La Forteresse de Feu

De
Publié par

Juin 2010, la NASA vient d'achever le montage de la Station Spatiale Internationale lorsqu'au cours de la dernière mission de navette, la navette Endeavour s'écrase contre le bâtiment d'assemblage des véhicules spatiaux américains causant plusieurs centaines de morts.24 heures plus tard, un véhicule de ravitaillement de la station s'écrase à son tour sur un port de plaisance normand, faisant également de très nombreuses victimes. Simultanément, trois astronautes prennent le contrôle de l'ISS et menacent de lancer une bombe atomique sur une grande ville si leurs exigences ne sont pas satisfaites. La NASA et l'ESA n'ont que sept jours pour agir et un seul homme peut les aider mais il traverse une grave dépression nerveuse.
Publié le : jeudi 7 août 2008
Lecture(s) : 99
EAN13 : 9782304015546
Nombre de pages : 289
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

2
La Forteresse de Feu

3DU MEME AUTEUR
AUX ÉDITIONS LE MANUSCRIT
Les Lumières de Jupiter, Science Fiction, 2003.

Antoine Meunier
La Forteresse de Feu

Thriller
5
















Copyright 2007 by Antoine Meunier. Tous droits
réservés

© Éditions Le Manuscrit, 2008
www.manuscrit.com

ISBN 978-2-304-01554-6 (livre imprimé
ISBN 13 : 9782304015546 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01555-3 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304015553 (livre numérique)
6
7






. .

