La Fille du roi Arthur - Tome 1 - L'Épée de Lumière

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Le roi Arthur est mort, tué par son neveu Mordred. Plus personne ne se dresse désormais entre le trône de Camelot et le chevalier des ténèbres... Personne ? Excepté Rihanna. Élevée sur l’île magique d’Avalon, l’adolescente vient de découvrir sa véritable identité : elle est la fille cachée du roi Arthur Pendragon, la gardienne de la Table Ronde ! Mais son histoire ne fait que commencer. Avant de reprendre le pouvoir, il lui faudra prouver sa bravoure et gagner la loyauté de ses sujets. Car c’est toute une armée, celle de son père, qu’elle va devoir mener à la bataille si elle veut ramener la Lumière dans le royaume...
Publié le : mercredi 8 avril 2015
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EAN13 : 9782012041127
Nombre de pages : 320
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À Mary

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Alba : jument blanche d’Avalon, cheval de brume de Rhianna.

Arianrhod : ancienne servante de la fée Morgane, à présent au service de Rhianna. Elle porte sur la joue une cicatrice en forme de pentacle.

Cynric : chef des Saxons.

Dame Isabelle : gouvernante des damoiselles de Camelot.

Elphin : prince d’Avalon et fils unique du seigneur Avallach.

Étoile du Soir, dit Étoile : étalon blanc d’Avalon, cheval de brume d’Elphin.

Fée Morgane : magicienne, sœur du roi Arthur et mère de Mordred, à présent morte. Son esprit conseille Mordred depuis Annwn.

Gareth : écuyer, rival de Kay.

Kay : jeune écuyer de Camelot, appelé à devenir le champion de Rhianna.

Merlin : druide du roi Arthur. Mi-humain, mi-avalonien, il est capable de pratiquer la magie dans le monde des hommes.

Messire Agravain : vieux chevalier grincheux.

Messire Bedivere : jeune chevalier surnommé « Mains Douces » à cause de sa tendre nature.

 

Messire Bohort : meneur des chevaliers d’Arthur.

Messire Lancelot : le meilleur chevalier d’Arthur.

Mordred : cousin de Rhianna et prétendant au trône ; fils de la fée Morgane.

Nimue : la Dame du Lac (ou fée Viviane), qui s’empare d’Excalibur après la mort d’Arthur.

Reine Guenièvre : mère de Rhianna. Nul ne sait où elle se trouve.

Rhianna Pendragon : fille du roi Arthur, élevée en Avalon.

Roi Arthur : roi d’Angleterre. Son spectre apparaît à Rhianna, tandis que sa dépouille repose en Avalon, attendant de renaître.

Sable : poney de Kay, volé aux Saxons.

Seigneur Avallach : souverain d’Avalon et père d’Elphin. Meneur de la Chasse Sauvage.

Le shadrake : dragon venu d’Annwn, crache de la glace, non du feu, et chasse entre les mondes.

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Quatre Lumières se dressent contre les ténèbres :

L’épée Excalibur, forgée en Avalon,

la Lance de Vérité, fabriquée de main d’homme,

la Couronne des Rêves,

qui dissimule le joyau d’Annwn,

et le Graal qui contient, dit-on,

toutes les étoiles du ciel.

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Le jour qui suivit la mort du roi Arthur, Mordred, son assassin, ouvrit les yeux ; il vit la lueur tremblante d’une bougie et de la roche humide. Il y avait eu des cauchemars, des hurlements et des souffrances en quantité. Des souffrances atroces, telles que son corps choyé n’en avait jamais éprouvé auparavant.

Le pire était toutefois passé. Sa silhouette meurtrie remua dans l’ombre et ses doigts se refermèrent sur du métal froid. Ce n’était pas sa hache – il l’avait perdue sur le champ de bataille de Camlann, en même temps que sa main droite –, mais un miroir magique que sa mère lui avait remis avant de quitter le monde des hommes.

Mordred souffla sur le verre noir, et l’image de la fée Morgane apparut dans un tourbillon. Belle, des cheveux d’un noir de jais, elle paraissait avoir rajeuni de vingt ans depuis le jour de sa mort.

— Qui commande au Graal ? demanda-t-il.

