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La chaussure d'Aldebert

De
363 pages
La vie, la mort, la grande question ! Que devient-on, après : poussière inutile ou énergie vagabonde ? Dieu, inaccessible à la raison : est-il ou n'est-il pas ? Et Jésus, Josué en hébreux, qu'est-il devenu après l'élévation miraculeuse vers le ciel, pourquoi se cache-t-il aux hommes depuis 2000 ans ? Le mal, qui renforce sa mainmise dans le cœur des hommes, l'aurait-il séquestré ? Possible ! Tout est possible dans l'écriture, d'après les Écritures, ces livres et textes vénérables. Ce jeune garçon de 12 ans, malicieux, mystérieux, qui se fait appeler Aldebert dés 1946 en Haute Provence, va-t-il nous livrer ses secrets ? Peut-être ! Il aime Marie, une ingénue bergère mais aussi la terre, les humains, la vie, comme l'auteur de cette fiction.
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Titre
La chaussure
d’Aldebert

3

Titre
Cris Saro
La chaussure d’Aldebert
Tome 1 : Le retour de Josué
Roman






Éditions Le Manuscrit






















Illustration de couverture : Chaussure d’Aldebert
© Cris SARO

© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9260-5 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748192605 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9261-3 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748192612 (livre numérique)







« L’amour, c’est l’aile que Dieu a donnée à l’homme
pour monter jusqu’à lui. »
Michel-Ange.



Remerciements
L’auteur tient à remercier les Éditions « Le
Manuscrit » pour avoir accepté de publier son texte.
Merci au Comité de lecture.
Un grand merci à Josée, du service fabrication, pour
sa gentillesse et son professionnalisme.
Merci à Yvan et à Nicolas, (ils se reconnaîtront)
pour leur soutien et leur amitié solide.
Merci à ma petite chaussure qui m’a conféré sa
sagesse et forcé mon inspiration.

.
. 1

1.
Quatorze juillet 1946. Louison, dit « Le
Loule », poète et accordéoniste à ses heures, se
délectait. Son récepteur radiophonique dernier
cri, bien en vue sur le vieux buffet en mélèze
sculpté, diffusait enfin des chansons françaises.
La musique des libérateurs américains, Duke
Ellington, Jimmy Lunceford ou autres l’agaçait.
Pour mieux percevoir la mélodie du morceau
qu’il chantait à tue-tête « avé l’assent » : Couché
dans le foin avec le soleil pour témoin… son préféré,
il pose son balai de crin pour rehausser le son
déjà nasillard du haut-parleur, tourne le bouton
de bakélite avec l’assurance hautaine du phénix
de ces lieux, fier comme Artaban devant cette
merveille de technologie.
– Bonne Mère de Bonne Mère ! Dé Diéou…
dé Diéou… dé Diéou… hurle-t-il du fond de
son capharnaüm ! Saleté de saleté de machine !
Un silence pesant venait de s’abattre sur la
placette, au grand soulagement des doyens du
village, leurs fonds de culottes usés par le bois
raboteux du banc rudimentaire posé à l’ombre
11 La chaussure d’Aldebert
des pruniers. Le fracas des chaises renversées
ne présageait rien de bon. De la fumée pointait
déjà en haut du chambranle de la porte d’entrée
quand Louison surgit brusquement, un seau à la
main. Il entreprend de le remplir dans le bassin
de la fontaine en criant « Au secours ! », l’eau
s’échappant allégrement au travers de la tôle
percée.
– Ho ! Le Loule lui lance Auguste moqueur !
Dé bon Discou ! Tu as mis le feu à la baraque ?
– Viens m’aider Guste, cette saleté de poste
radio a explosé !
Auguste, malgré ses soixante-dix ans et ses
deux guerres, avait gardé l’insouciance du héros
anonyme ; il se lève, fait quelques pas et pénètre
courageusement dans la fumée pour ressortir,
quelques minutes après, l’objet du délit planté
au bout de sa canne ferrée.
– Peuchère ! Il a vécu le pauvret dit-il en
riant aux éclats devant la mine déconfite de
Louison, heureusement qu’on n’avait pas ces
cochonneries modernes pendant la guerre, les
boches les auraient senties à dix kilomètres !
Il laisse choir sa précieuse prise encore
fumante dans l’eau glacée du lavoir et regarde
ses compères, Raymond et Toine, en secouant
sa main droite. Les deux lascars s’ébaudissaient
comme des gamins, ils gesticulaient si fort que
le banc céda sous leur masse. Louison, d’abord
vexé en bon Marseillais importé, ne put retenir,
12 La chaussure d’Aldebert

