La Chandelle et la plume

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La chandelle et la plume est un recueil de vingt et une nouvelles dont les sujets sont très différents même si bon nombre de récits se déroulent en Auvergne. Quelques personnages plus ou moins sympathiques, un peu d'imagination autour d'imperceptibles parcelles de vérité, quelques traits d'humour ou d'indignation suffisent pour bâtir une histoire.
Publié le : jeudi 13 décembre 2012
Lecture(s) : 15
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748399165
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748399165
Nombre de pages : 142
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Marie-Claude Morin
LA CHANDELLE ET LA PLUME
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0118211.000.R.P.2012.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2012
L’arbre à cons Conrad, quel étrange prénom me direz-vous pour un petit auvergnat pur souche. Le jour de sa naissance, en 1935, quelle idée extravagante traversa donc la tête de sa mère, la douce Henriette, bien con-nue dans le village pour son bon sens et sa sagesse ? Pourtant, ce fut ainsi, malgré les protestations des grands parents qui ne trouvaient pas le prénom très catholique. Et le petit Conrad, beau bébé rieur et joufflu devint bien vite un petit garçon remarquable par un quotient intellectuel large-ment en chute libre. Cest congénital disaient les uns ; espérons que ce nest pas contagieux répondaient les autres. Concentré au maximum, Conrad usait désespérément ses fonds de culotte sur les bancs de lécole communale, tentant vainement de comprendre les mystères de la conjugaison. À douze ans, il parvenait à peine à lire un livre de contes pour enfants ; quant à écrire, cétait une autre histoire : à moitié cou-ché sur son cahier, tirant la langue tantôt à droite, tantôt à gauche, il arrivait tout juste à concocter une petite phrase sans queue ni tête. Bref, la plus grande confusion régnait dans son esprit et ses parents furent bien obligés de constater que leur fils nétait pas très malin. Conrad, alors bâti comme un athlète, quitta donc
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lécole pour aider à la ferme où les conditions de travail parfois difficiles ne représentaient pour lui aucune contrainte. Depuis tout petit, il avait pour habitude daller se réfugier le plus haut possible dans les branches dun chêne centenaire situé aux con-fins du pâturage ; certes, ce nétait pas le grand confort mais là, il se sentait bien, plus près du ciel, il était content. ; il conversait avec la nature ou écoutait religieusement le concert des oiseaux en léchant avec application ses doigts trempés dans le pot de confiture volé dans le placard de la cuisine. Tout le monde au village connaissait sa cachette et le chêne fut baptisé « larbre à Conrad » pour devenir bien vite « larbre à cons ». Intrigués par le comportement de Conrad souvent perché dans son arbre, les jeunes du village, désireux déprouver les mêmes émotions, laccompagnaient souvent au milieu de la verdure, chacun grimpant le plus haut possible dans les branches. Cette situation nétait pas sans créer quelques conflits avec les parents qui gesticulaient au pied de larbre, sommant leur progéniture de redescendre. Bien sûr, personne nobéissait, refusant dabandonner une si belle partie de rigolade. Les an-ciens riaient sous cape et ne manquaient pas de lâcher leur petite phrase favorite, à haute portée philosophique :  Ne ten fais pas, Bébert, quand ton fils sera trop mûr, confit par le soleil, il tombera tout seul. À vingt ans, Conrad tomba éperdument amoureux de la belle Constance, qui, il faut bien le dire, navait pas non plus inventé la poudre. Gentille, conciliante, bien charpentée, la jeune fille naffichait pas lair constipé de certaines pimbêches de la ville ; elle ferait une bonne épouse, de beaux enfants, et deux bras de plus à la ferme nétaient pas à négliger. Seulement voilà, il fallait expliquer certaines choses à ces deux innocents. Les parents se concertèrent, et à mots couverts, avec beaucoup de précautions, en respectant les convenances,
