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La Dame aux deux jardins

De
373 pages
Sybille se retrouve à Constantinople, un havre de paix après les terribles épreuves qui ont endeuillé le début de la croisade. Son hôte, Alexis Radomir, le diplomate de Basileus, s'emploie à lui rendre le séjour des plus agréables, mais la puissante secte des Assassins veille dans l'ombre. La jeune femme n'a-t-elle pas cru reconnaître l'un de leurs séides sous l'habit d'un moine, à l'église Sainte-Marie-des-Blachernes ?
Voir plus Voir moins

LA DAME AUX DEUX JARDINS
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LES YEUX DE WARDAH
2 TDominiqu eLag uer
LA DAME AUX DEUX JARDINS
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LES YEUX DE WARDAH
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éditions ODIN
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UMÊME AUTEU
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Amour , la mort et tutti quanti... , Laur ent Anne
Lec teur , es-t u là aur
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Tête aul Zeitoun
Homme qui aimait Yngve , To
Thierry irande
icolas agu
ISBN:978-2-91316 7-63-
avril 200
raphis illustr ations
bution armatta
écouvert par manuscrit
Lecode de la proprit intell ectuelleinterditlescopiesou reproductionsdestine s une uti-
lisation collec tive.Toute représentation ou reproduction intégrale ou partiellefaite par
quelqueprocédé quecesoit,sans leconsentement de lauteurou de sesayants cause, estilli-
citeetconstitueune contrefaçon sanctionnée par lesarticles425 etsuivants du Code pénal.
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8 éditions, ODIN ©
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R N sables, des e Mémoir
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: HARIS K COLLECTION LA ANS D
obgny Brigitte Rats,
obgny Brigitte splendeurs, et eurs horr mensonges, ; Pile à Face
Feillet N dHerbiane, n disparitio la et Éléments des Enfants Les
Feillet N mages, des cristal le et Éléments des Enfants Les
Anne ent L , ?
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: DO HARISAK COLLECTION LA ANS D
e à Odin, , étoiles des Chemin Le 4, tome , jardins deux aux Dame La
e à Odin, , maudite esse Forter La 3, tome , jardins deux aux Dame La
Odin loups, des Sang Le tome , jardins deux aux Dame La
Odin chu, four du Puits Le
: R DLES YEUX DE WARDAH
TABLE DES MA TIÈRES
AN PROPOS........ ........ ........ ........ ........ ........ ........ ........ ........ .....1
AU LAIS RADOMIR ......... ......... ......... ......... ......... ......... ......... .....1
AMANTUBOSPHORE ...................... ...................... ...................33
UNA LLIÉ
T U TAJ
LE SERMENTDUMOINE .................................................10
ACIER ET ...................................................................1 11
DANS LES SERRES DU UCON ........ ........ ........ ........ ........ ........ ....133
ENLÈVEMEN ...........................................................................143
LA MO NTAGN EE .........1
OTAGE............................ ......................................... ................183
LA BARQUES ..199
SD ADALIA.. ........ ........ ........ ........ ........ ........ ........ ..23
UNE RENCONTRE INA TTENDU ...................................................247
LE MIRACUL .............................................................................275
LE COMPLOT .................................................2
ÉLU ........................................................................................319
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GLOSSAI RE...... ...... ...... ...... ...... ...... ...... ...... ...... ...... ...... ...... ...... ...364
TSH T
BIBLIOGRAPHIE ........... ........... ........... ........... ........... ........... ........37
2
367 ...... ...... ...... ...... ...... ...... ...... ...... ORIQUES...... IS COMPLÉMEN
..363 ...... ...... ...... ...... ...... ...... ...... ...... ORIQUES.... HIS PERSONNAGES
62 ............3 ............. ............. ROMANESQUES............. PERSONNAGES
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POIDS.......................................................................53 DE
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3 - AVTÀ ma m è re,MichelineTu ne me chercherais pas situ
ne m avais déjà trouvé.
Rumi, poè tepersan.3
LES YEUX DE WARDAH
AVA NT PROPOS
Aprs LeSang des loups,premi ervoletde La Dame
aux deux jar dins, laut eurnous faitcou vrirlesche-
mins sems emb ches de la seconde croisade, cell
quifutconduite par LouisVIIetsa jeune etbrillante
épouse, Aliénor dAquitaine. Àtravers lerécit,nous
découvro ns également lexistence de cettesectedes
«Assassins »(HeyssessiniouHachâchîne) quifutfon-
dée par Hassan-I Sabbâh dans lenord de la Perse,
Alam t, en 1090. Hassan ISabb h, chiiteconve rti
lIsmaélis me doctrine consid érant que le califat
devait reveniraux descend ants dIs maël approf ondit
lesbases de sa foietcombattit la doctrine sunniteplus
violemment. Sa tactiquedoccup ation de forteres ses
isolées,inexpug nables, dans lenord de la Perseetplus
tard en Syrie,luipermettront de mener à bien ses
agressionscontrelepouvo irsunnite,mais aussi,au gr
des allianc es,contrelesFrancs. La méthode la plus
expéditive employée par la sectefutlassassinat poli-
tiquequila caracté risa au Moyen-Orient etmême au-
delà
Pendant plusde deux siècles, de la findu XI au XIII
sicle,cettesecte sme ra la terr eurau Moyen- Orient
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-LA DAME AUX DEUX JARDINS
pour propager sa doctrine.En 1332, un siècleaprès la
chutedAlamût, lemoine Brocardus en parle encore
en cestermes :lesmaudits Assassins quilfaut fuir .