10 La Forteresse de Feu

PROLOGUE

L’avion déchirait la nuit à une vitesse de
croisière de 400 Km/h au-dessus de la
HauteSavoie, ses quatre turbopropulseurs brisant le
silence. Mais huit mille mètres plus bas,
personne ne pouvait l’entendre. Il s’agissait d’un
Lockheed Hercules C-130 comme on en
trouvait dans la plupart de certaines armées
européennes, et bien entendu dans l’armée de
l’air française. Ce lourd avion de transport se
dirigeait vers la base aérienne d’Istres dans le
sud-est de la France. Dans ses soutes, il
emportait des lots de pièces détachées destinés
aux avions de l’Ecole du Personnel Navigant
d’Essais et de Réception, l’EPNER. C’était
l’établissement qui avait notamment formé les
pilotes d’essais du Rafale ou encore de l’Airbus
A380.
Un vol de transport tout ce qu’il y avait de
plus classique, sauf que les quatre hommes
vêtus pour un saut en parachute de nuit
11 La Forteresse de Feu
n’avaient, eux, rien de classique. Habillés de
combinaisons en Néoprène noir, leur
équipement se composait d’un
pistoletmitrailleur MP-5 à silencieux, d’un pistolet
automatique Glock 9 mm avec chargeur de
quinze cartouches, de six grenades paralysantes,
de lunettes de vision nocturne, d’un couteau de
combat et d’une paire de skis chacun. L’un
d’entre eux disposait même d’une arme
hypodermique et d’un fusil à lunettes.
Ce singulier quatuor, casqué et sanglé,
attendait silencieusement assis sur
l’inconfortable banc d’habitude réservé aux
hommes de troupe, masque à oxygène vissés
sur le visage. Il ne partait pas pour une
promenade de santé.
Une voix résonna dans leur casque, celle du
pilote.
– Une minute…
Mu par un mouvement automatique, les
quatre hommes se levèrent simultanément et
s’approchèrent de la porte de soute qui
commençait à s’abaisser. Aussitôt, un air glacial
s’insinua à travers la carlingue mais ils n’en
étaient nullement gênés grâce à leur
équipement. Le ciel complètement dégagé leur
permettait de distinguer les montagnes, revêtues
d’un épais manteau blanc, qui défilaient à toute
allure. La voix du pilote résonna une seconde
12 Prologue
fois : « Préparez-vous… cinq secondes. Quatre,
trois, deux, un… Go ! »
Sans hésiter, les quatre parachutistes se
jetèrent dans le vide à plus de huit mille mètres
d’altitude. Derrière eux, l’Hercules continuait
son vol vers Istres, comme si de rien n’était. A
plus de 200 km/h, ils fendaient l’air, pile
audessus de leur objectif : le massif des Dents du
Midi qui culminait à un peu moins de
3 300 mètres et surplombait la station suisse de
sports d’hiver de Morgins. Elle n’était séparée
de la France que par une étroite vallée tapissée
de sapins, dominée par le domaine skiable du
village de Châtel, côté français. C’était
justement là que les quatre hommes
atterriraient. A 5 000 mètres d’altitude, le leader
du groupe ne prononça qu’un mot par radio :
« Top ! ». Et aussitôt, quatre voilures noires se
déployèrent dans un imperceptible crissement.
Les quatre hommes descendaient maintenant à
la vitesse de 20 km/h, tout en jouant sur leurs
suspentes pour se diriger. Ils planèrent
silencieusement vers une crête qui culminait à
2100 mètres d’altitude : la tête du Linga qui
dominait une partie du domaine skiable de
Châtel. De l’autre côté du versant de la vallée
sur la Suisse, la vue était superbe. Mais chacun
des membres du commando se concentrait sur
le pilotage de son parachute, teint en noir
d’ébène pour se confondre avec la nuit.
13 La Forteresse de Feu
Leur vol allait bientôt s’achever car la
montagne se rapprochait. Tout en tenant
compte du vent, qui était fréquent au sommet
de cette montagne, ils obliquèrent directement
vers le Linga. Le chef du commando leur lança
quelques mots brefs par radio.
– Leader à tous, nous y sommes les gars. J’y
vais le premier. On se pose à intervalle de dix
secondes.
– Roger, répondirent en cœur les trois autres
parachutistes.
Malgré l’inclinaison prononcée de la pente,
d’où émanaient quelques rochers, ils se posèrent
sans le moindre problème. Dès que leurs pieds
touchèrent le sol, ils s’empressèrent d’affaler
leur parachute afin d’éviter qu’une brusque
rafale de vent ne les fasse quitter la paroi. Tout
se déroula dans le plus grand silence. Mis à part
eux, il n’y avait absolument personne. Sur leur
gauche, les pylônes d’un télésiège revêtaient un
aspect fantomatique. En silence, ils replièrent
les voiles qu’ils enfouirent ensuite après avoir
creusé chacun un trou d’un demi mètre de
profondeur. Ils les rebouchèrent de manière à
ce que rien ne puisse trahir leur présence. Vint
ensuite la vérification de leur équipement
individuel. Avec un professionnalisme frisant le
fanatisme, chaque arme, chaque instrument de
leur mission fut contrôlés et dès qu’ils furent
prêts, ils chaussèrent leurs skis.
14 Prologue
Réglant leurs lunettes de vision nocturne en
mode infrarouge pour repérer toute source de
chaleur vivante, ils s’élancèrent à l’assaut de la
