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La Geisha et le casseur de tirelire

De
316 pages

Une profonde amitié naît entre deux truands, deux "beaux mecs" comme on dit dans le Milieu... Leur vie est faite de parcours carcéraux, de magouilles, d'actions violentes, d'entraide sans condition et de vie facile.


Jason Bossavie est l'un de ces beaux mecs. À sa sortie de prison, il veut raccrocher, quitter son passé et son milieu, LE Milieu. Mais ce n'est pas si simple...


Il y a ces flics, pas très clairs, hargneux tels des pitbulls, qui rêvent de l'accrocher à leur tableau de chasse, de sonner l'hallali... Ils réclament leur part de sang !


Et puis il y a la geisha... Ah la geisha ! Pas une femme ordinaire ou un "tapin" comme ils disent. Non, LA femme.


Il y a aussi ce Fouad Rezallah, qui portait un costume trop grand pour lui... À tel point que les beaux mecs lui en ont offert un autre... en bois.


Et enfin, il y a aussi les copains, l'argent facile, les filles, les bagnoles... On s'en sort comment de tout ça ?


Vaincu, Bossavie va finalement consacrer tout son savoir-faire à fomenter le coup du siècle, celui dont tous les malfrats rêvent... Celui que certains flics qui naviguent en eaux troubles ont peine à régler avec les méthodes traditionnelles...

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©2014–ISEdition
MarseileInnovation.37rueGuibal
1303MARSEILLE
www.is-edition.com

ISBN(Livre): 978-2-36845-061-1
ISBN(Ebooks): 978-2-36845-062-8

Directriced'ouvrage: MarinaDiPauli
ResponsableduComitédelecture: PascaleAverty
Ilustrationsdecouverture: ©Takayuki–TonyBowler

Colection«Sueursglaciales»
Directeur: HaraldBénoliel

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constitueunecontrefaçon,auxtermesdel'articleL.35-2etsuivantsduCode
delapropriétéintelectuele.

JEAN-BERNARDDURRAULT

L AG E I S H A
ET LE CASSEUR DE TIRELIRE

«L'hommequinaîtenFrance
estafranchideseschaînes.»

LouisXleHutin,
RoideFrance(1289-1316).

4

ÀHugues,monbeau-père,quinousregarde
delà-hautavecbienveilance.

ÀPhil,àFrançois,quidésormaischevauchent
leursmotosdanslesnuages.

5

Prologue

Dansl'ilusiondequiétuded'unechambredebone,unamantde
pasageavaitinjectéquelquesgoutesdeplaisirsansamouretsans
désirdansuncorpsblasé,uséprématurément.
Unbébéenavaitétéconçubrièvement.
Neufmoisplustard,ilfalutbienluidonerunnom…
Lenourisons'apeleraitJason.

6

Chapitre1

Lebruitducasiermétaliquereferméavecconvictionsembla
réveilertoutlemondedanslebureauvieilot.

Le fonctionnaire zélé déposa un bac en plastique sur le
comptoir,bousculantainsilaliasedepapierss'ytrouvantdéjà.Il
toisa,quelquepeuméprisant,l'hommequisetrouvaitdel'autre
côté de la banque… Celui-ci lui retourna le regard vide, sans
émotion,d'unhommequial'habitudedesetaire.

IlcommençaàénuméreruninventaireàlaPrévert:une
chaînemétaljaune,unechevalièremétaljaune,unportefeuile
cuirnoir,despapiersd'identité,unephotographiedefemme,un
briquetmétaljaunesigléDupont,unstylonoirMontBlanc,etc.

«Signezenbasdelafeuileaprèsavoirajoutésansobservation»,
intimal'uniformeàsoninterlocuteur,quis’exécutaavantde
réintégrersesbijouxetobjetspersonnels.

Celuiquiavaitvouésavieàborderceledesautresluifitalors
signerplusieurspapiersetluiroulasonindexdansl'encrepour
enaposerl'empreinteenbasdudocument:lalevéed'écrou
étaitfaite.

«VoilàBosavie,vousêteslibre!Àbientôt! »secrut-ilobligé
d’ajouter,narquois.

Celuiàquiils'adresaitleregardad'unœilmauvaisetétoufa
rapidementl'enviedefaireremarqueraugrefierenchef–dans
sonuniformeausiétroitetjauniquelui–qu'ilavaitpoursapart

7

pris«perpète»,du moinsjusqu'àsaretraite…Toutesces
considérationssetraduisirentparunsourirepolietimpersonnel.

Enfinlibre,acompagnéd’ungardien,l'ex-détenusedirigea
verslecouloirencombré.

– Alez,faisatentionàtoiJason,luiditlematonbienveilant.

– Pas de souci Marius, ne t'inquiète pas.

Mariusétaitunhommebon.Filsd'ostréiculteur,ilavaitété
élevédanslesparcsàhuîtresmaislemomentvenu,iln'avaitpas
souhaitéprendrelasuitedesonpère.Ilavaitjetésondévolusur
l'administrationet,nesouhaitantpasquitersonîle,l’undes
choix quis'ofeitnà l iuc noecrnait l'administaritno ra
pénitentiaire.Leconcourspaséavecsucès,ils'étaitretrouvéen
purgatoiredurantcinqannéesàFresnes,commejeunegardien;
bien noté, il avait ensuite pu rejoindre son afetatcde ion
prédilectionàlaMaisonCentraledeSaint-Martin-de-Ré.Ilavait
alorsfondésafamileenépousantunefemmedupaysetenlui
faisantdesenfants.Ilsavaientausiachetéunepetitemaison
avecungroscrédit.