Ilsse vendent eux-mmes, ont soifde sang humain,
tuentlesinnocents, etne sesoucient ni de la vieni du
salutde lme Depui s,lemot assassi n »est devenu
un nom commun dans la plupart des langues euro-
péennes
14

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LES YEUX DE WARDAH
AU PA LAIS RADO MIR
Ya ra tendit Svetana leremde cordial quelleavait
prpar :un mlange de poivre blanc, de galanga etde
pyrthre, additionn de farine de fve mlang e avec
du jusde fenugrec letoutsch au soleil. La vieill
femme laissa fondre lespetitespilulessoussa langue
etbut une gorge eau en fermant lesyeux.
Vousen prendrez quatrefoispar jour,toujoursaprs
lerepas, luirecommanda Ya ra, et,surtout,noubliez
pas de boire votrejuscordial, sinon lesspasmes ne dis-
paraîtront pas.
Svetana hocha la têteen esquissantun pâle sourire,
ellese sentait sifatiguée.Cettedernière criselavait
terriblement éprouvée ;elleavait bien crune jamais
revoirlesoleilse leversurleBosphore après cette
longue nuitde souffrance, mais Dieu en avait décid
autrement : illuiavait envoyé cetteétrangère qui
connaiss ait sibien lessecretsde la médecine arabe et
qui,de surcroît,parlait legrec.Quellechance, ellequi
ne comprenait rienà cettelangue des Francs .
Votrevenue estun bienfait, Ya ra, dit Svetana une
voix douce, encore bien assure malgr son grand ge.
Votrebreuvag eau miel etau galanga m j soulagée,
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è àLA DAME AUX DEUX JARDINS
je ne ressenspresqueplus cesmorsures au cur, et
mon bras nestplusdu toutengourdi. Elleajouta tris-
tement :Jesuispourtant tropvieillepour maccroche r
ainsi à la vie, toutmon pauvre corpsaspire au repos
éternel à présent.
Dieu estjuste,ilconnat votrebont, Madame. Vous
etvotrepetit-fil sAlexis, vous nous avez accueillisavec
tant de généros ité.Ma jeune maîtresse ne pouvait trou-
ver meilleurlogispour se remettredes malheurs qui
lont frappée durant ce voyage. Nous noublier ons
jamais une sigracieuse hospitalité.
Ya ra pritla main de Svetana etla baisa.
La vieill e femme sefcha gentime nt.
Pas de a, Ya ra Vousêtesmon hôte,jevous consi-
dèrecomme une amie. Sesyeux dorés pétillrent.è Ne
sommes-nous pas des orientalestoutesdeux ? Quant
dame Sybille,cestun rayon de soleilquiestvenu
éclairercettetriste demeure si... sombre depuis la mort
dOriella.
Pardonnez mon indiscrétion,dame Svetana, mais
jai entendu vos servantes parler des fiançail lesde
votrepetit-fil sAlexis ;ily aura bientôt grande liesse
dans cettemaison
Ledoux visage de la grand-mèr e serembrunit.
Sifait,sifait,Alexis devait bien seremarier après
la finaccidentelle de son épous e bien-aimée ettant
dannées ont pass é ! Toutde même, maugréa-t-e lle,il
aurait pu faireun meilleurchoix.CetteIrana Caeskas,
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é î LES YEUX DE WARDAH
la fillede ce vaurien de Téménus, un trafiquant,un
voleurde reliques
La vieillefemme pâlit,des gouttesde sueurperlaient
surson front,ellesemit à respireravec difficulté.
Ilne faut plusparler,commanda la nourrice,vous
vous échauffezinutilement.
Elleécarta leslourdes tuniquesbrodées dorde la
vieillefemme etplaça, à même sa peau ridée, à lem-
placeme nt du cur, lependentif sertiedune pierre
dambre quelleportaittoujoursautour du cou.
Là,ne bougez plus!La pierreva libérervotrecur
de la tenaille quilenserre.Faites-moi confiance, les
Bédouins connaissent bien sesvertus.