face aux mimiques désopilantes de ses vieux
amis les quatre fers en l’air et leur béret sur le
nez, une hilarité débordante que les murs du
village allaient propager jusqu’aux champs.
– Fan de chichourle, le bon Dieu vous a puni
comme il le faut hé ! Dit-il tout en les aidant à
se relever… zou, on va boire un bon canon, on
l’a bien mérité va !
Truand d’opérette, recherché par la police
toulonnaise après quelques opérations illégales
mais également par la pègre marseillaise pour
mauvais tours en tous genres, il avait fui vers la
Haute Provence en 1937 pour se « mettre au
vert » comme il dit si bien à qui veut l’entendre.
Les aléas de sa cavale l’ont conduit aux abords
de ce minuscule hameau néanmoins charmant
où il posa ses valises, persuadé de se concilier la
sympathie des habitants d’humeur rude et peu
accommodante. Ce qu’il réussit admirablement
par force de travail et de services rendus à cette
population agricole. Il y a quelques années, le
vieux Barthélemy, dit « Bacchus », avait frappé à
sa porte, accompagné de Cupidon qui s’était
fourvoyé dans ses flèches. Louison était tombé
amoureux, un amour sans faille pour l’eau-de-
vie du vieillard élaborée avec soin dans un
alambic archaïque au fond d’un hangar. Ses
vignes, bien exposées sur les coteaux de l’Adret,
lui fournissaient un raisin noir qu’il transformait
en un vin ténébreux et massif, un bon gros
13 La chaussure d’Aldebert
rouge comme ils disent ici. Célibataire sans
famille, Bacchus transmit ses biens, son savoir-
faire à ce brigand au grand cœur apaisant ainsi
les craintes d’une pénurie proche de tout le
village.
De cet amour immodéré pour la gniole était
né son bistro. Façon de parler car il accueille
toujours ses « Clients » dans la grande pièce du
rez-de-chaussée de la maison, autour du vieux
poêle en fonte aux couvercles déformés sur
lequel mijote la soupe du jour, principalement
élaborée à partir de pommes de terre et de
viande de cochon. Au milieu des casseroles et
des souvenirs, assis à la table de ferme usée par
les années et malgré les arômes de l’antique
cafetière en tôle émaillée mêlés aux effluves de
l’étable, de l’autre côté du couloir, ils sont
nombreux à siroter leur verre de rouge après
une journée aux champs. Jovial, le Loule fait
régner une ambiance bon-enfant dans son
troquet. Le soir venu, tous se retrouvent à la
veillée devant le café chaud et le verre d’eau-de-
vie avec l’oreille plus ou moins attentive aux
histoires que racontent les vieux, en parler rural.
Les jeunes jouent à la belote mais songent déjà
au lendemain avec ses joies mais aussi ses
contraintes, ses travaux pénibles où le cheval est
mis à contribution tirant la charrue qui découpe
la terre avant le geste merveilleux du semeur.
Hélas, la fin de cette journée allait être pour
14 La chaussure d’Aldebert

eux, le premier acte d’une comédie d’intrigue où
le village tiendra lieu de décor.

Le soleil brille depuis des heures, les hommes
ratissent le foin qu’ils chargent, à grands coups
de fourche, sur la charrette. La pluie, annoncée
par le vent, retarderait l’engrangement de cette
première fauchaison mais aussi celle du regain,
indispensable pour nourrir les bêtes pendant les
longs mois d’hiver. Non loin de cette agitation,
assise au sommet de son pâturage d’où elle
embrasse le paysage grandiose qui s’offre à ses
yeux, la petite Marie est envoûtée par son éden.
L’ombre du vieux noyer, témoin silencieux d’un
passé révolu, dessine autour d’elle un rempart
fragile sans cesse modifié par les caprices du
mistral. Le bruissement qu’il fait naître dans les
feuilles ressemble à une plainte, un appel à la
vigilance que dame nature adresse aux humains
depuis la nuit des temps. Et Marie écoute,
appuyée à son arbre, heureuse de la confiance
que la terre lui accorde mais effrayée par la
véracité de ses révélations.

