La Guerre des bougons

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L’île aux goélands, une maison pour seniors. Entre ses murs, la vie – ou ce qu’il en reste – se déroule placidement et mollement, chacun vaquant à ses petites habitudes. On déblatère, on s’entretient physiquement, on s’accroche à son idole, le temps rythmé par les soaps et les jeux télévisés qui maintiennent un semblant de vie collective. Le quotidien paresse, à l’écart du monde et du tumulte… Pourtant, une révolution est en marche. En effet, une nouvelle résidente s’apprête à faire son entrée dans ce petit univers et à en perturber la morne quiétude. Elle, c’est Mme Henriette Lipotzwicsky – comme tout le monde, appelez-la Henriette –, bienfaitrice fortunée et accessoirement ancienne propriétaire du domaine, bien décidée à transformer ce cloître en lieu de vie… "La Guerre des bougons" ou quand un mouroir revit… Après sa tendre et cruelle "Maison près de la fontaine", Philippe Démotier nous revient avec un récit doux-amer sur le troisième âge. Ainsi, c’est avec un plaisir intact que nous pénétrons dans ce roman où les seniors, emmenés par une philanthrope convaincue, prennent l’initiative de bouleverser leur cadre de vie pour renouer avec le monde moderne et influencer le destin. Décapant et truculent, acide et enjoué, "La Guerre des bougons" dynamite les représentations les plus mièvres ou sentimentalistes de la vieillesse pour livrer une fable survitaminée où l’humour fait aussi place au sérieux.
Publié le : vendredi 30 mars 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748353167
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748353167
Nombre de pages : 108
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Philippe Démotier
LA GUERRE DES BOUGONS
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0114997.000.R.P.2010.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2010 
"Lîle aux goélands". Cest écrit en lettres bleues, en italiques et en script au-dessus de la porte principale, sur le fronton du majestueux bâtiment dont la façade est rénovée de frais. Des rampes daccès aména-gés pour le fauteuil des handicapés ou mal marchants encadrent louverture. Normal, vu la nature même de létablissement : un centre daccueil pour personnes du troisième âge. Cette demeure a été construite au cur de la cité pour et par un particulier, il y a environ un demi-siècle. Voilà quelques dé-cennies quelle fait partie du patrimoine immobilier de la bourgade. Peu dhabitants se souviennent dans quelles condi-tions les cessions respectives eurent lieu. Une première fois réaménagée, elle devint mairie. Vint le temps où les fusions muèrent les petites villes avoisinantes en quartiers qui enveloppèrent le gros noyau dunkerquois. Ce re-groupement sonna le glas de labri administratif. Dès lors, sa vocation aurait dû devenir celle dune annexe. Le comte ne peut être plus rutilant que le roi : la bâtisse fut jugée, à juste titre, trop imposante, faisant de lombre à lhôtel de ville officiel. Un autre endroit plus moche, pas pratique et moins central fut donc trouvé pour y abriter les services municipaux. Deuxième réaménagement : une maison des jeunes et de la culture vit le jour. Elle offrit un refuge aux ados attirés par les diverses activités proposées, les baby-foot ou les billards, ou simplement un endroit où se rejoindre et parler, abri qui devint rapidement le hall de beaucoup de dérives plus ou moins tolé-rées par les autorités.