Le visage de sa mère vacilla.

— La personne qui porte le nom de Pendragon.

— C’est donc moi qu’il sert désormais ? s’enquit Mordred avec impatience.

Même morte, Morgane pouvait se montrer d’une agaçante imprécision.

— Je n’en suis pas sûre. Tout est très flou… Je vois quelqu’un, une fille…

Mordred jeta le miroir à l’autre bout de la caverne.

— Non ! mugit-il. Arthur n’a pas eu de fille ! Nous l’aurions su !

Il avait remporté le combat. Il avait tué Arthur Pendragon, grand roi des hommes et gardien de la Table ronde. Ses espions s’étaient déjà mis en quête de l’Épée de Lumière et de la Lance de Vérité. La Couronne des Rêves, qu’un dragon avait arrachée au cadavre de son oncle sur le champ de bataille, lui revenait de droit. Dès qu’il mettrait les mains – la main, maudite soit-elle – sur le Graal, il retrouverait beauté et vigueur, et le monde entier se prosternerait à ses pieds. Mais à présent, ceci ! Un autre prétendant au trône !

Les dents serrées, il roula sur le côté, s’écartant de la saillie rocheuse qui lui servait de couche. Il ne pouvait marcher car son cheval, cet imbécile, lui avait brisé la jambe en s’écroulant sur lui. Il rampa sur le sol ; son moignon, enveloppé dans un bandage, laissa derrière lui une traînée sanglante. Les traits de sa mère étaient déformés par une craquelure du miroir, semblable à la balafre qu’il portait au visage, tailladé par l’épée d’Arthur.

— Où ? siffla-t-il. Où est-elle ? Elle doit mourir !

L’image de la magicienne se troubla, tandis qu’elle paraissait vieillir, puis rajeunir de nouveau.

— En Avalon, hors de notre portée. Mais plus pour très longtemps, me semble-t-il.

— Que voulez-vous dire ? Cessez donc de parler par énigmes !

Sa mère sourit.

— Je veux dire que, pour une fois, il te faudra être patient, Mordred. Guéris, mon beau garçon. Reprends des forces. Montre-toi aussi rusé que le dragon aux aguets dans son repaire. Laisse la fille venir à toi. Ils ont emporté la dépouille du roi dans les brumes enchantées. Si une seule goutte du sang d’Arthur coule dans ses veines, elle viendra. Tu pourras alors la tuer – ou en faire ton esclave, à ta guise. Ce n’est qu’une jouvencelle, après tout. Elle a grandi dans un palais de cristal protégé par la magie, où la mort et la maladie n’existent pas. Le monde des hommes la bouleversera. Elle ne risque pas de mener des chevaliers à la bataille, n’est-ce pas ? Quelle menace pourrait-elle donc représenter ?

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Une jouvencelle vit au palais d’Avalon,

Son esprit le plus pur d’entre tous.

Cœur vaillant et cheveux de feu,

Mortelle damoiselle au nom tenu secret.

Rhianna se baissa sur l’encolure de sa jument pour éviter une autre branche. Des brindilles s’accrochèrent à sa natte, arrachant quelques brins cuivrés, ce qui lui fit monter les larmes aux yeux. Autour d’elle, dans le bois doré, elle distinguait les silhouettes pâles et indistinctes de ses rivaux, lesquels se faisaient brume afin d’esquiver les arbres. Alba, qui appartenait au troupeau des chevaux avaloniens, aux robes couleur de lune, était évidemment capable du même prodige. Mais si Rhianna laissait la jument se faire brume comme les autres montures, la jeune fille tomberait et tous se moqueraient d’elle.

Elle poussa Alba à se placer à la hauteur d’Étoile du Soir, le petit étalon du prince Elphin.

— Que t’arrive-t-il ? lui demanda-t-elle en galopant à ses côtés. Tu crains de te cogner à un arbre ?

Rhianna ne put saisir la réponse de son ami. Alors que celui-ci repoussait une branche de son visage, elle vit l’air scintiller et, se rendant compte qu’il perdait du terrain, elle afficha un large sourire.

Je peux accélérer l’allure, dit Alba, stimulée par la cavalcade.

