La Dernière Héloïse

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Dans la France des années 1920, une jeune provinciale s'éveille à la vie. S'épanouissant dans un cadre fait de silence et de nature, propice aux rêves et aux questionnements, Héloïse détonne dans son milieu traditionnel par ses questions étranges posées aux adultes et par sa soif d'amour absolu. Se nourrissant à la bibliothèque de son père comme à une source vive de sagesse, elle sera l'une des premières jeunes filles françaises à s'inscrire à la Sorbonne pour y entamer des études supérieures. Son monde intérieur subira alors le choc de la capitale et ceux provoqués par des émois esthétiques et sentimentaux insoupçonnés. Au coeur de la France en marche vers la modernité, elle représentera cette "dernière" génération encore guidée par les valeurs ancestrales, religieuses et artistiques, qui ont formé au fil des siècles tant de générations. Court roman d'éducation affirmant le primat du coeur sur l'intellect et captant le parfum d'une France si lointaine déjà, "La Dernière Héloïse" nous recentre sur la question toujours actuelle de notre identité comme sur celle de notre fragile humanité.
Publié le : mercredi 6 mai 2015
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342037470
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EAN13 : 9782342037470
Nombre de pages : 98
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Poésie Survie(non paru) Voyage en pleine lune, 1983 (Ed Les 4 Fils) Sortie vers la lumière du jour, 1988 Guérison par le blanc, 1987 Chant de paix et des espoirs, 1988 L’Annonce de l’aube, 1991 Tête nue sous l’orage, 1994 Poèmes du monde flottant, 1996 Il n’y a rien derrière, 1999 Amor ergo sum, 2000 (Ed. L’âge d’homme) Apsara(Théâtre), 2003 L’Homme décalé § Le café des miracles, 2005 Le Miroir de la poésie, 2006 Sur les hauteurs de Poleymieux, 2007 Le Jardin de Dieu,2012 (Ed. L’âge d’homme) Entretiens au bord du ciel, 2011 (Ed. Baudelaire) Le Chant du coq insomniaque, 2013
Thierry Cozon LA DERNIÈRE HÉLOÏSE Le retour au cœur Volume XIV
Mon Petit Éditeur
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Chapitre 1. L’enfance Héloïse Arduzon de Messey naquit une nuit de tempête et les cris de sa mère égalèrent, dit-on, ceux des éclairs. Oui ! Il en avait fallu d’efforts et de sueur pour que ce nou-vel ange déploie ses ailes ! Ces cris maternels se changèrent en lamentations lorsqu’on informa la comtesse Lucie Arduzon de Messey que, suite à certains dégâts physiologiques irréversibles, les portes de la vie s’étaient en elle à jamais refermées. Héloïse, privée de frère comme de sœur, se développa dans cette exploration existentielle intérieure et l’attitude contempla-tive que favorise la solitude. Très tôt, son génie propre l’inclina vers les rêveries et son goût précoce pour les études littéraires et théologiques ne laissait pas d’étonner ses parents pour qui, les études, dans le cas d’une jeune fille de bonne famille, ne consis-taient, à leur époque, qu’en une nécessaire parascève au but programmé et naturel de devenir épouse puis mère. Prenant leur fille, cet enfant tombé du ciel de leur déception – ô combien plus un fils aurait comblé leurs vœux les plus chers –, telle une étrange orchidée poussant d’une sève exogène, ils laissèrent Héloïse croître par elle-même selon le modèle de l’herbe sauvage. Quant à son instruction et son éducation ils firent pleinement confiance aux sœurs ursulines qui dirigeaient tout près l’Ermitage du Paraclet. C’est ainsi que poussa cette rose en sonhortus conclusus.Hé-loïse demeura appliquée à l’étude pendant toutes ses années d’instruction élémentaire, d’une nature introvertie elle ne pro-
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voquait jamais l’ire ou le déplaisir des bonnes sœurs à son en-droit ni d’aucune de ses compagnes d’école. Ce milieu plutôt terne, clos et non mixte de jeunes filles élevées « à l’ancienne » lui convenait, à partir du moment où elle pouvait vaquer en toute liberté à « la vie de son âme », selon l’expression qu’elle utilisait pour répondre à la supérieure de l’établissement, la mère Rélinde, inquiète parfois de son silence. Cette jeune fille gran-dissait là comme une graine de tournesol, tournée vers le soleil méditatif d’une vie simple, au cœur d’une paisible nature, loin de la grande ville et de ce mystérieux continent que ses compa-gnes nommaient « les garçons ». Son penchant mystique s’affirmait de jour en jour et la conduisit même une fois, alors qu’elle avait à peine treize ans, à construire au fond du parc familial une chapelle de roseaux et de chaume, qu’elle dédia tout simplement à la Sainte Trinité. Nourrie spirituellement par les sœurs, fréquentant l’église catholique avec ses parents lors de la messe dominicale comme des grandes fêtes, elle tenait la Bible pour la plus salutaire des lectures.Ce programme parental fut ainsi appliqué jusqu’à ce qu’Héloïse commençât à leur poser d’abruptes et étranges ques-tions sur des sujets essentiels dont l’existence même n’avait encore jamais effleuré leur cervelle, ou tout du moins, pas selon la forme que leur imposa leur fille. Le Grand Carnage s’était terminé depuis quatre petites an-nées. En octobre mille neuf cent vingt-deux, Héloïse venait d’avoir quatorze années. Par l’une de ces merveilleuses après-midi d’automne qualifiées d’été indien, où toute la forêt semble exploser de couleurs fauves et juste après avoir soufflé ses qua-torze bougies, plantées sur une majestueuse reine-de-Saba cuisinée avec amour pas sa mère Lucie, elle s’adressaex abruptoà son père. C’est de ses grands yeux verts où l’on pouvait voir passer les nuages blancs du ciel comme de ses lèvres parfaites, couleur corail, que nul baiser n’avait encore honoré, qu’elle posa soudainement cette question :
