La Dame dans la Cité

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Dans les Vosges à la fin des années 80, un village tranquille, anonyme, à l’ombre d’une coquette Cité au prestigieux passé.
Lui, c’est le narrateur. Il a dix-sept ans. Il est amoureux, mais il ne le sait pas encore. Lorsqu’il va le découvrir, il sera trop tard.

Il faut dire que dès le départ, il a tiré la mauvaise carte. C’est l’arrivée de la Dame qui a tout chamboulé. Qui est-elle ?

Elle est là depuis des mois. Nul n’a pu la rencontrer mais plus rien n’est comme avant.

C’est par un soir de brouillard que tout a vraiment commencé…


Publié le : lundi 1 janvier 2007
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782952909501
Nombre de pages : non-communiqué
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Rêvait-elle ? Anne sassit brusquement dans son lit. Des oiseaux chantaient. Depuis quand navait-elle pris garde aux chants doiseaux ? Elle revivait un de ces miracles de la mi-février : la neige, pour la vingtième, trentième fois de lhiver peut-être, tombe à gros flocons. Pourtant, de saut de puce en saut de puce, le jour a grandi. Et voilà quun matin, un oiseau se met à chanter. Cest souvent le merle qui jette les premiers trilles. Quoi que vous soyez en train de faire, vous percevez ce chant, parce quaprès des mois de silence, il vous rappelle que sous le manteau glacé bouillonne la vie, quau coeur de larbre dépouillé, monte la sève. Et religieusement vous le recueillez, comme on croque la première cerise.
Elle était, la veille, arrivée à la tombée de la nuit. Par le por-tail laissé ouvert, elle avait pris la grande allée du parc et bien avant la maison des gardiens, éteint les phares et coupé le moteur. Les bras appuyés sur le volant, elle avait sur ses mains croisées, posé sa tête douloureuse. La tôle du véhicule lui avait semblé, au fil des kilomètres, se refermer subrepticement sur elle, lenchâssant comme une armure. Sen extraire était au-dessus de ses forces.
Cétait lheure où le hérisson se laisse surprendre, où la chauve-souris senvole en quête de nourriture. Le premier hulu-lement de la chouette lavait fait tressaillir. Le ciel lavé de pluie, fourmillait détoiles. Le sol exhalait une forte odeur dhumus.
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Combien de temps était-elle restée seule avec sa peur, sa répulsion animale davoir à aller vers lautre, les autres, davoir à parler, affronter, expliquer ? Pourtant, cétait delle et delle seule quétait venu le désir de sortir de lisolement et de la pro-stration dans lesquels elle sétait volontairement murée, mais elle avait atteint son premier objectif et pour cela, épuisé ses ultimes ressources. Un bruit de pas lavait fait sursauter. La portière sétait ouverte. Deux mains noueuses sétaient posées sur ses épaules. Elle sétait agrippée à deux bras encore vigoureux, avait re-trouvé sur la vieille veste de drap rude, la rassurante odeur de tabac, de sueur et de sous-bois. On ne lui avait rien demandé. Une voix douce et fêlée la ber-çait. Elle navait eu, comme au temps de son enfance, quà se laisser embrasser, dévêtir, border dans des draps qui sentaient bon le foin séché et la lavande. Elle se souvenait avoir balbutié des propos incohérents dans lesquels revenait le mot maman, maman, comme un appel au secours et que ce nétait pas à celle qui lavait mise au monde quelle sadressait.
Le lourd panneau de métal fit, en glissant sur son rail, un hor-rible grincement et le nid tomba dans un bruit mou. Il y eut dans lair un bruissement dailes, aussitôt suivi de piaillements aigus. Il y avait là quatre petits oeufs blancs tachés de rouge, tout pareils à ces friandises abandonnées aux nids de jonquilles, les matins de Pâques. Lun deux sétait brisé, et lon apercevait, sous lenveloppe transparente, quelque chose de bouleversant : un minuscule être de chair et de sang, doté dun coeur qui bat-tait à petits coups précipités. La mésange au dessus, tournoyait avec des cris éperdus. Anne eut un éblouissement : le soleil, cette nature jetée à la face, ces vies quelle venait danéantir Cest alors quelle laperçut : Cathy.
Cathy marchait sur la colline dans un voile pourpre, transpa-rent et fluide comme de leau. Une fille-fleur. En marchant, elle
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cueillait des graminées aux longues tiges. Elle en faisait un bouquet. Tout à coup, elle sarrêta, offrit son visage à la caresse du soleil, étendit les bras, se mit à danser, puis aussi soudai-nement quelle était apparue, disparut. Dans la main dAnne, le petit coeur de loiseau avait cessé de battre. À reculons, elle rentra dans la chambre, se laissa glisser sur la moquette, replia les jambes, se recroquevilla. Au-dehors, les cris se poursuivaient, déchirants comme celui quelle por-tait en elle depuis deux ans, comme une grossesse monstrueuse. Elle eut la sensation de quelque chose de chaud, de mouillé sur le visage en même temps que de sa gorge sortait une plainte rauque, interminable, inhumaine. Dans sa poitrine, dans son cou, labcès se désagrégeait. Pour elle enfin, commençait lexorcisme.
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