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La Femme de Sath

De
186 pages
Au cours des dernières années, les écrits d’Andrée A. Michaud sont parvenus à se forger une place bien à part dans notre littérature. Déjà, en 1987, avec la publication de La Femme de Sath, l’auteure posait les jalons de ce qui allait devenir les traits caractéristiques de son œuvre. Elle revisite aujourd’hui ce premier roman, un suspense psychologique qui avait suscité les éloges de la critique.À travers une écriture sobre et évocatrice, La Femme de Sath dévoile un lieu gorgé de secrets et de mystères. Les mots transportent le lecteur dans ce petit village où il devient presque impossible de distinguer le vrai du faux. De toute façon, la vérité est si insaisissableUne nuit d’automne, à Sath, une petite ville au bord de la mer, descendent du train un homme et deux femmes. À la fenêtre d’une chambre d’hôtel, une vieille dame épie le va-et-vient de ces étrangers qui semblent liés par un étrange destin. Les villageois aussi observent et propagent quelques commérages sur les nouveaux venus, jusqu’au jour où ils découvrent le corps d’une femme rejetée par la marée. Une vingtaine d’années plus tard, quelqu’un découvre, sur le pas de sa porte, un mystérieux carnet, vraisemblablement les notes d’observation de la dame à la fenêtre. Il s’en suivra une enquête pour tenter de faire la lumière sur cette histoire qui a laissé des traces indélébiles dans la mémoire des gens de Sath...
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Extrait de la publicationExtrait de la publicationCollection QA compactDe la même auteure
Rivière Tremblante, Montréal, Québec Amérique, 2011.
Lazy Bird, Montréal, Québec Amérique, 2009.
Mirror Lake, Montréal, Québec Amérique, 2006.
• Prix Ringuet de l’Académie des lettres du Québec.
Le Pendu de Trempes, Montréal, Québec Amérique, 2004.
Projections (en collaboration avec la photographe Angela Grauerholz),
coll. « L’image amie », Québec, J’ai vu, 2003.
Le Ravissement, Québec, L’instant même, 2001.
• Prix littéraire du Gouverneur général 2001,
catégorie « romans et nouvelles ».
• Prix littéraire des collégiennes et des collégiens 2002
(collège de Sherbrooke).
Les Derniers Jours de Noah Eisenbaum, Québec, L’instant même, 1998.
Alias Charlie, Montréal, Leméac, 1994.
Portraits d’après modèles, Montréal, Leméac, 1991.
La Femme de Sath, Montréal, Québec Amérique, 1987.
Extrait de la publicationLa Femme
de Sath
Extrait de la publicationCatalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales
du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Michaud, Andrée A.
La femme de Sath
Nouv. éd.
(Collection QA Compact)
Éd. originale: Montréal : Québec Amérique, c1987.
Publ. à l’origine dans la coll.: Collection Littérature d’Amérique.
ISBN 978-2-7644-2199-4 (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-2329-5 (PDF)
ISBN 978-2-7644-2330-1 (EPUB)
I. Titre.
PS8576.I217F45 2012 C843’.54 C2012-941186-8
PS9576.I217F45 2012

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Québec Amérique
e329, rue de la Commune Ouest, 3 étage
Montréal (Québec) Canada H2Y 2E1
Téléphone : 514 499-3000, télécopieur : 514 499-3010
eDépôt légal : 4 trimestre 2012
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
Révision linguistique : Diane-Monique Daviau
Conception graphique : Isabelle Lépine
Adaptation de la grille graphique : Célia Provencher-Galarneau
Montage : Karine Raymond
En couverture : © Flügelfrei / photocase.com
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés
© 2012 Éditions Québec Amérique inc. et Andrée A. Michaud
www.quebec-amerique.comAndrée A. Michaud
La Femme
de Sath
Extrait de la publicationExtrait de la publicationNouvelle édition revue et corrigée par l’auteure.
Extrait de la publicationExtrait de la publicationÀ ma mère,
et à celui…
Extrait de la publicationMais non, ce n’est pas une femme
qui dans la pénombre se promène sur le rivage,
c’est une ombre qui glisse le long de l’eau.