UnvieuxmatonceMarius,trapu,rondethumain.Ilenavait
vupaserdestonnesdesalopardsetdegarsbien,maisilles
traitaittousdelamêmefaçon.Ilétaitl’undesraressurveilantsà
acomplirsontravailavecconviction:sûrementuneexception
danscemondedéshumanisé.Ils'étaitprisd'afectionpourJason
etluiavaitdonnésansambages,durantcesannées,cedontil
avaitleplusbesoin: unpeud'humanité.

– Tu sais, reprit-il, dans ton busines,depuisquetuesparti,
d'autresontdûprendretaplace,faisgafe!

– Qui te dit que je vais revenir ? demanda Jason avec un
sourireapaisant.Finipourmoitoutça,jen'aiplusl'âge,tu
vois… Je vais me ranger.

L'autreneluiadresaqu'unsourireentendu.C'étaitpresque
faireinsulteàsonmétieretàsoninteligencequedecroireàune

8

réinsertionposiblepouruntypecommeJasonBosavie.Marius
neconnaisaitquetropbiencemlieu,commes'ilenavaitfait
partiedansuneautrevie.Non,enréalité,ilenavaitfaitpartie
danscetevie,toujoursatentifqu'ilétaitauxatitudesetàla
placenaturelequ'ocupaientcescaïdsdèsleurentréeenprison.
Lesgardienss'enservaientpourfairelamédiationentreles
quelquesexcitésetl'administration;enéchange,unecécité
bienveilantefrapaitcesmêmesgardiens,lorsdesparloirs
notamment…

Jasonavaitarondipasmald'anglesimprimésdanslesâmespar
lesrudesesdelaviecarcérale.

Suivantcequ'avaitobservéMariusdurantunevieentière,ces
caïdsrevenaientpourlagrandemajoritéentrequatremurs…
s'ilsavaientéchapémiraculeusementàunretourbrutalversla
«maisonmère».

«Unretourbrutalverslamaisonmère»erpxe en : usionimagée
duvieuxmaton,quilustraitlamortviolentequisetrouvaittrès
fréquemmentsurlechemindesmalfratsd'envergure.Mariusle
répétaitàquivoulaitl'entendre: lanatureahoreurduvide!

Ilsavaientcheminéjusqu'àlasortie,cetesortiesivirtuele
pourJasonceshuitdernièresannées.Vieiledequelquessiècles,
lalourdeportedelamaisoncentraledeSaint-Martin-de-Ré
s'ouvrit,rendantàl'extérieuretàlavieunindividusortantde
sonsarcophagedebéton.Unenouvelenaisance.

Ilsseserèrentlamainmaiscegeste,contrenatureenprison,
resemblaitàlacaresed'undoguesurunchaton.

*****
Queleimportancequelavien'aitpastoutàfaitremplison
rôleconcernantJason?Ilétaitfermementrésoluàtournerune
page.
Dificilesanslesoclestructurantdel'enfance.

9

Dansl'ilusiondequiétudeetdediscrétiond'unechambrede
bonne,unamantdepasageavaitinjectéquelquesgoutesde
plaisirsansamouretsansdésirdansuncorpsblaséetusé
prématurément.Unbébéenavaitétéconçubrièvementetneuf
moisplustard,ilfalutbienluidonnerunnom.Lafemmeque
d'aucunsapeleraientsamèren'avaitfaitquelemetreau
monde:perduedanssespropressoufrances,elen'avaitpas
mesurélagrandeurdel'instant.Totalementdépourvued'instinct
maternel,elen'avaitpaslamoindreidéedecequ'eledevait
faireetnepensaitqu'àretrouversalignepourreprendreson
travail.Puisqu'ilfalaitleprénommer,elel'avaitfaitauhasard,
enréférenceàuneafichedecinémaqu'eleavaitvuedanslarue,
vantant la sortie d'un film où il était question de la conquête
d'une«Toisond'Or».Lescouleursdel'aficheétaientbeles:le
nourisons'apeleraitdoncJason.

Etpuis,ilavaitgrandilà,posécommeunobjetprèsdupoêleà
charbonl’hiveroudelatabledecuisinel’été,chezlamèredesa
mère.Lavieileneluiavaitpasprodiguéd’amourplusquede
besoinmaislepetitJason,devenuadulte,serapelaitqu’ilavait
aimécelequ’ilapelait«mamie».Nulnesaitpourquoi,maisla
natureestainsifaitequ’eleorientenossentimentsversdes
personnesquinedisposent,àpriori,d’aucuncapitalsympathie…
Ah! lanature!

Quant à sa mère – sa génitrice –, l’avait-il aimée ? Grande
questionexistentieluQee …leimportance?

Etele,pourquoin’était-elepresquejamaisvenuelevoir?

Pourquoinel’avait-elejamaisembrasé?

Leprintempsesayaitderepouseravecopiniâtretéleslimites
ducrépusculeetlesjoursalongeaient.L’hiveravaitétélonget
rude,bienqu’ilnel’aitvuqu’àtraversdesbareaux.Ainsi,la
renaisanceétaitpartout.

10

Àpeinefranchielalourdeportequimarquaitlafrontièreentre
lavieetlamort,l’ennuietladignité,ledésespoiretlesprojets,il
levit.

L’hommeétaitdetailemoyenne,élégammentvêtu.Ilarborait
unchapeauquicachaitenpartieunecoifureordonnéepoivreet
sel.Debelesmoustachesfinesetsoignéesluidonnaientcetair
débonnaireetjoviallongtempsafectéauxMéridionaux.Il
atendaitpatiemmentaupieddesavoiture–unepuisanteet
luxueuseJaguarbleuacier.Jasonsedirigeaprestementverslui.
Heureux.

