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La cohorte fictive

De
122 pages
Prise par les soins à donner à son enfant, une femme revit sa grossesse et son accouchement récents. Ce faisant, elle se relie à la « cohorte » de toutes les mères, avec qui elle partage, dans l’Histoire, la responsabilité de la chaîne humaine. Quand le bébé dort, elle inventorie les éléments d’une fiction future. Ce livre devient ainsi l’esquisse d’une forme romanesque.
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Les faux fuyants, roman, Québec Amérique, 1982. Copies conformes, roman, Lacombe/Denoël, 1989 ; Boréal, collection « Boréal compact », 1998. Promenades littéraires dans Montréal(en collaboration avec JeanFrançois Chassay), essai, Québec Amérique, 1989. La démarche du crabe, roman, Boréal, 1995. La gloire de Cassiodore, roman, Boréal, 2002 ; collection « Boréal compact », 2004. De fil en aiguille,Papiersessais, Boréal, collection « collés », 2007. L’œil de Marquise, roman, Boréal, 2009. La leçon de Jérusalem, essai, Boréal, 2015.
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La cohorte fictive roman
LES HERBES ROUGES
Les Herbes rouges remercient le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec, pour leur soutien financier.
Les Herbes rouges bénéficient également du Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres du gouvernement du Québec.
Données de catalogage disponibles sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
© 1986, 2016 Éditions Les Herbes rouges Dépôt légal : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Dépôt légal :Bibliothèque et Archives Canada, 2016 ISBN : 9782894195291
C’est ça qui me dégoûte chez les femmes… C’est ça qui me déplaît. Le besoin qu’elles ont d’exprimer toutes leurs sensations. Sanspudeur. Et presque toujours faux. Comme si, d’ailleurs, ça avait quelque importance pour les autres. JEANMARIELECLÉZIO Le procèsverbal
1
C’est après coup seulement, une fois qu’il fut né, le petit, qu’elle se rendit compte des rai sons de l’avoir conçu. Car souvent on découvre la véritable origine de nos gestes longtemps après, quand on peut apercevoir la futilité des arguments qui nous avaient paru les motiver avant qu’on ne les pose. Cette audace, qui ne lui ressemblait que fort peu au fond, cette témérité, qu’elle qualifiait parfois pour elle même d’impardonnable, de la maternité, ce geste en apparence favorable à la vie, elle avait cru, comme tout le monde, que c’était un geste d’espoir. Bébés roses, voiles blancs, enfance printanière, puissantes images du neuvième moisde grossesse dans les revues crétines : elle avait marché dans tout ça, elle aussi. Elle s’était même crue transformée, guérie, passée du bon côté des choses quand il était né, son enfant. Et c’est vrai qu’elle avait été incroyablement satisfaite, d’une certaine façon, calmée, repue par les événements, la qualité des émotions, l’intensité pour une fois à sa mesure, à elle. Mais au moment où elle atteignait ainsiun maximum de bonheur, une sorte d’accord très rare entre le corps et les mots (« Enfinje suis connectée, toute connectée, ça marche 9
ensemble », avaitelle crié après avoir : accou ché !), elle s’était bizarrement remise à entrete nir, dans les vagues demiheures qui précèdent le sommeil ou le réveil, des fantasmes de morts précises. Il y avait d’abord des animaux, poulets et lapins cadavérisés en bleu au fond des cocottes violettes, baignés mauves dans du sang (comme l’image que lui rendait la recette cannibale du « canard au sang », dans le livre français, ou du « sang », tout brutalement, commeon appelait le boudin, quand elle était petite). Puis ce furent des parents, des amis, son mari, ellemême, des scénarios d’enterrement qui la faisaient brailler, sur lesquels elle adorait s’atten drir et larmoyer. Cela lui était arrivé souvent auparavant, parpériodes, de se délecter du spectacle de la mort.Mais ce qui lui fit réaliser la fertilité para doxale de ce vivier de fantasmes, chacun pour tant bien pauvre (toujours les mêmes), c’est le lien qu’elle leur trouva, après de longues heureslibrement passées à ne rien faire, avec cette his toire de naissance. La vie à laquelle elle venait de se mêler inexorablement, de participer – oh, elle ne pouvait plus s’en laver les mains, de la vie ! Cela lui faisait peur maintenant, et il n’y a pas de mot pour cette nostalgie parfois, la culpa bilité qu’elle ressentait d’avoir osé ce geste. Quand elle l’eut eu, ce bébé, qu’elle eut devant les yeux son remplaçant, son survivant 10
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