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L'Oreiller numéro 4

De
221 pages
Ce livre regroupe aussi bien des intrigues rocambolesques que des aventures intimes. Le quotidien est servi à toutes les sauces. Ces récits nagent dans l’humour du dérisoire, de l’absurde, du désir, de l’imaginaire et du réel. Parfois, il s’agit d’un cri. « La femme du métro » est un gros éclat de rire, « Attentat littéraire » un amusement plus recherché, « Le coquillage » une passion, « L’oreiller numéro 4 » le bouleversement du voyage d’un méticuleux personnage, « Hôtel Madrid » l’épouvante d’une côte espagnole. La composante gay est présente dans sept de ces dix-huit nouvelles.
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NOUVELLES








Le Manuscrit
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© Éditions Le Manuscrit, 2006
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 08 90 71 10 18
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
communication@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-6267-6 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-6266-8 (livre imprimé)








à Carnaval da Vitória


PASCAL LAUWERS








LA FEMME DU MÉTRO


Quelle idée absurde avait-il eue d’accepter les
conseils de sa femme, prise soudain d’une conscience
écologique totalitaire ? Ou était-ce pour les dix minutes
de marche auxquelles cela l’obligeait matin et soir ?
Toujours est-il que ces voyages en métro étaient
insupportables ! L’entreprise pour laquelle il travaillait
avait son siège dans un de ces faubourgs verdoyants de
la capitale récemment aménagés en zone de bureaux
pour désengorger le centre-ville. Le métro, hélas, arrivait
jusque-là. Ce matin, pendant le fameux trajet, Charles
s’était lancé dans la lecture de La porte étroite de Gide, ce
qui allait se révéler une tâche bien ardue.
– Bonjour ! dit la grosse femme en s’asseyant avec un
soupir juste en face de lui. Cela provoqua un
échappement d’air venant de la banquette en partie
déchirée et couverte de graffitis obscènes, une triste et
quasi muette lamentation d’entrailles mousseuses
soumises à une pression si peu habituelle.
Charles fit semblant d’être absorbé par sa lecture.
– Vous ne me reconnaissez pas ? demanda la grosse
femme avec des yeux étonnés qui sautaient gaillar-
dement la frêle barrière des lunettes demi-lune. Cela
m’étonnerait, vous seriez le premier !
11L'OREILLER NUMÉRO 4
– Pardon ? dit enfin Charles en levant le nez de son
ennuyeuse lecture. C’est à moi que vous vous
adressiez ?
– Bien sûr, jeune homme, à qui voulez-vous que cela
soit d’autre ? Il n’y a personne sur cette banquette à part
vous !
Charles regarda autour de lui et vit avec
consternation que ce que disait la grosse femme était
vrai. Le jeune arabe qui s’y trouvait quelques instants
auparavant s’était levé pour descendre à l’arrêt. C’était
bien la première fois de sa vie qu’il regrettait de n’avoir
personne assis à côté de lui dans cet infâme métro…
Ce dernier venait de ralentir brusquement puis de
s’arrêter dans la semi-obscurité du tunnel.
– Hé bien, vous me reconnaissez maintenant ?
poursuivit la femme avec un plaisir non dissimulé.
Arrivé à ce niveau du récit, il n’est peut-être pas
inutile de prendre le temps d’en faire une brève
description. Elle n’était pas très grande, un mètre
cinquante à quelques centimètres près. Cette créature
qui devait peser près de cent kilos était vêtue d’un
collant fuchsia s’arrêtant à mi-mollets et d’un chandail
vert-pomme largement échancré mettant en évidence
une poitrine plus que généreuse couverte de taches de
rousseur et de quelques marques rouges résultant sans
doute d’une allergie. Des replis adipeux extrêmement
développés au niveau des hanches lui donnaient cette
anatomie si particulière en Europe et si commune en
Amérique. On pouvait donc en déduire que la femme
était probablement américaine. Pourtant, elle parlait le
français.
Charles répondit en balbutiant quelque peu : « Il ne
me semble pas me souvenir… »
12PASCAL LAUWERS