Aprèsceregardprofondqu'ilséchangèrentlorsqu’ilsfurentà
unmètrel’undel’autre,ilss’étreignirentsansunmot.Leur
acoladedurauncertaintemps:huitansqu’ilsnes’étaientpas
vus!

– Jaz tu as encore grandi et tu as fait du muscle ! lui lança
l’homme,considérantlacarcasedesonamiquiledépasait
d’unebonnetête.

– Oui mon Jacques, j’ai bougé la fonte durant ce temps. Il n’y
1
avaitqueçaàfaire,pasledroitdetravailermoi: DPS! Maistoi,
tuasmisunpeudeblancdanstabachante!

– Alezviens,onaencoredelaroutejusqu’àBordeaux,
réponditl'autretoutsourire.

1.cents détenus ont le statut de DPS–«DétenuQuelque deux
ParticulièrementSignalé».Lorsquec'estlecas,leursdéplacementsausein
d'unétablisementsontlimités,leursurveilanceacrue.Enfin,ilsont
interdictiondetravaileret,normalement,changentsouventdeprison.Ce
statutestapliquésoitenraisondelapersonalité–fichierdugrand
banditisme,susceptibled'êtreaidépouruneévasion,actespolitiques–,soiten
raisonducomportementendétention–personeviolente,ayantparticipéà
desémeutesoumoblisationscolectives.Cesdétenuspeuventêtreplacésen
détentionnormaleouenquartierd'isolement(QI),cedernierétantsoumisà
unrégimedevieplusstrict.

1

JasonpritplacesurlecuirchampagnedelabeleAnglaise
tandisquelesixcylindress’ébrouait.

Laroutedéfilaitetilsrestaientsilencieux.Ilssavaientl’un
commel’autrequ’aprèscetelonguepérioded’isolement,les
motsn’alaientpasarivernaturelement.Ilsconnaisaienttous
lesdeuxlesvicisitudesdelaviecarcéraleetn'avaientrienà
s'aprendremutuelement.Etpuis,lemutismeétaituneseconde
naturechezlesvoyous.

LavoiturefilaitcommeuntapisvolantetJasonreconnaisait
parfoisdespaysages,desroutes.Lanuitcommençaitàtomberet
unepluiefines'étaitinvitéedanslepaysage,faisantdanserde
multiplesrefletssurlestrotoirsdelavilequis’annonçait
maintenant.Lacirculationsefaisaitdeplusenplusdenseaux
abordsdeBordeaux.Jasonconstataqu'enhuitans,lenombrede
voituresavaitplusquedoublé,letraficdevenaitinfernal.

JacquesCalandreau–dit«Jackyl'Élégant»enraisondusoin
extrêmequ'ilportaitàsapersonne–conduisaitprudemment: il
n'était pas questionpour luid'avoir unequelconque
contraventionpourexcèsdevitese.Nonqu'ilnepuiselapayer,
maislaiserdestracesd'unpasageoùquecesoitlegênait
viscéralement.

Jacques et Jason étaient des amis d'enfance, des amis
d'infortune,deceuxquinesoufrentaucundilemme,aucune
failedansleurrelation.Uneamitiéfusionnele,certainementde
celesquinesedécidentpasmaisseviventpar-deverstoutesles
embûchesdelavie.Ilsétaientoriginairesdumêmequartieret
avaientgrandisurlesmêmestrotoirsdelaBastide,surlarive
droite à Bordeaux. Ils s'étaient cachés mutuelementleur
malheur, leur désespoir sans que personne ne soit dupe.
Ensemble,ilss'étaientrebeléscontrecesystèmequilesbroyait
lentementmaissisûrement.Ensemble,ilsavaientgraviles
marchesquiconduisentàlagrandedélinquance,àlaprisonetà

12

laviefacileetensemble,ilsavaientbâtileurempiresurdestas
d'ordures.

– Comment vont les afaires?

LavileavaitrenduJasonplusdisert,àmoinsquecenesoitle
temps.

– Çava.Onaeuquelquesalertes…destypesvenusd’onne
saitoùetquivoulaientchasersurmesteres,maistoutest
réglé! l’informaJacquesavecunsourirequilaisaittransparaître
encoredelacruauté.J'aitouteslesmachinesàsoussurBordeaux
etsabanlieue,jesuisasociéavecuncopainpourladope–tu
sais,legrandJo-le-Grec.J'airachetédeuxbarsaméricainsenplus
dumien.Oui,toutvabien.Aprèstonafaire,lesflicssontvenus
tournerunpeuprès,maistouts'estcalméasezvite.

– Renaud Kowalski est toujours là ?

– Oui, toujours au Groupe de RépresionduBanditismedu
SRPJdeBordeaux.Ilamêmeprisdugalondepuistonafaire: il
estcommandantmaintenant!

Jasonsifla,fausementadmiratif.

– Il peut me remercier alors! ironisa-t-il.

– Mouais, sûrement, répondit Jacques, amer. Je t'ai trouvé un
apartementàBordeauxenatendantquetuterefases.Iln'est
pastrèsgrandmaisc'estasez«standing».Évidemment,toutest
pourmoi.

Jasonhochasimplementlatête.

DansleMlieu,quelqu'unquisortaitdeprisonétaitausitôt
prisenmain.Ilnemanquaitderien,ladeterestaitmorale.Ily
avaitdel'honneurchezcesvoyous-là.

