La maison de papier

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Une fois, déjà, Françoise Mallet-Joris a fait une pause dans son oeuvre romanesque : ce fut la Lettre à moi-même. Elle y démontrait qu'elle pouvait aussi exceller dans l'art difficile de la confidence sans complaisance. Voici à présent un ouvrage de la même veine, mais celui-ci est composé autour d'un lieu commun, d'un décor : c'est " la maison de papier ", ainsi baptisée parce que la demeure de Françoise Mallet-Joris et des siens ressemble à ces " maisons japonaises si mal fermées ", où chacun peut entrer à sa guise, foyer, refuge, abri pour tous ceux qui s'y plaisent.

Ce livre est donc un tableau de l'existence quotidienne dans un ménage d'artistes. Le mari est peintre, la femme est écrivain et lectrice dans une maison d'édition. Ils ont deux garçons et deux filles. Des " employées de maison " se succèdent. Beaucoup d'amis - ceux des enfants aussi bien que des parents - vont et viennent, certains que l'on invite et d'autres que l'on accepte. Il y a aussi les visiteurs imprévus, quelques voisins. N'oublions pas les animaux : chien, chat, pigeon, merle, poisson rouge. Cela fait déjà beaucoup de monde, mais Françoise Mallet-Joris ajoute les personnages qu'elle voit régulièrement au-dehors, comme Mme Josette, la déconcertante coiffeuse rationaliste.

Les enfants tiennent la première place. L'auteur utilise le dialogue comme moyen d'éducation, et elle avoue trouver là le moyen de clarifier ses propres idées sur les grands problèmes de base. La vie professionnelle n'est pas oubliée, ni les préoccupations religieuses et sociales, qui transforment peu à peu ce livre en une critique des moeurs actuelles et, mieux encore, en une enquête sur la justice et la vérité, l'amour de Dieu et l'amour du prochain, le bonheur et la joie. On ne verse jamais dans l'abstraction : tout repose sur des expériences directes.

Beaucoup de lecteurs, sans doute, auront l'impression de se trouver chez eux dans " la maison de papier ", comme s'ils faisaient partie de cette famille. C'est que Françoise Mallet-Joris a le don de préserver, avec une sincérité jamais en défaut, le frémissement de ses émotions, de ses doutes, la fraîcheur de ses étonnements, l'ironie du regard qu'elle pose sur ses semblables, aussi bien que la gravité de sa foi. Rare talent qui sait traduire, sans avoir l'air d'y toucher, le naturel de la vie.
Publié le : mardi 10 février 1970
Lecture(s) : 40
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246028390
Nombre de pages : 276
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Une fois, déjà, Françoise Mallet-Joris a fait une pause dans son oeuvre romanesque : ce fut la Lettre à moi-même. Elle y démontrait qu'elle pouvait aussi exceller dans l'art difficile de la confidence sans complaisance. Voici à présent un ouvrage de la même veine, mais celui-ci est composé autour d'un lieu commun, d'un décor : c'est " la maison de papier ", ainsi baptisée parce que la demeure de Françoise Mallet-Joris et des siens ressemble à ces " maisons japonaises si mal fermées ", où chacun peut entrer à sa guise, foyer, refuge, abri pour tous ceux qui s'y plaisent.

Ce livre est donc un tableau de l'existence quotidienne dans un ménage d'artistes. Le mari est peintre, la femme est écrivain et lectrice dans une maison d'édition. Ils ont deux garçons et deux filles. Des " employées de maison " se succèdent. Beaucoup d'amis - ceux des enfants aussi bien que des parents - vont et viennent, certains que l'on invite et d'autres que l'on accepte. Il y a aussi les visiteurs imprévus, quelques voisins. N'oublions pas les animaux : chien, chat, pigeon, merle, poisson rouge. Cela fait déjà beaucoup de monde, mais Françoise Mallet-Joris ajoute les personnages qu'elle voit régulièrement au-dehors, comme Mme Josette, la déconcertante coiffeuse rationaliste.

Les enfants tiennent la première place. L'auteur utilise le dialogue comme moyen d'éducation, et elle avoue trouver là le moyen de clarifier ses propres idées sur les grands problèmes de base. La vie professionnelle n'est pas oubliée, ni les préoccupations religieuses et sociales, qui transforment peu à peu ce livre en une critique des moeurs actuelles et, mieux encore, en une enquête sur la justice et la vérité, l'amour de Dieu et l'amour du prochain, le bonheur et la joie. On ne verse jamais dans l'abstraction : tout repose sur des expériences directes.

Beaucoup de lecteurs, sans doute, auront l'impression de se trouver chez eux dans " la maison de papier ", comme s'ils faisaient partie de cette famille. C'est que Françoise Mallet-Joris a le don de préserver, avec une sincérité jamais en défaut, le frémissement de ses émotions, de ses doutes, la fraîcheur de ses étonnements, l'ironie du regard qu'elle pose sur ses semblables, aussi bien que la gravité de sa foi. Rare talent qui sait traduire, sans avoir l'air d'y toucher, le naturel de la vie.
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