La Chambre des illusions

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Le fracas d'un amour, par la grâce de l'écriture, se transforme en une quête éminemment poignante. Avec ce premier roman, Benjamin Gara signe une oeuvre magistrale, tant par sa narration que par l'ampleur de son projet romanesque: à partir des décombres d'un amour vécu, perdu, transformé, il crée une langue nouvelle. Dès les premières pages, l'effet tourbillon, un des motifs majeurs du roman, se met en place. Nous voilà pris dans les entrelacs des émois d'un homme, toujours pressé, qui va apprendre, au fil de son histoire, le temps vécu, le temps perdu, le temps retrouvé. En chemin, il trébuche, nous faisant parfois rire aux éclats, mais c'est un bon bougre, un peu lâche bien sûr, souvent à côté de la plaque. Rêveur nonchalant ou roi de l'esquive, il ne pourra pas s'échapper de lui-même. C'est à corps perdu, littéralement, qu'il se jette dans cette aventure romanesque, avec toute l'acuité d'un innocent qui va faire imploser sa vie au nom d'un amour fou. Mais ne nous trompons pas, il ne s'agit nullement ici d'un règlement de compte avec l'objet perdu. C'est, ô combien, plus malicieux et bien plus profond... Benjamin Gara aime la langue. Elle devient, sous sa plume, l'intimité absolue qui fait de nous tout à la fois lui, elle, la terre, l'amour, le verbe. Lorsque qu'un amour arabe le rencontre, ce n'est pas uniquement une femme qu'il retrouve: une sonorité arabe éclot aussi dans l'entrelacement de son écriture... (Nadia Meflah).
Publié le : jeudi 6 mars 2014
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342020250
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342020250
Nombre de pages : 260
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Benjamin Gara LA CHAMBRE DES ILLUSIONS
Mon Petit Éditeur
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«Ô mon âme ! Nous formons à nous deux le parallèle d’un compas. Bien que nous ayons deux pointes, nous ne faisons qu’un corps. Actuellement, nous tournons sur un même point et décrivons un cercle, mais le jour final viendra où ces deux pointes se réuniront. »
Omar Khayam
…En amour, sans souffrance, « Majnoun » n’existerait pas… Halima
Saison 1. Hodon
1. Premier hodhon Le lendemain de notre première séparation, je n’ai hésité que peu de temps. J’ai appelé Halima, la poitrine au bord de l’implosion, pour lui faire part de ma courageuse décision : j’arriverai à Rennes le same-di matin, pour ne repartir que le lundi. On aurait deux jours et deux nuits à nous… si elle le voulait bien ? Elle le voulait bien ! On avait désespérément besoin de vérifier la réalité de nos exis-tences réciproques, et de faire enfin ce qu’on avait eu tellement envie de faire dans l’avion vers Paris: l’amour. On était terrifiés de se re-voir, et incapables de résister au désir. Il a bien fallu régler quelques détails techniques et logistiques, et en discuter nous a fait rire : on n’avait encore jamais eu quoi que ce soit à régler ensemble, sauf une place dans un avion, et c’était un peu surréaliste de se pencher sur des contingences comme celles de son travail, de son obligation de garder le secret, etc. Je pense, maintenant, qu’on aurait surmonté n’importe quel obs-tacle, et que si on n’avait pu se voir que dix minutes, j’aurais quand même fait le voyage. Je suis arrivé à la gare Montparnasse avec une heure d’avance. Qui sait, l’un des pneus de ma moto aurait pu crever, ou les deux… Ou la bécane serait tombée en panne… La police aurait pu m’arrêter pour une infraction volontaire ou involontaire… J’aurais pu me perdre et ne pas trouver le quai de départ, ou même ne pas trouver la gare… Et si j’avais eu un malaise en cours de route ? Il me fallait le temps de me reposer pour repartir et ne pas louper le train ! Un importun pickpoc-ket aurait pu subtiliser mon portefeuille, j’aurais dû lui courir après, me faisant perdre un temps précieux !
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LA CHAMBRE DES ILLUSIONS
Mieux valait, donc, me prémunir des emmerdements: je n’aurais pas du tout supporté qu’ils me retardent. J’avais à faire l’amour avec une femme rencontrée à deux milles kilomètres de là, et ça ne pouvait plus attendre. Je n’ose imaginer l’enchaînement des conséquences d’un éventuel contretemps: cris, pleurs, trépignements sur le maca-dam, hurlements à la mort façon doberman, internement d’office dans le plus proche asile psychiatrique et deux mois de prison sans sursis. Elle ? Elle se serait évanouie. À son réveil à l’hôpital, elle aurait éclaté en sanglots tout en restant murée dans un silence incompré-hensible pour ses proches, à qui elle n’aurait rien pu avouer. Un drame humain, deux âmes inconsolables, la tuile ! Enfin, le train est parti, j’étais miraculeusement dedans. Il restait à prononcer les invocations rituelles visant à éviter tout retard. Dès qu’elles furent intérieurement psalmodiées, je m’abîmai dans la con-templation vague du paysage sans intérêt que le déplacement du train faisait défiler. J’avais, de toute façon, fermé les écoutilles, réglé ma température mentale sur hibernation, et décidé que pendant les deux prochaines heures de cet interminable (déjà!) voyage vers Rennes à 300km/h, aucune partie de mon corps ne bougerait, car la pierre ne bouge pas. Seul mon cœur continuait à pomper, mais vachement plus fort que d’habitude. Et là, il n’y avait rien que je puisse faire, sinon l’écouter battre… Comme un missile à guidage infrarouge, j’avais repéré ma cible, je l’avais dans le collimateur, tous mes calculs de trajectoire affichaient « GO », il n’y avait plus qu’à exploser dans ses bras ! Dans un état second, je suis descendu du train, il y avait plein de gens qui n’avaient rien d’autre à foutre que me boucher la perspective du quai, je ne voyais rien, sauf un panneau sortie, dont je m’approchai. Soudain, comme dans un mauvais film à deux balles, plus rien n’a eu d’importance, sauf cette silhouette blanche debout près d’un wa-gon, déjà souriante, hésitante dans sa marche vers moi, prête à prendre une fuite éperdue au moindre faux pas de ma part, timide
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