paroi. Ils devaient parcourir environ deux cents
mètres avant de déboucher sur une cuvette qui
se terminait ensuite vers la piste en forêt, qui
permettait aux skieurs de retourner sur Châtel.
Regroupés sur un bout de corniche, leur regard
embrassa de droite à gauche le versant amont
de la montagne. Leur objectif était un chalet
coincé au pied de la piste et entouré de sapins.
Puis, tout en conservant une formation en file
indienne, le commando glissa jusqu’à l’autre
bord de la cuvette, laissant derrière lui un
profond sillon dû aux soixante centimètres de
neige fraîche tombés la veille. Dans un style
impeccable, ils godillèrent ensuite le plus près
possible des sapins. C’était un passage difficile,
qui en tant normal était le domaine réservé de
quelques skieurs hors-piste.
Quelques instants plus tard, ils atteignirent le
chalet et se postèrent prudemment à une
trentaine de mètres derrière les arbres.
L’intérieur de la maison paraissait parfaitement
endormi, seule demeurait une lumière allumée
dans ce qui devait sûrement être le salon. A
l’extérieur, deux hommes, emmitouflés dans
d’épais anoraks de ski, faisaient les cent pas de
part et d’autre du balcon qui cernait la maison.
Juste devant, deux scooters des neiges étaient
15 La Forteresse de Feu
garés. Les deux hommes en anoraks n’avaient
absolument pas remarqué l’arrivée silencieuse
des quatre skieurs nocturnes, embusqués
chacun à moins de trente mètres derrière les
sapins.
– Parfait. Déployez-vous, ordonna le chef du
groupe.
Immédiatement, ses trois hommes firent le
tour par la forêt pour se placer aux trois autres
points cardinaux du chalet, les yeux couverts de
leurs lunettes à vision nocturne.
– Bleu Leader à tous faites-moi un balayage
scanner, reprit-il par radio. Je veux savoir
combien de types, il y a dans cette baraque.
Leur appareil visuel était une véritable
merveille technologique qui leur permettait
aisément de voir un homme à travers un mur.
Le moindre être vivant ne pouvait échapper au
scanner ultrasensible de leurs jumelles.
– Ici Bleu trois, dit l’homme au nord. A part
les deux sentinelles à l’extérieur, il y a deux
autres hommes affalés dans le canapé du salon
en train de regarder la télé. Attendez leader… Il
y en a encore deux autres à l’étage. Visiblement
endormis, cela ne devrait pas être difficile de se
débarrasser d’eux.
Pour Bleu trois qui se trouvait à l’Est de la
maison, la situation semblait relativement
simple car il n’y avait qu’un seul homme de ce
côté-ci du chalet.
16 Prologue
– Numéro trois à leader, murmura-t-il dans
sa radio. J’ai repéré notre objectif. Sa chambre
se trouve exactement au centre de la façade Est
de la maison. Je ne détecte qu’une seule source
de chaleur.
Apparemment, la situation se présentait
plutôt bien et le commando ne devait avoir
aucun mal à se rendre maître du chalet.
– On va se les faire un à un. Bleu quatre, à
vous la sentinelle sur le balcon ouest, je prends
celle à l’est. Gaffe aux fenêtres. Aux autres,
regroupement devant la porte d’entrée dans
trois minutes.
Aussi silencieusement que possible, les deux
commandos atteignirent le bas de la maison.
Masqués par les escaliers, les deux hommes qui
montaient la garde n’avaient absolument rien
entendu de suspect. Ils s’arrêtèrent un instant
pour allumer chacun une cigarette. Echangeant
quelques mots, leur accent était typique d’un
pays du Moyen-Orient. Ils reprirent ensuite leur
ronde monotone autour de la maison.
Mettant à profit ce bref répit, les deux
parachutistes se postèrent chacun à un angle du
chalet tout en évitant de se faire voir par les
fenêtres. Ils dégainèrent leurs couteaux et
attendirent. De chaque côté, les deux gardes
marchaient d’un pas régulier qui résonnaient
sourdement sur les lattes de chênes du balcon.
Presque simultanément, ils arrivèrent à leur
17 La Forteresse de Feu
angle respectif et n’eurent pas le temps de
comprendre ce qui leur arrivait lorsque deux
lames d’acier finement aiguisées tranchèrent
leur carotide. L’un d’eux tenta vainement
d’appeler au secours, mais Bleu quatre l’acheva
en lui brisant la nuque. L’instant suivant, le
commando se tenait au complet devant la porte
d’entrée. Communiquant exclusivement par
gestes, le premier ouvrit la porte en silence, ses
compagnons le couvraient, leur MP-5 à la main,
cran de sûreté défait. Le bruit de la télévision et
des rires des deux hommes dans le salon leurs
parvenaient. Située sur la droite du hall d’entrée,
la porte du living laissait distinctement filtrer les
bruits d’un film de science-fiction.
Se postant devant la porte, Bleu 3 et
4 armèrent leur 9 mm en l’équipant d’un
silencieux. Ils retirèrent ensuite leurs lunettes
nocturnes alors qu’au même instant, leurs deux
compagnons se faufilèrent à l’étage. Dans le
salon, les deux moyen-orientaux restaient
absorbés par leur film. Quand la porte du salon
s’ouvrit, ils furent totalement pris au dépourvu