Arthur Schnitzler, La Pénombre des âmesLA PREMIÈRE FEMME
Il fait froid. On dirait l’automne. Nous sommes
pourtant en juin. Les gens d’ici parlent de la marée
folle. Les gens d’ici… les gens de Sath. Elle
reviendrait tous les cinq ans. Elle : le vent, le froid, la bise
glaciale. Inexorablement. Quand on n’attend plus
que l’été, qu’on ne veut plus du froid.
Elle serait arrivée sur les côtes l’autre nuit, en
même temps que le train. À moins que ce ne soit la
nuit qui précéda, ou celle d’après. Il vient un train
tous les mardis à Sath. Avant, c’était chaque jour.
Avant… on ne sait plus très bien ce que cela veut
dire. Avant l’ennui peut-être, la désolation.
Cette nuit-là, la nuit où la marée folle s’est
déchaînée, deux femmes sont descendues du train, des
femmes que l’on n’attendait pas à Sath, et puis un
homme, que personne n’a vu, personne.
La première femme s’est dirigée vers l’est. On ne
sait pas où elle est allée, pas encore. Certains ont cru
qu’elle montait vers le village, rentrait tout droit à
Extrait de la publicationson hôtel. C’est possible, mais il se peut aussi qu’elle
ait connu quelqu’un à Sath et soit allée rejoindre
cette personne. L’homme, par exemple, celui qui a
quitté le train peu de temps après elle et que
personne n’a remarqué. Ils ont pu se rencontrer à bord
du train et se donner rendez-vous quelque part près
des rochers. Ou alors se croiser dans un couloir,
simplement, et comprendre qu’ils devaient se suivre.
On ne sait pas. On saurait mieux si on avait vu
l’homme, sa silhouette noire au bout du train, mais
on fxait intensément la femme, son corps frêle et
peureux, et la peau blanche du visage, comme une
tache dans la nuit.
La deuxième femme, celle qui a sauté du train
juste avant qu’il ne reparte, a pris la route vers la
mer. Malgré le froid. Elle s’est promenée près des
quais, dit-on, avec des souliers de ville, dans la boue.
On a pu voir ses pistes le matin suivant. Puis on a dit
que cette femme ne devait pas venir à Sath, qu’elle
se rendait plutôt à Noth, à quelques kilomètres au
nord-ouest, d’où elle devait prendre un bateau pour
l’autre continent. On a retrouvé son billet déchiqueté
près des pistes. On a aussi trouvé un long morceau
d’étofe déchirée pendu au bout d’un quai. On pense
que cette étofe peut lui avoir appartenu.
Au matin, cette femme se serait éloignée des
quais. On dit au matin, mais cela peut s’être produit
Extrait de la publicationavant. Pas après, on l’aurait vue. Et puis elle a marché
vers l’est en suivant un sentier où ses pistes se
perdent. On ignore ce qu’elle a fait près des quais, si elle
a simplement regardé la mer ou si elle s’est assise,
couchée quelque part, de même qu’on ignore si elle
avait l’intention de déchirer son billet en partance de
Noth quand elle est descendue là-bas, son passeport
pour l’outre-mer, ou si c’est seulement là qu’elle a eu
cette idée, près de la mer.
On croit que cette femme ne quittera jamais
Sath. L’autre peut-être, pas elle.
Quant à l’homme, celui qui est passé sans se faire
voir, il a suivi la première femme. Il a d’abord
attendu que le train soit reparti, a regardé autour de
lui, puis s’est mis à marcher d’un pas rapide vers le
petit coteau, celui derrière lequel elle avait disparu.
Son ombre s’est perdue au même endroit que la
sienne. Après, la place est demeurée calme jusqu’au
matin. Calme, c’est-à-dire vide, car le vent déjà s’était
mis à soufer.
Malgré ce calme, des ombres jusqu’à l’aube
apparurent aux fenêtres de Sath, des silhouettes pâles
éveillées par le vent, des visages anxieux qu’une
faible lueur reconduisait bientôt vers les chambres
humides. De toute la nuit, pourtant, aucun des veilleurs
n’aperçut l’homme. Seules les deux femmes furent
vues des gens de Sath.C’est ce qu’on a dit, mais on peut supposer que
tous ces gens aient préféré se taire, garder pour eux
ce qu’ils avaient pu voir. Il y a un grand silence, à
Sath, qui se faufle à travers les rumeurs, épouse les
détours du vent.
Depuis cette nuit, toutefois, la femme qu’on avait
vue descendre la première semble avoir disparu.
