La maison mauve ou la première vie d'Amène Blanc

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Claude Guirlet a passé une grande partie de son enfance, dont les années de guerre, à Besançon. Il y eut pour condisciple et ami Amène Blanc dont il raconte ici « la première vie ».

Après des études de droit et de sciences politiques à Paris, l’auteur a exercé divers métiers à dominante juridique et il a terminé sa carrière en qualité de juriste spécialisé en droit social dans une multinationale. Pour se rendre dans les filiales du groupe, il a toujours privilégié les déplacements en train dont il estimait les conditions particulièrement propices à l’ébauche de ses nouvelles et romans. C’est donc entre Paris et Nancy, ou Avignon, ou encore Montpellier que s’est « construite » la maison mauve et que l’auteur a consigné les confidences reçues au fil des ans de son ami Amène.


Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9782746618145
Nombre de pages : non-communiqué
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Avant-propos C’était comme une impression de déjà ressenti, non pas un souvenir qui reviendrait à la mémoire, mais une com-binaison de sons, d’images, d’odeurs même qui projetait Amène loin en arrière dans l’âge de l’enfance, dans le logement d’autrefois au deuxième étage de la maison mauve, dans un après-midi de vague ennui. C’était comme une machine à remonter le temps, mais imparfaite : ne reconstituant pas la situation d’alors, mais plutôt la situation qui résulterait de l’usure des années, des couleurs qui auraient passé, des sons assourdis par l’ancienneté de leur origine. Tout en gardant, ces réminiscences, leur capacité d’émouvoir l’ancien enfant qu’il avait été, en tout cas de faire renaître l’émotion enfouie profondément en lui depuis des années, avec une fraîcheur qui, chaque fois, le surprenait. Car le phénomène se reproduisait de loin en loin, comme un rappel, comme une opération d’entretien régu-lier pour vérifier que tout marchait bien encore dans le fond de la conscience, et que le ressenti d’autrefois, toujours présent malgré l’usure, pouvait à tout moment remonter à la surface de l’être.
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Amène se disait que c’était rassurant cette façon d’ignorer les années écoulées, de pouvoir rendre présentes des émotions aussi anciennes. En même temps, il savait que ce n’était pas lui qui commandait le phénomène, que celui-ci était le résultat d’une alchimie dont il n’était pas le maître et dont, d’ailleurs, il ne comprenait pas les mécanismes. Sans prétendre avoir tout vu, tout ressenti, il estimait avoir déjà quelque expérience dans l’ordre de la jubilation et aussi du désespoir, dans l’ordre du sentiment amoureux et aussi des déceptions. Peut-être l’alchimiste inconnu qui présidait au phénomène aurait-il la bonté de ne pas s’attarder sur les moments désagréables et de privilégier les instants exaltants qu’il avait eu la chance de connaître ? Non qu’il souhaitât ne vivre que dans son passé encore bien court ; mais il avait expérimenté que ces rejaillisse-ments étaient chaque fois source d’un nouvel élan, comme certaines journées sont illuminées par de beaux rêves venus tard dans la nuit, dont la trace est encore perceptible au petit matin si nettement parfois que le rêveur peine à dis-tinguer son monde nocturne de l’autre réalité qui l’attend au saut du lit.
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