Avec ses lourds sabots en frêne, dans sa robe
de lin usée, la jeune bergère conduit tous les
jours, d’avril en octobre, son petit troupeau de
moutons brouter l’abondante herbe grasse de ce
pacage devenu son havre de paix, alors qu’elle
avait 12 ans. Petite fille obéissante, serviable,
15 La chaussure d’Aldebert
Marie parlait rarement par peur de dire des
sottises, ces mots qui sont le reflet d’un manque
de jugement et d’intelligence. Elle vit toujours
dans son monde imaginaire, pourtant si présent
où les arbres ont un cœur qui bat sous leur
écorce, où les fleurs lui sourient gentiment, où
les écureuils, les oiseaux, les vipères viennent la
remercier pour l’amour qu’elle leur donne. Son
âme est pure, fraîche, naïve, attentive à la
beauté de ce monde qui l’entoure, priant Dieu
avec une Foi exceptionnellement intense chez
ce bout de choux aux cheveux bouclés.
Lorsqu’elle quitta l’école, à la demande de
son père pour garder les moutons, les soldats
allemands occupaient les fonds de vallées d’où
ils remontaient, fouillant sans cesse le village
déserté par les jeunes adultes devenus, au fil des
années, des maquisards. Cette solitude forcée,
où les angoisses prédominaient, l’a entraînée
vers une perte de contact avec la réalité. L’effroi
que lui inspiraient ces avions de chasse qui, il y
a quelques mois encore, frôlaient son éden,
l’obligeant à se tapir au milieu du bétail, les
doigts dans les oreilles pour atténuer le fracas
des bombes qui tombaient, là-bas, sur la gare de
Prunières de l’autre côté de la vallée, a renforcé
sa conviction profonde qu’un être malfaisant
règne en maître dans le cœur des hommes, à
l’égal de Dieu.
16 La chaussure d’Aldebert

Seuls son vieil arbre et son pré étaient, dans
son esprit torturé, épargnés par le mal. Elle
pouvait s’enfuir tel un ange avec les oiseaux, au-
dessus de ce versant verdoyant en pente douce
en direction d’Espinasse. Un discret village situé
au confluent de deux vallées, celle de la
Durance et de l’Ubaye, rivières indomptées des
Alpes du Sud. Une porte naturelle vers la
Provence : Serre-Ponçon.
Le long convoi d’acier qui s’étire au loin,
laissant dans son sillage l’épaisse traînée noire
que crache la vieille locomotive à vapeur, attire
son attention. Elle songe mélancoliquement à
son prince charmant qui l’emmènera là-bas, un
jour peut-être, dans cette machine fumante vers
Gap, Sisteron ou peut-être Marseille, la grande
ville qu’elle imagine à l’horizon. Cette langueur
révèle de la lassitude pour cette vie austère de
paysanne condamnée à garder ses bêtes, à
longueur de journée, sous un soleil de plomb.
Son cœur est ailleurs, il lui demande d’aller vers
les autres, de partager cet état de grâce que Dieu
lui a accordé : l’amour et le respect pour la vie
humaine ou animale, la tranquillité sereine de
l’âme.
Le sifflet aigu et perçant, actionné par le
conducteur du train, multiplié par l’écho entre
les vallées, fait fuir le magnifique papillon aux
ailes colorées posé sur ses trois paires de pattes
au creux de sa main gauche, sa trompe déployée
17 La chaussure d’Aldebert
aspirant le nectar de cette peau sucrée. Elle lève
les yeux, le soleil disparaît progressivement
derrière de hauts cumulonimbus. Elle devine, il
est 17 heures, il faut rentrer les bêtes et se faire
belle, la soirée qui s’annonce est exceptionnelle
pour Marie, elle est une femme maintenant.
– Tchiou, hè Patou ! Tchiou intime-t-elle à
son plus fidèle ami, son inséparable chien de
berger, son confident.
Broutant au passage quelques touffes d’herbe
sur le bord du chemin caillouteux, les moutons
manifestaient leur joie de regagner la bergerie
où les attendait le sel dont ils sont friands.
Marie est tremblante, angoissée : va-t-elle être à
la hauteur ?
– Marie ! Dépêche-toi lui dit sa mère, ils vont
partir sans toi ! Tu feras attention hé !
– Oui maman répondit Marie, posant un
gentil bisou sur son front fané.
Angèle, qu’elle adore, est une petite bonne
femme trapue toujours vêtue de noir. Son
foulard noué sur la tête, son tablier déchiré et
ses sabots crottés sont typiques à ce personnage
respecté pour sa probité, sa volonté de fer au
labeur. Elle lui a tout appris, la couture, la
cuisine, la danse mais elle est inquiète pour sa
fille qu’elle sait fragile, innocente. Ce soir, elle
l’envoie dans l’arène de la vie coudoyer des
fauves, des mufles obsédés par la chair fraîche
des jouvencelles rustiques. Pourtant il le faut,
18 La chaussure d’Aldebert