Cette intéressante conversation fut brutalement
interrompue par une voix sortant des haut-parleurs du
wagon.
– Mesdames et messieurs, votre attention, s’il vous
plaît ! Suite à un incident technique indépendant de
notre volonté, le trafic est momentanément interrompu
sur la ligne. Pour votre sécurité nous vous demandons
de rester assis à votre place pendant le temps de l’arrêt.
– Il doit s’agir d’une alerte à la bombe, comme il y en
a fréquemment chez nous à Montréal, surtout depuis le
9-11, dit la femme d’un ton calme.
C’était donc une Canadienne. Charles qui
commençait à transpirer légèrement à cause de la
claustrophobie dont il souffrait à un degré modéré ne
répondit pas. Sa respiration se fit un peu plus courte.
Tout en maudissant ce métro et sa femme qui était
indirectement la cause de tous ces malheurs, il sortit un
mouchoir de sa poche et s’épongea le front. Le jeune
arabe n’avait rien trouvé de mieux à faire que de
s’asseoir sur une banquette située près de la porte en
écoutant son baladeur. À cette heure-ci, la majorité des
usagers fréquentant la ligne la prenaient en sens inverse,
en direction du centre.
– Comment me trouvez-vous ? demanda soudain la
femme.
Désarçonné, Charles la regarda avec incrédulité, mais
aucun son ne sortit de sa gorge.
– Hé bien, répondez-moi ! insista-t-elle avec un
sourire. Ne soyez pas timide, dites-moi la vérité !
– Mais, enfin madame, où voulez-vous en venir ? Je
ne vous connais pas ! Excusez-moi, mais je crois que
vous faites erreur ! Je suis un homme sérieux.
13L'OREILLER NUMÉRO 4
– Quoi ? Que dites-vous ? Comment avez-vous
l’audace d’insinuer de telles bassesses, jeune homme ?
J’exige un peu plus de respect ! C’est incroyable !
– Mais enfin madame, je ne comprends rien ! Dieu
m’est témoin !
– Cessez de m’appeler stupidement madame, tout le
monde sait que c’est une chose que je ne supporte pas !
Je m’appelle Maggy.
– Tout le monde, d’accord, euh… Maggy, mais qui,
tout le monde ?
– Les gens qui, comme vous, lisent.
– Vous êtes écrivain ?
– Écrivaine ! Le féminin vous dérange-t-il à ce point ?
Avez-vous peur des femmes, par hasard ?
– Moi, pas du tout, je suis marié.
– Ce n’est pas ce à quoi je faisais allusion. Non, je
vois bien que vous n’êtes pas un inverti. D’ailleurs,
heureusement pour vous !
– Il n’y a aucun mal à être homosexuel !
– Je suis heureuse de vous l’entendre dire ! Non, je
voulais simplement dire que vous aviez de la chance,
vous n’auriez aucun succès auprès des hommes ! La
plupart des homos aiment les complexions minces.
Vous êtes trop gros !
– Trop gros, moi ? dit Charles de plus en plus
abasourdi par cette situation délirante.
Le système d’interphone émit quelques craquements,
probablement annonciateurs d’une prochaine délivrance
et Charles reprit un certain espoir. Il dressa la tête
comme un chien à l’affût mais aucune voix ne sortit des
haut-parleurs.
– Mais, vous lisez pourtant ! reprit la femme.
14PASCAL LAUWERS

