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la dernière chance

De
173 pages
Le milieu impitoyable de la boxe, vu à travers le regard d'un étudiant français, ouvrier d'entretien d'une salle d'entraînement, qui devient boxeur amateur, et décroche un contrat, aux USA. S'il défait un champion mexicain, à la réputation de terreur, il devra partager une somme importante avec son manager. Donné perdant, à dix contre un, contre toute attente, il défait son adversaire. En rupture de contrat, il aboutit à l'Auberge des « Deux jumeaux », non loin de San Francisco, et de Los Angeles. Paolo de Stoppa, et sa jeune épouse Johanna, l'accueillent, avec enthousiasme. Atteint d'un cancer irrémédiable, Paolo de Stoppa l'incite à éprouver du sentiment pour Johanna.
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2

La dernière chance

3
Bernard Tellez
La dernière chance

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9818-2 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748198188 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9819-0 (livre numérique)
ISBN95 (livre numérique)

6 . 8






Aux approches de la quarantaine, plus
question de monter sur un ring. Sugar Ray
Robinson l’a fait, vingt-ans plus tard, et il est
redevenu champion du monde. Tout le monde
n’est pas Sugar Ray, et je ne suis pas danseur de
claquettes. Mais c’était le maître, sur un ring,
dans ma jeunesse, et j’ai conservé le flash
mythique de son déplacement, sur l’estrade
entourée de cordes.
Aux abords d’un carrefour à prendre, dès que
le sémaphore a viré au vert, j’ai choisi la voie de
droite, celle qui mène à la sécurité. Je ne regrette
rien, et je ne vois pas comment, j’aurais pu faire
autrement. On ne refait jamais son histoire.
Depuis mon retour, en Europe, avec Lina,
depuis que j’ai vendu mon motel station
essence, style Bagdad Café, sur la route de San
Francisco, je n’aspire plus qu’à vivre
modestement, en continuant d’élever mes
gosses, et d’aimer Lina.
Je suis venu me réfugier dans ce coin de
Haute-Savoie, à la limite de la frontière Suisse.
Les genevois viennent déguster la fondue
savoyarde, le dimanche, au Bon Bec, l’hôtel
9 La dernière chance
restaurant que j’ai acquis, après mon retour, en
France. C’est toujours une manière de se
survivre, d’apprendre à vivre dans la durée, dans
le temps. Les affaires marchent, pas mal, je me
maintiens. Nous allons souvent à Genève, Lina,
les enfants et moi. Lina est toujours aussi belle,
et nous marchons autour du lac, nous faisons
une partie de promenade, en saluant le
magnifique jet d’eau. Que s’écoule le temps, que
mes enfants grandissent, qu’ils fassent leur
chemin dans la vie. Rien n’est donné, au départ,
et c’est presque un défi, le premier départ se
déroule un peu comme l’énigme à résoudre
d’un jeu de hasard. A mesure que l’on prend de
l’âge, on a moins à choisir, mais la perspective
reste toujours la même. On ne peut renier son
enfance, ses vingt ans. Du moins, c’est ce que je
crois…
Au centre d’une grande salle, au plancher
ciré, trônait un ring réglementaire, entouré de
punching-balls, d’haltères, de poids, de barres,
et même de machines, à ramer… Il y en avait
qui sautaient à la corde. D’autres faisaient
chialer le punching-ball, il y en avait plusieurs
qui se faisaient les poings, sur les sacs de frappe.
Des noirs, des maghrébins, un, ou deux
blancs… Le manager était là, le vieux Georges,
comme d’habitude, et ses assesseurs… Sur le
ring, un type s’entraînait, avec son sparring-
10 La dernière chance
partner. Le vieux suivait d’un œil judicieux, le
cheminement de son meilleur poulain…
– Allonge ta droite ! criait-il… Là, oui, c’est
mieux…
Le petit avec tout ce qu’il fallait, l’allonge, et
assez de punch…
Le plancher était bien ciré, puisque c’était
moi qui m’en occupais, ainsi que du reste de la
salle. Je préparais une licence d’anglais, à la
Sorbonne. Le pouvoir d’achat, en France,
diminuait, le déficit économique s’accentuait, de
plus en plus. Pour vivre, et suivre mes études,
j’effectuais des travaux d’appoint, sous-payés. Il
n’y a pas de sot métier. Je sentais à quel point
l’obtention d’une licence d’anglais, pour moi,
c’était dérisoire. Tout le monde parle anglais,
aujourd’hui, même ceux qui ne comprennent
pas un mot. J’avais trouvé ce boulot, comme
agent d’entretien d’une salle de boxe. Je passais
souvent la serpillière et l’aspirateur. J’étais
considéré par les amateurs, ou les semi-pros,
comme un inférieur. Souvent, mon travail fini,
je chaussais des gants de boxe, et m’entraînais
sur le sac de frappe rempli de sable, pour me
faire les poings. Il n’y avait personne d’autre,
dans la salle. C’était souvent, le soir… De
temps à autre, restait le responsable du
gymnase, le vieux Georges, comme on
l’appelait, qui classait encore des papiers, dans
son bureau, et m’observait, d’un œil indiscret.
11 La dernière chance
Tout en jetant un œil, sur moi, il quittait la
salle :
– Bonsoir… Tu n’oublieras pas d’éteindre les
lumières, en partant.
– D’accord.
Entre deux boulots de nettoyage, je
m’entraînais, je soulevais des poids, je tapais
dans le sac de sable, je sautais à la corde. On
m’avait refilé des gants qui traînaient…
Je fis des progrès, sans toutefois pouvoir
prétendre rivaliser avec des pros, ou les
amateurs de haut niveau, ceux qui se disputent
la Ceinture du meilleur espoir de l’année. Un
jour que je me défonçais sur le punching-ball, le
vieux Georges m’observa, plus que d’habitude. .
Une autre fois que je me sortais les tripes, sur
le sac, j’entendis une vois me lancer :
– Vas-y l’artiste ! C’est pas mal ce qu’il fait,
dit-il, à Georges…
Georges tira sur son cigarillo qu’il n’allumait
jamais, en salle.
– Ouais ! Faudrait voir ça ! Mais je ne lui en
dis rien, pour l’instant, je le laisse faire… Il y a
moment que je l’observe. Pas mal, au niveau de
l’esquive, sans doute… Assez mobile, un welter.
La boxe, aujourd’hui, tu sais, je n’y crois plus
trop, même si c’est mon gagne-pain. À quoi ça
sert, la plupart n’ont rien dans le ventre…
Cogne, petit, cogne ! Fais-toi mal… J’essaierai
de voir un peu ce qu’il sait faire sur le ring…
12 La dernière chance
Apparemment, il a l’air d’avoir la vigueur qu’il
faut… Je me suis tellement trompé, tu
comprends, avec des mecs qui promettaient…
Ils marchent un match, ou deux, de quoi
récolter quelque argent. On les oublie vite… La
boxe, ça fait mal, et ils n’aiment pas trop en
recevoir plein la gueule… Je me comprends. Il
tiennent trop à leur physique. Tout est dans
l’apparence aujourd’hui, et ils préfèrent fricoter
avec les gonzesses. Du travail, bon dieu ! Et si
je trouve un mec doué ? Il y a longtemps que je
n’ai plus bandé pour un poulain…
Il s’adressa à moi :
– Eh, petit, tu peux monter sur le ring.
– Rachid ! dit-il, à l’intention de celui qui
était en entraînement, avec le sparring-partner.
Prends une douche, et va te rhabiller… C’était
pas trop mal, mais ça manque d’élan.