c’est aujourd’hui ou jamais, elle ne sera pas
toujours là pour la protéger. Marie doit vivre sa
vie, suivre son chemin, fonder une famille.
– Mon Dieu, pardonne-moi !
Elle le pensa si fort que Marie crut l’entendre
là-haut, dans sa chambrette emplie de l’odeur
du foin fraîchement engrangé.
– Qu’est-ce que tu dis s’exclame Marie ?
– Rien, rien ! Dépêche-toi !
Le dur travail des champs est terminé pour
aujourd’hui, il est 18 heures. Le ciel est chargé
de gros nuages noirs, l’air est électrique, ce qui
n’entame pas la bonne humeur du groupe de
jeunes gens en chemin vers le bal populaire. Les
hirondelles volent bas. Elles frôlent de leurs
ailes le bitume grossier de cette route tortueuse,
indifférentes au chahut des filles émoustillées
dans leurs nouvelles jupes confectionnées pour
l’occasion. Tous viennent de quitter le village
sur leurs vieilles bicyclettes pour rejoindre le
fond de la vallée et la petite ville de Savines, en
fête.
– Marie ! Reste avec tes frères cria très fort sa
mère, inquiète.
Emportée par l’euphorie générale, la petite
Marie acquiesça d’un signe de tête, maîtrisant à
grand-peine sa machine vétuste aux freins
fatigués. Malgré ses dix-sept ans, cette escapade
était, pour cette jeune bergère, la première
occasion pour rencontrer d’autres personnes en
19 La chaussure d’Aldebert
dehors des quelques foires agricoles où son
père négociait le bétail. Le nez dans les nuages,
Marie guettait les signes avant-coureurs d’un
déchaînement climatique qu’elle sentait d’une
violence inouïe. Sa bicyclette faisait des zigzags
sur cette route dangereuse et pentue, au risque
de l’entraîner dans une chute cuisante pour sa
peau de satin.
– Marie ! Regarde où tu vas non dé Diéou !
Edmond, l’aîné de la fratrie, veillait sur sa
petite sœur comme sur la prunelle de ses yeux,
contrairement à Gilbert et Honoré, réservés et
bougons.
– Oui, oui ! répondit-elle, apathique.
D’une nature extrêmement sensible, les
années de guerre ont renforcé un sentiment de
trouble, d’inquiétude où le mal est omniprésent,
menaçant. Depuis sa plus tendre enfance, ses
cauchemars sont constants, angoissants, avec la
particularité d’être identiques, nuits après nuits,
années après années. Elle tourne en rond dans
une grange étrangement vide avec, pour seule
issue, un appentis supporté par des piliers dont
la base est noyée dans le brouillard glauque du
sol. Son réveil est brutal, empreint de terreur
lorsque la foudre vient la frapper alors qu’elle
tente de franchir l’assemblage de pièces de bois
à la recherche de la liberté. Depuis toujours, elle
a la hantise des orages, une peur irraisonnée des
éclairs, une exécration contre cette puissance
20 La chaussure d’Aldebert

que ses rêves entretiennent dans son esprit déjà
fragilisé par une perception innée du danger.
– Jules… Jules, arrête-toi hurla Edmond,
Marie n’est pas bien !
– Punaise ! On n’y arrivera jamais marmonna
Jules entre ses dents jaunies.
Jules, le vieux Jules comme ils l’appellent, est
le plus ancien de la bande, le plus sage mais
aussi le plus fêtard, le roi du « p’tit canon. » Sa
timidité maladive, son physique peu avantageux
de singe pongidé, en ont fait un célibataire
endurci. Ces divertissements populaires, qu’il
fréquente assidûment, sont, pour lui, la seule
échappatoire au travail harassant d’employé
agricole. Peu belliqueux, toujours prêt à rendre
service, le vin joyeux, les jeunes l’adorent pour
son côté paternel. Il s’approche de Marie :
– Alors ma pitchounette, tu es toute blanche,
tu as déjà peur des beaux garçons ?
– Non vieux Jules, il y a quelque chose dans
l’air qui ne me plaît pas. Je sens un grand
malheur… on ne devrait pas aller plus loin, on
devrait même retourner à la maison !
Tous avaient entendu cette mise en garde et
ils se regardaient en souriant, ils connaissaient
bien Marie pour ses prédictions fantaisistes
jamais concrétisées. Il prend son visage d’ange
entre ses mains éléphantesques et lui pose un
bécot gentillet sur le front.
21 La chaussure d’Aldebert
– Regarde mignonne, le ciel se dégage, tu es
tranquille jusqu’à demain et puis on est avec toi,
pas vrai Edmond !
– Il a raison petite sœur, qu’est-ce que tu
veux qu’il nous arrive ! Écoute la musique, le
village n’est pas loin, reste près à côté de moi.
Effectivement, le clocher de l’église pointait
au-dessus des arbres majestueux sous le soleil
couchant. Poussant leurs bicyclettes entre les
joueurs de boule qui avaient pris d’assaut
l’entrée du bourg, ils rejoignent malaisément la
place principale où l’orchestre, accordéoniste en
tête, interprète une java anarchique à trois
temps. Leurs vélos devenus inutiles posés en
vrac dans un coin, le petit groupe se dirige, Jules
le premier, vers le bar de M. Jacques où le cidre
coulait à flot.
Marie reprenait confiance, le verre de
limonade qu’elle venait de boire, le son suave
du piano à bretelles et les couples de danseurs
aux mines réjouies, étaient le remède idéal pour
combattre sa morosité. Elle adorait la danse, la
valse en particulier et, dés les premières notes
de Sous les ponts de Paris, elle saisit Félix par la
main et l’entraîne sur la piste, tournant sur eux-
mêmes en marquant chaque mesure par une
gracieuse évolution. Félix, le petit préféré de
Marie, était aux anges. Amoureux mais poltron,
il n’avait jamais osé l’aborder, affichant une
fausse indifférence depuis l’école primaire, il y a
22 La chaussure d’Aldebert