de voir deux silhouettes intégralement vêtues de
noir. Avant même d’avoir pu saisir leur arme de
poing dans leur holster, ils avaient reçu une
balle de 9 mm en pleine poitrine, rejoignant
leurs deux autres compagnons, censés monter
la garde, au royaume des morts.
18 Prologue
– Retrouvons les copains, chuchota Bleu 4 à
son camarade.
Ces derniers se trouvaient à présent à l’étage
quand ils perçurent un bruit venant de la
première porte de droite dans le couloir.
Instinctivement, ils s’immobilisèrent net et
éteignirent leurs lunettes nocturnes. La porte
s’ouvrit et un homme vêtu d’un caleçon et d’un
T-shirt, sortit de la chambre, visiblement pris
d’un besoin naturel nocturne. Il alla jusqu’au
fond du couloir sans s’apercevoir qu’il était tenu
en joue par deux pistolets automatiques de gros
calibres. Dans la pièce, son copain de chambrée
se retourna dans son lit ronflant comme un
ventilateur.
Bleu 2 ne perdit pas une seconde et en
profita pour aller lui administrer une dose de
sommeil éternel sous la forme de deux balles
9 mm, qu’il lui logea en pleine poitrine.
L’homme mourut dans son sommeil.
Pendant ce temps, le chef du commando
s’était posté juste à un mètre de la porte des
toilettes. Du côté opposé, Bleu 3 et
4 surveillaient la porte d’en face du couloir.
Lorsque celle des toilettes s’ouvrit, l’homme
resta muet de surprise et n’eût pas non plus le
temps de réagir, recevant à son tour une balle
en pleine poitrine. Il s’effondra, retenu par Bleu
leader qui le posa délicatement au sol pour
19 La Forteresse de Feu
éviter que sa chute ne provoque un bruit qui
trahirait leur présence.
Se rassemblant au pied au pied de l’escalier,
le commando franchit en quelques secondes, les
quelques mètres qui le séparait de la chambre de
sa cible. L’homme qu’ils allaient enlever
dormait profondément et ne pouvait pas se
douter que ses gardes du corps étaient tous
morts.
Progressant toujours à pas de loup, le
commando se posta de part et d’autre de la
chambre située à l’autre extrémité du couloir.
Maintenant, ils avaient le champ libre et ne
prirent même pas la peine d’ouvrir la porte en
silence. En un éclair, Bleu 4 trouva le
commutateur et la lumière du plafonnier inonda
soudainement la pièce, curieusement meublée à
l’orientale. Ce qui détonait plutôt dans un
endroit comme une station de ski. L’homme,
qui une seconde plus tôt, dormait encore
profondément se redressa d’un bond les
cheveux en désordre et la barbe mal taillée.
– Qui êtes-vous ?
Quatre visages cagoulés de noir le fixaient
calmement d’un regard parfaitement impassible
et déterminé. Il comprit instantanément qu’on
ne lui répondrait pas quand l’un d’entre eux
braqua sur lui un pistolet. Il retomba de
nouveau dans l’inconscience lorsque la flèche
hypodermique pénétra la base de son épaule
20 Prologue
gauche. Il allait dormir quarante-huit heures
avant de se réveiller dans le quartier de sécurité
d’une prison française dont il ne sortirait
probablement jamais.
– OK, opina le leader. Faites disparaître
toute trace de notre passage et on décroche.
Mission terminée.
– Compris, s’exécutèrent les trois autres
hommes.
Quatre minutes plus tard, la maison était
intégralement nettoyée. Le commando avait fait
disparaître toutes les traces de son passage.
Avec ses volets fermés, le chalet donnait le
sentiment d’être simplement inoccupé.
Ils se préparèrent ensuite à évacuer leur zone
d’action. Deux des hommes enfourchèrent la
motoneige garée avec leur prisonnier qu’ils
avaient habillé d’une simple parka sur son
pyjama, tandis que les deux autres rehaussèrent
leurs skis et partirent en avant, bientôt suivi par
les engins motorisés. Ils se trouvaient à présent
sur l’une des pistes balisées du domaine qui
redescendait vers la télécabine du Linga. La
motoneige filait à 40 km/h sur la piste alors que
les deux skieurs évoluaient en traçant de
grandes courbes dans la neige. Moins de trois
minutes plus tard, ils stoppèrent au pied de la
télécabine qui emmenait quotidiennement son
lot de skieurs du dimanche.
21 La Forteresse de Feu
Un van Ford les attendait, le moteur
ronronnant doucement dans la nuit. Leur
chauffeur assis côté passager guettait leur
arrivée depuis quelques minutes.
– Alors ? demanda-t-il au chef du
commando une fois que ce dernier eut retiré
son casque.
– Mission remplie, répondit ce dernier en
montrant l’homme inanimé soutenu par ses
coéquipiers.
Saisissant le micro de la radio cryptée sur le
tableau de bord, le chauffeur envoya le message
suivant : « Pèlerin à Nid d’Aigles, le colis est
arrivé à bon port… »
En termes clairs, cela signifiait que Ahmed
Kemal, chef de l’une des plus dangereuses
sectes intégristes, responsable de nombreux
massacres de civils innocents au Moyen-Orient
et dans le reste du monde, était à présent le
prisonnier des service secrets français.
L’opération avait duré au total 34 minutes
depuis le largage de l’Hercules.
22 La Forteresse de Feu