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« Père, pourquoi dans la littérature et plus encore dans la poésie, les histoires d’amour finissent-elles toujours mal ? » Pris au dépourvu par une telle question, si décalée par rap-port à la joie satisfaite et générale qui sied à tout goûter d’anniversaire, le père d’Héloïse qui répondait au prénom de Maxence, se figea. Complètement ébahi et regardant sa fille comme une chatte le ferait d’une autruche, en supposant qu’un tel cas puisse se produire en ce monde, il ne sut que répondre à sa fille et demeura muet de longues secondes. Héloïse voyant l’embarras de son père et croyant lui venir en aide insista : « Oui ! Vous savez ! Je veux dire, pourquoi Léandre finit-il par se noyer ou Pyrame de se tuer croyant, à tort, que celle qu’il aime a été dévorée par une lionne ? » Pour comprendre l’embarras paternel, il nous faut ici, cher lecteur, donnez quelques éclaircissements sur ce bon père de famille. Maxence Arduzon de Messey descendait d’une famille française de vieille souche, originaire de Petite Bretagne, qui avait compté dans ses rangs un amiral sous Henry IV, plusieurs avocats à la cour et même un capitaine décoré pour sa bravoure lors des guerres napoléoniennes. Cependant la plupart de ses ancêtres ne s’aventurèrent point hors de l’exercice du droit et de la magistrature et c’est bien celui de juge de paix qui nourrissait Maxence comme sa famille, bien qu’en sa lointaine jeunesse, attiré par des sphères plus spéculatives et plus immatérielles, il avait envisagé un temps d’entamer des études religieuses pous-sées et même, dans l’élan d’une noble ambition, rêvé de prélature. Ayant hérité de son titre de comte, qu’il n’utilisait jamais, il avait séduit sa future épouse, fille de militaire, par la finesse de son éducation et sa gentillesse naturelle. Leur mariage avait eu lieu dans cette même église dédiée à saint Martin le Miséricordieux, qu’ils fréquentaient le dimanche et les grands jours de fêtes. Mais comme l’antique Palmyre, les châteaux en Bretagne de la lignée s’étaient depuis longtemps évanouis dans
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les sables des siècles et Maxence habitait désormais La Rousse-lière, un manoir dix-septième, modeste, quoique fort honorable par la taille et confortable, composé d’une large maison mère sise route du Fossé-des-Tailleurs, entourée de quelques dépen-dances mais surtout d’un parc superbe essentiellement peuplé de hêtres, de chênes et de châtaigniers. Un beau piano Érard demi-queue en palissandre meublait un coin du grand salon. Sa fille aimait souvent à faire danser les touches d’ivoire noires et blanches. Elle prenait des cours de musique depuis longtemps. Sans talent particulier en ce domaine, elle avait atteint un niveau juste honorable. Maxence coulait donc là, en ce village de C… près de la petite ville de Moulins, entre sa femme, sa fille et sa fonction de juge, la vie ordinaire et somme toute respectable d’un notable de province qui devait cependant parfois se rendre – « monter » comme le disaient les locaux – à la capitale pour certaines affaires demandant plus d’appui politique ou de conseils en science juridique. Héloïse, quant à elle, totalement étrangère au monde des lois ou des règles sociales, s’était, très jeune, retirée au giron de Mi-nerve et, profitant de l’immense bibliothèque familiale, construite générations après générations, s’était adonnée et s’adonnait encore avec passion à la lecture de la grande littéra-ture ; des ouvrages traitant de disciplines religieuses et artistiques, de philosophie et par-dessus tout de poésie ; cette éternelle lumière de la vie sentimentale et spirituelle des peuples qui traverse tous les siècles humains depuis l’aube des temps. Mis à part les grands classiques de l’Antiquité grecque ou ro-maine, les ouvrages des Pères de l’Église, essentiellement ceux de l’Église romaine malgré un saint Jean Chrysostome en douze tomes, les écrivains du Grand Siècle ou encore ceux du Roman-tisme, il se trouvait dans cette bibliothèque toute une section d’ouvrages médiévaux qui témoignaient qu’un de leur ancêtre avait dû jadis faire quelques recherches médiévistes. Ces ouvra-ges étranges attiraient irrésistiblement Héloïse qui ne se privait
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