La Longueur du temps

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Marie trouve les journées longues, très longues. On la force à rester assise toute la journée dans un endroit qu’elle ne connaît pas, elle n’a pas le droit de rentrer chez elle et d’étranges visiteurs viennent lui poser des questions insensées. Alors, pour passer le temps, ce fichu temps qui ne passe plus, et avant qu’il ne soit trop tard, Marie pose là dans le silence ce qui lui reste de souvenirs, au-delà de la maladie d’Alzheimer. Tout en pudeur et en délicatesse, Joan Ott nous fait vivre, dans l’intimité du monologue intérieur, l’égarement de l’individu qui perd son identité à mesure que sa mémoire s’effrite.
Publié le : lundi 20 juin 2011
Lecture(s) : 126
EAN13 : 9782304028041
Nombre de pages : 191
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La Longueur du temps
La Longueur du temps
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DU MÊME AUTEURAUX ÉDITIONS LE MANUSCRIT
Romans 11 novembre 53, 2005 Et du bien pas davantage, 2007 La Première, 2007 Le bon Côté, 2007 Nouvelles Dans le silence des mots d'amour, 2005 J'ai failli t'offrir une rose, 2005 Les Occasions manquées, 2005
La Longueur du temps Joan Ott
La Longueur du temps
Roman
5 Éditions Le Manuscrit Paris
© Éditions Le Manuscrit, 2009 www.manuscrit.com © Couverture : droits réservés ISBN : 978-2-304-02804-1 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304028041 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-02805-8 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304028058 (livre numérique)
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C’est long, c’est incroyable ce que ça peut être long, surtout ces derniers temps. Avant encore ça passait, en tout cas, j’avais l’impression que ça passait, au moins un peu, mais maintenant plus rien ne bouge, plus rien ne change jamais, le temps ne passe plus. Il ne s’est pas arrêté pourtant, non, je sais bien qu’il ne s’est pas arrêté : je me lève le matin, le soir je me couche, mais entre les deux, rien. Non, ce n’est pas vrai, entre les deux, il y a les repas, trois, je crois bien, et puis la toilette, mais c’est bien tout, pas de quoi remplir une journée. Avant je pliais des choses. Je pliais pendant des heures, ça m’occupait bien. Maintenant je ne plie plus rien, peut-être qu’il n’y a plus rien à plier, oui, ça doit être pour ça. Avant, ma sœur venait me voir, et ma nièce aussi parfois. Elles venaient avec Mock, Mock, c’est le chien de Monique, Monique, c’est ma sœur, ou bien… non, non, Monique, c’est ma sœur, ma nièce, c’est l’autre, je l’aime, oh comme je l’aime, mon Mock, petite boule toute
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blanche qui vous lèche le visage, et cette façon qu’il a de sourire tout le temps. Maintenant plus personne ne vient jamais. Non, ce n’est pas vrai, une vieille passe parfois, avec une autre à peine plus jeune. Elles viennent avec le chien, toujours le même, Mock, mon toutou chéri, et elles disent qu’elles sont ma sœur et ma nièce, mais moi je sais bien que ce n’est pas vrai, vous voyez bien, ma sœur était beaucoup plus jeune et ma nièce aussi, elles étaient jeunes et jolies, rien à voir avec les deux vieilles biques fripées et pas du tout belles à voir qui viennent maintenant. Elles me racontent des choses, elles disent que ce sont des choses à moi, qui me sont arrivées dans ma vie, mais qu’est-ce qu’elles en savent, de ma vie, ces étrangères… Rien du tout, elles ne savent rien, elles inventent pour m’embrouiller, à croire que ça les amuse, moi, ça m’énerve, alors je ferme mes oreilles, je n’écoute pas, je dis : « Oui, Madame, vous êtes bien aimable, Madame », mais je n’écoute rien. Pourtant, ce matin la plus vieille m’a fait peur, une peur bleue… Je me demande bien comment elle a pu savoir l’existence de mon Georges, je n’en ai jamais parlé à personne : mon secret, pendant plus de cinquante ans, il n’y a que Monique qui savait, elle seule, et jamais elle n’aurait rien dit, en tout cas, pas à cette étrangère. J’ai fait semblant comme je fais
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