CHAPITRE 1
Station Spatiale Internationale juin 2010

Le Colonel John H. Mancuso, Jack pour les
intimes, regardait par le hublot s’éloigner avec
attention le gigantesque jeu de Lego que formait
la Station Spatiale Internationale avec ses
différents modules emboîtés les uns aux autres.
Le désarrimage d’une navette, depuis une
station, était une opération délicate mais Fred
Clancy le pilote, un grand noir de l’Utah,
manœuvrait la navette Endeavour avec un doigté
peu commun pour son tout premier vol dans
l’espace qui lui avait demandé près de vingt
mois de préparation intensive.
– Superbe, lui lança son commandant. On
dirait que tu as fait cela toute ta vie.
– Bel exercice de style, ajouta quant à lui
Anton Glouchko, le jovial astronome russe
juste derrière Clancy. Après quatre mois
d’observation de plusieurs exoplanètes à bord
de l’ISS en compagnie de son assistante, la très
23 La Forteresse de Feu
séduisante Valia Kondakova, il n’était pas
mécontent de regagner le plancher des vaches.
Clancy lança un mouvement de tête
approbateur mais il ne répondit pas, il restait
concentré sur son pilotage. Il se contenta juste
de dire : "Vitesse : 3 m/s. Distance :
25 mètres… 30… 35. Attention, j’enclenche les
moteurs d’attitude. » Aussitôt, la navette opéra
une manœuvre de tangage de façon à présenter
son bouclier thermique vers le Soleil. Quatre
cents kilomètres plus bas, la Côte Ouest de
l’Afrique était intégralement visible de l’Afrique
du Sud jusqu’à la Côte d’Ivoire. Ce n’était pas le
cas sur la Méditerranée qui était recouverte par
une épaisse couche de nuage de la Tunisie à
l’Italie.
Maintenant distante de presque un bon
kilomètre, l’ISS offrait un spectacle tout aussi
saisissant avec ces immenses panneaux solaires
déployés qui pouvaient couvrir la surface d’un
stade de football.
Dans la salle du contrôle de mission à
Houston, les opérateurs suivaient toute la
manœuvre et vérifiaient que tout se passait
suivant le plan de mission. Tous étaient
impressionnés par la maestria du pilotage de
Clancy. En fait il ne pilotait pas la navette, elle
était sienne. Fred Clancy était en parfaite
symbiose avec Endeavour. Une symbiose dans
24 La Forteresse de Feu
laquelle son commandant de bord avait une
entière confiance.
Mais ce dernier ressentait une certaine
tristesse car les navettes seraient retirées du
service une fois Endeavour posée sur la piste du
Centre spatial Kennedy, après trente ans de
bons et loyaux services car la perte de Columbia
en 2003 avait scellé le sort des trois dernières
navettes. Une fois l’assemblage de l’ISS terminé,
elles seraient désarmées. Un nouveau véhicule
les remplacerait dès 2014, le CEV : le Crew
Exploration Vehicle dont le nom définitif
adopté par l’Agence était Orion. Un peu plus joli
que CEV, songeait Mancuso. Mais c’était ça ou
plus de vols habités. Ce nouveau vaisseau
permettrait un retour vers la Lune d’ici une
dizaine d’années et un voyage vers Mars dans le
courant de la décennie 2030. Depuis la
réorganisation de la NASA, et le lancement de
l’initiative Bush en 2004, jamais l’agence n’avait
bénéficié d’une telle perspective sur le long
terme. Si tout se poursuivait de manière
rationnelle, comme cela semblait enfin
s’inscrire, les premiers coups de pioches de la
base lunaire auraient lieu vers 2021.