— Va donc ! ordonna Rhianna.

Elle dépassa deux Avaloniennes. Comme Alba contournait un autre arbre, Rhianna se fit une petite frayeur : elle glissa légèrement sur le côté, mais se redressa de justesse en s’agrippant à la crinière. L’excitation battait dans ses veines tandis qu’elle apercevait le miroitement de l’eau entre les feuilles. Elle l’emporterait aujourd’hui, à condition qu’elle garde son sang-froid. Il fallait un certain temps pour qu’opère la brume magique, or, sans ce sortilège, ses adversaires n’oseraient foncer dans le bois. Au pire, les cavaliers qui se trouvaient en tête lui lanceraient quelques pommes quand elle passerait devant eux.

Rhianna se risqua à lever les yeux. La plage menait à une ancienne jetée qui disparaissait dans la brume : c’était là qu’ils étaient convenus de terminer la course. Ils ne pouvaient aller plus loin sans entrer dans la mer enchantée, laquelle dissimulait l’île d’Avalon au monde des hommes.

Le frisson que lui procurait la folle chevauchée s’estompa. Plus que tout, Rhianna désirait visiter la terre des hommes et se mettre en quête de ses vrais parents. Cependant, personne ne voulait lui dire qui ils étaient, ni même s’ils étaient encore en vie ; tous faisaient la sourde oreille lorsqu’elle les suppliait de lui expliquer comment traverser les brumes. Un jour, elle partirait seule, à la nage. Cela leur apprendrait…

Chemin bloqué ! hennit Alba, qu’une brindille pointue venait de heurter au poitrail.

À la vue de l’arbre couché, trop haut pour être franchi d’un bond, Rhianna tira désespérément sur les rênes. Elle s’aplatit sur l’encolure de la jument et la sentit se faire peu à peu brume sous elle. Puis une branche la frappa au front et la jeune fille sombra dans les ténèbres.

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Une ombre remua dans l’obscurité. Elle crut percevoir un murmure. On aurait dit une question : Qui commande au Graal ? Terrifiée, Rhianna entrevit un pan de roche ensanglantée.

Puis elle entendit un chant, et le jour réapparut.

— Rhia ? Rhianna ? Réveille-toi, je t’en prie !

La frayeur pointait dans la voix d’Elphin.

La jeune fille ouvrit les yeux, éblouie par le ciel violet derrière un rideau de feuilles qui tombaient. Le vif éclat automnal mouchetait ses jambes. Des pommes étaient éparpillées autour d’elle. Elle sentit le doux nez d’Alba, qui lui chatouillait l’oreille. Pardon, souffla la jument. Une odeur suave planait dans l’air – l’odeur de la magie. C’était sûrement Elphin qu’elle avait entendu chanter dans son rêve.

Elle s’assit en gémissant et porta la main à son front avant d’examiner ses doigts poissés de sang. En dépit d’un affreux mal de tête, elle parvint à sourire à son ami. Rhianna, seule mortelle de son âge en Avalon, avait dû supporter nombre de railleries au fil des ans. Les enfants se moquaient de ses mains, qui ne comptaient que cinq doigts dont un pouce, de sa chevelure rousse, de son nez couvert de taches de rousseur, de sa voix sonore qui massacrait les chants anciens et, par-dessus tout, de son incapacité à maîtriser ne serait-ce qu’une once de magie, bien qu’elle vive entourée de prodiges au quotidien. Cependant, contrairement aux autres, Elphin ne la taquinait jamais. Sans doute parce que le fils unique du seigneur Avallach la considérait comme une sœur.

— J’imagine que je n’ai pas remporté la course ? fit-elle d’une voix enrouée.

Une lueur de soulagement apparut brièvement dans les yeux de son ami, lesquels avaient viré au violet tant il s’était inquiété. Il passa la main dans ses boucles sombres et ses doigts supplémentaires se contractèrent légèrement – à croire que la harpe d’Elphin leur manquait.

— Je crois que les brumes se sont ouvertes, dit-il. J’ai aperçu une ombre étrange. Puis tu es tombée.

Rhianna secoua la tête – une erreur. Les feuilles et le ciel tournoyèrent autour d’elle, lui donnant la nausée.

