La deuxième lune

De
Publié par

« …. Il enfilait alors sa tenue et ses bottes, ajustait soigneusement ses gants et son masque et rentrait dans l’Odeur. Le bruit, à l’intérieur était constant. Un chuintement presque imperceptible qui ne surprend pas, mais qui est là, présent, tellement présent. »
« …. La sonnerie déchira l’air. Un hululement qui montait crescendo, saturant tous les espaces sonores, s’immisçant dans tous les creux et les coins. Elle durait longtemps, plus de huit secondes… Il avait compté. »
« Il avait fait ses 6 heures, il pouvait rentrer chez lui. »
La deuxième Lune est le troisième ouvrage de cet auteur qui, dans son style vif et court, décrit sans complaisance les contraintes de nos sociétés hyper structurées et nous convie à une réflexion sur l’évolution d’une planète qui a mis plus de 4 milliards d’années à se stabiliser et vu tant d’espèces la parcourir. Puis, d’un seul coup, disparaître.
Publié le : vendredi 24 juin 2016
Lecture(s) : 0
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791032500378
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Jean-Christophe MARCHAND

La deuxième lune

 


 

© Jean-Christophe MARCHAND, 2016

ISBN numérique : 979-10-325-0037-8

Image

Courriel : contact@laboutiquedesauteurs.com

Internet : laboutiquedesauteurs.cultura.com


 

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

 

C’était un monde organisé. C’était son monde.

Il avait vu un jour, un reportage sur les « cartoneros », ces pauvres bougres qui survivent dans les grandes villes d’Amérique du Sud et Centrale, chargés comme des baudets, ployant sous des montagnes de paquets trois fois plus hautes qu’eux, récupérant les papiers, les cartons, les canettes, les plastiques, glissant entre les rues et les poubelles, dans les ghettos et les immondices. Des kilos récupérés assuraient de survivre, une pièce en cuivre permettait bombance, un billet trouvé rendait roi.

Pour un temps.

Le lendemain, plus tard, il fallait recommencer sa quête et sa recherche.

Lui, il avait de la chance. Il travaillait dans une usine et il avait des gants.

Sa recherche était ailleurs ; il en avait une idée vague mais forte, comme un parfum capiteux qui dérange presque.

 

CHAPITRE 1

 

Il ne se souvenait plus vraiment quand il avait pris sa décision. Mais c’était arrivé sans bruit, presque insidieusement… Quel drôle de mot « insidieusement », qui contient en lui-même, comme la main, ou la pensée, d’une intervention divine – et qu’alors, l’évidence du choix apparaît, brutale.

Il pouvait, par contre, parfaitement, faire une liste des différents constats tout au long de sa vie passée, qui avaient construit, sans doute à son insu, son cheminement mental.

Il n’était dupe de rien. Du moins il le croyait en partie.

 

CHAPITRE 2

 

Il travaillait dans la même entreprise depuis plusieurs années déjà. Les « hasards » de la vie comme on dit.

Les jours où il travaillait, à 5h 15, il se levait. Un coup d’œil à sa montre, un coup d’œil vers le ciel au travers du vasistas qui perçait le toit. La douche, le café. De temps en temps, il allumait la radio pour voir comment tournait le monde, puis il filait par les couloirs, puis par les rues, il sortait de la ville durant quelques kilomètres et se retrouvait alors presque entre deux mondes.

Selon l’époque, le ciel était noir et piqueté d’étoiles, ou commençait à rosir de couleurs indéfinissables, belles comme un premier jour.

Il avait pris l’habitude de s’arrêter au détour d’un virage pour sortir de la voiture et faire quelques pas.

Pendant ces quelques instants, il pouvait aussi sentir une autre odeur. Non plus des humains, mais de la Terre et des arbres, de l’humus et de la rosée du matin. Des bruits aussi, des oiseaux, du souffle de l’air dans les branches, des balancements des feuilles dans la pénombre.

Il reprenait sa voiture et finissait sa route pour finalement s’arrêter près des grands bâtiments gris.

Il enfilait alors sa tenue et ses bottes, ajustait soigneusement ses gants et son masque et rentrait dans l’Odeur.

Le bruit, à l’intérieur, était constant. Un chuintement presque imperceptible qui ne surprend pas, mais qui est là, présent, tellement présent.

De six heures à midi, il triait : cartons durs, cartons mous, bouchons, plastiques, mousses, papiers ; tout le rebut de ce que tout le monde rejette passait en partie dans ses mains.

Il fallait aller vite, car le ruban noir de la chaîne, sur laquelle se déversaient les contenus des camions qui sortaient de la ville, n’arrêtait jamais.

Ce qui n’avait pas pu être trié au premier passage revenait en plus et se surajoutait au déversement régulier et continu qui commençait à l’autre bout de l’usine.

Plus d’une fois, il s’était dit qu’il avait eu de la veine d’être passé aussi vite au tri du carton et du papier.

Au verre, c’était un enfer continuel. Le fracas était infini : verre brisé et chaîne qui tourne, conteneurs qui se vident, soufflerie et broyeuse.

A l’entrée de l’usine, c’était pire. Le bruit, là-bas aussi, était impitoyable, mais en plus, les reliquats de poubelles avaient créé une odeur pestilentielle comme une seconde peau. Un truc qui ne vous lâche jamais. Un peu comme lorsqu’on a mis sa main une fois dans du lisier de porc. Trois jours après, même en se lavant dix fois par jour, çà pue encore !!!

De toute façon, son estomac n’aurait pas supporté. Quand l’odeur était trop forte, il sortait pour vomir, tout expulser.

Il ne parlait à personne : le bruit de la chaîne ne le permettait pas. Et en plus, les postes de travail étaient suffisamment éloignés pour ne pas soutenir de conversations.

Ils échangeaient par gestes. Pour récupérer un tas compressé que la machine n’avait pas déliassé, pour avertir qu’un bout d’acier dépassait, ultime et dérisoire attention dans ce monde du bout du monde ou personne ne faisait attention à personne.

Il triait, jetant devant lui, dans un grand bac tournant sur lui-même, ce qui n’entrait pas dans le recyclage demandé.

C’était dur. C’était physique.

Debout toute la journée, un strapontin d’acier pivotant à hauteur de fesses lui permettait de reposer le dos et les jambes. Mais la position était tellement malaisée qu’il ne pouvait y rester longtemps. Tout était fait pour reprendre le tri au plus vite, car en plus, le strapontin en se dépliant, allumait une lumière dans la salle de contrôle, décomptant alors le temps supposé de repos et surtout la visite du contrôleur de chaîne dans les minutes qui suivaient.

S’il cumulait plus de quatre minutes par heure de tri, assis sur une fesse, un retrait d’1/4 d’heure de paie était effectué sur la prime de rentabilité.

Payé au lance-pierres dans une usine de fin de cycle, rebut lui-même de toute cette chaîne, travailleur de l’inutile, recyclant à l’infini les emballages inutiles d’une société qui transforme tout, ne crée rien et perd son sens commun.

Il avait pensé vingt fois changer de boulot. Rêve ultime de fuite vingt fois répété !

 

CHAPITRE 3

 

Le garde-chiourme arrivait. Caricature de petit chef avec sa blouse bleue et son calot qu’il portait légèrement sur le côté pour se donner un genre ; il avait, au fil du temps, acquis le teint cireux de ceux qui se lèvent la nuit très tôt et restent dans des atmosphères sans air pur, des atmosphères du bout des temps, des atmosphères jamais ravivées par une rafale glacée venue des confins d’une montagne éloignée du tumulte de la ville.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Julien

de librinova

WAR 2.0

de librinova

suivant