LapuisanteJaguarsefaufilaitmaintenantdanslesruesde
BordeauxendirectionduquartierfavorisédeCaudéran.De
belesdemeuresenpieresduXVIesiècleétaientalignéesle
longdesruesetofraientàlavueleursportailsenferforgé,tous
plusmajestueuxlesunsquelesautres.Jacquesactionnaune

13

télécommandeetlaporteblanchedévoilal’intérieurd’ungarage
où la voiture se gara lentement. La pièce était immense,
parfaitementrangéeetéclairéepardesspotspuisants.Lesol
étaitcareléetpasungraindepousièrenesquataitl'endroit.

IlsdescendirentetJasonsuivitsonhôtedansunvestibule
atse débaeù ontnaxued sel semmoh ras tedl uesr èren
manteaux.

«Lilyvaêtrefoledejoiedetevoir! »lançaJacquesravi.

EtLilyfutfoledejoie!

UnebelefemmeceteLily,sibelelorsqu'elesejetaaucoude
Jasondansunejoienonfeinte.Maintenantaudébutdela
cinquantaine,Lilyavaitété,jadis,lapremière«gagneuse»de
Jacques.Eleétaittombéeamoureusedeluiàdix-huitanset
depuis,ilsnes'étaientplusquités,sil’onexceptelespériodesde
«vacancesforcées»desonhommeintervenuessporadiquement.
UnevraiefemmedevoyouceteLily,obéisante,disponible,
sexy et… muete.Celafaisaitdesannéesqu'ilsseconnaisaient
avecJason,maisilnes'étaitjamaisrienpasémalgrélephysique
si avantageux de Bosva ,ei iuqne laisenf meem ait aucu
indiférente.

LlianeCalendreauétaitlapreuvevivantequemêmeune
anciennehétaïrepouvaitêtrefidèleàunseulhommedansle
privé!Ilyavaitdesannéesquelabeleavaitquitésesactivités
lubriquespourseconsacreràl’hommequil'avaitépouséeetà
sesactivités«commerciales».

Lebruitcaractéristiqued'unbouchonexpulsévigoureusement
vintromprelesbanalitésetlechampagneremplitlestrois
coupesqueJacquesavaitfaitjailird'unbufet.

– Bienvenue Jason ! Tu es de retour dans le monde des
vivants,jesuiscontent.

– Merci Jacquot, moi ausijesuiscontentdevousretrouver
touslesdeux.

14

– Tu dois avoir faim, lança Lily.

C'étaitplusuneafirmationqu'unequestion.

Lerepasétaitprêt.C'estaucoursdecelui-ciqu'enfinlesmots
arivèrent.Jasonracontalaprison,sonisolement,lesmatons,les
magouilespoursurvivreetsonstatutdecaïdreconnuausitôt
parmisescodétenus.Ilarbitraitlesconflitsinterneset,souvent,
faisaitletamponentrequelquesrécalcitrantsetl'administration,
laqueleluirenvoyaitdiscrètementl’ascenseurdèsqu’elele
pouvait.

Jacqueslui,parladesesafaires,àdemi-motparfois,mais
sufisammentclairementpourqueJasoncomprenne.

– Je vais te montrer ton apartement,ilestàdeuxpasd'ici.
Voicilesclefs; tulegardestantquetuveux.

– Merci, Jacquot.

Intégrédansunimmeubledestanding,l'apartementétait
efectivementprochedudomiciledesonami.Meubléavecgoût
–voireunecertainerecherche–leT3étaittrèsconfortable: rien
nemanquaitdansl'équipementetlemoblierétaithautde
gamme.

– Viens, intima Jacques.

Ilsprirentl'ascenseurpourdescendreensous-sol,dansles
garages.Devantleboxmarquédunumérodel'apartement,
l'intéres porr laétate mtif éelucsab lique,découvrantune
superbevoiture.

«Jenem'ensersplustrop: eleestàtoipourtedéplacersitu
veux,netegênepas.Jel'avaisoferteàLilymaiselenel'utlise
jamais.»

JasonlorgnaverslaPorscheCareraanthracitedetoutebeauté
avecunsourire.Ilavaittoujoursaimélesbelesvoitures.Il
tapotal'épauledesonami: pasbesoindemots.

«Alezviens,ditJacquesenclaquantlepanneaubasculant.Je
vaistemontrermadernièreacquisition.»

15

Ils eurent tôt fait de gagner les quais de Bordeaux.
L'établisementdenuittrônaitquaiLouisXVI,nonloinde
l'esplanadedesQuinconces.Uneenseignemauveentubesnéon
–«LescapricesdeCircé»–éclairaitletrotoird'unelueur
blafarde.Mêmecetelumièresevoulaitdiscrète.
Leportiernoirsaluaavecobséquiosité:
– Bonsoir, Monsieur Jacques.
– Bonsoir Omar, tout va bien ?
– Oui Monsieur, tout est calme. Fréquentation moyenne ce
soir,maisilestencoretôt.
Lasaledebarétaitàdominanceviolete.Lecomptoir,les
alcôves–aménagéesenarcdecercle,masquantdestablesbases
etdessiègesàl'avenant–etlapistebaignaientdanslamême
lumièredifuse.Laserveusesaluasonpatronavecdéférence,lui
adresantunsourireàdamnerunsaint.
Ilsprirentplacedansl'alcôvelapluslargeet,claquantdes
doigts,Jacquescommandaduchampagne.
– Tu vois, j'ai acheté ça il y a trois ans. J'ai dû faire beaucoup
de travaux… L'établisementavaitenpartiebrûlé,expliqua-t-il
dansunsourirebéatetironiqueensevautrantdanssonsiège.
– Joli nom.
– Oui. Circé, dans la mythologie grecque, est une magicienne
trèspuisilphestrJ'… tainosite stua serorvu éntaop ne etrepxe ,e
çamarant.
Peudeclientsenefet:deshommes–seulspourlagrande
majorité–quiconversaientavecdesentraîneusesaubarouen
table.Unbaraméricaindanstoutesasplendeur,oùlesfiles
étaientrémunéréesaubouchonàl'exceptiondetouteautre
prestationquiauraitdégradélaréputationdel'établisement.
– Que penses-tu des files?
– Elessontsuperbes,réponditJasonunpeutropvite.

