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La guerre d'Elen

De
120 pages
Elen fut élevée par sa grand-mère lorsqu'elle était enfant... Elle vit avec des tantes et des cousines, comme une grande famille... C'est en 1940 que tout commence... Elen n'a que 19 ans, mais elle va connaître la plus dûre période de toute sa vie... Fiancée à un soldat allemand, Erwann, elle est enceinte et s'occupe de donner des soins aux blessés qui viennent la voir. Elen vivra cette guerre avec courage, nous faisant partager ses émotions, ses joies et ses malheurs. De longues années à attendre son amour parti aux combats, elle devra se montrer forte vis-à-vis des personnes vivant avec elle.
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Sonia Vandoux
La Guerre d’Elen




ROMAN























Illustration de couverture :
© Stéphanie Giroux




© Éditions Le Manuscrit, 2005
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 08 90 71 10 18
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-6463-6 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-6462-8 (livre imprimé) S O N I A V A N D O U X







Je suis née en 1919, d’un amour fort et sincère entre
une femme française et un soldat anglais qui s’étaient
rencontrés durant la guerre. Mes parents, que je ne
connais pas, m’ont abandonné à 16 mois, en me
confiant à ma grand-mère, Maryse. C’est elle qui m’a
élevé avec tendresse et amour, comme une mère.

Aujourd’hui, j’ai 21 ans, notre pays est en guerre
depuis déjà une longue année, même si les batailles ne
sont pas très fortes… Doit-on absolument connaître
cette horreur au moins une fois dans sa vie ?

Cette situation est d’autant plus difficile, que cela fait
un an que je vis une belle histoire d’amour avec
Erwann, lui-même soldat allemand… La guerre avait été
déclarée et quelques allemands étaient déjà dans notre
pays.

Ce matin là, j’étais à bicyclette et c’est en déraillant
dans un petit chemin qu’ont surgi deux hommes. Ils
déposèrent leurs armes et vinrent vers moi. Le premier
m’a sourit et remit ma chaîne de vélo. Le second, qui
parlait un peu français, me dit qu’ils s’appelaient
Erwann et Cardigan, qu’ils étaient deux frères allemands
et qu’ils combattaient contre leur gré. Je leur avais offert
une brioche que je devais apporter chez moi. Nous
9L A G U E R R E D ’E D E N
avons très vite sympathisé et je leur rendais visite
chaque matin. Un beau jour, Cardigan me fit
comprendre que son frère éprouvait des sentiments à
mon égard, mais qu’il n'avait guère confiance en les
français. Le lendemain, Erwann et moi échangions
notre premier baiser. C’est ce jour là que j’ai décidé de
prendre une grande décision. En arrivant à la maison,
j’entrepris alors de tout conter à ma grand-mère qui, à
ma grande surprise, le prit très bien… sauf quand il fut
question de les héberger ! Mais depuis, tout est rentré
dans l’ordre…

Aujourd’hui, je suis enceinte de deux mois et
nous avons hébergé plusieurs soldats qui
cohabitaient bien ensemble. La maison est plus
vide depuis qu’ils sont tous partis au combat…




10 S O N I A V A N D O U X









I
* 1940 *


Je suis assise dans la cuisine, aux côtés de ma
cousine. J’entends un homme appeler à l’extérieur de la
maison. Je me précipite dehors et je vois quatre
hommes autour d’un corps inerte déposé au sol, enroulé
dans un drap taché de sang. Ils viennent m’apporter un
autre homme mort. Lorsqu’un soldat sait où habite la
famille d’un tué, ils le conduisent jusqu’à eux. L’homme
me salue, puis découvre le visage du mort. Ces traits me
sont familiers. Je ne peux pas mettre un nom tout de
suite sur cette personne, mais même si je ne le connais
pas vraiment, je sais que la famille le connaît… Ça y
est ! Cet homme a mangé à côté de moi un soir au
souper. Julian… C’est cela ! Julian, entre 20 et 25 ans,
brun et très gentil. Il ne parle pas beaucoup, mais il est
très attachant. Grand-mère l’adore ce garçon ! Que va-t-
elle dire ? L’homme debout me fixe de ses yeux
marrons et me demande si je vais bien. Après avoir
balbutié une sorte de « oui », je me recule de trois pas.
Les quatre hommes soulèvent ce corps sans vie et
viennent le déposer devant la maison, le long du mur de
briques rouges. Ils me saluent de nouveau puis
reprennent leur route.
11 L A G U E R R E D ’E L E N


Je retourne dans la cuisine, et m’assoie sur ma chaise
près de la fenêtre. Ma grand-mère, qui est rentrée, voilà
y a quelques instants, est en train de mettre la table pour
dix personnes. Elle lève la tête et me demande « Qui
ont-ils amené cette fois ? ». Je la regarde, puis en
baissant les yeux je réponds doucement « C’est Julian ».
Ma grand-mère a une montée de larmes mais elle se
retourne vers sa pierre évier et finit de préparer le repas,
ne voulant pas nous montrer sa peine. Ma cousine
Jeanne est assise à ma droite. Elle aussi appréciait
beaucoup Julian, mais elle n’a pas versé une larme.
Depuis que l’on nous apporte des morts ou des blessés
chaque jour, je ne l’ai vu pleurer d’émotion que la
première fois. Ensuite, ce devait être une sorte de
« routine » pour elle, une habitude qu’elle a prise. De
toute façon, c’est toujours moi qui vais accueillir les
corps, ou m’occuper des blessés. Elle ne veut pas
regarder le visage pâle d’un corps inerte, ni sentir
l’odeur de sang, puis elle travaille aux champs toute la
journée.

J’entends des pas dehors, voilà d’autres soldats. Je
regarde par la fenêtre et je vois que trois hommes
amènent un autre cadavre. Je sors et m’aperçois que ce
ne sont pas les mêmes que tout à l’heure. Le premier
homme soulève le drap afin de me montrer le visage de
ce nouveau mort pour que je puisse le reconnaître mais
là, c’est le choc ! Cet homme, allongé sur le sol, ce corps
mort que je regarde, ce visage blanc, c’est… Oui, c’est
bien lui. Je le connais très bien cet homme ! Mon Dieu,
mais pourquoi lui ? Je tombe à genoux, en pleurs, à la
tête de ce cadavre et je vois ses yeux qui me fixent. Sa
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