Svetana selaissa docileme nt allonger surlegrand lit
richement encourtin , tendu dun cielhistoriéà la
manière persane. Ellene tarda pas à sombrer dans un
profond sommeil tant elleétaitépuisée.
Ya ra sassit son chevet pour la veiller.Ilrgnait
dans la chambre une piquante odeur de menthe poi-
vre quirafrachi ssaitlair, lesvolutesde fume qui
montaie nt des portes-encens disposs autour du lit
senroulaient autour des colonnades etcaressaient les
tenturescramoisie s.La pice respiraitla quitude et
rveillait la mmoire endormie de la douine. Elle
soupira aise ;en cebut automne, la tempra ture
tait encoretrsclmen teetlegynce, au seinduquel
________________________________
Tendu de rideaux.
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LA DAME AUX DEUX JARDINS
setrouvaient lesapparteme ntsde Svetana, surplombait
un jardin verdoyant doù montaient lesparfums odo-
rants de lOrient. Bercée par lechuinteme ntmusical de
la petitefontaine quiagrémenta itla chambrée, Ya ra
savourait cetinstant unique.Ellesesentaitplusproche
de sa terreetdes siens,siexcite lide de lesretrou-
ver.Pourtant,aucune de sespenses ne lloigna itde
Sybille,ellene concevai tpas lavenir sans elle.Au
contraire, elleavait la conviction que ce voyage
insensé lesmènerait à bon portetquà son terme elles
seraient de nouveau réunies :Florine,Sybilleetelle.
Le calme régnait dans la belle résiden ce dAlex is
Radomir . Le patricien avait emmené ses invitées
franques lhippodrome, en compagnie du sirede
Rancon et de la comtesse de Brégandois. Cest
Geoffroyquiavai ttrouv cethbe rgement à Sybille,il
avait tenu promess e malgré lepoids de sesnouvelles
responsabilité sau seinde lostroyal .Ainsi, la jeune
femme avait été accueilliechez lesRadomir , des
patriciens attaché sdepuis des générations au service
du basileus .On lesdisait descendants du dernier des
tsarsbulgares, Jean Vladislav ,par Aaron Radomir ,un
petitcousin.Alexis Radomir occupait la fonctionde
consuldes Ismaélite s .Ilfaisait partie de laristocra-
tieadministrat ive etcomptait parmi lesprochesde la
____________________________
Arme lpoq ue fodal e.
Empereur byzantin.
Commissaire aux arabes.
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LES YEUX DE WARDAH
basilissa .Alors quela majorit des plerins etde larm
campait souslesremparts de la villelumière, Sybille,
PétronilleetYa ra jouissaientdes faveurs queleurpro-
diguait la maisnie du patricien.
Ces troisjourspassés dans la belle etvaste demeure
des Radomir avaient transformé Sybille,elleétaitres-
plendissante. Av ait-elleoublié Thibault ? Ya ra ne le
croyaitpas, mais ellesavait querienne pouvait enta-
mer la termi nation de la jeune femme, ellepoursui-
vrait sa routejusquau bout. Un souriredistrait aux
lvres, la nourricepassait en revue lesvnemen tsde
ces derniers jours: ellesongeait au comportem ent
Alexis etde Geoffroyrivalisant de prvenance pour
satisfaire le moindre desiderata de la jeune veuve.
Alexis avait la prfrence de Ya ra, la nourriceavait
immdi atemen tt sduite par la personnalit de leur
hte. Ellenaurait pu lecomparer nul autre, sice
ntait peut-tre au baron de Villemurau même âge. Il
devait toutjusteavoir dépass é la trentaine et,contrai-
rement à la moyenne des Grecsde cetterégion, ilétait
plutt grand, peut-tre ledevait-il sesoriginesslaves.
Harmonieusement ti, la carrureun soldat plutt que
celleun fonctionnaire,mme la lourde chlamyde ne
____________________________
Titrede limpératrice byzantine. Berthe de Silzbach, princesseallemande, estla
première épouse de Manuel Comnène.
Ensemble des gens vivant dans une maison, un château.
Draperi e retenue par une broche surlpa uleetporte exclusiveme nt par les
homme s.