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Une période de récessions et déconomies des deniers pu-blics succéda. Les jeunes et la culture cohabitèrent désormais avec lécole de musique, le club de radioamateurs, les amoureux des maquettes ferroviaires, le ciné-club et les joueurs de pétan-que. Pas tous dans la même pièce, bien entendu, même si un espace assez volumineux aurait certainement pu être conçu à ces fins loufoques. Enfin, il y a trois ou quatre ans, les édiles décidèrent de ré-aménager ce colossal bâtiment en maison pour seniors, comme on dit maintenant. Les papis et mamies y emménagèrent, libérant ainsi lan-cienne institution qui avait débuté son existence sous la dénomination de Asile des vieux, deux mots quon na plus le droit demployer aujourdhui, et encore moins dans la même appellation. On prenait moins de gants avec léventuelle suscep-tibilité des personnes âgées, à ces époques reculées. Quand le transfert eut lieu, des sources dagacement agitè-rent le petit monde des aïeuls. La principale fut quils préféraient lisolement de leur précédente résidence. Les griefs exposés étaient clairs : quel intérêt de revenir vers la ville, dy être exposés aux bruits, au rythme de la circulation, aux pollu-tions, aux jeunes qui font peur, aux regards des voisins du quartier ? Voilà en quelques mots les nombreux motifs avoués dinsatisfaction qui masquent leur raison essentielle, leur lamen-tation essentielle, une déception intériorisée et tenue bien calée sous le poids du chagrin pas toujours bien contenu : la proximi-té cruelle de leur famille, aussi absente ou peu présente quavant, malgré le rapprochement géographique. Pourtant, ces mêmes geignards se plaignaient de leur précé-dente résidence, qui imposait trop de distance à leurs proches, trop isolée à la campagne pour leur goût, trop éloignée de tout, jeunesse ou voisins, trop calme, trop immobile, trop mouroir. De toute façon, les palabres étaient inutiles : ladministration sest vue contrainte à ce déménagement suite au constat de vé-
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tusté. Les tout premiers travaux effectués dans lancien institut, car il y en eut, mirent rapidement en exergue la présence damiante en taux assez important pour imposer larrêt immé-diat de la remise en état et le repli urgent vers un nouvel hébergement.
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Dans ce microcosme, comme partout lorsque des humains sont réunis, des petits groupes se sont constitués, dont les membres peuvent permuter selon le type doccupation, datelier participatif, ou en fonction du moment de la journée. Bien en-tendu, seuls ceux pour qui bouger, même lentement, bricoler doucement, participer calmement aux activités ou soccuper posément nest pas devenu un vague projet inabouti ou une en-vie impossible à réaliser. Car beaucoup dhabitants restent le plus souvent seuls parmi les autres, terrassés par le temps passé, vaincus par le poids de leurs rides qui les appesantissent et les rivent dans leurs fau-teuils, sur leurs sièges, le regard déjà plus loin, les mains secouées par le vent des souvenirs qui tournent en une faran-dole de feuilles folles dans leurs mémoires muettes et en apesanteur. Les journées sont en général stéréotypées, bien ordonnées, prévisibles dans leur immobilisme. Les surprises ne sont pas toujours bienvenues pour les anciens. Cest exactement comme pour les tout-petits enfants, à lautre bout de la chaîne humaine : ils aiment la répétition, les jalons figés, la stabilité. La folie, même organisée, ça va bien cinq minutes, mais cest vite fatigant et inquiétant. Rien ne rassure et ne repose autant que le train-train. Rien ninquiète plus que limprévu, et tout ce qui nest pas annoncé est imprévu. Que de motifs de danxiété ! La perte de repères, dans un labyrinthe temporel immobile, favorise loubli permanent du jour présent. Les activités propo-sées et posées sont là pour baliser, flécher le temps qui se
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dérobe, ce traître qui se fait oublier, qui liquéfie tout, surtout les hommes, qui se rappelle à vous au moindre effort inhabituel, au travers de pernicieuses douleurs osseuses ou musculaires. Loccupation préprogrammée tue efficacement les minutes et floute temporairement la vision de plus en plus précise, cata-racte ou pas, de la fin qui approche. Charge donc à lencadrement de gérer au mieux les journées de ceux qui ont du temps devant eux, sen aperçoivent et sy noient.
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Si ces aspirations confortables, établies et inéluctables sont celles, à force de durée et de résignation, de la majeure partie des résidents, une plus petite frange de cette population ne sen contente pas et veut vivre le plus normalement possible. Et cer-tains poussent loin les limites de ce possible, heureusement.
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Un autre infime pourcentage de cette microsociété, pourtant composé de valides et de conscients, se met à lécart volontai-rement, par trop-plein des autres, par goût de la solitude, par timidité ou parfois par un mélange subtil de tout cela. Ils sem-blent sévertuer à ralentir deux-mêmes, avançant encore grâce à la force dinertie résultant de la fuite en avant saccadée qua été leur vie. Cet élan périclite et samenuise, annonciation de leur mise au point mort prochaine. Cest le cas de Michel, par exem-ple.
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