16

Dansunsourireentendu,Jacquesajouta:

– C'est dur de trouver du personnel sérieux. J'en ai viré pas
malavantdetrouverceles-là.Lesfiles,elesdoiventjuste
alumerleclient,luifairemiroiterleschoses:c'estcommeça
qu'ilfaitlebeauetpaietoutcequ'onveut.S'ilconclutcequ'il
vientchercher,ilnepaieplus.

Uneheureetunebouteiledechampagneplustard,Jason
commençaàmontrerdessignesdefatigue.Depuisquelque
temps,ilnecachaitplussesregardsversl’unedesentraîneuses
d'unebeautéparfaite:delongscheveuxnoirs,leteintmat,des
formes sculpturales… Une Latino.

«Eleestbele,hein?ElevientdeColombieetçafaitsixmois
qu'eletravailelà.Eles'apelue xu tCv eon, n. Bptioonce
sûrementrentrer?»

Jasonacquiesçad'unsignedetêteenselevant.Lepersonneles
salua,toujoursausipoliment.Jacquess'aprochadelajeune
entraîneusecolombienneetluiparlaàl'oreiletoutenluiglisant
unbiletdansledécoleté.L'autreluisourit,découvrantdes
dentsd'uneblancheuréclatante.

Unefoisparcourulecheminduretour,lesdeuxhommesse
saluèrentdevantl'apartementdeJason.

«Bonnenuitfiston! »luisouhaitaJacquesenleregardant
composerlecoded’entrée.

Jasonclaqualaportedel'apartementetselaisaalerdansune
profondeinspiration.Libre!Ilétaitlibredepuispeuetcelalui
demandaitencoredel'imagination.

Avecgourmandise,ilpritunedoucheetyrestaletempsqu'il
voulutcetefois,loindubruitdesdouchescolectives,loindela
surveilancedesmatons.

À peine sorti, il entendit fraperàlaporte.Unpetitcoup
discret,presquetimide.Ilouvritenpeignoir.

17

«Bonsoir,jem'apeleConception»seprésentalasuperbe
bruneensouriant.

Jasonluirenditsonsourireets'écartapourlalaiserentrer.

Libre,ilétaitlibre!

18

Chapitre2

IlrégnaitundrôlededésordreàCastéja,dansleslocauxdu
SRPJ.

AuGroupedeRépresionduBanditisme–les«antigangsde
province»commeonseplaisaitàlesnommeràlacapitale–,le
chefdeservice–lecommandantKowalski–avaitréunises
ouailes.

Leregardmauvais,lastatureimposante,uncoudetaureau,un
teintrougeaudetunregarddefouinemalcachépardeslunetes
rondescercléesparaisanttroppetites,l'intéreséavaitdumalà
paserpouruntypebien,untypepoliavecdebonnesmanières
etbieninsérédanslasociété.Sontrucàlui,c'étaitlachase,mais
pasn'importelaquele:pascelequiconsistaitàmasacrer
quelquesvolatilessortislaveiledeleurcage; pascelenonplus
quiconsistaitàrefairelemondedevantunbarbecue,lesfusils
casésetlesfoiesbientôtfracaseséa gun… s, noreàlui,c'était
contreles«beauxmecs»,lesgrosvoyous.Unepasion,un
sacerdoce!

Lesujetdelaréuniondujourétaitsimple:

«Mesieurs,ungrosclientaétélibéréhier: JasonBosavie.»

Aprèsuncoupd’œilcirculaire,ilpoursuivitdevantsesmulets
déjàconquisparlechalengepasencoreénoncé.

«Là,onadulourd: c'estunbraqueurdehautevoléeetilneva
pastarderàremetuoc treveL …met rlee ruéinour ps pde rlui

19

uneéquipeetonauradesennuisauniveaubancaire.Ilnefaudra
pasfaired'ereur! C'estmoiquil'aiseréilyahuitanspourun
braquagesanglant,maisonn'apaspuleluimetresurledos.Je
vouslaisevousimprégnerdesonpedigreu en me faut… Il
2
surveilanceconstantesurlui.Cetefois-ci,jeleveuxen«flag»!
C’estun«beaumec»etonvaselefairecommeun«beau
mec»! Auboulotmesieurs! »

Ausitôtditausitôtfait:lacibleétaitdésormaisdéfinieetle
personnelduGRBdeBordeauxalaitpaserjouretnuitdans
l’intimitéduvoyou,atendantpatiemmentlafaute.

*****
LesoleilbrilaitquandJasons’étiradanssonlit.Iln’avait
trouvé le sommeil qu’au petit matin : Conception avait un
tempéramentdefeu!
Prolongeantleplaisir,ilsavaientprisunedouchecommune
avantdesequitersurlepalieretpeuaprès,lapuisantePorsche
franchisaitlesgrilesextérieuresduparkingsouteraindansun
bruitrageur.
Jacquesl’atendait,lecafébrûlantausi.Aprèsquelquesmots
banals,Jacquesselevapourserendredanssonbureaud'oùil
revintpeuaprès,uneenvelopeàlamain.
« Tiens, c’est ta part… ce que j’ai récupéré pour toi de ta
dernièreafaire.»
L’envelopeétaitrelativementépaiseetlesgrosescoupures
serése .lIy a avtil deà uo qvii e vrc nuatret nispme st èr
confortablement.
Jasonempochaprestementl’envelopeavecunvaguemerci.Il
étaitpersuadéquecetargentluirevenaitetdanssonesprit,ilne
récupéraitquesondû.

