La Lettre au zigomar

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Les maîtresses femmes mènent la danse / L'homme se complaît dans l'illusion de sa force, ce n'est qu'une illusion. Au sein du couple, les femmes sont assises sur le trône. Déterminées comme Elisabeth, révoltées comme Valérie, autoritaires comme Isabelle, cabrées comme Marie-Jo, faussement passives comme Amélie, indépendantes comme Agnès... ce sont elles qui décident de l'avenir du couple. Au fil des différentes nouvelles qui composent ce recueil se dévoilent à nous autant de figures féminines et masculines, toutes touchantes, qui essayent de se frayer un chemin dans la vie. / Ancien professeur de philosophie et ancien cadre d'entreprise, Daniel Pernin nous offre ici le regard tendre sur la vie du jeune retraité. Ce recueil de nouvelles est son quatrième ouvrage.
Publié le : mardi 7 novembre 2006
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EAN13 : 9782748175325
Nombre de pages : 323
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La lettre au zigomar
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Daniel Pernin
La lettre au zigomar & onze autres nouvelles
Nouvelles
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© Éditions Le Manuscrit, 2006 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-7533-6 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748175332 (livre numérique) ISBN : 2-7481-7532-8 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748175325 (livre imprimé) 6
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LA LETTRE AU ZIGOMARNeuf heures déjà, et c’est encore la nuit. Chaque matin depuis une semaine, c’est le même ciel d’encre, la pluie s’acharne contre les vitres. Et voilà les claquements du tonnerre qui se répercutent contre les collines. Un éclair d’argent a zébré les nuages, un sifflement dans mon portable m’a glacé, comme un serpent prêt à mordre. Les tableaux de laGenetics Databanksont brusquement bloqués. Plus question de travailler. J’ai fait coulisser la double vitre ; des rafales d’air tiède ont propulsé de lourds paquets d’eau dans la pièce. Le grand palmier s’agite en désordre. Chaque branche a ses mouvements propres, comme si elle n’émergeait pas du même tronc impassible. En contrebas, dans le jardin de la villa voisine, un drap se déchaîne en sursauts furieux. L’eau gagne sur le carrelage et s’étale jusque sous mon bureau. J’ai refermé précipitamment la grande vitre et passé une serpillière avec un soin qui, venant de ma part, m’a surpris. Je l’ai tordue comme le faisait ma grand-mère, main droite dessous, main gauche
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dessus. C’est sympa de sentir les côtes de la serpillière céder sous la pression, et craquer les petites brindilles entraînées par le mouvement de va-et-vient du lave-pont. Sous le jet, de sales gouttes brunes, comme du sang caillé, ont sali l’évier. Depuis trois jours qu’elles macèrent, les ordures puent à dix mètres à la ronde. Un anorak sur le dos, j’ai traîné jusqu’à la grand-route le vieux sac plastique qui achève de se déchirer. Cette année, les tempêtes de mai ne cessent de s’abattre sur la côte ; des branches décharnées recouvrent les grèves ; la mer trouée de taches d’écume s’étale jusqu’aux escaliers qui descendent aux plages. Le ciel est maculé de sales nuages traînards. Quoi de plus déprimant que la Méditerranée par ces temps-là ? Francis lui-même, le facteur, intellectuel soixante-huitard revenu au peuple, maudit lamétéo, comme disent les crétins de notre triste époque. – Monsieur Sébastien, il fallait bien payer notre beau mois de février. Le printemps sera pourri. Depuis un mois, chassé de Paris par Lydia, je me suis installé dans la villa que mes parents me prêtent au Lavandou. Dès le premier soir, la pluie a tombé en rafales. – Le temps s’est gâté, a commenté le garagiste qui, se caressant la moustache, me
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