Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 5,95 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

La boule

De
81 pages
Recueil de neuf nouvelles dans lesquelles rôdent des difficultés d'être, de dire, d'aimer, la mort aussi, l'ennui, un rapport difficile avec le monde. Ces histoires se déroulent dans la vie de tous les jours, dans des vies plausibles, assez banales mais dans lesquelles un détail, un petit événement devient porteur de quelque chose de plus général, de plus inquiétant, peut-être.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

LaboulePascal Juillet
Laboule
N OUV ELLES© manuscrit.com, 2003
ISBN: 2-7481-2649-1 (pourle fichiernumérique)
ISBN: 2-7481-2648-3 (pour le livreimprimé)Avertissementdel’éditeur
DécouvertparnotreréseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littéraires etde chercheurs),ce manuscritestimprimé telunlivre.
D’éventuelles fautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueuse de
lamiseenformeadoptéeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l’ouvrage, le texte en l’état.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone:0148075000
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comLA BOULE
Petitvillageauborddel’océan;c’estlesvacances
de Pierre ; cinq cents kilomètres en voiture. Il est
toujoursmaladeàcausedel’odeurdeneufquin’ar-
rive pas à quitter l’habitacle. Toujours, au moins
deux fois durant la journée de voyage, il faut s’ar-
rêter, il vomit, il est pâle, il n’aime pas l’auto.
C’estàcausedelalumière. Dèsledébutdumois
de Juin, il sent venir cette menace. Il faut d’abord
mettre des vêtements plus légers, et il n’aime pas
ça. Déjà pendant les autres saisons, les épaisseurs
ne suffisent pas toujours à le garantir contre un sen-
timent étrange, une gêne, comme si les choses me-
naçaient d’être beaucoup plus fortes que lui et de le
dévorer, de l’engloutir. Et pourtant, il n’arrive pas
à les voir, ces choses, ou alors une à une, comme si
ellessurgissaientchacuneleurtourd’unvideopaque
pour venir l’effrayer. Et cela peut être n’importe
quoi. Par exemple, un jour qu’il avait de la fièvre,
les livres de la bibliothèque verte, sur le mur d’en
face de son lit, se sont mis à s’agiter dans tous les
sens. Il ne voyait plus qu’eux, terribles, se moquant
deluisilencieusement,maischaquefoisenl’absence
detouttémoinpossible. Uneautrefois,cefurentles
graviers du square. Il jouait seul à conduire un ca-
mion de plastique dur le long de petites routes qu’il
avaittracéesausol. Brusquement,lespetitscailloux
7La boule
sont entrés dans une vibration impressionnante, et
d’une façon verticale, comme s’ils passaient, dans
une vitesse affolante, du dessus de la terre au-des-
sous. Il ne cessait de les voir, pourtant, comme si
la terre devenaittransparente à chaque enfoncement
des cailloux. Une autre fois encore, ce fut la façade
d’unimmeuble. Ilétaitsurletrottoir,àchevalsursa
bicyclette,selaissantglisserdanslapente. Adroite,
d’un seul coup, le grand mur gris se tordit vers l’in-
térieur,commeunventre. Ilyeutunbruitdesouffle,
uneaspiration,etilvitlesommetsecourberverslui
presque jusqu’au bitume, et former dans la muraille
une sorte de bouche de pierres molles, immense. Il
fit un écart, et réussit à s’échapper sur la gauche, en
se précipitant dans le caniveau.
Mais l’immobilité le gêne encore plus, encom-
brant cette sorte d’aisance que semblent avoir les
autres enfants. Désarmé ridicule, c’est ce qu’il se
sent être chaque fois qu’il doit faire un mouvement,
même le plus simple, comme de se lever d’une
chaise pour aller se servir un verre d’eau. Il sent cet
épiement continuel, cette vie dans l’émail blanc de
l’évier,danslesdéformationsmiroitantesdurobinet
d’inox, sur les portes des placards, les tomettes
du carrelage de la cuisine, le parquet du salon. Et
dehors aussi, tout est prêt à agir, à se transformer,
à disparaître, peut-être le sol même, l’appui de ses
pieds ; cela pourrait se dissoudre, et lui, il tombe-
rait dans cette brèche sans fond. Il pense que la
meilleure solution, pour lui, est de se concentrer
sur une immobilité maximale, espérant ainsi ne pas
provoquer les choses.
Et l’été c’est encore pire. Pourtant, rien ne s’est
encore produit, dans ce village au bord de l’océan.
Maisjustement,lalumièrefigelesélémentsdansune
présence dont l’immobilité tenace lui semble bien
8