— On m’a fait tomber, insista-t-elle. Ce n’est pas pareil. Cela fait des années que je n’ai pas chuté, pas depuis que j’ai appris à communiquer avec Alba.

Elle regarda la plage, où les autres chevaux de brume piaffaient sur le sable tandis que leurs cavaliers se massaient sur la jetée en désignant quelque chose dans l’eau.

— Pourquoi n’as-tu pas continué ? reprit Rhianna. Tu aurais peut-être pu me battre, pour une fois.

— Et t’abandonner ici, gisant à terre ? Ne sois pas idiote. Cette course m’importe peu.

Elle sourit.

— Voilà pourquoi tu perds tout le temps.

— Tu es folle, Rhianna, soupira Elphin. Quelle idée de galoper si vite à travers bois, sans même pouvoir utiliser la magie pour écarter les branches de ton passage ! Pourquoi as-tu agi ainsi ? Si Alba s’était faite brume en contournant un arbre, tu aurais pu te briser le cou !

— Il aurait alors suffi à ton peuple de fredonner un air pour que j’aille mieux, pas vrai ? répliqua la jeune fille.

Pourtant, jetant un coup d’œil à la jument, elle s’en voulut. Alba avait baissé sa belle tête argentée. Ses flancs écumants se soulevaient avec effort. Elphin avait raison. Rhianna devait s’efforcer de penser un peu aux autres. Et si c’était lui qui avait été désarçonné, alors qu’il était censé la protéger et faire en sorte qu’il ne lui arrive rien ? Les chances pour que le seigneur Avallach autorise un jour Rhianna à visiter le monde des hommes auraient été réduites à néant.

— Un cou brisé requiert davantage qu’un chant de guérison, déclara Elphin avec sérieux. Tu aurais été contrainte de dormir de longues années dans les cavernes de cristal avant que nous puissions aider ton âme à retourner dans ton corps. Et à ton réveil, j’aurais été un vieil homme.

Rhianna lui fit une grimace.

— Ça en aurait peut-être valu la peine ! Au moins, j’aurais enfin découvert vos mystérieuses cavernes.

En dépit de ses nombreuses tentatives, la jeune fille n’était jamais parvenue à franchir la barrière de sortilèges qui protégeait les profondeurs du palais du seigneur Avallach.

— Cela n’a rien d’amusant, rétorqua Elphin, les sourcils froncés. Quoi qu’il en soit, une barque est sur le point d’accoster. Ton accident est survenu à point nommé : en galopant jusqu’au bout de la jetée, Alba et toi auriez sûrement provoqué un naufrage. Nous ferions mieux de rentrer au palais afin d’informer mon père que nous avons des visiteurs. Ensuite, je jouerai de la harpe pour soulager ton mal de tête. Tu es capable de remonter à cheval ?

— Évidemment. Ce n’est pas une petite chute qui va m’en empêcher. Du reste, ma tête n’a rien du tout.

Elle mentait. La douleur, atroce et bien humaine, lui martelait les tempes. Prise d’un léger vertige, elle s’appuya contre l’encolure d’Alba et caressa la pâle crinière. Elle se rappela quelque chose à propos d’un « graal »… sans savoir de quoi il s’agissait.

Et si tu me ramenais en me tenant par la bride ? proposa la jument.

— Pas question. Les humains sont plus robustes que tu le crois.

Elle fit mine de ne pas voir la main tendue d’Elphin et fouilla l’endroit des yeux. Apercevant une souche, elle y grimpa. Elle vit alors ce qui avait attiré l’attention des autres, sur la plage. Une petite embarcation était sortie de la brume. Dès que celle-ci atteignit les eaux peu profondes, près du rivage, un homme bondit dans les flots écumeux. Il était vêtu d’une robe grise à capuchon. Rhianna sentit un frisson la parcourir. Ce ne pouvait être un Avalonien – le peuple d’Elphin détestait se mouiller les pieds. L’individu était grand, même pour un mortel, et lui parut familier.

— Merlin !

Un large sourire aux lèvres, la jeune fille sauta à terre et se dirigea vers la jetée en compagnie d’Alba.