2.Flagrantdélit.

20

Jacquesdevintgrave.

– Tu sais, après ton arestation–commetut’endoutes–,ona
cherchéàsavoirquit’avaitbalancé.

– Oui, j’ai toujours pensé qu’il y avait eu un problème…

– Viens, lu intimal’Élégant.

IlssortirentetmontèrentdanslaPorsche.Jacquesavaitprisle
volantetilsfurentrapidementsurlesquais.Ilss’engagèrentdans
cequidevaitêtre,ilyaencorepeudetemps,unchantier.Jason
s’émerveila.

– Ils ont construit une pasereleàBacalan?

– Cetepasereleamisdeuxanspourvoirlejour;ele
deserttouslesservicesportuairesetpalieauvieuxpontroulant
quetuasconnuetquimenaçaitdes’efondrer.

– Super, bel ouvrage mais pourquoi m’amènes-tu là ?

– Quand tu es tombé avec une partie de l’équipe, on a tout de
suitepenséquelesflicsétaienttropbienrenseignés.Onamené
notre enquête… Tu sais, le petit maghrébin, le Ben Kasem?

– Oui, ils ne l’ont pas eu lui, je sais.

– Si, ils l’ont eu, rétorqua gravement Jacques. À l’époque,
poursuivit-il,ilétaitavecunefilequiavaitleSIDAenphase
terminale.Ilvoulaitabsolumentluitenirlamainledernierjour,
alorsilsluiontmis erpétl r àmeei léhcram el ertne nsai mes é aIl.
sefairesereretilvousabalancéspourpouvoirresteravecla
frangineenquestion.

– Tu es sûr ?
– Oui. On l’a descendu à la cave et il a tout raconté comme je
teledis.
Jasonavaitlesmâchoiresseréesd’unhommeencolère.Huit
annéesàcaused’undemi-sel!
– Tu vois cetepiledebéton,ladeuxièmesouslapaserele?
– Oui.

21

– Ton ami est là, coulé dedans…

Jasonluiretournaunvisagedontlestraitss'étaientsubitement
durcis.Ilséchangèrentunregardfroidd'oùsuintaituneviolence
implacable.Ilsrestèrentmuetsl’unetl’autre,désormaisliéspar
unlourdsecret.

2

Chapitre3

Nerveux,l'hommequis'afairaitderièresonbureausemblait
vouloirfairetoujoursplusieurschosesàlafois.Unebonne
vingtained'annéesd’expériencen'avaitcalménisafouguenisa
vivacité.Cetemotivationetcetesurprésenceavaientfaitdelui
unfleurondelaPolicenationale.

Commisairetrèsjeune,ilavaitgraviunàunleséchelons
jusqu’àcequidevaitêtresondernierposteopérationnelavantsa
miseauplacardparlesélitesdesgrandsétats-majorsparisiens.Il
lesavait,lecommisairedivisionnairePiereLalanne,etil
voulaitprofiterjusqu'àladernièreminutedecequiavaitfaitsa
vie: lachaseauxvoyousd'envergure.

Bordelaisd’adoption,ilavaitaceptécepostedepatrondu
SRPJdeBordeauxalorsquesacarièreétaitàsonzénith.Des
malfrats,desgrospoisons,ilenavaitfaittomber,oui; maisilen
voulait encore plus… Il voulait encore ceteadrénalineetétait
prêtàtoutpourvoiruncaïdmonterlesmarchesdubureau
menotesauxpoignets.

Kowalskiétirasagrandecarcaseavachiedanslefauteuil
visiteur.Ilétaitauraportdevantsonsupérieur,son«taulier»
commeil'apelait.

– On s'est mis sur Bosavie,patron.

23

– Bien ! Jaz-la-Tombe, on va le « crever » ce salaud ! Il va
replonger,c'estsûr:ilnepeutpasrestersansresourcesetce
n'estpaslegenreàtrouverduboulot!

Kowalskigrommela:

– On est un peu juste en efectif,patron,etc'estungros
morceau,laTombe.

– Pas de souci, vous alezavoirdurenfort.Ilyacecapitaine
depolicequinousvientdirectdel'antigangdu«36»,àParis.
C'estuntypebrilant,quiafaittomberlesfrèresKalouchetpas
mald'autres.Jevousl'afectesanstarder.

– OK, merci patron! Onneserapasdetropsi–commejele
crois–Jazremonteuneéquipe.

*****
Jean-PiereGramondseraitdesmainsàtoutvacematin-là.Le
nouveau capitaine de police rejoignait le service dirigé par
Kowalskietcederniervoyaitcelad'unbonœil,euégardau
pedigred os econ lègue.
Sec,nerveux,leregardincisif,letorsemusclé,lenouveaune
donnaitpasl'impresiond'êtreunnovice,etilnel'étaitpas.La
cinquantainebienpeséequ'ilafichaitenétaitlegage.
Latournéedecafédumatins'éternisaitpourfaireconnaisance
etl'hommebénéficiaitd'unecertainereconnaisance–tacite–de
lapartdesescolègues.
Très vite néanmoins, il se retrouva dans l'antre de son
supérieurpourévoquerlesobjectifsdéfinis.
Chacund'uncôtédubureaudeKowalski,lesdeuxhommesne
s'embarasèrentpasd'unprotocoleinutile.
– Bienvenue à bord, camarade !
– Merci.

24

– Bon, je vais te parler de notre job principal actuel. Tu seras
pleinementengagédansceteafairequipréocupelepatron–à
justetitremesemble-t-il.

