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La maladie de Stendhal

De
287 pages
Une réflexion littéraire sur l’inspiration L'univers stendhalien reexploré avec sensibilité Il y a de la folie et de la déraison dans cette volonté prométhéenne qu'ont les hommes de vouloir créer des univers, des personnages et des histoires. Ecrire n'est pas une thérapie, ni même un simple témoignage. C'est une exigence, un besoin, un élan vital. Le goût des mots, l'émotion qu'ils suscitent, l'imagination qu'ils excitent sont nécessaires. La maladie de Stendhal est le récit d'une émotion esthétique, vécue à son paroxysme, conduisant aux limites de la déraison. Hermann Orlowski connaît l'effroi et l'enchantement de cette forme d'envoûtement.
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Titre
La maladie de Stendhal
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Titre François-Xavier Brunet
La maladie de Stendhal
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit 2008 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-01256-9 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304012569 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-01257-6 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304012576 (livre numérique)
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A Christine et Matthieu, Quand viendra le matin livide, Tu trouveras ma place vide, Où jusqu’au soir il fera froid. Comme d’autres par la tendresse, Sur ta vie et sur ta jeunesse, Moi, je veux régner par l’effroi. Charles Baudelaire (« Le Revenant »)
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II semblait à Hermann que tout avait com-mencé quand vint le matin livide sur la palme-raie de Tozeur, dans le sud de la Tunisie. Ré-veillés par un chant de muezzin tombé soudain du haut d’un minaret, ils s’étaient, avec Elisa, aimés lentement, à gestes tâtonnants et mesu-rés, encore engourdis par le sommeil. Pourtant, la jeune femme était nerveuse, comme mal à l’aise de ce pieux appel qui donnait à leur étreinte une forme sacrilège alors que l’heure était à la prière des fidèles. Elle repoussa Her-mann brusquement et se dressa dans le lit, comme effrayée d’une présence dans la cham-bre. Il se sentit à son tour oppressé, la poitrine bloquée, toute trace de désir effacée. Les fenê-tres et la porte étaient demeurées closes et, pourtant, un souffle glacé s’abattait sur ses épaules nues. Les amants frissonnèrent et re-gardèrent autour d’eux, dans un même mouve-ment, cherchant du regard ce que ni leurs yeux ne pouvaient voir ni des mots décrire. Cette sensation leur devenait intolérable ; ils restèrent un moment écrasés par son poids. Le sang bat-tait avec frénésie aux tempes d’Hermann, une sueur glacée coulait dans son dos. Il ne respirait
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La maladie de Stendhal
plus qu’avec peine et sentait un grand vide aspi-rer son ventre. Les secondes s’écoulaient et du-raient une éternité. Soudain, la porte qui séparait la chambre du patio s’ouvrit avec fracas ; les stridences d’un rire puissant retentirent dans la pièce, puis s’enfuirent au loin ; ils étaient ceux d’une femme. Hermann regarda alors Elisa ; elle était assise dans le lit, livide ; son visage impavide semblait de cire. Le soleil qui dardait à peine ses rayons éblouissait dans l’embrasure ; l’air deve-nait à nouveau plus léger. L’homme s’affala sur l’oreiller, inspirant de grandes goulées, attirant contre lui sa tremblante compagne, de froid et de peur aussi. Il la calma avec tendresse sans cesser de se demander quel sortilège avait bien pu les effrayer de la sorte. Le doigt de lumière qui pénétrait pour mourir au pied de leur cou-che était plus caressant qu’au moment où ils avaient été tirés du sommeil. Enroulant sa taille dans le drap du lit pour cacher sa nudité à d’éventuelles rencontres de mauvaise fortune, Hermann se dirigea vers la porte pour la refermer. Le pêne de la serrure était toujours sorti, à la suite du tour de clé qu’il avait donné au mécanisme, la veille avant d’aller se coucher. Il était sorti de la gâche sans qu’aucune trace sur le chambranle ne permît d’expliquer ce qui s’était passé. Il dut tourner à nouveau la clé dans l’autre sens pour refermer la porte. Il était intrigué mais n’en voulait point
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