Quant à l’homme, on ne sait encore rien de sa
présence à Sath.
La deuxième femme, elle, vient de réapparaître.
C’était prévu. Elle s’est rendue à l’hôtel, le seul qui
reste à Sath, où elle a demandé une chambre avec vue
sur la mer. Ses cheveux étaient mouillés, dit-on, et
son manteau déchiré, là, juste au-dessus de la jambe.
Par décence, on n’a pas osé regarder la jambe, mais il
est probable que les bas aient été déchirés aussi, et
que sous ces bas eflochés, la peau ait porté la
marque d’une quelconque blessure.
On a tout de suite pensé qu’elle s’était blessée en
essayant de grimper sur les rocs ou en sautant du
train, la nuit d’avant. À moins qu’elle se soit
écorchée aux buissons qui bordent la route, quand on
remonte vers le village. Personne n’a parlé des quais,
c’est pourtant là qu’elle est allée. Peut-être à cause du
morceau d’étofe qu’on a trouvé là-bas, parce qu’il ne
correspondrait pas au tissu du manteau ou à la forme
de la déchirure.
Extrait de la publicationIl se pourrait aussi que ce bout de tissu ait été là
depuis longtemps et qu’on ne l’ait pas remarqué, ou
bien qu’il appartienne à quelqu’un d’autre, passé par
là entre la nuit et l’aube. En ce cas, cela suppose une
deuxième série de pistes près des quais. Personne
n’en a fait mention. Peut-être simplement parce qu’on
ne les a pas vues, qu’on n’a pas remarqué la diférence
à peine visible des empreintes à demi efacées par la
pluie. Car il a plu, cette nuit-là, une pluie de glace qui
tombait dru et n’a cessé qu’avec le jour.
Il faudrait retourner près des quais pour
réexaminer les pistes et le morceau d’étofe. Quelqu’un ira
peut-être, quelqu’un qui voudra en savoir davantage
sur cette femme, sur les raisons de sa présence à Sath.
Car d’elle, on ne tirera rien. Elle ne sait même pas
pourquoi elle a sauté du train. Elle attend de
l’apprendre, attend que Sath lui révèle enfn pourquoi. Cela
se voit dans sa façon d’errer. Aussi s’est-on abstenu
de la contredire quand elle a mentionné au portier de
l’hôtel qu’elle ne resterait qu’un jour ou deux, que c’est
pourquoi elle n’avait pas de bagages, seulement ce
petit sac avec presque rien dedans. On a fait signe
que oui, et on lui a donné la chambre qu’elle voulait.
Elle est là, maintenant, dans sa chambre. Elle est
assise au pied du lit et elle attend. Sa tête est vide, ses
cheveux sont mouillés, et elle attend.
Extrait de la publicationElle se souvient vaguement d’un homme et d’une
femme, sur le bord de la mer. Ils ne se disent rien, ne
se regardent pas, et marchent. Elle se demande s’ils
ont marché ainsi toute la nuit, côte à côte, ou s’ils se
sont arrêtés, abrités quelque part en attendant le jour.
Au fond, elle préfère ne pas trop s’interroger, ne les
imaginer que comme elle les a vus, marchant et
silencieux, et ignorer ce qu’ils ont fait de cette
interminable nuit, penser que ce fut simplement une nuit.
***
Il fait presque noir. Dans la chambre, la femme s’est
levée. Elle s’est dirigée vers la fenêtre et a soulevé les
rideaux. Elle n’a pas retiré son tailleur, pas coifé ses
cheveux, pas lavé sa blessure. Elle devine qu’il y a la
mer, en bas, tout au bout de la plage. Elle voit cela aux
taches blanches formées par l’écume des vagues dans
l’obscurité, mais elle ne peut apercevoir l’homme et
la femme qui marchent, elle ne peut soupçonner que
la mer.
Elle se demande ce qui l’a prise de débarquer
dans ce village où il n’y a que la mer et le froid,
pourquoi elle a choisi de suivre cette femme qu’elle ne
reverra probablement plus, ou qu’elle ne voudra plus
revoir. Mais qu’aurait-elle pu faire ailleurs, sinon
recommencer sa quête à chaque escale, sinon suivre
une femme, toujours une autre, jusqu’à la mer,
jusqu’au désert, qu’importe.
Extrait de la publicationExtrait de la publicationExtrait de la publication

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