– Oui, oui, c’est ma passion, poursuivit Charles d’un
ton plus serein.
Il se retrouvait en terrain connu. Puisqu’il semblait
n’y avoir aucune échappatoire, plutôt parler de
littérature que de toutes ces carabistouilles d’homo-
sexuels. Il renchérit en prenant à présent le soin de
mieux observer son interlocutrice.
– Vous êtes donc écrivaine, m’avez-vous dit ?
– Si l’on veut. En fait, je suis mannequin.
– Mannequin ? laissa échapper Charles sans rien
cacher de sa surprise. ! Oui mannequin ! Cela vous choque ?
lança la femme avec une ironie joyeuse.
– Non, admit Charles avec effort.
– Même pour les gros, il faut des mannequins,
sachez-le, jeune homme ! Avez-vous idée de ce que
représente le marché mondial de l’obésité ? Un taux de
croissance extraordinaire, jeune homme, même chez les
adolescents !
Il fallait esquiver les attaques. Cette femme était trop
insaisissable. Elle était trop tout. Trop grosse, trop
curieuse, trop insistante, trop sûre d’elle, trop
intelligente aussi. Et cette panne ou cette bombe qui
paralysait le métro ! Il ne pouvait quand même pas tout
bonnement se lever et aller dans le fond de la rame. Elle
aurait beau jeu de lui dire que malgré ses affirmations, il
avait bien peur des femmes ! Elle était même capable de
le crier à haute voix ! Rien ne semblait l’arrêter !
Il y avait peu de monde, mais il y avait quand même
quelques passagers dans ce wagon. Il lui semblait aussi
avoir entrevu une des élèves du cours d’aérobic que
fréquentait sa femme.
15L'OREILLER NUMÉRO 4
– Mais, si je suis aussi connue, c’est à cause de mon
spectaculaire amaigrissement et de ma méthode
révolutionnaire bien sûr ! poursuivit avec entrain la
grosse femme.
– Amaigrissement ? dit Charles qui regretta aussitôt
cette malheureuse parole.
– Bien sûr, avant cela j’étais grosse.
– Avant ? s’exclama Charles d’un ton incrédule.
– Je pesais 189 kilos. Avant mon régime
évidemment ! je ne pouvais presque plus me déplacer et
voyez maintenant !
Et pour incroyable que cela paraisse, la grosse femme
se leva lestement de son siège et commença à
reproduire avec beaucoup de maîtrise et, admettons-le,
de sensualité, des mouvements de jambes et de bras très
gracieux qui rappelaient les danses de l’Inde. La grosse
femme ressemblait maintenant à Siva.
– Je viens de publier un ouvrage et suis inscrite au
Guinness des records. Perdre en un mois la moitié de
son poids est ce que je propose avec ma méthode. Et
cela marche, j’en suis la preuve vivante ! Tout le monde
me connaît pour cette raison. Mais sur quelle planète
vivez-vous donc jeune homme ?
Cette phrase à peine prononcée, un tuuuut ! puissant
envahit le wagon et le convoi se mit en branle. La
femme reprit sa place, mais garda un profond silence.
Encore troublé par tous ces évènements, Charles faillit
manquer la station où il devait descendre. Reprenant
soudain ses esprits, il se leva d’un bond de son siège,
courut jusqu’à la porte et réussit à sortir tout juste au
moment où elle se refermait.
Le reste de la journée se passa normalement, si on
peut qualifier de normale la vie d’un employé de bureau.
16PASCAL LAUWERS