dix ans. La nuit était tombée, les lampions
diffusaient une pâle lumière et Marie dansait,
dansait à n’en plus finir. Elle épuisait ses
cavaliers, les uns après les autres, pour revenir
sans cesse dans les bras de Félix jaloux comme
une teigne. Seul le café se détachait de ce clair-
obscur où Jules, pas mal éméché, racontait des
histoires égrillardes à ses compagnons d’un soir
tout aussi ivres que lui. Edmond était sûrement
parti, en bonne compagnie, faire des galipettes
dans le foin alors que Gilbert et Honoré
dormaient sur les bancs du jardin public.
– Dis Félix, tu as vu ce bonhomme,
demande Marie ?
– Quel bonhomme ?
– Là, à côté de la charrette !
– Quelle charrette ?
Marie n’insista pas, visiblement Félix n’avait
plus les yeux en face des trous pourtant, à
chaque tour sur elle-même, son regard croisait
immanquablement celui de cet homme, en
costume et chemise entrebâillée, une casquette
de titi parisien vissée sur le crâne, un énorme
cigare pincé entre ses doigts couverts de bagues
étincelantes.
– Arrête Félix ou je te mets une gifle ! Arrête
quoi !
L’alcool aidant, le pauvre garçon perdait la
tête. Encouragé par l’allure désinvolte de Marie,
sa main droite tripotait allégrement les fesses de
23 La chaussure d’Aldebert
sa cavalière. Excité comme un taureau en rut, le
soufflet qu’il reçoit en pleine figure le ramène
aussitôt à la réalité.
– Hé ! Ça ne va pas non dit-il d’un ton
surpris en s’éloignant de Marie excédée, je
faisais rien de mal ?
– Rien de mal ! Tu as de la chance
qu’Edmond ne soit pas là petit vicieux, tu aurais
pris le reste.
Furieuse et sous les rires moqueurs des
danseurs, elle plaque Félix touché dans son
amour propre pour rejoindre ses amies amusées
par l’incident. Loin des commentaires libertins
dont elle faisait l’objet, Marie observait du coin
de l’œil ce quidam solitaire aux yeux brillants, le
visage masqué par la fumée dégagée par son
cigare. Il n’avait pas bougé d’un pouce, son pied
droit posé sur le muret, sa main gauche enfouie
dans la poche de son pantalon rayé. Marie se
tourne vers sa meilleure amie, la Ginette.
– Tu as vu le monsieur là-bas, on dirait un
Parisien !
– Un monsieur ?
– Oui ! Là-bas, à côté de la charrette, avec le
cigare !
Ginette se penche vers l’avant, regarde dans
la direction supposée puis se tourne vers Marie
qu’elle dévisage attentivement.
24 La chaussure d’Aldebert

– Il n’y a personne, qu’est ce que tu racontes
susurre-t-elle afin d’éviter les questions des
autres filles, tu as des visions maintenant ?
– Ben… je ne suis pas folle, il est là et il nous
observe depuis notre arrivée !
Sous son regard hébété, l’homme venait de
disparaître, comme emporté par la bise matinale
qui se levait, signal d’un départ qui s’annonçait
cocasse et d’un retour difficile, qui allait se faire
avec peine, en poussant les vélos. Edmond prit
la tête de ce cortège hétéroclite alors que
Honoré, endormi et grognon, houspillait sans
ménagement les imbibés d’un soir, virtuoses
incontestés des esses incohérentes dans leur
cheminement.
Ginette, inquiète du mutisme obstiné de
Marie, tente une approche discrète sur le sujet.
– Tu sais, il a pu partir avant que je me
tourne, il ne s’est pas évaporé !
Pas de réponse. Marie accélère le pas, décidée
à ne plus parler de cette histoire, sa réputation
d’oiseau de mauvais augure lui suffisait. C’est à
la sortie du virage, au croisement de la route
vers Pontis, que Marie poussa un cri de frayeur.
Elle lâche sa bicyclette et se fige, les yeux en
direction de la borne kilométrique, hypnotisée
par la beauté angélique de l’individu assis, les
jambes croisées, sur le plot en béton. Séparées
du groupe par une centaine de mètres, Ginette
25 La chaussure d’Aldebert
ne savait que faire devant la fixité du regard de
Marie.
– Marie… Ho ! Marie ! C’est moi, Ginette…
– Regarde comme il est beau dit-elle en
souriant, c’est mon ange gardien, j’en suis sûre !
Ses yeux sont bleus comme le ciel, ses cheveux
comme le soleil et son sourire, mon Dieu son
sourire…
– Mais il n’y a personne !
– Mais si… mon Dieu, il vient vers moi !
Qu’est ce que je dois faire Ginette ?
Perplexe, la pauvre Ginette répondit
bêtement :
– Souris ma fille… allez, mieux que ça…
Marie s’exécuta, son sourire forcé ressemblait
plus à une grimace qu’à une expression rieuse
lorsqu’elle s’écria :
– Non ! Non…
Elle s’effondra sur elle-même, la contraction
spasmodique des muscles du visage trahissait
une terreur intense suivie du calme apparent de
la syncope, qui affola vraiment Ginette.
– Edmond… Edmond cria-t-elle en courant,
Edmond, viens vite !
– Qu’est-ce qu’il y a ?
– C’est Marie, elle est tombée dans les
pommes…
– Merde, il ne manquait plus que ça dit-il en
jurant, où est-elle ?
– Là, dans le virage.
26 La chaussure d’Aldebert