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1LA DAME AUX DEUX JARDINS
dissimulait pas sa fortecharpente. Sescheveux bruns
ondulaient naturellement, ilsétaient taillés justeà la
naissance du cou quiétait puissant. Seuleressem-
blance avec sescongénères byzantins, ilportaitun col-
lierde barbe tirant au brun roux quisoulignait une
bouche énergique.Ilressemblait àcesstatuesde dieux
païens quelleavait vus jadis au cur des temples
détruits, en plein désertde Syrie.Ilnavait pas lephy-
siqueaimable dun «Thibault » ou dun « Geoffroy»,
mais ilémanait de cethomme un charme sauvag e qui
proclamai t une sensualité généreuse. Ellesongea
quen dautres temps, elleaurait volontierssuccomb
à un telhomme, etencoreà présent ! Ellesesentitrou-
girjusquaux oreillesréalisant queSvetana dormait
paisiblement à sescôtés. La vieillefemme respirait
régulièrement, ilséchapp ait de seslèvres entrouvertes
un léger ronflement quirassura Ya ra. Ellecida de la
laisserse reposeretaller chercherun peu de fra
cheurdans lessplendid esjardins du palais. Toutesles
chambres seprolongeaient par de petitesterrassesqui
donnaient surcesjardins. Lesoir,ilfaisait bon sepro-
mener autour du bassin où lesnélumbos avec leurs
curieuxfruitsen forme de pomme etleslotusbleus
dÉgypte, déjà refermés, étaient envahis par des colo-
niesde batraciens réunis pour un joyeux concert.Elle
choisitun banc de pierresousun grenadier noueux et
________________________________
Plante aquatiquecommu nment appel e lotus.
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éLES YEUX DE WARDAH
syinstalla, cernée par lessenteursmêlées dun acacia
à fleursjaunes etdun chèvrefeuil lequisenroulait
autour du vieux troncnoyé dans un parterrede cycla-
mens roseset de pélar goniums violacés. Ily avait
longtemps quellenavait vu un jardin sicoloréen
automne. Ellerespira profondément, emplissan t
satit sespoumo ns de cesodeur squirve ill aie nt sa
mémoire endormie. Ellesongea que Sybille et
Ptronille seraient bien tt de retour. Lhippodrome
ntait gure loign du palais Radomir quisetrouvait
entrelesforums de Thodose etde Constantin, proxi-
mité de la Mésé, la plus grande avenue de
Constantinople, quiallait de la porteOr lAuguston
età lhippod rome.
Après complies ,Alexis avait prévu un dîner dans la
grande salledu palais pour honorerseshôtes.Alix y
était conviée. Ilétait prévu quelleretrouver ait la reine
à matines, au Philopatio où Manuel Comnène
accueillaitlecoupleroyal etsesfeudataires .Geoffroy ,
quant à lui,avait décliné linvitation, LouisVIIle
priant de retrouverson frère,Robert du Perche,pour
une inspectiondes troupesquicampaie ntsouslesrem-
parts de la ville.
________________________________
Place monume ntale de Constant inople.
2
Huitièmeheurecanoniale ;à la tombée de la nuit.
Résidence servant de rendez-vous de chasse setrouvant extra-muros non loindu
palais des Blachernes situé au nord-est de la villedans un angle des remparts.
Louis,Aliénor etleursuitey logèrent durant leurséjour à Constantinople, tandis
quelesComnènes occupaient lepalais des Blachernes.
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LA DAME AUX DEUX JARDINS
Un bruissement vint la sortirde sespensées. Elle
releva la têteetvitbouger lerideau de bambous qui
masquait la petiteallée menant aux cuisines.
Contrariée dêtredérangée, elleappela molleme nt :
Quiestlà?
Pourtouteréponse, ellevitsortirun bras frêleau
bout duquel sebalançai tune corbeilledosieremplie
de raisinsblonds.
Maurine ? Sorsdonc de là! Mépierais-tu, petite
gerbille
Oh non, maîtresse Ya ra protestaune enfant haute
comme troispommes en sortantde sa cachette.
Jetai j dit de ne pas mappele rainsi.Approche,
etviens me dire cequetuveux.
Tiens ! fitla gamine en choisis sant une belle
grappe gonflée de jusdoré. Jelai cueilliepour toi.
Trouve-t-on daussi beaux fruits au pays des Francs
minauda-t- elle.
Ya ra choisitun grain au renflement prometteur.
Voyons...Hum...pour tre franche
Ellefitmine hsiter ,gusta deux autresgrains en
prenant son temps, puis voyant queMaurine simpa-
tientait:
Assurment non, jenai jamais savour un raisin si
goteux.
Ravie, la fillett evintsasseoir sespieds. emble,
elleposa la nourricela questionquiluibrlait les
lvres :
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LES YEUX DE WARDAH
Curac dit quevous allezbientôt partir.Moi, jelui
ai répondu quevous ne quitterez pas Constantinople.
Jai raison, nest-cepas
QuiestCurac ? questionna Ya ra, intrigue par le
mange de lenfant.
Cest lefilsde Shema, notrecuisinier .
Curac a raison, leroides Francs donnera bientôt
lordr eà sestroupesde leverlecamp, etnous devron s,
nous aussi,suivre lesautrespèlerins .