Ponctuant son discours, il lui tendit une fiche imprimée
comportantplusieursphotographiesd'unmêmeindividudeface,
deprofiletenpied:unecirculairededifusiondelaDirection
centraledelaPolicejudiciaire.

L'autres'enemparaetl'examina.Iluttouthaut:

– Jason Bosavie,sifel éif … sl,»n bm e-aoTzal- « J dit-il,la-t
de… dernier domicile déclaré: saP …xua ue hôtel à Bordenuv ga
defemme,pasd'enfant,pasdefamile,aucuneatacheconnue…
C’estun«beaumec»quetuaslà,unsacréclient!

– Mieux que ça ! Il est sorti avant-hier de la Maison Centrale
deSaint-Martin-de-Ré,oùilapurgéhuitanspourbraquage.
C'estnousquil'avonsfaittombermaisonauraitpufairemieux.
Tuvoissonsurnom,«laTombe»?C'estpaspourlesgarsqu'il
auraitpufairepaslin eidraecq 'u c'est pté, non…rtuaôc ed re'l e t
riencetype.Unefoisqu'ilestarêté,ilneconsentqu’àtedonner
sonnometsadatedenaisance.S'iltedonnel'heure,vérifiequ'il
net'apasvolétamontre!Bon,jevaist'enparlerunpeuplus.
C'estlàdesusqu'onvarestertantqu'ilfaudra,pourleremetre
àl'abri.

Fin202,surlarégionbordelaise,nousavonsétésaisissurune
sériedebraquagesdebanquescommispardesmalfaiteurs
chevronnés, expliqua Kowalski à son interlocuteur. Quatre
établisements–dessucursalesimportantes–ontétérançonnés
pardestypesdéterminésettrèsprofesionnels.Grosbutins,
travailpropre,équipedequatreindividusencagoulésdontle
chefdebandeétaitasezgrandetathlétique.Onatravailé
desusdurantplusieursmoissansgrandrésultat.Unjour,unde
nosgarsarécoltéunrenseignementqu'une«balance»luiavait
confié:uncertainAmarBenKaspacte ei e rdt femaierte
équipe.Bienqu'enpleineascensionsemble-t-il,cetypeétaitun

25

dealeretn'étaitconnuquepourdesdélitsmineurs,riendebien
pasionnant.Personnelement,vuledegrédeprofesionnalisme
del'équipe,jen'yaipascru.Ons'estmisderièreluiquand
mêmecarnousn'avionsriend'autre.Finalement,onafinipar
acquérirlaconvictionqu'ilfaisaitbienpartiedelabandeen
question.Onaréusi,grâceàlui,àidentifieruneéquipequiétait
restéeensommeildepuisquelquetemps.Aucentredecete
organisation:JasonBosavie,undurunpeuatypiquedansle
Mlieu.C'estunsolitairequiaapriori dedonnabanca ses é sétivit
traficdudébutpourseconsacreruniquementauxbraquagesde
banques. Comme tu sais, on apel». tif rops « nu aç e
Nombreusescondamnationspouragresions,racket,braquages.
Bosavieestinscritaufichierspécialdugrandbanditismemaisne
fréquentepasasidûmentleMlieu:ilnefaitques'apuyer
desusencasdebesoin.Avecgrandmal,nousavonsfinipar
identifierlescomplicesdeBosavieetonadûprendrepourcela
pasmalderisques.OutrenotreamietBenKasem,onaidentifié
deuxautrescomplices:NoëlPiétri–dit«Nenœi-le-Corse»à
caused'unstrabismedivergentmarqué–etJean-MarcAlonso
–dit«Marco-le-Gitan»–,touslesdeuxégalementinscritsau
fichierspécialdugrandbanditisme.Cesontdesdursausi.

Kowalskifaisaitpaserenmêmetempslesfichesdesintéresés
àGramond,quiopinaitduchefenlisantleursexploitspasés.

– Et alors, comment avez-vous traité la chose ?

– Imposibledeleslocaliser:aucunefuite,aucuneereur;
alorsonaemployélesgrandsmoyens.Onatravailésurle
mailonfaible,ceBenKasem,pasdutoutdelapointuredes
autres.Onl'alevéunmatinetonaprocédésurluiàun
«travail».Celas'estavéréasezfacile:c'étaituntoxicomane.Il
nousabalancélecoupsuivant–laSociétéGénéraledeFloirac–
contresonimmunité.Vulespersonnagesconcernés,celavalait
lecoup.Quandilsontataquélabanque,quinzejoursplustard,
onétaitlà.Onavouluselesfaireàlasortiemaisças'estmal

26

pasé.Ilyaeuéchangedecoupsdefeuetunemployédela
banqueaététuésurlecoup.C'estPiétri,leCorse,quil'aabatu
avantdetomberlui-mêmesouslesbalesd'undemesgars,qu'il
avaitbleséausi.L'ataqueaétésanglante,malheureusement.

– Et les autres ?

