La Genèse de l'étoile

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À travers l’expérience de soldats lancés dans le creuset la Grande Guerre, Genèse de l’étoile propose une vision de l’inexorable maturation de la Seconde Guerre mondiale. On pourrait considérer que le XXe siècle n’a pas, comme on le pense souvent, connu deux guerres mondiales mais plutôt une et demi, tant la seconde n’est que le prolongement de la première. On y découvre également que l’Histoire de l’Allemagne aurait en tout point pu être celle de la France...
Publié le : jeudi 1 mars 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748353570
Nombre de pages : 192
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Thierry Chesneau
LA GENÈSE DE L’ÉTOILE
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0115000.000.R.P.2010.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2010
Mon chéri, Deux semaines déjà ! Deux semaines que je ne tai vu. Que je ne tai plus ni senti ni touché. Mon Dieu que cest long. Jespère que tu vas bien et surtout que tu es en sécurité. Insiste bien pour quon ne te demande pas de texposer, hein ! Tu me las promis, tu te rappelles ? Jai rencontré le général Matthieu, hier. Il a été charmant, comme dhabitude. Je suis certaine quil tapprécie beaucoup. Il me la dit, dailleurs. Il ma aussi affirmé que tout ça ne serait pas long et que tu ne courrais guère de danger je veux le croire. Dis-moi que cest vrai, sil te plaît. Dis-moi également si ce quon raconte ici est vrai ? Est-ce la réalité ? Elle me paraît si terrible que je suis persuadée que cest exagéré. Les gens grossissent toujours tout. Mais si ce nest pas le cas, je me doute que tu ne me le diras pas, de toute manière nest-ce pas ? Je suis allée dîner chez René hier soir. Lui et Adèle mavaient invité. Ton frère prend grand soin de moi, tu sais. Je suis bien entourée. Nous avons passé une excellente soirée et je suis restée dormir chez eux, dans la chambre dami. René ma dit que je pouvais y rester tout le temps que je souhaitais mais notre foyer me manque. Alors je suis rentrée ce matin, en les remerciant bien de ce quils font pour moi. Cest aussi pour toi quils le font, sans doute. Pour tôter une crainte supplémentaire. Mais ne ten fais pas pour moi, je moccuperai bien de nous oh, il vient de bouger ! Il remue de plus en plus ces derniers temps, tu sais. Je crois quil se retourne même la nuit il doit aimer dormir sur le flanc, comme toi. Je le sens chercher sa position parfois, se mettre à laise. Alors je le laisse faire je nai pas le choix dailleurs. Et puis je crois bien que jaime le sentir sagiter dans mon ventre comme sil tirait sur le lien qui conduit à son père. Je
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pense immédiatement à toi au premier mouvement quil fait, alors je sou-haite souvent quil se manifeste. Voilà les moments privilégiés de mes journées, épier les signes de notre enfant et técrire. Mais je vais arrêter ma lettre ici. Ca va aller comme ça, jen garde un peu pour demain. Je dois aller voir le médecin cet après-midi afin de régler les détails de laccouchement. Il pense que cest pour bientôt, désormais. Pourtant, je lui assure que jattendrai ton retour afin que tu sois là pour prendre, le premier, ton fils ou ta fille dans les bras. Jespère quil en sera ainsi Prends bien soin de toi. Je taime pour toujours ! Clémence.
* * *
Le soldat Maxime Karmann simprégna du contenu de la let-tre. Du bout des doigts, il frottait et froissait le papier comme si cela lui en eût transmis le contenu. Clémence était loin mais la lettre constituait un lien ténu avec elle. Un lien à ne pas rompre. À protéger coûte que coûte. Il plia la missive et la remit dans son enveloppe, ce qui eut pour effet de brutalement fermer la fenêtre de ses songes et douvrir en grand celle de la réalité. Une réalité hurlante et menaçante. Assourdissante et dangereuse. Du fond de la tranchée où il était tapi, dans la boue, il pouvait en-tendre mais aussi ressentir les explosions des obus. Il y en avait tant et de tous calibres. Des 77 au sifflement aigu et qui, en éclatant, projetaient une multitude de lames minuscules et mor-telles. Des 105 qui arrivaient comme la foudre et soulevaient des monceaux de terre en creusant leur trou. Des 210 que les Allemands employaient de plus en plus et qui sannonçaient en vrombissant tels des locomotives pour éclater en faisant trem-bler le sol alentour. Ce sol du secteur Notre Dame de Lorette qui était soumis à un des plus violents bombardements que les Allemands avaient déclenché depuis plusieurs semaines.