Le roi des Francs peut bien partir, sentêta
Mauri ne, mai svous,vous resterezcheznous
Tu esbien sûre de toi.Dis-mo icequipeut bien te
fairecroireune tellechose
Maître Alexis passe toutson temps avec son invi-
téefranque :ilparle, ilrit,ilsepromène. Elleajouta
surleton de la confidence :Ces derniers jours,ilen
même oublié lepalais.
Ehbien
Ehbien, je sais ce queje dis, etje voisce queje
vois! sentêta la gamine.
Tu ne voisrien,petitelinotte,ettesparoles sontdu
vent, rprim anda Ya ra, agace par laplomb de la
fillet te.LeseigneurRadomir estun hte prvenant. Il
estaimabl eavec dame Sybillepour adoucir son sjour
dans votrebelle ville.ailleurs, ton matre va bientt
prendre épouse, tes insinuations sont mal venues,
Maurine, je tecroyais plus sensée, fitYa ra lesyeux
pleinsde reproches.
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Ce nest pas moi bredouilla la fillett e dont les
yeux commença ientàsemplir de larmes. Jene voulais
pas vous fâcher, protesta-t-elle, cest maîtresse
Svetana quil dit ma mre .
Jene veux riensavoir de ceschoses-là! intima la
nourriceen apposant fermement son index sur la
bouche de Maurine. Apprends àtenirta langue situne
veux pas queta mère se fasse punir à cause de ton
caquetage .
Un soupçon de malice éclaira lesyeux noisettede
lenfant, ellebaisa le doigt de Ya ra et un bond,
souple comme une chatte, alla se cacher derrire le
rideau de bambous.
Jene mens pas insista leffronte, rendue invi-
siblepar son paravent de verdure. La grande matre sse
naime pas Irana, elleluiprfre ltrang reet
La voix flûtée de Pétronillevint linterromp re:
Ya ra Ya ra O es-tu?
La donzelle arrivait touteessouffle. Maurine en
profitapour sclipser.
Enfin, tevoilàde retour! Quellefébrilité! À te
voir,on croiraitquetuas étéprésentéeàlempereur en
personne.
Tu tetrompes de peu. Ilétait siproche quenous
aurions pu letoucher .
Voyez-vous ça, toucherlillustre Manuel ! Etrien
de plusquecela, ma donzelle ? fitYa ra en clata nt de
rire.
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Ne temoque pas, situsavais cequejai vu.Jamais
en Saintonge je ne soupçonnais quepareil spectacle
pût exister.Surlesgradins de lhippodrome, une foule
en délirebrandissait lescouleursdes factions quelle
supportait en entonnant en churdes chants à vous
donner la chair de poule.Heureusement, Alexis était
auprès de nous ;iltraduisait, expliquait, commenta it
toutce quise passait dans lestade. Javoue que,ne
connaissant pas lesmurs de cesgens, je me sentais
trèsintimidée.
Lecomte de Rancon ne vous accompagna it-il pas ?
Messire Geoffroyétaiten compagnie du chevalie r
Ainar de Bapst quilesuittoujourscomm eson ombre .
Tousdeux ontdonné surlesgradins un spectacle qui
vivement déplu à Sybille,je ne peux len blâmer
dailleurs
Vraiment, tupiquesma curiosité.Lebeau Geoffroy
a faitdes siennes
Las !Moi quiavais une sibonne opinion du comte.
EtThibault quiletenait en haute estime...Comme il
aurait étédéçupar son ami silavait étélà.Lecroirais-
tuYa ra, lessiresde Rancon etBapst, au mpris de
toutecourtoisie envers notrehte, ontprisemble le
parti des verts, la faction rivale de cellede matre
Alexis.
________________________________
lhipp odrome , lescoursesde chars tai ent organis es par deux quipes.
lépoque de Manuel Comnène, ilyavait la faction des bleus etdes verts.Lesbleus
représentant laristocratieetlesvertsplutôt lesclassespopulaires.Ces factionsou
partis jouaient également un rôle politique.
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LA DAME AUX DEUX JARDINS
Décidément ,nos barons manquent de délicatesse,
plaisanta Ya ra.
Pirequea, repritPtronillegravement , la diplo-
matie sejouentaussi dans lesarnes. Las, nos cheva-
liersnen ont cure
Ilfaut reconnaître quetuapprends vite,mon petit
fennec, etquetusaisisfortbien certainesnécessités,
constata Ya ra amuse.
Jelai vitecompris au regard courrouc de tante
Alix quitentaitpar touslesmoyens de tempre rlin-
conduite de messire Geoffroy, autant que matre
Alexis avait pour voisin,lemarque des « bleus ».
Toutbonnement de linconscience.