Tous se précipitèrent, le soleil faisait son
apparition révélant une Marie en pleine forme,
étonnée par tant de sollicitude, un rictus au coin
des lèvres. Sa voix était mature, sa douce
physionomie habituelle semblait forcée.
– Je vais bien, je suis tombée, c’est tout…
Holala ! Vous êtes pénibles, je n’ai pas besoin
d’être toujours chaperonnée ! Allez zou ! Le
jour se lève et le travail nous attend.
– Mais enfin Marie releva Ginette, tu…
– Tais-toi, nous allons être en retard et ça va
barder pour nous !
Le ton autoritaire de cette réplique, les pas
résolus de Marie poussant sa bicyclette comme
un brin de paille eurent un effet stimulant sur
l’ensemble des jeunes qui emboîtèrent la
marche, sans rechigner. Même Jules, dégrisé, le
mégot entre les dents et soufflant comme un
bœuf, arriva à l’heure, prit le temps de se
changer avant de partir aux champs. Les dix
minutes qui suivirent cet incident avaient été
suffisantes pour parcourir le dernier kilomètre
et cela dans un silence complet. Au village, la
vie reprenait son cours sous le regard courroucé
des parents, prêts à vociférer des remontrances
violentes au cas d’une défaillance physique de
leurs rejetons, faiblesse prévisible après leur nuit
blanche, agitée.
27 2

2.
« Ho chéri ! Le beau clocher, il doit dater du
e XII ! » s’écria une femme parmi cette cohue de
vacanciers qui déambulent, inlassablement, sous
sa fenêtre entrouverte, à un jet de pierre du
centre ville et de l’église. « Quelle ignare pensa
eErwan… du XII, j’aurais tout entendu ! » Il
maugréa : « pfuu ! Un sot savant est sot, plus
qu’un sot ignorant disait Molière… »
En ce 15 juillet 2006, Erwan ne supporte
plus l’agitation bruyante de la rue. Il est écœuré
par l’ignorance et la bêtise de cette foule avide
de satisfactions matérielles, avide de souvenirs
inutiles. Cette foule qui s’agglutine devant les
commerces comme des doryphores dans un
champ de pommes de terre. L’été, l’hiver, sept
mois sur douze, il doit endurer cet afflux de
touristes qui s’attardent dans le village, passage
obligé vers les sommets escarpés et les stations
de ski de sa vallée. Pourtant il l’aime cette vallée
et il sait que la principale ressource économique
reste le tourisme alors, que peut-il faire : partir,
quitter sa maison, pour aller où ? Les vieilles
29 La chaussure d’Aldebert
demeures, les appartements lui font peur, il est
mal à l’aise. Il ressent la présence des anciens
locataires dans les murs, les plafonds, saturés
par le fluide que possèdent les êtres vivants et
qui subsiste parfois après la mort. Quitter son
havre de paix, son royaume ? Non, impensable,
il a une âme ce logement, un passé, vingt ans de
sa vie ! Ce vieux local à usage professionnel,
Erwan l’a enjolivé patiemment, de ses propres
mains jusqu’à créer l’intérieur d’un château
médiéval. Féru d’histoire, il avait donné la
primauté du décor au Haut Moyen Âge avec
toutefois une préférence pour Arthur, ce roi
celte semi-légendaire du sud de l’Écosse.
Excalibur, plantée au centre de celle qui est
devenue « la longue table », assistait aux ripailles
du samedi soir, rencontres incontournables où
il accueillait ses amis. Les cochons de lait cuits
dans la monumentale cheminée, accompagnés
de l’inévitable hypocras, faisaient la joie des
Chevaliers qui, en costumes d’époque, sous
l’énorme plafonnier en fer forgé aux multiples
bougies tremblotantes, criaient : « Notre Dame !
Montjoie ! »
Les années se sont succédées dans cette
ambiance rétrograde, quinze années depuis ce
1er juillet 1985 où, fraîchement débarqué des
Îles Baléares, il poussa la porte de cet atelier de
mécanique déserté. Enfin il respirait : fini la
tension, le trac de la scène, les magouilles du
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show-biz. Son métier de musicien lui avait
apporté la prospérité certes mais avec elle une
vision néfaste de cette société matérialiste qu’il
détestait. Une nouvelle destinée s’ouvrait à lui
face à ces quatre murs gris, à ce sol couvert de
graisse noircie par les poussières et les scories,
une période de sa vie emplie de joie et d’amitié
qu’il a su partager avec bonheur.