Qui plus est, d’un employé de bureau qui commençait à
voir cette femme tout autour de lui. Mais il suffisait
d’ouvrir les yeux pour constater que notre employé était
loin de souffrir d’hallucinations pathologiques. La
femme était en effet partout présente, sur la couverture
des magazines, sur les panneaux publicitaires et même
sur l’écran des ordinateurs de certains de ses collègues.
Le soir enfin, la quiétude du domicile conjugal lui fit
oublier cette femme au don d’ubiquité. Sa femme à lui
avait préparé toutes sortes de salades à son retour du
cours d’aérobic. Avant de s’endormir, ils firent même
l’amour avec une passion qu’il avait cru disparue avec
les années de mariage.
Il se leva au milieu de la nuit pour boire un verre
d’eau. Il avait la gorge sèche. Il alluma la lampe de
chevet et se dirigea vers la cuisine. À son retour, il n’en
crut pas ses yeux. La femme du métro était là, dans la
chambre ! Sur la table de nuit ! Sur la couverture du livre
de chevet de sa femme ! C’était donc ça, l’aérobic, les
repas à base de salades, l’abandon de la voiture ! C’était
sa faute à elle ! Il resta figé une bonne minute comme
un crapaud paralysé par le regard de la vipère.
Résigné, il éteignit la lampe, poussa un profond
soupir et se glissa sous les draps.
Dans l’obscurité, sa femme lui murmura : « Tu ne la
connais pas ? Tout le monde en parle, pourtant ! Tu
dois être le seul à ne pas la connaître, chéri ! »
17L'OREILLER NUMÉRO 4
18PASCAL LAUWERS








ATTENTAT LITTÉRAIRE


Un beau jour, il reçoit un étrange courrier
électronique de son ami et écrivain brésilien, une très
curieuse proposition. Il s’agit ni plus ni moins de poser
dans toutes les villes du monde, non pas des dispositifs
bourrés de nitroglycérine, mais des ouvrages chargés
d’inspiration. La subversion consiste à abandonner, à
une date fixée et sans se faire remarquer, des livres dans
les endroits de grande fréquentation. Sont ainsi visés les
centres commerciaux, les gares, les parcs et jardins
publics, les écoles, les cantines, les cafés, les terrasses,
les stations de métro, les arrêts de tramways et de bus,
bref tous les lieux où la déflagration de l’onde permet de
toucher un grand nombre de gens.
« Voilà, pense-t-il, un concept novateur et
attrayant ! »
Il se promet d’y participer. Il a dans sa bibliothèque
quelques exemplaires en espagnol, en anglais et en
français dont il peut se défaire.
« Quels sont ici, se demande-t-il, les endroits
propices à l’action ? » L’inexistence d’objectifs
d’envergure lui cause des inquiétudes. Au fil des jours, il
abandonne l’idée. Vu de Calpe, le plan paraît saugrenu.
Cette agglomération de la côte méditerranéenne
19L'OREILLER NUMÉRO 4
encourage un tourisme de masse en quête de soleil et de
plage et, pour employer un euphémisme, les belles-
lettres n’y sont pas une priorité ! Qui aura reçu ce même
courrier ? Un spéculateur immobilier trop rapidement
enrichi ? Un politicien plus ou moins douteux ? Une
veuve anglaise écologiste et militante ? Le cuisinier
flamand d’un restaurant spécialisé en cuisine belge ? Le
coiffeur pour dames d’un âge certain ? Un retraité
allemand établi à Maryvilla, ce repaire d’anciens nazis
accueillis par Franco ? Le physicien nucléaire juif
reconverti en libraire ? Qui d’autre donc ?
« Je descendrai, mes livres sous le bras, l’avenida
Gabriel Miró en cherchant les indices d’un peu probable
abandon et devrai, pitoyable, la remonter de même pour
m’éviter la lâcheté de les jeter dans une poubelle ! Mieux
vaut encore le bruciamento delle vanità de Savonarole ! »

Un concours de circonstances le fait encore changer
d’avis. Il doit de toute urgence se rendre à Bruxelles
pour le déménagement de sa tante. Celle-ci, une
adorable dame âgée férue de littérature et de musique
classique habite dans la très aristocratique rue aux
Laines. Elle vit dans l’ancienne Résidence de Beaufort,
rénovée par la ville de Bruxelles et divisée en
appartements entourant un calme jardin intérieur dont
le centre est occupé par un arbre séculaire. Un gros chat
noir règne en maître sur les lieux. Quelques bancs en
bordure des allées permettent aux pensionnaires de
prendre l’air sans devoir sortir dans la rue, affronter le
bruit des voitures et le danger bien réel de se faire voler
son sac à main par un voyou. Les jours de grand beau
temps, Jacqueline accompagne ses amis Christine,
Joseph, Donatella ou Gragena, la Polonaise, jusqu’au
20PASCAL LAUWERS