Tu en conviens ! Maître Alexis était en situation
délicate : dune part, ilvoulait nous être agréable,
dautre part ilsedevait de ne pas froiss ercepatricien
quiavait dailleurs une mine patibulaire
Cestlemétier de notrehôtede veillerà ne frois-
serni lesuns ni lesautres,constata philosophiquement
Ya ra.
Il faitmieux Loinde sefcher,illes pigs
leurpropre jeu.Dès quelesquadrig esont entamé le
premier tour, ilsestmis à encourag erles« bleus
avec forcedémonstr ation, en scandant lenom dun
conducteur de char,Péléquas ouPéléas, jene sais plus
exactement. Ilressemb lait à un ange, etmalgré son
________________________________
Prsiden tde la faction ;ilprsent e lempe reurlesrevendi cations de son parti.
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LES YEUX DE WARDAH
jeune âge, montrait une pugnacité digne dun Achille
au combat. Tu aurais dû levoirmenant son char dans
un nuage de poussière blanche :sesquatrealezans, la
crinièreau vent, avaient des ailes.Au troisième tour,il
était déjà à la seconde place, roueà roueavec un qua-
drige « vert», de toutela courseilna cédé un pouce
Etdans la dernière ligne droite, profitant dune fai-
blesse de ladvers aire, ébloui, semblait-il, par lesoleil
ardent, souslesvivats de la fouleen délire, ce jeune
prodige donnait la victoireaux « bleus ».
Quelenthousiasme ! À croirequetutenais les
rênes avec lui.Cettevictoirea dû contrariermessire
Geoffroy,mais jimagine quila étébeau joueur .
Détrompe-toi,ila faitencore plusmauvaise figure
ànotrehôteetluiamême cherchéquerelle àpropos de
la dernière entrevue quelebasileus a accordé à notre
roiLouisetà sesbarons. Lecomte a oséqualifierles
ambassadeurs byzantins de perfides.Mon Dieu, sans
lintervention de Sybille,je croisquemaître Alexis
naurait pu conserverson calme. Quellemouche a pu
lepiquer,lui,un proche de notrereine
Malheureusement , mon enfant, la tension monte
parmi lesnôtres,etpas uniquement aux portesde la
ville.Ilfaut espérerquecettesituationne séternisera
pas, etquenous pourrons reprendre trèsvitenotre
route.
Mais enfin, Ya ra, pourquoi? Ne sommes-nous pas
bien ici? Jenai nulleenvie de partirmoi Jetrouve
2
!
!
!LA DAME AUX DEUX JARDINS
nos hôtestrèsaccueillants, je me sens presquechez
moi dans cettemaison. Dailleurs,toutme plaît ici:les
gens quidéambulent dans la grande ville,lescouleurs
riantes des échoppes, même lesbruits me semblent
familiers.Etlesodeurs ! Surtoutlesodeurs des fleurs
etdes fruits de ce jardin, etcettebrise quinous porte
lesembruns de la mer Elleritetsemit àselécherle
bras. Tiens, goûte ! Ma peau esttoutesalée
Tu essijeune, Pétronille,dit la nourriceen latti-
rant à elle,Constan tinopleestune villeenvoûtante :
elleen a perdu plusdun dans sesmirages. Aurais -tu
oublié, petitfennec, lesraisons pour lesquelles nous
avons entrepriscevoyage
Comment peux-tu parler doubli, Ya ra fit-ell e en
relevant la tte, leregard perdu. Je noublie ni les
rves de mon frre ni lespoir quevous nourrissez,
Sybilleettoi,de retrouverFlorine,ni mme la ferveur
de notrepeuple etde nos soldats quiprientchaque jour
pour quesonne lepart pour la Terresainte.Mais tu
dois comprendre : jai perdu Thibault , ce voyage
navait de sensquavec lui.Une part de moi-mm eest
reste l-bas auprs de lui,dans ce pays inconnu et
aussi
Ptronille baissa lesyeux.
Etaussi
Jene sais jai tellement honte
Allons, parle !Dis cequetuas surlecur.Nas-tu
plusconfiance en moi ?
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LES YEUX DE WARDAH
Ehbien si,mais promets-moi de nen dire mot
Sybille,elle seraitfche de lap prend re.
Tu sais bien comm e elle tai me.
Prome ts
Ya ra croisalesmains surson cur .
Jetécoute.
Jai peur ! lâcha demblée Pétronillesans oserla
regarder .
Peur! Mais cestnormal, petitfennec, nous avons
touspeur
Non, tune comprends pas, jai peur,peur à vomir ,
à mourir Jeme sens silâche depuis la mort af freuse
de mon frère.Jai la sensation quelemal rôde autour
de moi etqueje serai bientôt sa proiesije quitte ce
lieu.Jene veux pas reprendr e levoyage avec vous.Je
ne veux pas alleren Terresainte.Sivous mobligez
repartir, jen mourrai assurment. Ya ra, tudois mai-
der ,tuesla seule pouvoir convaincre Sybillede me
laisser Constantinople
Ellene peut pas tout,mon enfant, seuleAliénor en
alepouvoir,mais jedoute quecemotifla persuade de
tabandonner en terreétrangère.