Depuis le début du troisième millénaire,
« Dame la chance » l’a quitté, il le sent, il le sait :
il a perdu son entreprise en juillet 2000, liquidée
par la volonté d’un banquier véreux. Il a alors
sombré dans la dépression, l’alcool, la boulimie
avec tout le cortège d’horreurs, de maladies que
cela entraîne. Pire, son royaume s’est effondré
cette année-là : les Chevaliers de la longue table
allaient oublier, à quelques exceptions près, leur
serment de fidélité et de loyauté… ils reniaient
les causes : l’amitié et le partage ! La morosité
avait gagné son cœur, la société restait fidèle à
elle-même ; il avait compris qu’un humble ami
valait mieux que seize frères influents à la cour.
Aujourd’hui, Erwan est triste. Voilà deux ans
que son chat, son compagnon des 15 années
glorieuses est mort… pénible anniversaire. La
solitude l’avait rattrapé ce jour-là comme une
malédiction, une imprécation qui le poursuit
depuis le décès de son père, en 1980. Un
couperet intransigeant, une faux acérée lui
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enlève, petit à petit, ceux qui lui sont proches :
son frère, en juillet 2001 ; son oncle en
juillet 2002 ; son ami Phil, ingénieur du son et
associé, en juillet 2003. En 2004, il avait dû
mettre en terre son fidèle mistigri avec tous les
honneurs dus à son rang. C’est avec ses trois
derniers paladins qu’il avait accompli cette
tâche, dans les larmes et les regrets, ces éternels
regrets d’avoir mal aimé, mal agit tout au long
de la vie. Il a pris conscience que, depuis son
enfance, il souffre. Il souffre d’une sensibilité
excessive, d’une perception innée de la détresse
humaine, ce qui l’amène souvent à pleurer, le
soir, dans ses draps où la solitude lui pèse.
À six ans déjà, il ne pouvait poser les yeux
sur ces lapins pendus aux volets de la cuisine
que son père, chasseur, tuait régulièrement pour
assurer la subsistance de la famille. La vue du
sang lui était intolérable, comme les excréments,
l’urine puis manger, boire, dormir étaient pour
lui des obligations inutiles. Enfant surdoué, il
était avide de connaissances et avait des talents
naturels pour les innovations technologiques,
les mathématiques, la physique, la musique et
les lettres. Il voulait tout comprendre et il
comprenait tout, en observant et en analysant
les objets, les livres qu’il considérait comme de
simples curiosités. À huit ans, cet enfant aux
doigts de fée, ce « touche à tout » échafaudait
des projets afin de rendre les hommes heureux,
32 La chaussure d’Aldebert