— Tu peux retourner à ta harpe, si tu veux, lança-t-elle à Elphin. Un événement important a dû survenir dans le monde des hommes.

Le prince grimaça, puis fit passer ses rênes par-dessus les oreilles de sa monture et suivit Rhianna.

Tandis que le vieux druide rangeait ses rames et se frottait le dos, les Avaloniens, curieux, s’étaient regroupés autour de la barque. Rhianna se prépara à affronter les railleries de ses rivaux, mais, quand elle émergea des arbres en compagnie d’Elphin, tous se turent et reculèrent pour leur livrer passage.

Merlin rejeta son capuchon vers l’arrière. Des plumes de faucon étaient tressées dans sa barbe blanche peu fournie. Il posa un regard d’un bleu délavé sur Rhianna et le prince.

— J’aurais dû me douter que vous ne tarderiez pas à vous montrer, tous les deux, grommela-t-il.

— Faha’ruh, Merlin, dit Elphin en portant la main à son front – le salut officiel en Avalon.

Merlin fronça les sourcils.

— Tu as bien grandi, à ce que je vois. Gardons ces cérémonies pour plus tard, veux-tu ? Nous n’avons pas de temps à perdre : que mon voyage ait quelque utilité.

Rhianna observa le vieux druide d’un air méfiant. Il lui rendait souvent visite afin de prendre de ses nouvelles, surgissant tout aussi soudainement des brumes, sans fournir la moindre explication. D’ordinaire, il la regardait comme si elle avait été une agaçante motte de terre qui aurait souillé sa sandale. Ce jour-là, cependant, elle lut de la pitié dans ses yeux pâles. Un peu embarrassée, elle effleura la bosse qui ornait son front. Saignait-elle encore ? Pourtant, ce n’était pas son visage que Merlin contemplait. Mais, à l’instar du groupe de cavaliers, l’intérieur de l’embarcation.

Elphin laissa échapper un murmure attristé. Rhianna vit alors un homme étendu dans le fond du bateau ; il était en partie recouvert par un bouclier cabossé, décoré d’un dragon de gueules, sous lequel elle aperçut d’atroces blessures. Sa tête, maculée de sang séché, reposait sur une cape roulée autour de laquelle s’étalaient ses cheveux châtains striés de gris. Ses mains étaient croisées sur sa poitrine, au-dessus de l’écu, et ses bottes encore crottées – une boue jaune, différente de la terre sombre et fertile d’Avalon.

Elle eut le temps de remarquer ces détails avant que Merlin ne serre son épaule de ses doigts noueux.

— Le jeune Mordred a fini par le tuer ! annonça-t-il. Tu es désormais notre seul espoir. Un petit bout de femme comme toi. Que Dieu nous vienne en aide !

Les autres lui jetèrent des regards obliques. Quelques jeunes Avaloniennes émirent de petits rires nerveux. Rhianna, qui qu’elle soit, n’était pas « un petit bout de femme ».

L’homme allongé dans le fond de la barque avait fait naître en elle une certaine jalousie. Qui pouvait-il être ? Quelque héros, sans nul doute. Après leur mort, seuls les preux étaient autorisés à traverser les brumes enchantées. Un jour, quand il serait prêt à renaître, il rejoindrait la Chasse Sauvage qui chevauchait dans le monde des hommes, en quête des âmes égarées – tandis qu’elle, Rhianna, resterait coincée ici.

Soudain, elle en eut assez des moqueries des Avaloniens. Assez qu’ils pensent qu’elle n’arriverait jamais à rien, parce qu’elle était une humaine à la voix affreuse, qu’elle n’avait pas le bon nombre de doigts et qu’elle ne maîtrisait pas la magie.

— Je ne suis pas un petit bout de femme ! affirma-t-elle, se redressant de toute sa hauteur et repoussant la main du druide. Je suis plus grande que n’importe qui d’autre sur cette plage – à part vous et cet individu couché dans votre bateau. J’ai assez de forces pour faire le tour de l’île à la nage, je suis capable de danser jusqu’à l’aube et je chevauche plus vite que quiconque en Avalon. Elphin vous le dira ! D’habitude, je remporte toutes nos courses.

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