Oh,par Dieu sexclama Ptronille,livide.Jetairai
cetteraison quiestvileentretoutesetquisaliraitma
famille.Ilfaut quetuleurdises queje suismalade et
queje dois resterdans la maison de maître Alexis en
attendant leretourdes croisés.Ya ra, implora-t -elleen
luiagrippant lebras, tuesla seulequipuisseme sau-
ver.Dis quetuleferas
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àLA DAME AUX DEUX JARDINS
Souhaites-tuqueje mente à Sybille? Queje lui
cause du tourment en luidisant quetuesencore trop
faible pour nous suivre? Serais-tuplusen sécuritéici
quànos côtés? Allons donc, tudois surmonter tes
craintes,ta place nestpas ici! Tu as tellementdésir
partiren croisade
Ainsi, même toi,tune comprends pas ! larmoya
Pétronille. Toutlemonde veut décider pour moi et,
sousprétextedamour ,me contraindre àfairecequine
peut queme détruire. Cettepeur quime tientestune
bêtequime mange lecur.Javais pourtant retrouv
un peu de bonheur dans cettemaison.
La nourricesoupira. Cettemenace quela jeune fille
ressentaitconfusément nétait pas une illusion,etelle
savait pertinemm entquelsdangers lesattendai ent.Elle
passa tendrement sa main dans la crinièreflamboyante
de Pétronille :
Cestbon, calme-t oi,jetepromets dy réfléchir
La jouvencelleenlaça Ya ra ltouffer .
Jesavais quetune mabandonnerai spas
Au contrairede toi!
Oh,comment peux-tu
Je teconseillede quitter cettefigurede carême
avant leretourde Sybille.Dailleurs,où las-tudonc
laissée
À la volerieavec maître Alexis :elleallait visiter
son cherfaucon.
Ehbien, allons lenleverà notrehôte! Ilesttemps
quevous vous apprêtiez pour lebanquet.
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éLES YEUX DE WARDAH
L AMANT DU BOSPHORE
Sybille aida sa tante à desce ndre de la lit ière.
Lhumidit du petitmatin, accentu e par la proximit
de la Corne dOr, fitfrissonnerla comtesse quise
recroquevill a dans sa cape doublée de zibeline.Alix
avait pressé Alexis Radomir de la reconduire au
Philopati on avan tleprem ierofficedu jour;elle avai t
prétexté quAliénor ne manquait jamais dassister
matines, entourée de sessuivan tes.
Comme la villeestétrange à cetteheuredu matin
Pas un bruit,pas un quida m dans lesruelles.. .Pourun
peu on ne se croirait pas Consta ntinople. Alix
observ sa nic e la rob e. Sybilleavai tlesprit
ailleurs.Macc ompa gnes-tu loffice? La reine serait
enchantée de tavoir auprès delle. Comme la jeune
femme restaitmuette, elleinsista.Viendras -tu,ouiou
non
Oh, pardonnez-moi, ma tante, jétais en train
dadmirer lesmarbres de cettecour, ilssont dune
brillance ! Ngli gean t la quest ion Ali x, elle se
tourn versAlexi s.Ne setrouve-t-ilpas toutprs de la
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Estuaire(port naturel) se jetant dans leBosphore à Constantinople (actuelle
Istanbul).
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LA DAME AUX DEUX JARDINS
Corne dOr,justederrièrelepalais des Blachernes, une
églisedédiée àMarie ? Mon père men avait parlé, il y
avait prié jadis
Oui,Sainte-Marie-de -Blachernes, elle t construite
jadis surlemplacement dune source sacrée etabrite
une magnifiqu e Vierge en prière ! Elleestadoss ée aux
remparts, et reçoit de la mer ses embruns salés
Voulez-vousquejevous y mne
Vousny pensez pas, Alexis Ma nice ne peut se
promener dans lesruesde Constantinople en compa-
gnie un homme et sans chaperon Quedirait la
reine etmessireGeoffroy
Ellesarrê ta net devant la mine fâchée de Sybille.
Jevous rappelle, ma tante, quejesuisveuve, las
Cet état cependant me confère quelquesprivilèges,
dont celuide me passer dun chaperon. Rassurez-vous,
notrehôte ne méconnaît pas nos murs au contrairede
Geoffroy .
Ma filh, insistaAlix gênée, je préfèreraisquetu
viennes avec moi.
Quipourrait me reconnaître ainsi ? Elleremonta
son voilede soiesurson visage, ne laissant voirque
sesyeux de jade.