il subodorait déjà un avenir malsain. Ses idées
farfelues faisaient rire ses petits camarades, tout
comme ses rondeurs juvéniles qui le rendaient
incapable de monter à la corde ou de jouer au
ballon, des efforts qu’il détestait. Dès lors, il
s’enferma dans son jardin secret et, avec son
imagination fertile, il se fabriqua un monde
social et culturel où il se sentait à l’aise auprès
d’êtres gentils, intelligents.
L’école était pour lui un calvaire, il se trouvait
en présence de garçons espiègles et leurs
taquineries le traumatisaient. Il s’ennuyait
pourtant il allait y découvrir la colère, une
animosité envers un chenapan nommé Pierre
qu’il abhorrait. Le phénomène étrange, que cet
excès de fureur venait d’entraîner, lui avait valu
de longs mois d’immobilité totale. Bien
qu’inexpliquée, cette paralysie lui avait permis
de se créer un ami, un ami imaginaire à son
image, un gamin magicien aux pouvoirs
extraordinaires. Il avait retrouvé sa motricité
18 mois plus tard on ne sait par quel miracle.
Hélas, cette tranche de vie, il l’avait refoulée
dans son inconscient, elle s’était évaporée de sa
mémoire.
À dix ans, sa vie bascula à jamais lorsqu’il
rencontra un homme, exceptionnel à ses yeux :
un nouveau voisin. Dans cette bâtisse sombre
et lugubre où la nuit il fallait, avec une lampe de
poche, sortir sur le palier et descendre deux
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étages pour aller au petit coin, cet étage où la
locataire un peu dérangée courait après les
enfants avec une serpette pour les effrayer, il
était le bienvenu. Erwan ressentait, chez cet
homme, une gentillesse peu commune. Son
visage reflétait la tendresse, la douceur, tout ce
que son petit cœur d’enfant demandait avec
humilité et insistance. Il allait naître, entre ses
deux êtres, un sentiment d’affection passionnée,
une attirance émotionnelle, un amour exclusif.
Erwan porte toujours dans ses pensées ce
faiseur de miracle, ce guitariste expérimenté qui
l’avait rendu heureux pendant deux années
avant que la mort ne l’emporte au pays des
bienheureux. Il ne sut jamais qui il était
vraiment, c’était en 1962, le 15 juillet 1962.
Toutefois, il était conscient qu’une partie de son
âme avait pris son envol avec lui : cette âme
sœur était perdue, définitivement perdue.
Depuis lors, son esprit rejette tout contact
physique avec quiconque, une poignée de main,
une bise, rien de plus. Ho ! Il a bien tenté
quelques aventures dans son existence, sans
grands résultats… il aime… avec les yeux, et le
cœur.

Assis devant l’écran de son ordinateur, le cri
de cette femme ignare le ramène à la réalité. Il
regarde l’heure : 16 h 45, Aldebert ne va pas
tarder à crier sous la fenêtre : « coucou… tu
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m’ouvres ! » Il se remémore les circonstances de
cette rencontre, après son accident, deux ans
auparavant : le soleil rasant se découpait entre
les résineux où grimpaient les écureuils, témoins
silencieux de cet enterrement animalier peu
ordinaire. Il avait remarqué les pommes de pin
que ces petits malins coincent entre les écorces
pour leur réserve de l’hiver. Il va tomber au
moins quatre-vingts centimètres de neige avait-
il dit à ses paladins avant de s’affaisser comme
une masse sur le sol fraîchement remué. Vingt-
quatre heures s’étaient écoulées quand il ouvrit
les yeux, tout était gris, flou, il avait froid. « J’ai
franchi la lumière avait-il pensé, on vient me
chercher ! » Trois silhouettes vaporeuses étaient
apparues dans un couloir lumineux et s’étaient
approchées, pour lui poser sur le nez sa paire de
lunettes. Il était en salle de réanimation dans un
hôpital mais alors, son envol vers la lumière, ce
corps inerte entouré d’hommes verts qu’il avait
survolés et cette rencontre avec son magicien
imaginaire qui l’avait prestement refoulé, ce
n’était qu’un rêve ?

Erwan ne savait plus. Il lui avait parlé à ce
gosse éthéré, aux cheveux blonds comme le
soleil et aux yeux couleur de l’herbe ! « Nous
nous reverrons bientôt lui avait-il dit ! » Il était
trop fatigué pour raisonner, trop fatigué pour
ouvrir la bouche et s’informer sur sa situation.
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Dormir… dormir… pourtant on le déplaçait,
on le replaçait, on le piquait, on le nourrissait.
Deux semaines de soins intensifs avant qu’il ne
puisse se dresser sur ce lit inconfortable où ses
chairs devenaient douloureuses, pour regarder
les marronniers, les oiseaux au travers d’une
baie vitrée. Le ciel était souvent sombre, des
éclairs transperçaient l’horizon. Il adore depuis
toujours cette énergie colossale qui a fait peur à
l’homme dés la nuit des temps. « Si jamais
l’orage frappe également le village, maman doit
être enfermée dans les w.-c., comme d’habitude
avait-il pensé ! » Sa mère, Marie, le seul être qui
lui reste. Il avait refusé qu’elle vienne le voir, la
route est trop dangereuse en été. Soixante
kilomètres de bitume, avec des passages étroits
et sinueux, où les touristes roulent à gauche par
peur de tomber dans l’Ubaye, cette rivière chère
aux kayakistes. Puis il y avait ces tubes qui
l’entouraient, une véritable œuvre inspirée du
brutalisme, ce courant architectural issu dans les
années 1950 du fonctionnalisme, elle n’aurait pu
endurer une telle image. Toutefois c’est elle qui
l’avait accueilli, qui lui avait ouvert la porte de
son château en ce début septembre 2004.
Erwan était entré par le couloir voûté, il faisait
froid… la boule de poils n’était plus là pour se
frotter à ses jambes. Marie avait fait le ménage,
la longue table brillait sous l’effet de la cire
d’antiquaire, tout comme le vieux buffet, les
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