À moi :
– Allez petit, vas-y… Montre nous un peu ce
que tu sais faire.
Le bon à rien qui se trouvait sur le ring,
s’appuya sur les cordes, en beuglant :
– À qui le tour ? Allez, un peu de courage,
j’ai besoin d’exercice.
– Okay, La Motta, j’arrive ! criai-je, sans
réfléchir.
– Dépêche-toi, me répliqua le costaud, avec
un sourire mauvais. Je vais me refroidir.
13 La dernière chance
Sans me regarder, sans presque remuer les
lèvres, Gianni, le costaud, murmura, à travers
son protège-dents :
– T’es complètement à côté de tes pompes,
laveur de parquet. Tu vas l’avoir, ta leçon.
– T’occupes pas, répliquai-je.
– Aide-moi, à passer les gants, dis-je, à l’un
des assesseurs du vieux Georges, Rémy
Legoncourt. …
Il m’en porta une paire, suspendue au mur,
celle que j’avais l’habitude de mettre, quand je
m’entraînais, seul, dans la salle vide. Je laissai
Rémy serrer les lacets.
– Je me demande, si je te reverrai à ta sortie,
bougonna-t-il, à voix basse. Qu’est-ce qu’il te
prend d’accepter l’offre du patron ? Qu’est-ce
que tu as dans le cigare ? Il va t‘écharper, il est
trop fort pour toi, c’est un mi-lourd. Attends au
moins d’avoir disputé quelques combats, dans
ta catégorie. Tu te fourres toujours dans des
trucs casse-gueule.
Je ne répondis pas, traversai la salle, et
montai sur le ring. Lorsque le gong retentit, je
jaillis de mon coin. En misant sur ma vitesse, je
tentai de submerger mon adversaire, sous les
coups. J’étais rapide, mais il l’était autant que
moi, avec la technique, en plus. Il me laissa
venir, puis bougea légèrement, juste assez pour
esquiver mon poing, et m’expédier un gauche,
au visage. Je pivotai : un autre gauche, dans la
14 La dernière chance
poire. Je ralentis, pour retrouver l’équilibre, et
reçus, cette fois, une gauche-droite, au menton.
Ce qui se passa, ce jour-là, sur le ring, me fit
comprendre que je ne connaissais rien, à la
boxe. J’avais beau me faire les poings, au bac à
sable, je n’étais qu’un gringalet. J’avais beau
foncer comme un taureau, donner un coup, en
prendre cinq, mon adversaire était tellement
supérieur, qu’il n’essayait pas de feinter. Il
évitait mes coups, d’un léger mouvement de
tête, m’en collait un autre, dans les gencives.
J’entendis la voix de Georges, le patron de la
salle Marcel Cerdan, dire :
– Cela suffit !
– Hé, cria le sparring-partner, apprends à
boxer avant de monter sur un ring !
– Je t’avais averti, dit Rémy Legoncourt… Ca
t’a suffi ? Il t’a mis en morceaux. Il vient
s’entraîner, avec des types, plus légers, parce
qu’ils sont plus rapides. Tu veux remonter, pour
qu’il te transforme, en steak-haché ! Tu croyais
qu’il allait te laisser foncer, et placer les coups ?
Tu connais un boxeur qui te laisserait faire ça ?
Ma colère fit place à la détermination. Je me
penchai vers Rémy, et déclarai :
– Ce type, je vais me le faire. Je te le
promets ! Je me le ferai !
– Mais oui, mais oui, marmonna Rémy. Au
défi, comme toujours ! Après m’avoir regardé, il
ajouta :
15 La dernière chance
– Le plus beau, c’est que je te crois.
Georges, me dit :
– C’est pas mal, mais il faudra que t’apprenne
à boxer. Je veux te voir demain, à
l’entraînement, ici, même.
Des semaines, voire des mois, s’écoulèrent.