Quen pensez-vous, Alexis ? Ne pourrait-on pas
me confondre avec lune de vos concitoyennes
Hormis lefard etlesparfums entêtantsdont elles
abusent, etleregard quellesont moins vifilallait
ajouter autre chose,mais seravisa devant lairrépro-
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LES YEUX DE WARDAH
bateur de la comtesse.Jecroisen effetquelon pourrait
vous prendre pour une Byzantine, fit-il en cochant un
sourirerassurant Alix.
Vousvoyez bien, ma tante, inutilede vous inquié
ter.Jetienssimplement à visitercettepetiteéglise o
mon père sestrecueilli au retourde Terresainte.
Jesuisvotreserviteurpour vous conduire o bon
vous semblera, dame Sybille.
Matre Alexis, ma nice ne peut abuser de votre
temps de la sorte:vous, un ministre de lempere ur,
voyons, jesuiscertaine quevotrecharge
Etquellemission plusnoble quecelledassurerla
protectiondune invitéefranque amie de votrereine
Madam e,vous nave zaucu ne raison de vous inquiter.
bout ar gume nts, la comtesse de Brga ndoi s
céda. Elleregarda sa nièce monter dans la litière,dun
air inquiet.
À traverslescourtinesde soieambrée, la villesemit
à défiler :de-ci, de-là, des lampions vacillants dan-
saient dans la pénombre des arcades, au fond des
échoppes ou derrière lesfenêtres des demeures cos-
suesde la ruellequicontournait lesremparts de la for-
teress e des Blachernes . Ilspass èrent la porte de
Blachernes etseretrouvèrentintra-muros. Petità petit,
la villeséveillai t:souslesarches, lesmarchands et
lesartisans remontaie nt lesgrillesde leurboutique.
Lescordonniers installaient surleursétablis, cuirset
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LA DAME AUX DEUX JARDINS
outils;des cafetierssortaientdes tables en pleine rue
pour lagrément de leursclientsquisy attable raient
pour boire etjouer.Lejourallait seleversurla ville
lumière.
Lesjoursprécédents, Sybilleavait vu lelong de la
Mésê, lespromeneurs constantinopolitains sadonner
cesplaisirsen plein air :dés, jeude dame, dominos et
autresdistractionsquiétaient fortprisées.Ce quiavait
particulièrement surpris la jeune femme à mesure
quelledécouvrait la ville,cétait la coexistence du
sacré et du futilequise mêlaient, se croisaient
chaque coinde rue:des coupolesrutilantesdes églises
quiétaient nombreus es et fastueuses, aux échafau-
dages de cesthéâtres quelon trouvaitsurlesvastes
forums quiagrémentaient la Mésê, en passan tpar les
spectacles exaltés de lhippod rome. Toutdans cette
villenétait quecontrasteetexcès.Excèsde beauté, de
richesses, de pauvreté aussi,car lesmiséreux secomp-
taient en grand nombre dans la cité.On lestrouvait
surtout dans les quartiersorientau x de la ville,
côtoyant des prostitu ées très légèrement vêtues.
Sybille en avai t mm e aper u une quivant ait ses
charmes en voi lant sans pudeu rsesseinsau rega rd
des homm escomm e silsefutagi une simple mar-
chan dise. Femm es voiles des pied s la tte ou
femm es demi nues coha bita ntdans une foulecolor
et bruyante, processions religieusesauréolées dor ,
moines prédicateur shabillés de noiroureprésentations
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musicales en plein air, lesByzantins savaient aussi
bien cultiverlartde la fêtequeceluidu divin.
Soudain, des éclatsde voix vinrent la sortirde sa
rêverie.
Alexis écarta levoilede la portière.
Cestla «veille»:la milicede lÉ parque .Elleest
chargée de veilleràla sécuritdesé citoyens.Pouravoir
beaucoup voyagé, je puis vous assurer que
Constantinople estlune des villeslesplus sûres qui
soient.Vousnauriez rienà craindre, belle Sybille,si
vous souhaitiezvous y promener seule.
Plusquelecomplime nt,leton de sa voix troubla la
jeune femme comme une caresse impudique. Une
bouf féede chaleur inonda sesjoues,elleréajusta pru-
demment son voile.
Jecroisquenous sommes arrivés,lança-t-e llepour
faire diversion. Notre conducteur vient darrêterses
mules.
En effet,nous y sommes !
Alexis ouvritla portière:son visage la frôla.Sa
barbe fleuraitlemusc etla violette ,un parfum àla fois
suave etdélicat.Elleavait déjà apprécié cettesenteur
lorsquellesetenait àsescôtésàlhippodrome. Quand
ellefutsortieà son tour,illuiôta son voile.
Elleeutun gestede repli.
Ma tante avait-el leraison
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Prfetde Constant inople.
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