Quatre cents kilomètres plus bas, Franck
Stapledown, directeur du vol STS-133 afficha
un sourire satisfait car tout se déroulait selon le
plan de mission. Mancuso et son équipage
25 La Forteresse de Feu
menaient leur vol avec tout le
professionnalisme qu’exigeait le métier
d’astronaute. Pour sa part, Stapledown assurait
depuis quinze ans le suivi des vols de navette et
à cinquante-neuf ans, il ne songeait nullement à
raccrocher. Bien qu’il fut au poste de directeur
des vols depuis six ans, il avait vécu avec
passion cette décennie qui avait enfin vu
l’achèvement de la station spatiale internationale
et malheureusement, la perte d’une seconde
ernavette le 1 février 2003, en l’occurrence le
triste vol STS-107 qui s’était soldé par la perte
de Columbia et la mort de sept astronautes au
cours de la phase de rentrée atmosphérique.
Mais la NASA avait une nouvelle fois
surmontée la crise. Un drame intervenu en
pleine tension internationale, du fait du
problème irakien, mais qui paradoxalement
avait donné un coup d’accélérateur au
développement d’un nouveau véhicule spatial
réutilisable. Le CEV, successeur maintenant
attitré du Shuttle, avait connu une brutale
accélération dans sa phase de développement. Il
faut dire que les navettes volaient depuis
presque trente ans et qu’elles n’avaient jamais
réellement été rentabilisées commercialement
parlant. Aussi, avec la catastrophe de Columbia il
fut décidé qu’elles prendraient une retraite bien
méritée dès le début des années 2010.
26 La Forteresse de Feu
Pour sa part, Stapledown regrettait ce choix
mais la nécessité d’un véhicule réutilisable plus
fiable se faisait cruellement sentir. Toutefois,
avec vingt ans de retard, le Shuttle remplissait
enfin la mission pour laquelle il était
initialement prévu : placer les éléments d’une
station spatiale en orbite. Et Stapledown, qui
ressemblait à s’y méprendre à Gene Kranz,
figure emblématique des vols Apollo, avec son
visage taillé à la serpe et une coupe blonde en
brosse, avait comme tout le monde à la NASA
finit par accepter ce nouveau choix. Le CEV,
que l’on avait donc baptisé Orion, volerait d’ici
la fin de l’année 2014 ou 2015. Mais on n’en
était pas encore là.
Reposant sa tasse de café brûlant sur sa
console, il écoutait attentivement les échanges
entre la navette et les contrôleurs de vol. Si
quelque chose arrivait, il devait prendre une
décision rapide mais tout allait pour le mieux.
– Ok Endeavour vous êtes désormais en vol
libre, dit laconiquement Dan Brady, jeune
astronaute qui officiait aujourd’hui au poste de
capcom. Votre fenêtre de rentrée s’ouvrira dans
180 minutes, soit à 138 h 15 minutes temps de
mission. Atterrissage prévu à 140 h 02 minutes.
– Roger Houston, répliqua Clancy. Vos
données confirment les nôtres. Quelle est la
météo ?
27 La Forteresse de Feu
– Couvert sur le Golfe du Mexique et
quelques nuages sur notre bon vieux Mississippi
mais à par cela tout va bien, indiqua Brady.
– D’Endeavour, bien reçu. A tous, ici
Mancuso. Vérifiez bien qu’aucun objet ne flotte
dans la cabine puis que chacun passe son
scaphandre. Ceux qui veulent en profiter pour
tirer un ou deux clichés, allez-y.
L’équipage s’acquitta des consignes de
sécurité puis mis à profit les dernières heures en
orbite pour admirer une dernière fois la Terre.
Rapidement, la cabine fut vidée de tout objet
susceptible de se transformer en projectile lors
de la décélération et du retour de la pesanteur
terrestre. Puis les astronautes prirent leurs
dernières photos souvenirs qui orneraient les
murs de leurs bureaux respectifs une fois de
retour sur la Terre. A bord, se trouvaient
également Pierre Necker et Franck Souchier,
détachés par l’ESA pour raccorder à l’ISS, le
futur habitat de test de la mission martienne
prévue pour 2037. Ce n’était qu’un simple
cylindre de huit mètres de long sur six de
diamètre, mais qui offriraient une protection
fiable aux premiers explorateurs de la planète
rouge. Les deux autres membres de l’équipage
qui redescendaient se prénommaient Valia
Kondakova, exobiologiste de trente-deux ans
au physique de danseuse du Bolchoï et
Guennadi Strelhnikov. Elle était
28

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.