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tentèrent de confier aux futurs époux les charmes et les secrets de la vie de couple, sujet encore tabou à lépoque. Constance et Conrad allèrent à confesse où ils navaient pas grand-chose à avouer et le grand jour arriva enfin. Par une belle et chaude journée de juin, le maire, bavard comme une con-cierge et arborant fièrement sa belle écharpe tricolore prononça un petit discours au milieu de tous ses concitoyens avant dunir les jeunes gens. Puis le cortège se rendit à léglise pour la céré-monie religieuse ; ce jour-là, tout le village fit bombance et la noce dura tard dans la nuit ; tout le monde dansait joyeusement au son de laccordéon, y compris les mariés, peu pressés daller se coucher. Chahutés par les copains, ils finirent par se retrou-ver tous deux dans lintimité de leur chambre, assis au bord du lit conjugal ; ils se regardaient, bien embarrassés lun et lautre et ce fut Conrad qui se décida enfin à rompre le silence :  Tu sais, Constance, je crois quil faut que lon fasse quelque chose mais je ne sais pas quoi ; ta maman ne ta rien dit ?  Si ! Elle ma dit de faire comme la vache et le taureau. Avec des préliminaires aussi romantiques et les conseils avi-sés de leurs parents, les deux conjoints, en cherchant bien, finirent par comprendre ce quils devaient faire. Et la vie reprit son cours. Constance sintégrait parfaitement dans la famille de son ma-ri ; elle contribuait largement aux travaux de la ferme, allait à la messe du dimanche, participait à tous les enterrements où, en présentant ses condoléances, elle se croyait obligée de pronon-cer quelques petits mots de son cru quelle se répétait pendant tout loffice en remuant les lèvres, laissant croire quelle priait :  Ma pôôôvre cétait un brave homme, il va bien vous manquer parce que quand on est mort on ne sait pas où on va finir ses jours. Enfermée dans son chagrin, lintéressée remerciait machina-lement sans réagir tandis que quelques petits sourires narquois
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apparaissaient sur les visages de lassistance. Et Constance ren-trait à la ferme, avec la satisfaction du devoir accompli. Elle ne manquait jamais une occasion de sillustrer : en 1952, alors que laffaire Dominici défrayait la chronique, au travers de toutes les informations entendues, mal retenues et bien mélan-gées, cest avec le plus grand sérieux quelle annonça à la cantonade :  Dominique a été condamné à trente ans de travaux forcés à perpétuité. Au bout de quelques mois, alors que sa taille sarrondissait, les langues allaient bon train :  Si le petit ressemble à ses parents, ça en fera un de plus dans le village, il faudra rajouter une branche à larbre.  Allons, ne soyez pas injuste, ils sont bien gentils tous les deux et surtout travailleurs ; cest vrai quils nont pas inventé le fil à couper le beurre, mais enfin enfin Bien au-dessus de tous ces ragots, Constance et Conrad at-tendaient avec impatience la venue du bébé, elle tricotant la layette, lui réparant le petit lit de bois dans la famille depuis plu-sieurs générations. Le petit garçon pointa le bout de son nez par un froid matin de février ; ils lappelèrent Constantin. La maison ne désemplissait pas entre les visites de politesse et de curiosité. Les commères sextasiaient hypocritement de-vant le beau bébé potelé, félicitant les parents et une fois passée la porte, les commentaires reprenaient de plus belle :  Encore un Conquelque-chose, ils ne pouvaient pas mieux trouver, la lignée continue Les années sécoulaient paisiblement dans le village, ryth-mées par les saisons, et bientôt Constantin eut lâge daller à lécole où il se fit remarquer par sa rapidité à apprendre à lire et à écrire. Le certificat détudes ne fut pour lui quune formalité et linstituteur insista auprès des parents pour quil poursuive ses études Le brevet élémentaire, le baccalauréat, Constantin
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collectionnait les diplômes comme dautres les cartes postales, parlait couramment langlais et jouait du piano comme un vir-tuose. Beaucoup des commères dautrefois lauraient bien voulu pour gendre mais Constantin, devenu un chirurgien célèbre poursuivait sa route en solitaire, cherchant à décrypter et à ana-lyser les mystères du cerveau humain.
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