J’étais surclassé par le poids, mais j’acceptai le
combat, pour voir, et puisque j’avais fais le
serment d’avoir ma revanche, de le mettre en
bas, pour le compte. La jouissance que l’on peut
avoir à mettre un type, know-down, à le voir
renoncer à se battre encore, mordu par les
coups, parfois sonné, dans les vapeurs, j’avais
connu ça, qu’en j’étais gosse, dans les bagarres
de rue, quand un petit con se figurait qu’il
pouvait plaisanter avec moi, comme ça, pour
rien, pour m’impressionner, ou au bahut. Je
savais que j’avais quelque chose, en plus, une
frappe qui faisait mal. Quand j’étais en colère,
hors de moi, je ne me connaissais plus. Même
encore. Une boîte avait fermé parce que j’avais
esquinté un type qui me rendait vingt kilos, un
rugbyman, qui se figurait m’impressionner, et
me cherchait des histoires. La police était
venue, alertée par les voisins, les filles
pleuraient, vociféraient, ça miaulait de partout.
« Va-t-en, m’avait dit un habitué, sinon, il va te
tuer… » J’étais resté, et le type en avait eu pour
son compte, à coups de pieds, de tête, et de
16 La dernière chance
poings. Au départ, ils étaient deux… Un type
m’avait ramené en vitesse, dans sa
voiture… « Si tu pars seul, les flics vont
t’arrêter. » J’étais encore lycéen. Mon père ne
savait pas que j’avais séché les cours, pour aller
en boîte.
Quand le gong retentit, je me ruai à l’assaut,
comme je faisais toujours, et mon adversaire
sourit, c’était un combat, par défi, en souvenir
de notre première rencontre. Il y avait du
monde dans la salle, des amis étaient venus le
voir, en plus des habitués. Je savais qu’il allait
esquiver, et lorsqu’il pencha le buste, sur la
gauche, je partis du même côté, prolongeai mon
mouvement, et le touchai au visage. Ce n’était
pas un coup très puissant, assez, toutefois, pour
qu’il le sentît. J’avais ralenti, afin de ne pas être
entraîné trop loin, dans ma charge, avançai d’un
pas, et sautai en arrière, si bien que j’étais prêt à
le recevoir, lorsqu’il riposta.
Je glissai sous son bras, lui expédiai quatre,
ou cinq gnons, dans l’estomac, avant qu’il
puisse reculer. Il se mit à danser d’une jambe
sur l’autre, pour montrer que mes coups ne lui
avaient pas fait mal, mais il ne souriait plus. Il
avait l’air surpris, intrigué. Il était trop bon
boxeur pour être désarçonné, si rapidement.
Dans un combat, on prend un certain
rythme, et on ne peut plus s’arrêter. Le gong
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