La Main

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Éloi, professeur de mathématiques accompagne une classe de seconde dont fait partie. Coralie, petite lolita de quinze ans... Il lui demande de se tenir correctement et touche par inadvertance son sein. Ce contact éveille en lui un désir endormi. Une plainte est déposée contre lui. Sa femme le soutient puis l'accable, son fils Gaspard quitte la maison, le proviseur le manipule. Et lui, il n'a de cesse de retrouver Coralie. Une attirance, une main qui s'égare suffisent à faire basculer la vie d'un homme de cinquante ans.
Publié le : vendredi 21 février 2014
Lecture(s) : 75
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342019568
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342019568
Nombre de pages : 230
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Brigitte Saint-Cricq LA MAIN
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France IDDN.FR.010.0119224.000.R.P.2013.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2014
Chaque matin, j’attends sous ma couette le moment où ma femme claquera la porte d’entrée ; je guette tous les bruits quo-tidiens et familiers. La cafetière fait des borborygmes, le pain grillé saute; le réfrigérateur ronronne indifférent aux mains intrusives qui le délestent de son beurre et de sa confiture ; les assiettes se tapent dessus en sortant du lave-vaisselle. Après l’éveil de la cuisine, vient le tour de la salle de bains avec le jet de la douche qui caresse le corps de ma femme selon un rythme régulier et sédatif. Le sèche-cheveux bourdonne autour de ses cheveux. Anne-Paule entre dans la chambre. Toute penchée, défor-mée par la sciatique de la nuit. Elle se tortille, se secoue. Moi, je sais qu’elle tente de se défaire de sa cargaison de cauchemars pour affronter la journée qui commence. Elle s’arrête devant l’armoire familiale, l’ouvre et scrute tous les pulls pliés et dispo-sés en rangs serrés, par couleur (du plus foncé au plus clair) ; et par forme (manches longues à droite, manches courtes à gau-che). Un tel ordre, ça fait peur. Elle choisit un sous-pull violet et un cardigan noir. Des couleurs mortifères que je déteste. Moi, j’aime la Femme dans le rouge coquelicot des bords de route ou dans le feu orangé du coucher de soleil. Dans quelques minutes ses pas résonneront dans l’escalier; elle saluera la voisine du second qui rentrera de promenade avec son chien. À ce moment-là, mais pas avant, je me déploierai et m’extirperai de ma couette. Mais je ne sortirai pas encore de ma chambre car j’ai besoin d’être seul avec ma malle d’idées noires. Je me présente: Éloi, c’est mon prénom… Je ne sais si les parents ont cherché à influencer mon destin quand ils l’ont
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choisi, mais il ne me sied pas mal, car bien que je ne sois ni or-fèvre, ni horloger, ni agriculteur comme le bon Saint Éloi, j’aime la terre et l’exactitude mathématique. La cinquantaine sonnée depuis deux ans. En cessation d’activité obligée. Plutôt bien foutu malgré une peau un peu flasque. Mon occupation majeure depuis quelques mois: ache-ter de la viande bio, des légumes bio au marché, faire mon pain avec de la farine non traitée pour contenter Anne-Paule. Elle m’a interdit de me promener dans des endroits isolés, mais comme elle sait que je suis poussé par un besoin irrépressible vers les bords de Loire ou les jardins publics, elle me téléphone toujours à la même heure, à midi tapant, pour me rappeler que je dois ingurgiter le médicament qu’elle a posé en évidence sur la table de la cuisine. Je m’exécute sans broncher. Peu à peu je sombre dans la moiteur de l’engourdissement et j’attends. Les minutes peuvent s’attarder : je n’en ai cure. Lorsqu’elle rentre le soir, elle s’approche de moi et me dévi-sage étrangement. Elle aurait le droit de trembler… mais… non… elle ne tremble pas. Je lui pose des questions sur le dé-roulement de sa journée tout en scrutant les mimiques de son visage. Pense-t-elle que je suis malade et peut-être dangereux? Je ne le sais. Elle devient trop intrusive. Toujours à émettre des questions. Toujours à me demander où je suis allé. Moi, j’en ai assez! Quand j’ai eu mes problèmes, sa sollicitude me touchait mais maintenant je veux aller où je veux, quand je veux, avec qui je veux ; moi, je veux dépenser comme je veux, jouer au poker et acheter les aliments déconseillés par les nutritionnistes et les médicaments dynamisants donnés par les sexologues. Je com-mence à penser que cette vie qu’elle voulait me construire, elle l’a fomentée selon ses critères et non les miens. J’ai longtemps cru naïvement qu’elle agissait pour mon bien. Maintenant, je doute… Et comme vous le savez tous, quand le doute s’installe, il désoriente l’esprit cartésien et positif. Donc, je ne vois plus