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Les bombes y tombaient par milliers depuis cinq heures. Cinq heures ininterrompues. À se tasser les uns contre les au-tres à chaque éclatement dobus. Des explosions suffisamment denses et rapprochées pour tuer plusieurs fois chaque homme qui se blottissait dans le fond du boyau en serrant son fusil à len rompre à chacune des déflagrations. Le vacarme était infer-nal. On pouvait lentendre de larrière, du reste, à plusieurs kilomètres de là. Mais on ny prêtait guère attention là-bas. Beaucoup moins quici, dans cette tranchée française de 1re li-gne, au cur de lannée 1915. Chaque soldat demeurait immobile, hagard, dans son coin en attendant la fin du déluge. Ou la sienne, cétait selon. Chacun attendait lune ou lautre. Passivement. La fin du bombarde-ment, quant à elle, tardait aujourdhui comme à chaque fois. Les Allemands en face semblaient disposer de stocks inépuisables de canons et dobus. À croire que les servants étaient rétribués au nombre de projectiles envoyés sur ceux den face. Des sortes de représentants en bombardement. Et ils ne ménageaient pas leur zèle. Impossible quaucun camarade ne soit tué net, blessé ou mu-tilé sous une telle avalanche de ferraille en furie. Voilà à quoi pensait Maxime à cet instant, en sincluant dans le nombre. Il pressait la lettre sur son cur. Ces deux trésors qui détenaient toute sa vie. Il aurait voulu rentrer en terre, sy enfoncer pour mieux séloigner de la mort aveugle et hurlante. Cest ce quil tentait de faire lors de chaque explosion. Il griffait la terre pour y faire pénétrer ses doigts jusquà leur deuxième, voire troisième phalange. Cétait un début. Tous les soldats faisaient ainsi, sans même sen rendre compte. Le comportement sous le feu navait plus rien de personnel ni dautonome. Il ne demeurait que des bêtes aux abois. Les volontés et libres arbitres nétaient plus que les ombres de linstinct. Lui seul subsistait et commandait à chacun de se faire le plus humble possible sous lorage dacier.
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Comme un courrier se présenta à lentrée du boyau dans le-quel se terraient Maxime et sa compagnie, un gros obus, probablement un 210, y éclata. À une trentaine de mètres de là, Maxime ressentit le déplacement dair comme un choc magistral qui lui coupa le souffle net et le laissa à terre, commotionné. Londe, accompagnée dun nuage de mélinite âcre et suffocant, navait eu quà suivre le tracé du boyau pour renverser les hommes comme des quilles. Max eut limpression que plusieurs de ses côtes avaient cédé sous limpact. Incapable du moindre mouvement pendant plusieurs minutes, il finit par se relever. Se tâtant méticuleusement, il constata, incrédule, quil navait au-cune blessure. Pas même une égratignure. Un pur miracle. Les côtes étaient endolories mais rien de cassé, a priori. Il nen était probablement pas de même pour de nombreux bougres dont les cris deffroi se mêlaient aux appels à laide. Maxime, avec plusieurs camarades rescapés, se précipita vers le lieu de lexplosion. Le porteur du courrier avait totalement disparu, probablement enseveli profondément, quelque part, sous leurs pieds ou dans la paroi de la tranchée. Le spectacle était indes-criptible. Des débris de toute sorte jonchaient le sol humide. Des fusils brisés, des morceaux doutils en tout genre. Des membres humains. Une tête. Sans rien dautre. Sans proprié-taire. Les quelque trente kilos dexplosif de lengin navaient rien laissé dintact dans le périmètre. Les soldats venus porter assis-tance, aidés de brancardiers, relevèrent une quinzaine de blessés dont la moitié natteindrait même pas le poste de secours, cétait certain. Comment tenir les vingt ou trente minutes nécessaires pour faire le trajet brinquebalant menant jusquà la 3e ligne, à lantenne médicale, avec le ventre ouvert du nombril au plexus ? On cherchait encore la réponse. Cette malheureuse explosion avait sans doute été le point culminant du bombardement sur le secteur. Les éclatements sespaçaient maintenant et surtout, semblaient séloigner vers le secteur voisin, celui du 281edinfanterie. À leur tour
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