square du Petit Sablon, ce parc miniature dominé par la
statue des comtes d’Egmont et de Hornes. En passant
devant l’entrée des artistes du Conservatoire Royal de
Bruxelles, Jacqueline évoque toujours le Concours
Reine Élisabeth dédié au piano, au violon, au chant et à
la composition. Elle suit chaque année le concours avec
ferveur à la télévision.

Très dépressive et d’une santé fragile, vivre seule est,
hélas, pour Jacqueline devenu impossible. Une chambre
est disponible à la résidence Sainte-Monique. Située rue
Blaes dans un ancien couvent du quartier des Marolles
et subventionnée par la banque privée Degroof, elle sert
aussi de demeure aux curés retraités.
Jacqueline emportera à la résidence ses livres les plus
chers, malgré son apparent désintérêt qui n’est, hélas,
que l’expression de son incapacité à prendre une
décision. Il en ramènera en Espagne autant que
l’autorise son billet d’avion charter, les amis de
Jacqueline en choisiront certainement et il faudra vendre
le reste des livres pour un prix ridicule.

Le sort a décidé pour lui et à la date prévue pour
l’attentat, il aura à sa disposition des caisses bourrées de
livres. Il relit dans l’avion le texte du message en
portugais qu'il a glissé dans son portefeuille. L’idée,
presque une obsession à présent, ne le quitte plus.
Un doute étrange commence toutefois à l’envahir.
Arrivé depuis deux jours dans la capitale européenne, il
réalise que personne parmi ses connaissances n’a
entendu parler d’un tel projet. Aucune affichette dans
les stations de métro ou les abribus. Pas d’information à
la vitrine des libraires. Rien, bien sûr, à la télévision qu’il
21L'OREILLER NUMÉRO 4
regarde l’après-midi en compagnie de Jacqueline ou le
soir dans sa chambre d’hôtel.
Qui va apprécier son geste ? Quelle preuve a-t-il de la
réalité de cette explosion programmée ? Va-t-il être le
seul à poser ses livres, comme un homme délaissé pris
de boisson invite de sa bourse tous les inconnus du café
à boire à sa santé ?
« Si ce n’était qu’un canular, un attrape-nigaud dans
lequel je me jette tête-baissée ? Mes idées romantiques
datent d’un autre siècle ! De quoi vais-je avoir l’air avec
mes allures de conspirateur, si je ne suis que le dindon
d’une farce imaginée par un groupe de poètes blagueurs
de São Paulo, Salvador, Brasilia ou Rio de Janeiro ? »

Le matin du fameux jour arrive enfin. C’est un
dimanche. Une force impérieuse le pousse. Il va
participer à l’attentat, mais fera auparavant une
reconnaissance des lieux. Il passe devant l’employé de la
réception qui s’étonne sans doute de voir un client
quitter l’hôtel si tôt un dimanche matin. La majorité des
hommes seuls comme lui n’émergent d’un sommeil plus
ou moins alcoolisé que bien passée l’heure du petit-
déjeuner. La réputation du « Brussels by night » n’est pas
volée, surtout si on connaît les bons endroits ! En
sortant de l’hôtel, il prend à droite et remonte la
chaussée de Charleroi jusqu’à la place Stéphanie. Un
endroit rêvé, pense-t-il en observant de loin les bancs
situés à l’arrêt des trams 91, 92, 93 et 94. Personne aux
alentours. Il s’approche pour voir si un poète matinal ou
noctambule a déjà posé sa bombe. Rien, les bancs sont
immaculés, pas même un vieux journal, une canette de
bière ou un berlingot de hamburger du Quick. Il ne
s’attarde pas. Un de ses grands défauts est de mal réussir
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