’arrachant au sol telle une feuille, il l’avait
tenue serrée contre lui. Elle entendait encore sa
voix :
— Pleure, mon enfant, pleure. Vide-toi de ces
torrents de larmes. N’aie pas peur. Je suis là. Je
t’emmènerai autour du monde écouter le chant des
oiseaux. Je t’apprendrai leur langage. Eux seuls
comprennent la souffrance. Ils te siffleront des
mélodies qui apaiseront tes peines.
Aujourd’hui, c’est Émile qui l’appelait au secours,
lui avouant son inquiétude.
Paris était ensoleillé dès le matin, en ce début de
printemps. Elle promit à sa mère de lui donner des
nouvelles à son arrivée, boucla une petite valise,
traversa le parc Monceau, remonta à pied jusqu’à la
gare, prit un billet pour Le Havre. En attendant le
train, elle s’installa au café, commanda un chocolat
chaud et relut la lettre de son oncle.
13Ensuite, dans le wagon, elle se plongea dans un
volume des Leçons sur les maladies du système nerveux
de Jean Martin Charcot, l’éminent professeur dont
elle suivait les cours à la Salpêtrière.
Sur le pont du bateau, l’air était tiède ; elle
s’accouda à la rambarde. La côte prenait le large. Tess
n’avait pas quitté Paris depuis longtemps. Pour la
première fois, elle partait sans sa mère. Il était
temps. Temps pour elle de vivre sa vie. De grandir.
Un peu. « Doucement », se dit-elle en souriant.
Dans quelques heures, elle retrouverait les bras
d’Émile. Il la soulèverait de terre comme à son
habitude. Et Blanche. Douce Blanche, sa frêle
silhouette, sa peau diaphane. De quels tourments
souffrait-elle ?
La jeune fille sentit une présence à ses côtés.
Une femme au profil parfait, coiffée d’une capeline
mauve, se tenait près d’elle, regardant l’horizon.
Ses yeux semblaient scruter le vague. Tess fut attirée
par un reflet argenté à son poignet. L’observant
discrètement, elle distingua les contours d’une
chouette recouverte par des mains posées de chaque
côté des ailes. Deux serpents s’enroulaient autour
des doigts. Son regard était absorbé par le bracelet.
Elle fut prise d’un de ces vertiges dont elle avait
appris à se méfier. Tout disparut. L’objet seul flottait
dans le vide. Les reptiles lentement se mirent à
bouger. Les mains s’animèrent. Un bruissement
14métallique déchira ses tympans. L’objet lui parlait :
— Tess, Tess, aide-moi s’il te plaît, ne
m’abandonne pas.
Elle avait soudain devant les yeux une stèle de
marbre noir. Elle recula, perdit l’équilibre, s’accrocha
à un transat. Les bras d’Émile l’entouraient, elle
sentit la main de Blanche sur sa joue. Elle s’allongea
quelques instants.
Le souffle du vent la ramena au réel. La femme
à la capeline mauve était là. Rien n’avait changé.
Au loin, se dessinaient les côtes anglaises. Elle ne
connaissait pas ce bracelet, mais lui l’avait reconnue.
Une sirène retentit. Douvres approchait.
Descendre du bateau lui prit du temps. Les
nombreuses formalités à remplir l’amenèrent au
crépuscule. Elle loua une chambre dans l’hôtel du
port. Dîna à peine. Écrivit une lettre à sa mère pour
la rassurer.
À l’aube, elle prit le train pour Londres. Elle
pensait à son père, au peu de souvenirs qu’elle
avait conservés de lui. Élie était le premier mot
qu’elle avait appris à écrire. Quand à l’école on lui
demandait le métier de son père, Tess était fière
d’écrire : biologiste, cela lui semblait magique.
La jeune fille portait le prénom de sa
grandmère paternelle : Tessa.
Elle était pressée d’arriver, de découvrir enfin ce
qui se passait, de retrouver Émile. À Londres, elle
15monta dans le train pour Vyniard. Trois heures
plus tard, marchant le long de la route, elle passa
devant le seul pub du bourg, traversa la campagne.
Une pluie légère commençait à tomber. L’immense
demeure de son oncle se dressait au loin, perdue
entre les arbres.
Le vent faisait ondoyer la lande sauvage
entourant le manoir, caché derrière les saules qui bordaient
la rivière de Solveg. La bâtisse aux reflets d’ardoise
était comme un vaisseau naviguant dans un océan
de verdure en mouvement. Elle abritait la famille
d’Émile depuis trois siècles. Son ancêtre, Lord
Shanagan, l’avait fait construire à l’époque de la
Réforme.
Tess retrouvait, intactes, ses sensations enfantines.
Elle était frappée, comme à chaque fois, par cette
atmosphère unique, par cette douce lumière. Mais,
avec le temps, le lieu semblait s’être assombri. Elle
se surprit à se demander d’où venait cette ombre.
Était-ce simplement le ciel qui se chargeait de
nuages ?
En traversant le petit bois, elle reconnut le chant
des bergeronnettes, le sifflement des merles, le trille
des étourneaux. La jeune fille monta les marches
du perron et, prise d’une légère appréhension, fit
tinter la cloche. La porte s’ouvrit.
— Bonjour, George.
— Mademoiselle. Tess…
16Elle l’embrassa.
— J’ai quitté Paris il y a deux jours. J’ai reçu une
lettre de mon oncle. Est-il là ? Et Blanche ?
— Votre tante se repose dans sa chambre, elle
est très fatiguée. Monsieur est dans son laboratoire.
— Merci, George. Ne bougez pas, je vais le
chercher. Au fait, comment va Mary ?
— On vieillit. Mais dans l’ensemble ça va. Vous
ferez la connaissance de Lucy, qui est venue nous
prêter sa jeunesse.
— À tout à l’heure, George.
À cinquante mètres se trouvait la dépendance où
Émile étudiait et naturalisait les oiseaux. Tess
frappa au carreau. Il tourna la tête, se leva. La jeune
fille crut qu’il allait défaillir tant son émotion
semblait forte. Il cria son prénom, la serra contre
lui à l’étouffer. Ils restèrent un long moment enlacés,
comme deux amants chastes, sans prononcer un
mot, puis il murmura :
— Tu es là. Tu es venue. Tess, mon ange, mon
amour. Cela fait trop longtemps que je ne t’ai pas
vue. Regarde-moi. Tes cheveux ont encore poussé.
Tu es maigre. Tu ne manges rien.
La jeune fille éclata de rire.
— Mais si. Comme un oiseau. Émile, que se
passe-t-il ? Pourquoi cette lettre ? Explique-moi.
— Viens t’asseoir. Je vais essayer de te raconter
comment cela a commencé. C’était il y a huit mois,
17Du même auteur :
L’Un pour l’Autre
Galilée, 1999, Folio, 2001.
Lettre d’une amoureuse morte
Flammarion, 2000, Folio, 2002.
Les Fleurs du silence
Flammarion, 2001, Folio, 2004.
L’Ange de la dernière heure
Flammarion, 2002, Folio, 2005.
Lumière invisible à mes yeux
Éditions Léo Scheer, 2003.
Le Rêve de Balthus
coédition Fayard/Léo Scheer, 2004.
Le Cercle de Megiddo
Éditions Léo Scheer, 2005.

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