– Ils se sont enfuis dans la confusion en braquant une voiture.
OnalaisépartirBenKas citveon cmeta'émemoc l se un ,amsi
deuxautresnousontdonnédufilàretordre.Onaréusiàles
localiserlelendemainmatinsurBordeauxalorsqu'ilsprenaient
letrain,etonlesaseréssanscase.Malheureusement,ils
s'étaientdébarasésdetout–armes,cagoules,sacs,etc.–etona
eudumalàlesracrocheràceteafairecarilnousmanquaitdes
élémentsmatériels.Onnepouvaitdécemmentpasévoquerles
révélationsdeBenKasem.Néanmoins,ona«bétonné»la
procédure et le juge les a mis en examen et écroués en
préventive.Auprocèsdevantlacourd'Asises,cesontleurpasé
etleurréputationquilesontfaitcondamner,maisilnousest
restécommeungoûtd'inachevé.C'estpourçaquecetefois,il
ne m'échappaa erBoe cs,svaei! J eussi certain qu'il v a
reconstitueruneéquipe.Alonsoestencoreincarcéré:ilpurge
uneautrepeinepouragresionenplusdesesdouzeannéespour
cebraquage.Bosavieaégalementprisdouzeans,maiscompte
tenudesremisesdepeine,ilestsortiauboutdehuit: sonavocat
amisenexerguesonpasémlit ec euq erid tufal Ie…irtaest ype
carémentatypique: ilestcouvertdemédailes,c'estincroyable!
Notrehommen'ajamaistravailé–ilneconnaîtmêmepasle
mot! –etilvabienfaloirqu'ilmange! Ilnefautpluslelâcher.
Onl'aura,notrerevanche! afirmaKowalski,excité.

Sonteintétaitdeplusenplusrougeetsesyeuxinjectaientdela
méchancetéetdelacruautéalentour.

Gramond quitudibatitb ruae uurait prf : il a éréfélea
commencerplustranquil ,norasiÀ P ne…tit qit d ava luienu' em
province,iln'yavaitquedesvolsdepoulescommispardes

27

Gitans.Ilavaitévidemmentcomprisqu’ils’agisaitd’une
caricature,maisilnes'atendaittoutdemêmepasàcela.

28

Quatreans…

Ilesttrèsrarequemamiemeparlegentimentmaisaujourd'hui,ele
m'aparlégentiment.D'habitude,elenes'adreseàmoiquepour
critiquermaman…Elemeprendàtémoinmaismoi,jenesaispastrop
cequ'elefait,maman.Elevientdemoinsenmoinsmevoir.Quandele
vient,eleestoujourspreséeetnerestequetrèspeudetempsavecmoi.
Elenem'embrasejamais…pasplusquemamied'aileurs.
Pourquoiembrase-t-onlesenfants?
Lamaisondemamieestpetitemaisj'aimachambreàmoi.Unpetit
litd'oùjetombesouventlanuit,quandj'aipeuretquejefaisdes
cauchemars…
L'hiver,ilyaunpoêleàcharbondansuncoindelacuisine.Quand
mamiecommandedesbouletsdecharbonaubougnat,jedoisl'aideràle
rangeràlacave.Cethiver1960estbienmoinsrudequeceluide1956,
quandjesuisné,maismoij’aisouventfroid,cariln’yapasd’eau
chaudepourlatoilete.
Mamanestvenueavant-hier.Elesentaitbon,eleétaittrèsbele.Ele
m'aàpeineregardémaismoi,jenel'aipasquitéedesyeux.Elen'a
parléqu'avecmamie.Jecroismêmequ'eleluiadonédel'argentmais
moijesuistroppetitpourm'intéreseràça,jen'airiencompris.Tout
cequejesais,c'estquemamies'estdisputéeunefoisdeplusavec
maman.Elel'atraitéede«putain»etmamans'estmiseencolèreeta
claquélaportesansmêmemeregarder.
Quandtouts'estcalmé,j'aidemandéàmamiecequ'était«une
putain»: jetrouvaislemottrèsjoli.Mamies'estalorsfâchéeetm'adit
dem'ocuperdemesafaires.
Jenevaispasàl'école: iln'yavaitplusdeplaceàlamaterneledu
quartieretmamien'apasvoulumeconduiretouslesjoursàl'autre
école,beaucoupplusloin.J'irail'anéeprochaine,s’ilyadelaplace
pourmoi.Jesorspeu.Iln'yapasdecopainspourjouer,ilssonttousà

29

lamaternele.Jeresteseul.J'aipeudejouets: jejoueavecdesmorceaux
deboisetdesglandsquemamiem'aramasés.
Jemangebienmaisjesuissouventmalade.Parfois,j'ailatêtequi
tourneetj'aidesmalaises,maismamieditquecesontdesmanières.
D'aileurs,elen'apasd'argentpourpayerledocteuretcelui-cinevient
paspourlesenfantsquifontdesmanières.

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Chapitre4

Lebureaudel'Élégantluiresemblait: soigné,clase,ordonné,
feutré.Uneépaisemoquetecontribuaitàgarderlessecretsen
étoufanttouslesbruits.
– Alors, que comptes-tu faire maintenant, Jaz ?
LegrandJasons'étira.Ilsavaitquecequ'ilalaitrépondreàson
amid'enfancelechoquerait.
– Rien.
– Comment ça « rien » ? s’étonna l'autre.
– Rien, je t'asure! J'ail'intentiondepaserenmodehonnête,
commetoutlemonde.Jevaistravailer!
– Jaz, on se connaît depuis tout jeunes, on a grandi ensemble:
tupeuxbienmedire! sevexaCalendreau.
Jasonsourit: ils'atendaitàl'incrédulitédesonami.

– Tu sais, Jacquot, j'ai réfléchi en taule. J'en ai mar J'ai fait …e
lecomptedesannéesquej'aipaséesderièrelesbareaux,j'ai
faitlebilan,etcen'estpasgagnantceteafaire.Lesmecsenvue
dansleMlieu–les«caïds»commenousapelentlesflics–,
leurlongévité«naturele»nedépasepassoixanteanspourles
plusteigneux.Jen'aipasenviedetombersouslesbalesd'un
jeuneauxdentslonguesquinerespecteplusrien.

L'Élégantn’encroyaitpassesoreiles!Ilétaitsûrquel'autre
voulaitluifairepaserunmesage.

31

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