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ma femme comme un être généreux avec un côté assistante sociale mais comme une mégère qui veut imposer ses choix. Elle m’insupporte et je décide qu’à partir d’aujourd’hui, je n’en ferai qu’à ma tête ! Voilà comment ma vie a pris une autre tournure. De professeur vénéré, apprécié, je suis devenu celui dont on a peur… et pourtant… je n’ai fait aucun mal. Lors d’une sortie de classe, dans les premiers jours du prin-temps, les élèves de la classe de seconde Poivre (les classes avaient toutes un nom d’épices) chahutaient dans le car qui de-vait les emmener au Futuroscope. Garçons et filles s’interpellaient, se levaient, se dandinaient sur une musique techno qui résonnait dans les poumons. Le chauffeur s’impatienta et menaça de rebrousser chemin si les élèves ne s’asseyaient pas. Je m’en suis mêlé. Je suis allé au fond du car et j’ai poussé Coralie, une petite rousse à l’air mutin qui portait un fin tee-shirt en coton moulant, très court, et ma main faite pour écrire ou bricoler, heurta sa poitrine et sentit la pointe menue de son sein ; cette main qui avait l’habitude de tenir des objets ru-gueux, lourds, sentit l’élasticité de ce sein surgissant et désira aussitôt aller et venir sur la peau soyeuse de son ventre, comme une abeille butine un pistil de bougainvillier. Coralie se détourna brusquement, me toisa, brancha son iPod, s’assit. Regards gê-nés. J’ai brisé le silence : — Assieds-toi,et cache ce ventre! Tu connais le règlement du lycée : il est interdit de porter des vêtements provocateurs. — Jesuis très bien comme ça. Maman ne m’a fait aucune remarque quand je suis partie ce matin. C’est la preuve que je suis bien habillée. Je lui aurais bien rétorqué qu’elle avait dû se changer subrep-ticement dès qu’elle avait mis le pied hors de chez elle ou que sa mère avait des problèmes de vue ; mais je me suis tu car je sa-
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vais par expérience que toute critique, même humoristique, formulée envers les parents se terminait par des ennuis. — Demandeà une de tes amies de te prêter un pull ou n’importe quoi, mais couvre ton ventre. — Je ne peux rien mettre de plus ; dès que je suis trop cou-verte, j’étouffe et je fais une crise d’asthme. Évidemment je n’en crus pas un mot. Comme je sentais que je risquais de perdre la face, je l’ai menacée d’un avertissement ; elle ricana et prit son iPod sans même me jeter un œil. Dé-contenancé, je la laissai tranquille, mais mes yeux n’arrivaient pas à se détacher de son ventre, et je n’avais qu’une idée en tête :le toucher. Je me mis à jouer mon rôle de professeur à merveille en me dirigeant vers le fond du car pour annoncer avec force détails le menu touristique de la journée, et j’ai fait semblant d’être déséquilibré par les cahots de la route pour pouvoir m’affaler sur son buste. Elle me repoussa… tout en continuant d’écouter sa musique. À l’heure du déjeuner, elle s’est allongée dans l’herbe avec ses camarades, la jupette remontée jusqu’en haut des cuisses, le tee-shirt grimpé sur son soutien-gorge. Une odalisque ! Je vivais le supplice de Tantale tandis qu’elle pépiait et riait avec ses amies ; ce qui se disait m’importait peu. Je l’épiais, assis non loin de son groupe, au pied d’un sapin envahi par une colonie de fourmis et ne remarquais ni la prairie vert pâle sous l’éclat du soleil, ni les fleurs des champs, ni le calme des cieux d’un bleu très « Klein », ni les mouches qui batifolaient, ni les abeilles qui butinaient. Je désirais tellement scruter ses différentes courbes lorsqu’elle se lèverait que j’écourtai la pause: Allez! On s’en va ! Debout tout le monde ! Quand elle se redressa, sa jupe colla à sa peau. J’étais à l’affût tel un chiot un peu balourd face à un oisillon, et, elle, comme aimantée par la force de mon regard, me fixa, et rougit. Mes mains, je les ai tenues entre mes bras, malgré mon envie d’empoigner cette jupe! Je ne comprenais pas vraiment ce qui m’arrivait : jamais jusqu’à ce jour, je n’avais
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